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Tableau. — Sorties de l’armée par décès et par radiation par suite de maladies mentales
pour 1000 hommes d’effectif.
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DANS L’ARMÉE FRANÇAISE
Pour éviter des redites inutiles, il nous suffira de commenter le tableau X qui synthétise les documents réunis dans les précédents.
Ce tableau représente assez exactement la fréquence de la morbidité mentale dans l’armée, puisque, d’une part, il indique le nombre de cas (pour 1 000 hommes d’effectif) ayant entraîné la sortie de l’armée, soit par décès, soit par radiation et que, d’autre part, nous savons « qu’en principe, tout homme atteint d’aliénation mentale, doit être réformé, alors même que son état n’est pas reconnu incurable ».
Il semble que la circulaire ministérielle (3 juin 1897) qui prescrit cette mesure très sage ne soit pas appliquée d’une manière rigoureuse. En comparant en effet les tableaux donnant les moyennes des sorties de l’armée à ceux représentant le nombre de cas de maladies mentales observés dans les hôpitaux, nous voyons que chez les sous-officiers, chez les militaires en Algérie et en Tunisie, chez les militaires dans les prisons, pénitenciers et ateliers de travaux publics, chez les militaires des corps d’épreuve et chez les militaires des régiments étrangers, le nombre des cas de maladies mentales observés est plus élevé que celui des cas ayant entraîné la sortie de l’armée.
S’il en est bien ainsi, on est amené h admettre <{ue dans ces diverses catégories de militaires, on observe des troubles mentaux passagers curables,
qui ne mettent que momentanément obstacle à l'accomplissement des obligations professionnelles. Il est vraisemblable qu’il s’agit alors des psychoses toxiques et infectieuses relevant probablement de l’alcoolisme et des infections coloniales. Mais ce sont là des hypothèses que nous ne saurions appuyer d’aucune preuve.
Quoi qu’il en soit, il est regrettable que la circulaire à laquelle nous faisons allusion reste méconnue, principalement quand il s’agit d’individus appartenant aux corps d’épreuve et aux prisons. Il n’y a pas intérêt à conserver dans l’armée des individus tout à la fois délinquants et aliénés.
En examinant le tableau X au point de vue de la fréquence relative des maladies mentales dans les diverses catégories de militaires depuis 1890, nous voyons que, pour toutes ces catégories, la fréquence progresse d’une manière sensible, sauf chez les officiers, où elle semble diminuer.
Si l’on se reporte aux autres tableaux, on voit très nettement que l’augmentation constatée dans les diverses catégories résulte surtout de l’importance des radiations « pour imbécillité et idiotie ». De 0,04 p. 1000 en 1893, la proportion passe à 0,28 p. 1000 en 1904 à l’Intérieur et en Algérie-Tunisie de 0,07 p. 1000 à 0,89. Il est donc évident qu’une foule de débiles intellectuels, autrefois maintenus dans le rang, sont actuellement renvoyés dans leurs foyers au grand avantage du service.
A propos de ces sujets, remarquons eu passant.
DANS L’ARMÉE FRANÇAISE 31
cl nous aurons à y revenir, que bien que ce soit un progrès dans rétablissement des statistiques, de leur avoir consacré depuis 1893 une mention spéciale, il est regrettable que la désignation employée soit aussi peu médicale. Il semble bien qu’en général les sujets classés sous le numéro 15 de la nomenclature n’appartiennent pas à l’idiotie, ni à l’imbécillité proprement dites ; le plus souvent il doit s’agir de débilité mentale et parfois d’affaiblissement intellectuel acquis, c’est-à-dire de démence. Il y a eu, par exemple, assurément erreur de classement et de désignation lorsque l’on a indiqué comme réformé pour idiotie et imbécillité deux sous-officiers en 1899 et en 1904. Il y aurait avantage, croyonsncus, pour se rapprocher de la vérité et pour employer les termes avec leur acceptation psychiatrique admise, de remplacer les rubriques « idiotie et imbécillité » qui ne trouvent guère leur application dans le milieu militaire par celle de « débilité mentale ».
Si nous rangeons les diverses catégories de militaires d après la fréquence chez elles des maladies mentales, on obtient le classement suivant :
1° Militaires des régiments étrangers. . . 1,94
2° Militaires des prisons, pénitenciers et
ateliers de travaux publics (.69
3° Militaires des corps d’épreuve. ... 0,91
4° Officiers 0,8:'»
&* Soldats u,3o
6? Sous-officiers 0,06
Les régiments étrangers occupent la première place dans ce classement, en raison des éléments dont ils sont formés. Exception faite des Alsaciens- Lorrains patriotes, la plupart des légionnaires sont des débiles et surtout des déséquilibrés. A la faveur de celte prédisposition constitutionnelle, les troubles mentaux éclatent, et d’autant plus facilement que dans ce milieu, l’alcoolisme chronique est habituel, que les infections coloniales sont fréquentes, et enfin, que les conditions générales cf'existence sont particulièrement défectueuses et pénibles, du fait du climat et de la vie des camps.
Nous n’insisterons pas davantage sur ce sujet : la psychologie de la légion étrangère a bien des fois tenté la plume de littérateurs et de médecins. Tout le monde a lu les pages que lui a consacrées d’Esparbès et d’où se dégage si bien la déséquilibration, non privée de romantisme et parfois de grandeur, d’un grand nombre de légionnaires.
La fréquence relative des maladies mentales dans les prisons et corps d’épreuve est liée aux rapports étroits qui unissent la dégénérescence psychique et la criminalité : la folie et la délinquance coexistent d’autant plus souvent chez les mêmes sujets qu’elles ont une origine commune et se développent sur le même terrain. Cette question, d’un si gros intérêt philosophique et social, ne saurait être abordée ici, mais il est bon de constater en passant que, dans le milieu militaire, comme dans le milieu civil, les maladies mentales frappent surtout les groupe-
DANS L’ARMÉE FRANÇAISE
monts où les lares morales sont les plus nombreuses. La fréquence de l’aliénation dans les prisons, pénitenciers cl corps d’épreuve, comporte des déductions pratiques au point de vue médico-légal sur lesquelles nous aurons à revenir dans la troisième partie de ce travail.
Les officiers occupent le quatrième rang dans l’échelle que nous avons dressée. Celte place, ils la doivent à l’importance numérique chez eux d'une maladie de laquelle les autres militaires sont pour ainsi dire à l’abri, en raison surtout des conditions d’àge qui la déterminent ; nous voulons parler de la paralysie générale. En effet, sur 1000 officiers, 0,85 sortent de l’armée par suite de maladies mentales, dont 0,53 pour paralysie générale et 0,32 pour psychoses diverses ; chez 1000 soldats, dont 0,33 sortent pour maladies mentales, la paralysie générale n’intervient que 0.005 fois p. 1000.
Les maladies mentales, du moins celles qui entraînent le décès, la réforme ou la retraite, sont moins fréquentes chez les sons-officiers que dans toute autre catégorie. Même en comptant les formes passagères beaucoup plus nombreuses (0,33 p. 1000), les sous-officiers occupent le dernier rang de notre classement. Nous allons voir par contre dans un instant que le suicide est une manifestation psychopathique très commune chez ces militaires.
Nos tableaux statistiques nous montrent en dernier lieu la prédominance des maladies mentales en Algérie-Tunisie. Cette prédominance tient en
grande partie à la présence dans ces colonies des corps d’épreuve et des régiments étrangers qui sont, comme on sait, tout particulièrement atteints.
L’armée à l’Intérieur compte 0,40 aliénés p. 1000; les corps de troupe qui occupent l’Algérie-Tunisie en comptent 0,56 p. 1000.
En une période de 10 années la morbidité mentale moyenne de l'armée [rançaise a été de 0,43 p.
Le onzième tableau nous montre la fréquence relative des décès par suicide. Au point de vue psychiatrique, ces renseignements sont incomplets, car ce qui importe en cette matière, c’est moins le décès-suicide que la tentative elle-même, qu’elle soit ou non suivie de mort. Or, la statistique médicale de l'armée n’enregistre que depuis peu les tentatives non suivies d’effet. Quoi qu’il en soit, sur la fréquence absolue des suicides chez les militaires, notre tableau donne des renseignements intéressants.
Le suicide n’est pas toujours sous la dépendance de l’aliénation mentale, mais le plus souvent, il dépend de l’alcoolisme chronique, ou de la déséquilibration psychique. Alors même que les tentatives semblent justifiées par les conditions extérieures, presque toujours elles ont été effectuées à la faveur d’un trouble mental passager et d’une prédisposition psychopathique plus ou moins apparente.
Dans les recueils statistiques, le paragraphe con-
XI" Tableau. — Mortalité par Suicide par 1 000 hommes d’effectif
DANS L’ARMÉE FRANÇAISE
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