III. — Diagnostic
Le barbone peut être confondu cliniquement avec la fièvre charbonneuse, dont il se différencie cependant par la présence des œdèmes et par l’absence de coloration foncée des muqueuses. Les enzooties graves feront craindre, en certaines régions, l’apparition de la peste bovine; toutefois les lésions spécifiques des muqueuses et les accidents intestinaux graves manquent complètement ici. Les accidents sporadiques de type subaigu simulent la péripneumonie, et la constatation des lésions pulmonaires rend l’erreur plus facile encore.
La présence du microbe spécifique au niveau des lésions et les résultats de l’inoculation au lapin assureront le diagnostic dans les cas douteux.
Étiologie. — Étude expérimentale (1).
Modes de l’infection. — Toutes les parties de l’organisme envahi se montrent virulentes ; le sang, les pulpes d’organes, la salive, l’urine, le lait, les déjections sont également infectants.
Les jeunes buffles sont plus facilement infectés que les adultes. Une première atteinte confère l’immunité.
La contagion s’effectue probablement par les voies digestives, par l'intermédiaire des déjections qui souillent les aliments ; il est démontré que l’action des sucs intestinaux n’altère en rien la virulence. Makoldy croit à une infection sur la muqueuse buccale, au niveau des érosions produites par les fourrages piquants. Reiscliig a mentionné la contagion au porc, à la suite de l’ingestion de viandes provenant de buffles atteints. La pénétration par les voies respiratoires est douteuse ; elle n’a pu être réalisée expérimentalement que chez le mouton. L’inoculation par la peau ne serait possible qu’au niveau d’une solution de continuité.
La présence des bactéries dans les sols est démontrée par les conditions étiogéniques. Le barbone apparaît à certaines périodes de l’année (juin à novembre), toujours dans les mêmes localités ; Piot. a établi qu’en Égypte, l’apparition delà maladie était liée aux variations du régime des eaux.
(1) OnESTEct A h. ma. n ni. — Loc . cit. — Ileischig. — Maladie des buffles ou angine charbonneuse. Veterinarius, 1891.
« BARBONE » DES BUFFLES.
Modes de la pénétration du virus. — La transmission expérimentale est obtenue par les modes les plus divers. Le buffle jeune est tué en quatorze heures après l’injection (?) du sang pris sur un malade. Ln porcelet, un poulain , une génisse, des moulons , inoculés sous la peau, ont montré un œdème douloureux au point de l’inoculation et sont morts rapidement. Le rat et la souris, inoculés sous la peau, meurent en vingt-quatre heures. Le lapin est tué en neuf à douze heures par le même mode; chez lui, 1 infection est encore obtenue par l’injection dans la chambre antérieure de l’œil ou dans le parenchyme de la cornée.
Les poules, les pigeons succombent en vingt-quatre à soixantedouze heures ; cependant on observe chez eux des exemples d’immunité individuelle.
Le passage du virus de la mère au fœtus, constamment observé chez le cobaye et chez le lapin, a été démontré par Piot, chez la vache, par l’inoculation du sang fœtal au lapin.
Résistance du virus. — La résistance du virus a été étudiée par Oreste et Armanni. Dans le sang, la bactérie n’est détruite qu’en une
heure, à une température humide pérature sèche de 90 degrés. L sang frais est la suivante, après
Détruisent la virulence :
Alcool à 87°.
Sulfo-carbonate de KO à 15 p. 100.
Acide phénique — 2 p. 100.
Essence de térébenthine.
Naphtaline à 2 p. 100.
Acide salicylique en solution alcoolique — 1 p. 100.
Potasse caustique — 20 p. 100.
Acide sulfurique — 5 p. 100.
Eau chlorée.
Acide sulfureux.
de 95 à 100 degrés et à une temaction des antiseptiques sur le douze heures de contact :
Ne détruisent pas la virulence :
Chlorure de sodium.... à saturation.
Permanganate de KO... — 5 p. 100.
Acide thymique — 1 p. 800.
Acide salicylique en solution aqueuse — 2 p. 100.
Acide borique à saturation.
llyposulfite de soude... à saturation.
Dans les cultures, la virulence se conserve pendant huit ou dix mois.
Atténuation du virus. — Immunisation. — L’action deshautes températures ne détermine aucun affaiblissement utilisable de la virulence. Par contre, Oreste et Armanni ont réalisé l’atténuation par la culture, en présence de l’air, à une température de 30- 32°. On obtient ainsi un vaccin qui, inoculé au mouton et au buffle,
LES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES.
confère l’immunité, à l’égard d’un virus fort qui tue à coup sur les animaux témoins. Les inoculés ont un mouvement fébrile, souvent très léger, et une légère tuméfaction locale, mais ils ne cessent à aucun moment de manger et de ruminer.
Un second procédé d’atténuation consiste à faire passer le virus à travers l’organisme du pigeon. La virulence diminue ainsi très rapidement. La vaccination des buffles est obtenue par trois inoculations, pratiquées à quelques jours d’intervalle, avec le sang des pigeons infectés.
Prophylaxie.
Les règles prophylactiques applicables sont identiques à celles qui sont indiquées pour la Rinderseuche. Les localités infectées devront être évacuées, autant que possible, pendant les saisons dangereuses. Les aliments de provenance suspecte seront rejetés; l’accès des ruisseaux, des étangs, des mares,... sera interdit aux animaux.
Législation. — En Italie , le barbone figure au nombre des maladies donnant lieu à la déclaration. Aucune mesure spéciale n’est prévue.
Hongrie. — Un ordre, en date du 2 décembre 1891, étend à la maladie des buffles les dispositions générales de la loi sanitaire. Une circulaire de 1894 applique les mêmes règles aux porcs contaminés.
Égypte. — Les mesures sanitaires prescrites pour les maladies charbonneuses sont étendues au barbone.
(i Corn-s talk disease ; Billings).
Sous les noms de corn-stalk ou de corn-fodder disease on désigne, dans l’Amérique du Nord, une maladie septicémique affectant à la fois le cheval et les bovidés.
Étudiée dès 1871 par Gamgee, l’affection est rapportée à l’ingestion du charbon du maïs (ustilago maïdis) et cette influence est encore couramment admise dans le Nebraska.
Dans une première note, qui remonte à 1889, Billings (1) combat l’hypothèse de Gamgee; il montre qu’il s’agit d’une infection liée à l’ingestion du « maïs-fourrage » ; il décrit avec détails et figure même le microbe (bactérie ovoïde à espace clair central) qu’il a
(1) Billings. — Report on the work of the Laboratory of Nebraska for the year 1888.
rencontré constamment dans les tissus des malades, et qu’il considère comme l’agent essentiel de l’affection.
En 1891, Nocard (1) observe, dans les poumons de quelques bœufs américains, sacrifiés à l’abattoir de la Villette, des lésions analogues en apparence à celles de la péripneumonie ; une étude attentive de ces lésions montre qu’il s’agit d’une maladie très différente, causée par une bactérie ovoïde, à espace clair central. Les caractères biologiques de ce microbe paraissant identiques à ceux décrits, dès 1889, parBillings, Nocard émet l’hypothèse qu il s agit peut-être d’un reliquat de la « corn-stalk disease », dont les animaux sacrifiés à la Villette étaient atteints avant leur départ de l’Amérique.
Dans un volumineux travail, publié en 1892, Billings (2), confirme cette hypothèse ; il expose longuement la pathogénie de l’affection, les formes diverses qu’elle peut affecter et les altérations qu’elle provoque.
Bactériologie. — Le microbe spécifique se présente sous la forme d’une bactérie ovoïde, mesurant à peine 1 \j. de longueur sur 0,3-0, 4 [x d’épaisseur; il est mobile et se colore bien par les solutions aqueuses légères des couleurs d’aniline ; l’espace clair central est nettement visible, après coloration à la fuschine diamant ou au bleu de méthylène. La bactérie ne prend ni le Gram, ni le Weigert.
Le microbe est rencontré dans le sang et dans tous les parenchymes (Billings).
La culture s’opère facilement dans les bouillons, neutres ou légèrement alcalins, au contact ou à l’abri de l’air. La réaction du liquide n’est pas modifiée; le lait n’est pas coagulé. Sur gèlatinepeplone la culture, peu abondante, donne une mince couche bleuâtre, translucide, festonnée sur les bords, en forme de feuille de fougère; la gélatine n’est pas liquéfiée. Sur gélose, la culture est rapide, sans caractères spéciaux. Sur pomme de lerre, la croissance est pénible; il se produit une mince pellicule grisâtre, humide, à bords mal délimités.
La bactérie inoculée tue facilement la souris, le lapin, le cobaye, le pigeon. Le veau est tué par l’inoculation directe dans le poumon. La poule, le chien et le rat sont complètement réfractaires.
(1) Nocahd. — Broncho-pneumonie infectieuse des bœufs américains. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1891, p. 424.
(2) Billings. — The Corn-fodder diseuse... 1 vol., 1892.
LES SEPTICÉMIES HEMORRAGIQUES.
Espèces affectées. — Les bovidés , jeunes ou adultes, sont surtout exposés; le cheval et le mulet sont aussi considérés comme tributaires de la maladie.
Répartition géographique. — La maladie du maïs est connue, depuis plus de trente ans, dans les états de l’ouest de États-Unis, où elle cause, en certaines régions et en certaines années, des pertes considérables.
Le principal foyer comprend l lllinois, le Nebraska, le Missouri, le Kansas, l’Iowa, l’Indiana ; la contagion s’étend aussi, à un moindre degré, dans le Minnesota, le Visconsin, le Dakota, le Kentucky, le Michigan et l’Ohio.
Étude clinique.