‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale (volume 3)Chapitre 9 sur 284 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

I. — UTILITÉ DE L'EMBRYOLOGIE POUR EXPLIQUER LES RAPPORTS ENTRE LES AFFECTIONS DES YEUX ET D'AUTRES AFFECTIONS.

Tous les traités d'anatomie renferment de nombreux renseignements sur la structure et la fonction de chacune des parties de l'œil, ■et nous ne pouvons mieux faire, pour les notions générales, que de renvoyer le lecteur à ces traités. Néanmoins, pour bien faire saisir les rapports qui existent entre les maladies des yeux et d'autres maladies, nous croyons ne pouvoir nous dispenser de rappeler certains faits anatomiques, embryologiques et physiologiques qu'il faut avoir constamment présents à l'esprit. De nos jours, la médecine doit reposer sur des bases solides, et, comme Fa dit avec tant de justesse M. le professeur Charcot, « l'intervention largement acceptée des sciences anatomiques et physiologiques dans les affaires de la médecine est une condition essentielle du progrès ».

Comme on le sait, chez l'embryon humain le nerf optique et la rétine naissent d'un bourgeon qui apparaît sur la partie inféro-externe de la première cellule cérébrale. Au point de vue morphologique, le nerf optique n'est pas comparable aux nerfs périphériques; il correspond aux fibres commissurales du cerveau, tandis que la rétine est homologue à la partie corticale des hémisphères (Meynert).

Dans l'ectoderme, en face du bourgeon, se creuse une petite fossette autour de laquelle l'ectoderme s'accroît de manière à former un bourrelet semi-circulaire, qui finit par arriver au contact du bourgeon. Celui-ci se gonfle dans sa partie périphérique et s'excave au centre. La partie épaissie de l'ectoderme continuant à s'accroître refoule la partie périphérique du bourgeon, dont le centre se creuse de plus en plus.

On pourrait comparer le phénomène à ce qui se produit lorsqu'on appuie fortement avec la main, sur une grosse balle de caoutchouc : il se forme un godet dans l'endroit où s'exerce la pression. Le godet du bourgeon cérébral devient la rétine, qui se trouve formée par les deux couches de ce bourgeon.

Des cellules mésodermiques viennent ensuite s'interposer entre la partie épaissie de l'ectoderme et sa surface externe, en formant une séparation entre les deux couches ; la partie épaissie devient le cristallin, qui continue à s'accroître par prolifération de ses cellules ectodermiques. Les cellules du mésoderme, entourant la partie externe de la rétine, donnent naissance à la choroïde. Puis une couche très mince, d'origine mésodermique, s'interpose entre le cristallin et la rétine : c'est le corps vitré. La partie de l'ectoderme qui était en rapport avec le cristallin forme la couche superficielle (épithélium) de la cornée. Le parenchyme de la cornée est formé par le mésoderme. Une fente apparaît entre la cornée et le cristallin, et devient la chambre antérieure, dont les parois sont recouvertes par des cellules endothéliales, qui se développent aux dépens de la choroïde. Celles de ces cellules qui recouvrent la surface postérieure de la cornée produisent une sécrétion cuticulaire sur les couches postérieures du parenchyme cornéen, d'où résulte la membrane anhiste de Descemet. C'est à une époque plus avancée qu'apparaissent les paupières, sous la forme de deux replis cutanés qui entourent le globe oculaire, l'un en haut, l'autre en bas.

Les couches antérieures de la cornée, c'est-à-dire l'épithélium et la membrane de Bowmann (membrane située en arrière de la couche épithéliale), sont, au point de vue embryologique, la continuation de la conjonctive du globe oculaire. La substance propre (parenchyme) de la cornée se développe en même temps que la sclérotique ; la membrane de Descemet et l'épithélium qui la recouvre, au contraire, apparaissent comme des parties du tractus uvéal. On a pu constater que les diverses couches de la cornée, qui se différencient au point de vue embryologique, n'avaient pas la même tendance à être influencées par les différentes maladies. Ainsi, la partie antérieure, ou conjonctivale, est fréquemment atteinte dans les maladies de la peau ou de la conjonctive. C'est elle qui est la première affectée dans les conjonctivites granuleuse etblennorrhagique, dans la rougeole, la scarlatine, l'herpès. Le parenchyme est le siège d'inflammation (kératite interstitielle) dans les dyscrasies, la syphilis, la scrofule, les fièvres paludéennes, etc. L'inflammation de la partie postérieure delà cornée (kératite postérieure) se montre comme symptôme concomitant des affections du tractus uvéal (1).

(1) Mande! stauiin, Die Hornhautentzundung une ihre Beliandlung vom xtiologischen Standpunkle belrachtet, Volkmann's Klinische Vorlesungen, 1889, n° 345.

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