POLYPES DU NEZ
une parésie de l'accommodation et un léger degré d'asthénopie névropathique chez un jeune homme auquel on avait extrait une douzaine de polypes du nez dans l'espace de quelques mois.
Les polypes peuvent, en outre, intéresser l'organe de la vue, en pénétrant dans les cavités voisines du nez (cellules ethmoïdales, sinus sphénoïdal). J'en ai recueilli des observations dans ma monographie sur ces deux cavités pneumatiques.
Parla croissance ultérieure des polypes dans les cellules ethmoïdales, la distance entre les deux yeux devient plus grande, les parois internes des orbites se déplacent en dehors, et il se produit ainsi la malformation du visage connue sousle nom de face de grenouille (« Froschgesicht » des Allemands). J'ai vu, au musée Dupuytren, un moulage en plâtre d'un cas très net de ce genre. Nieden, dans sa communication sur les rapports entre les maladies des yeux et celles du nez, a publié également deux cas nouveaux de polypes du nez ayant pénétré dans les orbites par les cellules ethmoïdales : il se produisit de la névro-rétinite, par compression du nerf optique, et, plus tard, les malades devinrent aveugles. Dans un de ces cas, la cécité se compliqua de céphalalgie intense, de perte de connaissance, et le malade mourut dans le coma. Les yeux étaient projetés complètement hors de l'orbite en avant et en dehors. Quant à la cécité, je pense qu'elle provenait de ce que la compression s'exerçait sur le nerf optique en dedans du canal optique, la tumeur ayant pénétré dans le sinus sphénoïdal. Les symptômes cérébraux ultérieurs, dans le cas de Nieden, sont, à mon avis, la conséquence de la pénétration de la tumeur dans la cavité crânienne.
Citons encore un cas de Schmidt-Rimpler où l'amaurose se produisit après l'extirpation par le grattage d'un polype du nez. L'hémorrhagie, très insignifiante, ne suffît pas pour expliquer ce symptôme. D'ailleurs, l'apparition d'autres signes prouva que l'amaurose n'était pas la conséquence de la perte de sang. Après l'opération, la malade s'aperçut que sa vue était moins claire, et, le lendemain, elle était aveugle. Les bords de la papille étaient légèrement opaques et effacés, ses veines étaient gonflées. Les pupilles étaient dilatées, sans réaction à la lumière. Du côté droit (côté de l'opération), il y eut ensuite atrophie du nerf optique, et, du côté gauche, une névrite optique très manifeste avec exophthalmie. La cécité persista.
Pour expliquer ces graves symptômes oculaires, Schmidt-Rimpler suppose l'existence d'altérations ischémiques dans le centre cérébral delà vision. A notre avis, l'application de la curette avait blessé la paroi du canal optique ; peut-être cette blessure avait-elle été facilitée par l'usure de cette paroi, du côté du polype. Une fracture du canal optique peut produire par contre-coup des lésions du nerf optique, même lorsque le contre-coup provient de parties très éloignées. Ainsi
Vossius cite le cas d'un gymnaste qui devint aveugle après une chute sur les protubérances de l'ischion, et, dans le cas de Schmidt- Rimpler, la blessure de la paroi du canal optique entraîna, à l'intérieur du trou optique, une péri-névrite optique, qui amena elle-même l'atrophie du nerf optique.
L'exophthalmie gauche est peut-être la conséquence d'un refoulement de la lymphe dans la gaine du nerf optique et dans son pourtour, par le fait du gonflement inflammatoire des tissus situés dans le canal optique.
d. Impétigo et ulcères de l'intérieur du nez et des sinus. — Augagneur considère la kérato-conjonctivite phlycténulaire des en fants comme produite par la contagion directe d'une rhinite impétigineuse. L'origine infectieuse de la kératite phlycténulaire n'étant pas encore établie, il faut expliquer ce fait de la façon que j'ai indiquée ci-dessus. D'ailleurs, on ne peut pas mettre en doute que des germes infectieux du nez, en pénétrant dans le sac conjonctival, puissent empêcher la guérison de la kérato-conjonctivite phlycténulaire, et même que la pénétration de ces germes dans une phlyctène puisse provoquer le développement d'un ulcère de la cornée.
Mais ce n'est pas toujours par la voie des muqueuses que l'infection gagne l'organe de la vue. Burow a observé des troubles oculaires à la suite de l'application d'instruments qui n'avaient pas été suffisamment nettoyés, clans des dispensaires d'auristes et de rhinologistes. Aujourd'hui, on explique généralement ces troubles par l'action toxique des ptomaïnes sur les nerfs périphériques. Dans les cas de Burow, les troubles consistèrent en ptosis et en parésie d'autres muscles de l'œil. Burow a vu aussi cette infection par des instruments être la cause d'iritis. Mais cette maladie peut aussi survenir à la suite de l'infection produite par des ulcères siégeant dans le nez. De Lapersonne a même observé une phlébite suppurative des veines ophthalmiques et des sinus caverneux, provenant des foyers de suppuration qui existaient dans le nez et dans les cavités voisines.
e. Ozène. — On sait que le retentissement de l'ozène sur l'organe de la vue a été étudié par Abadie, Trousseau, Van Millingen. Rampoldi prétend que l'ozène a des rapports avec les affections suivantes : maladies des voies lacrymales, hypérémie chronique de la conjonctive, blépharite, kératite parenchymateuse (?), ulcère de la cornée, glaucome aigu, parésie de l'accommodation, hypertonie, amblyopie. Millingen cite aussi une conjonctivite particulière très tenace, caractérisée par une certaine tendance des phlyctènes à la suppuration. J'ai examiné un certain nombre de malades atteints d'ozène et je n'ai pas toujours trouvé d'affections oculaires. Je ne crois pas être indiscret en rapportant que notre collègue Chibret m'a dit avoir fait la même constatation. Il y a quelquefois de la conjonctivite et une affec-
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tion des voies lacrymales; dans d'autres cas, les affections oculaires font défaut. Ce fait est d'accord avec l'explication que Zaufal a donnée de l'ozène, qui est une affection de l'arrière-cavité du nez. Je ne crois pas que le diplococcus volumineux découvert par Loewenberg ait été, encore trouvé dans le sac conjonctival. 11 serait à désirer que l'on fit des recherches ace point de vue.
En plusieurs cas, j'ai remarqué que l'ozène n'avait eu aucune influence lâcheuse sur la guérison d'affections oculaires. Ainsi, chezune malade atteinte de conjonctivite granuleuse, qui lui vint de sa sœur, j'ai réussi à faire disparaître complètement les granulations, bien que l'ozène persiste encore, la malade négligeant de se présenter aux consultations rhinologiques d'un confrère à qui je l'ai recommandée.
On peut, je crois, diviser en d.eux groupes les affections oculaires décrites dans l'ozène : 1° troubles réflexes : hypérémie de la conjonctive, larmoiement, parésie de l'accommodation, hypertonie et accès de glaucome chez les personnes prédisposées à cette affection, amblyopie ; 2° maladies infectieuses : ulcères de la cornée, infection de la plaie dans l'extraction de la cataracte (Van Millingen), dacryocystite. Aussi, Eversbusch, dans l'opération de la cataracte, fait-il la ligature préalable des canaux lacrymaux par des fils de catgut, quand il existe en même temps des affections des voies lacrymales ou même des processus infectieux des fosses nasales.
D. — TROUBLES OCULAIRES DANS LES AFFECTIONS DES CAVITÉS VOISINES DU NEZ.
a. Affections du sinus frontal. — A mon sens, les affections du sinus frontal sont fréquemment accompagnées des mêmes troubles oculaires réflexes que les maladies des fosses nasales ; mais on n'a pas remarqué ces troubles, parce qu'il est rare de faire le diagnostic des affections de ce sinus. Ces symptômes réflexes qui surviennent dans les maladies du sinus frontal sont surtout les névralgies du nerf susorbitaire quelle que soit l'affection du sinus qui en est la cause.
J'en ai observé un cas très net que je crois bon de rapporter.
Chez un tailleur de quarante-huit ans, atteint de trachome des deux yeux, il se produisit tout à coup un coryza aigu. Quelques jours après, survinrent des accès de fièvre, en même temps qu'une névralgie du sus-orbitaire et du nasal interne du côté droit. La douleur était soulagée par des applications de glace sur le front et par du salicylate de soude ('2 grammes à l'intérieur). Je constatai bientôt de la photophobie, du blaphépharospasme, de l'injection péri-cornéenne et du larmoiement du côté droit. Au bout de huit jours environ, des sécrétions purulentes s'étant produites du côté droit du nez, tous ces symptômes disparurent.
Si la sécrétion purulente ne s'écoule pas par le nez, il peut en résulter des aff eclions des parois osseuses du sinus frontal. C'est généra-
lement cette cause qui entraine la périostite et l'ostéite des parois du sinus : ces altérations des parois sont très rarement primitives.
S'il s'agit d'une périostite de la région sourcilière, on peut admettre avec vraisemblance une affection du sinus (Panas) ; Tostéo-périostite frappe surtout le rebord inféro-interne de l'orbite. La communication de Panas prouve combien il est facile de méconnaître les affections du sinus frontal. Il cite quatre cas d'affection de ce sinus parmis lesquels deux avaient été pris pour de Fostéo-périostite du rebord supérieur de l'orbite, un autre pour une tumeur gommeuse, et le quatrième pour une ténonite.
L'empyème peut se frayer un chemin :