MALADIES ET GROUPES DE MALADIES
sur 1000 soldats
sur 1000 sujets de 20
en France
à 39 ans dans la popu-
période 1886-89
lation civile 1886-89
Diarrhée, dysenterie et gastro-entérite. .
Maladies de l'appareil l bronchites et^
respiratoire ( pneumonies i
( l) La Statistique sanitaire des villes de France n'indique malheureusement pas la mortalité et les causes des décès parmi les jeunes gens de 20 à 25 ans.
Il résulte des recherches précédentes que les maladies infectieuses déterminent quatre fois plus de décès parmi les soldats que parmi les habitants des villes âgés de !2U à 39 ans. La plus meurtrière de ces affections dans l'armée est représentée par la lièvre typhoïde.
Parmi les fièvres éruptives, la rougeole et la scarlatine offrent plus de gravité et de léthalité dans les garnisons que dans la partie de la population civile formée par les hommes de 20 à 39 ans.
A signaler la mortalité varioUque, actuellement quatre fois moindre dans l'armée que dans cette partie de la population civile, grâce à la pratique des vaccinations et des revaccinations obligatoires dans les garnisons.
Si les maladies du système digestif paraissent un peu plus graves parmi les soldats que dans le groupe civil correspondant, il faut attribuer ce résultat à ce fait que beaucoup de diarrhées et de dysenteries sont fournies par notre armée d'Afrique.
Ce serait une erreur de croire, en s'en rapportant au tableau précédent, que la tuberculose occasionne beaucoup moins de décès (près de cinq fois moins) dans l'armée que dans la population civile correspondante, les deux nombres 1,23 et 5,64, qui représentent les décès phtisiques survenus annuellement dans l'un et dans l'autre de ces deux groupes humains, n'étant nullement comparables, puisque, comme nous l'ayons vu, et comme nous le rappellerons plus loin, l'éhmination des phtisiques hors des rangs de l'armée, avant comme après l'incorporation, a pour effet do restreindre considérablement le premier de ces nombres, en grossissant proportionnellement le second.
On a donné, relativement à la plus grande fréquence du suicide dans l'armée vis-à-vis de la population civile, des chiffres exagérés, parce qu'on n'a pas pris comme terme de compai'aison la mortalité-suicide de la population mâle de l'âge correspondant à l'âge moyen du soldat. Pendant la période 1872-89, le suicide se chiffre dans l'armée par 0,33 pour lOOO hommes présents, proportion considérable, si on la rapproche des chiffres suivants, par lesquels Brouardel a exprimé la fréquence des suicides dans la population civile en France :
Pour 1000 survivants de 20 à 30 ans, 0,11 suicides; Pour 1000 ruraux de 20 à 30 ans, 0,13 suicides; Pour 1000 citadins habitant les localités d'au moins 2000 âmes, 0,23 suicides.
Les soldats en temps de paix et dans les villes de garnison sont exposés naturellement à toutes les influences morbides qui sévissent sur les habitants de ces localités (influences infectieuses, telluriques, météoriques et climatiques), si bien que le tableau pathologique présenté par les troupes de chaque garnison en France, comme en Algérie et en Tunisie, dépend principalement des conditions hygiéniques du pays occupé par ces troupes et reproduit assez fidèlement l'ensemble des alTections prédominantes dans la population civile.
Le plus souvent, chaque fois qu'une épidémie se développe dans un corps de troupes, on découvre sa cause dans des conditions hygiéniques défectueuses de la localité ; souvent même elle prend naissance dans la population civile, et n'atteint la garnison que secondah'ement.
C'est ce qui a lieu ordinairement, comme nous le montrerons plus loin, pour un grand nombre de maladies infectieuses, endémiques ou épidémiques dans certaines localités (flèvi'e typhoïde, fièvres éruptives, paludisme, syphiUs], et auxquelles l'armée, comme les habitants, paye un lourd tribut.
Mais, indépendamment de l'influence exercée par les milieux urbains et par la population civile des villes de garnison sur la morbidité et la mortalité militaires, il faut reconnaîti'e que le soldat se trouve dans des conditions qui, relativement aux habitants des villes, sont très favorables au développement et à l'extension d'un grand nombre d'affections morbides.
Ces conditions inhérentes à la profession inihtaire consistent spécialement, comme l'a parfaitement indiqué L. CoUn (1) : IMans l'expatriation plus ou moins brusque du jeune soldat appelé sous les drapeaux ; 2° dans sa provenance fréquente de la campagne, où il n'était pas habitué aux influences moibides des grandes villes ; 3" dans l'influence de la vie en commun d'indi-
(1) L. Colin, art. Morbidité rmlilaire, p. TiS.
vidas tous du môme âge, ayant encore en partie les aptitudes morbides de l'enfance et prédisposés par conséquent aux maladies infectieuses qui, dans ces réunions d'hommes jeunes, trouvent un excellent terrain pour leur éclosion et pour leur extension.
Il n'est pas rare de voir survenir dans les garnisons certaines affections propres à l'enfance et qui ne s'observent qu'exceptionnellement parmi les adultes : telles sont les oreillons, les angines aiguës, les stomatites ulcrreiises, les adénites cervicales aiguës. Cette ressemblance des maladies des soldats avec les maladies des adolescents et môme des enfants, notée par nos prédécesseurs, s'accentue encore plus aujourd'hui, alors que le mode de recrutement actuellement adopté en France, comme dans la plupart des armées européennes, avec le service de trois ans, tend à composer les contingents d'éléments plus jeunes et, partant, plus prédisposés aux maladies de l'enfance.
Il faut tenir compte également des conditions de vie en commun, qui sont à peu près les mômes pour les soldats dans les casernes et pour les adolescents dans les collèges et les pensionnats; elles exercent une influence puissante sur le développement, la propagation et la gravité des maladies contagieuses, parmi les uns comme parmi les autres.
Marvaud.