TOTUM
EVANCELM/iH ARDESCIT
EST- 5 UPERSUESTANTIIALI5
EcciN -LEMANAT
INSCRIPTIOiVS RECUEILLIES SUR LES VETEMENTS DUX M0\0.\IANE AMBITIEUX.
Collection de M. Magnan.
candidat Fulmen X le nerf de la guerre, pour faire la guerre à
Laguerre étrangère et civile, ont par une première cotisation
avancé et compté la somme de 10,000 francs à Pie X, afin qu'il puisse aller décider, en lui chantant les cent quarante-quatre
premiers couplets de sa « Marseillaise » transfigurée, le prince
de Bismarck à rétrocéder l'Alsace-Lorraine sans coup férir. »
Il a, en effet, composé une « Marseillaise » particulière où il n'est question que de lui et aussi d'autres choses dont il serait
TABLEAU DESTINE A RECEVOIR LES COUPLETS DE LA " MARSEILLAISE i TRANSFIGURÉE.
difficile de parler dans une assemblée comme celle-ci; il pense que c'est une œuvre littéraire et politique importante. Comme il n'a pu la faire imprimer, il a eu l'extraordinaire patience de l'écrire tout entière en lettres moulées sur un immense placard
LK DELIRK DKS GRAXDEIRS. 389
qu'il a d'ailleurs enluminé de ligneltes assez drôles. Elle a près de deux cenls couplcls, je ne vous en cilerai qu'un seul :
Lai-isez décider l'invisible Siiscilateur de vos desseins :
Qa'il règne, le seul infaillible Qui scrnte les cœurs et les reins.
Laissez le sort, Dieu, le prophèle, Bénir les enfants de l'enfant Tout radieux et triomphant En croisant les mains sur leur lèlc.
Le reste est à l'avenant, et c'est signé : « Xavier Fulmen, le Cyréncen de Jules Jésus Grévy, le supplément complémentaire de Joachim Pecci. »
A côté de la « Alarseillaise " , Xavier Fulmen a écrit des proclamations immenses qui ne sont qu'une longue absurdité : aussi n'a-t-il pas enlevé beaucoup de voix à ses concurrents de Vaucluse.
Furieux de n'être pas élu, il revient à Paris, causant quelque scandale dans le trajet, comme il le raconte lui-même dans une lettre qu'il envoie à M. le Président de la République:
« Oui, Monsieur le Président ! Pie X l'a crié dans toutes les gares importantes où s'arrêtait le train omnibus direct, et ses cris ont trouvé des échos qui vont se propageant dans le monde entier avant le congrès de la Chambre et du Sénat pour l'élection présidentielle. — Il n'y a pas, non, il n'y a pas de comte de Paris, de Philippe VII et de Napoléon V et de Grévy, de Brisson, de Freycinet, de Goblet, de Clemenceau, de Freppel, ni de Cassagnac, ni de Legrand du Saulle, ni même de Magnan (voulant bêtement n'être pas magnanime), il n'y a pas de potentat sur la terre qui puisse empêcher que Pie X, le suppléant complémentaire de Léon XIII, soit élu par acclamation président de la République universelle. »
C'est en cet état rre^prit que Pabbé X... est enfermé à Pasile
390 LE DELIRE DES GHAXDE l RS.
OÙ il est encore aujourd'hui ; il n'a pas abandonné la politique, mais il cultive la poésie.
Voici la première sirophe de sa dernière production; c'est un long acrosliche sur ces mots : Magnan, magnifique^, Valentln, Magnan. II est adressé au médecin de Sainte-Anne.
Sagnan! à mon souhait, médecin AIagxax ime, > clore de mon sort la force qui... l'anime. Ciriesinger le le crie : dans Ion docle examen l^'écoule que d'un cœur de saint le dictamen. >dmirant son beau crâne... autre renard de Phètlre, targue Legiard da SaiilIe et sois un Grand du Cèdre.
Voilà, Messieurs, à quel degré de démence peut en arriver un délirant vaniteux après vingt-cinq ans de maladie. J'ai tenu à vous faire connaître cette observation avec un peu de délail parce qu'elle est complète : elle débute par l'excentricité, elle continue par les idées ambitieuses bien sysiémalisées, et elle finit après un long espace de temps par une épouvanlable démence. Tous les malades suivent cette marche, sauf les héréditaires, chez qui le délire apparaît d'emblée et par bouffées, presque aussitôt effacées que venues.
Combien est différente l'histoire de celui qui. frappé par la paralysie générale, verra son intelligence succomber en quelques mois, tandis que son organisme entier tombera dans une profonde déchéance !
Chez celui-là le début est particulièrement obscur; c'est ainsi que l'on voit des gens qui assez rapidement deviennent maladroits; ils trébuchent facilement; leurs doigts ont comme des secousses qui empêchent pour eux tout travail délicat. S'ils sont ouvriers ou artistes, leur ouvrage s'en ressent, les patrons ou le public trouvent qu'ils baissent. C'est surtout dans leur parole que ces hésitations se font sentir. Au début de chaque réplique, ils ont une façon de bégayer, une agitation du coin des lèvres qui ne trompe pas les gens exercés.
Puis, leur mémoire a des défaillances singulières, et, tout en continuant la vie commune, ils se laissent aller à des actes bizarres et inexplicables, étant donnée leur éducation. C'est ainsi qu'on a peine à comprendre que telle personne d'un milieu social élevé et d'une fortune suffisante soit prise, un jour, volant, dans un magasin de nouveautés, un objet dont elle n'a d'ailleurs nul besoin. Ou bien, on apprend qu'un bomme haut placé bat sa femme, brutalise ses enfanis et s'enivre chaque soir.
Il n'y a pas encore de folie à proprement parler, il n'y a qu'une cbute morale effrayante ; bien souvent la suite se fait attendre assez longtemps pour que les tribunaux aient à intervenir, et, comme les experts ne peuvent encore étayer leur opinion sur aucun acte évident de folie, beaucoup d'individus sont ainsi flétris et condamnés qui sont de simples fous, comme ils en donnent rapidement la preuve par la suite.
Comme le dit Foville, ce qui caractérise cet état, « c'est l'affaiblissement de la mémoire, de la raison, du jugement, delà volonté; c'est le changement dans le caractère, dans les sentiments, l'indifférence dans les affections; c'est l'atténuation du sentiment du juste et de l'injuste, du sens moral, de la notion de propriété; c'est l'oubli de tous les obstacles, de toutes les convenances; c'est l'insouciance de la valeur des actes, des conséquences qu'ils peuvent entraîner v .
Bientôt le délire apparaît, et, tout de suite, avec une forme spéciale. Ce n'est d'abord qu'une sorte de satisfaction complète, d'optimisme universel, le malade n'invente rien d'absurde, mais il se complaît dans sa propre contemplation. Il vit dans un épanouissement général; il s'écoute parler; il admire ce qu'il a fait, il aime ses œuvres. Il parle avec amour de sa fortune, de son mobilier; il raconte les perfections de sa femme et les hauts faits de ses enfants. Lui-même, il se trouve remarquable. Il vous fait admirer sa figure, ses bras, ses muscles, bien heureux quand il
s'en tient là. Si peu qu'il soit musicien, il se met au piano, joue assez ridiculement, chante et vous fait noter la finesse de son talent.
Un autre attirera \otie attention sur ses dessins, sur ses aquarelles, sur ses poésies, ou bien ilcmetlra des théories scientifiques
DESSIN nUIV PARALYTIQUE GÉm'mMI..
olicclion de M. le doclcor Luyf.
hasardées et insistera pour vous les faire partager; il se donnera comme un fin collectionneur et achètera, à l'éhahissement des siens , des choses horribles auxquelles i! attribuera une valeur considérable et une origine importante. Rien ne l'arrêtera dans les projets qu'il vous confiera, il sourira de vos objections, et passera outre.
Là encore, il n'y a pas de folie proprement dite. Que de gens
il faudrait enfermer si l'on isolait tous les amoureux d'euxmêmejsl
Mais voilà qu'un véritable délire survient, et il se manifeste soit par des actes, soit par des paroles.
Ecoutez le récit de quelques cas. M. A... s'occupait d'agricul-