OPUTHALMIE ÉLECTRIQUE
Les symptômes de cette ophthalmie ont été constatés d'abord dans des usines où l'on soudait des métaux à l'aide d'une flamme électrique. Cette affection résulte aussi, mais moins fréquemment, d'un fort éclairage électrique. Lubinski, par exemple, l'a observé chez trente personnes qui se trouvaient sur un navire où l'on faisait usage de lampes électriques. Il est fâcheux que l'on ne sache pas encore quelle est l'intensité de lumière nécessaire pour produire cette ophthalmie. Pour quelques auteurs, l'ophthalmie électrique serait la même que l'ophthalmie des neiges; d'autres croient que ces deux ophthalmies sont différentes.
Les premiers signes de l'ophthalmie électrique apparaissent de très bonne heure, au plus tard vingt-quatre heures (Gould) après le moment où la lumière électrique a produit son action sur l'œil.
Les symptômes consistent en une sensation de picotement dans la peau de la face et dans la conjonctive. Si l'action de la lumière électrique a été très prolongée, il se produit du larmoiement, du coryza, de la toux, du gonflement et de la douleur dans la peau de la face. Si cette action de la lumière a eu une durée de dix heures, on voit survenir le gonflement des paupières et de la partie de la conjonctive qui n'est pas protégée par les paupières. La peau de la face qui a été exposée à la lumière est très rouge et très douloureuse. On constate de la photophobie et de la sensibilité de l'œil au toucher. Le malade éprouve la sensation d'un corps étranger dans l'œil. Il y a du larmoiement, une hyperémie très prononcée de la conjonctive, de l'injection péricornéenne ; les pupilles sont contractées (Terrier); il existe quelquefois du blépharospasme. Peu à peu ces symptômes diminuent, pendant qu'il se déclare une sécrétion purulente, mais peu abondante de la conjonctive. L'épiderme de la peau de la face se détache et cette peau est plus fortement pigmentée pendant quelques semaines.
On trouve, comme troubles oculaires, le développement d'un scotome central (Terrier), des sensations lumineuses subjectives, l'apparition très facile d'images complémentaires (Gould) et une anesthésie rétinienne passagère.
Généralement, après une durée de deux à trois jours, l'ophthalmie électrique se termine par la guérison. Exceptionnellement on a constaté la persistance du scotome central ou de l'amblyopie.
Certains auteurs veulent expliquer l'ophthalmie électrique par l'ac-
tion chimique des rayons ultra-violets (Maklakoff). D'autres (Hirschberg) en atttribuent la cause à la chaleur. Martin, au contraire, prétend que ni les expériences de Regnault ni celles de Chardonnet et Guyot ne prouvent que l'ophthalmie électrique soit causée par les rayons d'action chimique ; d'après cet auteur, elle serait due à l'éblouissement qui se produirait sur la rétine et qui déterminerait des congestions intra-oculaires.
Il y a des cas, cependant, où l'amblyopie qui résulte de la lumière électrique serait un symptôme d'hystérie. Féré a publié l'observation d'une jeune femme qui, après avoir regardé pendant quelques instants un bec électrique, fut prise d'amblyopie, de troubles de la sensibilité et de phénomènes paralytiques; l'amblyopie persista quelque temps, mais les troubles sensitifs et paralytiques disparurent bientôt.
Pour protéger les ouvriers qui soudent à la lumière électrique, Maklakoff recommande de les faire regarder à travers un verre jaune, en se couvrant la face d'un taffetas (voile ciré) jaune. Cet auteur ne peut pas affirmer qu'il n'y ait pas d'autres couleurs que le jaune, capables de garantir l'œil contre la lumière électrique, mais il assure que le fait est certain pour le jaune.
Les troubles oculaires consécutifs à l'action de la foudre (1) semblent aussi être dus en partie à l'action nuisible de la lumière électrique.
On a vu des cas où il n'y avait aucune brûlure de la peau (Silest), où le corps et l'intelligence, étaient absolument intacts, et où il s'était produit, cependant, des troubles delà vision. Sauf quelques exceptions, ces troubles oculaires étaient bilatéraux. Dans la plupart des cas, les malades frappés par la foudre avaient d'abord perdu connaissance pendant plusieurs heures. On constatait ensuite de la photophobie, une injection péri-cornéenne, du chémosis, de nombreuses opacités pointillées et striées dans la cornée (Meyhœfer), des opacités cristalliniennes, qui occupaient le plus souvent les couches corticales antérieures et rarement le centre des couches postérieures (Meyhœfer), de l'hyperémie de l'iris. Du côté de l'appareil musculaire de l'œil, on a observé la paralysie et exceptionnellement le spasme (Vossius) du muscle de l'accommodation, des paralysies des muscles extrinsèques de l'œil, accompagnées d'hémiplégie, du ptosis (Knies). On a trouvé dans la macula des altérations analogues à celles que produit l'action de la lumière intense (Deutschmann). Downer, dans un cas, a constaté à l'ophthalmoscope des hémorrhagies dans la macula; d'autres fois, on a trouvé des pigmentations de la rétine, causées certainement par des hémorrhagies semblables. Chez des gens frappés par la foudre, on a vu se produire : une iridocyclite à rechutes, une névrite optique peu accusée provoquant une atrophie optique. L'acuité visuelle est diminuée; la cécité complète
(I) Voir la bibliographie chez Vossius, Berliner Klin. Wochenschr, 1886. n° 9.