‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 50 sur 156 · Diagnostic · texte numérisé non relu

Diagnostic

A. Diagnostic sur l'animal vivant. — Le diagnostic clinique comporte des indications différentes suivant les espèces considérées.

ci. Charbon chez le cheval. — Lors d évolution aiguë régulière, la constatation des signes généraux graves limite le diagnostic

FIÈVRE CHARBONNEUSE

différentiel à un petit nombre de maladies à évolution rapide. Au début, les signes de coliques, plus tard, les déjections sanguinolentes feront soupçonner une lésion de l’intestin, telle que la congestion., la gangrène (invagination...) ou la déchirure des parois. L’élévation permanente de la température, l’état des muqueuses permettent d’établir la distinction. Quelques cas de fièvre typhoïde à évolution suraiguë simulent de très près la fièvre charbonneuse; les seuls caractères différentiels consistent en l’absence des coliques, qui marquent souvent le début du charbon, et en l'appréciation du timbre métallique des battements du cœur dans cette affection.

La morve aiguë est plus nettement décelée par l’apparition des œdèmes cutanés et par les altérations spécifiques de la pituitaire. Certaines formes d ' anasarque à marche très rapide simulent encore le charbon bactéridien, jusqu’au moment de l'éruption des plaques œdémateuses. Enfin certaines intoxications, notamment l’empoisonnement par l’arsenic (Bigoteau), provoquent des troubles qui, dans les dernières périodes, ressemblent de très près à ceux de l’infection charbonneuse.

Dans les types à évolution lente, le diagnostic est difficile ou impossible au début. Dans les « pays à charbon » seulement, les symptômes vagues observés feront soupçonner l'infection bactéridienne.

Les accidents qui traduisent le charbon externe sont facilement différenciés des tumeurs sanguines d’origine traumatique ; ils se distinguent aussi des engorgements froids et œdémateux de la gangrène traumatique .

h. Charbon chez les rovidés. — Les conditions du diagnostic sont différentes suivant le type évolutif observé. Dans la forme suraiguë, la maladie ne peut être confondue qu’avec une intoxication grave et cette cause est facilement écartée. — Dans le cas d’évolution aiguë, le charbon, soupçonné d'après la soudaineté de l’invasion et l’intensité des symptômes généraux, est reconnu dès qu’apparaissent les évacuations sanguinolentes. Le charbon symptomatique ne présente des caractères analogues que dans quelques cas à marche très rapide, et alors que les tumeurs extérieures font défaut (Voir Charbon symptomatique). — Les formes subaiguës restent souvent méconnues ; dans les régions habituellement envahies seulement, les manifestations équivoques du début feront toujours soupçonner l’infection.

Le charbon externe est plus facilement différencié ; les tumeurs,

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chaudes, douloureuses, non emphysémateuses, ont une évolution différente de celles qui traduisent le charbon symptomatique.

c. Charbon chez le mouton. — La marche foudroyante de la maladie évite presque toujours les difficultés du diagnostic.

Dans les pays à charbon, les bergers reconnaissent la maladie des les premiers troubles ; l’émission d’urine sanguinolente, provoquée par le pincement énergique des naseaux, confirme les présomptions et permet de sacrifier prématurément les malades. Lors d évolution plus lente (deux et trois jours), le charbon est difficilement reconnu ; seuls, quelques bergers exercés soupçonnent 1 infection dès le début.

d. Charbon chez le porc. — Sous la forme décrite d angine charbonneuse, l’affection sera facilement reconnue. La présence d’une tumeur œdémateuse, envahissante, dans la région de la gorge et les signes généraux coexistants sulfisent au diagnostic,

B. Diagnostic sur le cadavre. — L’autopsie permet le plus souvent de porter le diagnostic avec une grande somme de probabilités ; la constatation de la bactéridie dans le sang donne la certitude. L’altération du sang ne fait jamais défaut; si l'on constate en môme temps la tuméfaction de la rate, les lésions hémorragiques de l’intestin et les engorgements ganglionnaires, on pourra conclure au charbon avec une quasi-certitude. La présence des tumeurs, chez le cheval, le bœuf ou le porc, fournit aussi des indications précieuses. La teinte saumonée des muscles, qui permet de soupçonner le charbon, en l’absence des viscères, fait défaut quand l’animal a été sacrifié avant la période ultime de la maladie; dans ce cas, la coloration et l’aspect du muscle restent absolument normaux, au moins pendant un certain temps après la mort. Toujours il sera facile de distinguer le charbon bactéridien, à la fois d’après les lésions observées et par les méthodes du diagnostic expérimental (V. Charbon symptomatique : Diagnostic).

Dans les cas douteux, la fièvre charbonneuse peut être facilement reconnue, si l’autopsie est pratiquée peu de temps après la mort, soit par la recherche directe de la bactéridie , dans le sanu et dans les pulpes d’organes, soit par Y inoculation des mêmes produits.

Le sang recueilli montre toujours des bactéridies, faciles à découvrir à un grossissement de 4-500 diamètres, avec ou sans coloration. Les produits obtenus par le râclage d’une coupe de la raie, du rein ou des ganglions hypertrophiés recèlent en abondance les micro-organismes.

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I n second moyen de contrôle consiste en 1 inoculation des pro duils suspects au mouton, au lapin ou au cobaye. On inocule un centimètre cube de sang recueilli dans le cœur, ou encore une dilution de pulpe de rate ou de ganglion, broyée dans l'eau bouillie. L’inoculation est faite, de préférence, avec la seringue de Pravaz, dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les animaux inoculés succombent en trente ou soixante heures ; ils présentent, au point d’inoculation, un œdème blanc, gélatineux, tout à fait différent de l’œdème sanguinolent consécutif à l’infection par le vibrion septique; la rate est volumineuse et molle; il existe de la congestion et des hémorragies capillaires dans la plupart des organes viscéraux; la vessie est remplie d’urine rougeâtre ou marc de café.

Les indications fournies par ces méthodes sont moins évidentes alors que les matières d’épreuve sont recueillies un certain temps après la mort. En quelques heures pendant l'été, en huit ou dix heures pendant l’hiver, une grande partie du cadavre des herbivores est envahie par le vibrion septique et, après lui, par diverses espèces microbiennes. L’examen du sang ou des pulpes montrera des formes multiples, dont certaines ressemblent beaucoup à la bactéridie ; dans de telles conditions, une conclusion ferme est rarement permise (1). De même, l’inoculation de produits impurs peut tuer les animaux réactifs en quelques heures, avant que le charbon n’ait eu le temps d’évoluer.

On atténuera ces causes graves d’erreur en recueillant les produits à inoculer au centre des parenchymes (rate, rein), ou mieux dans des ganglions altérés éloignés de la cavité abdominale, qui est le foyer initial des fermentations cadavériques. Dansces cas aussi, on emploiera comme réactif de choix le mouton, beaucoup moins sensible que le lapin ou le cobaye aux septicémies accidentelles ; si l’un de ces derniers devait être choisi, on pratiquerait, chez le cobaye, l’inoculation sous-épidermique, ou, chez le lapin, l injection intra-veineuse (veine de l’oreille) du liquide suspect préalablement filtré. La survie des animaux inoculés avec des liquides

(1) Dans un intéressant travail Gratia(*), après Kittet Siedamgrotzky, a montré que la bactéridie charbonneuse pouvait être assez facilement distinguée des autres formes bacillaires, grâce à la gaine hyaline qui enveloppe de toutes parts la masse protoplasmique; en traitant par une solution d’acide acétique à 1 p. 100 les lamelles colorées par une solution aqueuse légère de violet de gentiane ou de fuschine, on met en évidence cette gaine hyaline que possède seule la bactéridie charbonneuse ; on doit examiner sans baume, avec immersion à l’huile.

(*) Gbatia. — Du diagnostic du charbon bactéridien par l'examen microscopique du sang. Annales de méd. vét., 1894, p. 3 1 o.

ÉTIOLOGIE.

impurs ne suffit pas pour éliminer le diagnostic « charbon », la bactéridie filamenteuse ayant pu être détruite par la putréfaction sans donner de spores; alors que les sujets succombent, on devra nécessairement constater dans leur sang la présence de la bactéridie avant que de formuler un diagnostic (1).

Enfin, les cultures sur plaques de gélatine permettront encore de faire rapidement le diagnostic des cas douteux : les colonies de la bactéridie se distinguent en effet très aisément de celles qui sont dues à d’autres microbes.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Matières virulentes. — Chez les animaux qui ont succombé à la fièvre charbonneuse, le sang et tous les tissus se montrent virulents. Les bactéridies sont déversées encore dans divers produits de sécrétion; le jetage nasal est souvent souillé, à la suite d’hémorragies en divers points de la muqueuse respiratoire. Les déjections intestinales sont presque toujours hémorragiques et virulentes ; l’urine est également ensemencée en nombre de cas.

La virulence du lait est exceptionnelle ; Chambrelent et Moussous ont pourtant trouvé des bactéridies dans le lait de cobayes et de lapines et Nocard en a rencontré dans le lait de vache. C’est seulement après la mort, ou dans la période ultime de la maladie, que les bactéridies apparaissent ; elles sont toujours très peu nombreuses.

Réceptivité. — Parmi les conditions qui influent sur l’aptitude des divers organismes à l’infection, les unes sont inhérentes à l'espèce, les autres sont fonction de diverses modalités propres à l’individu.

a. L'influence de l'espèce est très évidente et elle est établie déjà par les faits d’observation. Les herbivores domestiques, cheval , bœuf , mouton et chèvre , forment un premier groupe d’animaux possédant à un haut degré la réceptivité à l’égard du charbon. Il est impossible toutefois de classer ces espèces par ordre d’aptitude, en raison de la considération de race qui inter-

(1) Les viandes renferment parfois des formes bactériennes suspectes, en dehors de I infection charbonneuse. Cet envahissement des muscles, qui s’opère surtout dans les cadavres d’animaux sacrifiés au cours d'une maladie grave, est observé aussi dans des \iandes provenant d’animaux parfaitement sains. Les mauvaises conditions de la saignée et de l habillage, le dépeçage et l’emballage de viandes encore « chaudes », le transport en paniers. .. sont les conditions ordinaires de ces accidents.

Nocard et Leclaixciie.

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vient puissamment ici. Les chevaux qui, en France et dans l’Europe centrale, résistent assez bien au charbon, sont frappés de préférence en Sardaigne, en Russie et surtout en Sibérie. Les bovidés qui sont, en France, beaucoup moins facilement atteints que les moutons, succombent au contraire plus volontiers en Bavière, en Saxe et en Angleterre.

Cette influence de la race est assez puissante parfois pour doter de l’immunité des animaux spécifiquement très prédisposés. Chauveau (1) a montré que les moutons algériens, de race barbarine pure ou croisée avec la race syrienne des moutons à grosse queue, étaient complètement réfractaires à l’infection naturelle et qu'ils résistaient même à certains modes de l'infection expérimentale.

Le porc est beaucoup moins facilement infecté que les herbivores ; jusqu’en ces dernières années, il était considéré comme réfractaire, non seulement au charbon accidentel, mais encore au charbon expérimental. Les observations de Nocard et Villain, Cornevin, Trombitas... démontrent la présence, chez le porc, de lésions charbonneuses accidentelles, tandis que les observations de Zschokke, de Peuch et de Crookshank (2) établissent la possibilité d’une infection expérimentale et en précisent les conditions.

Les carnassiers opposent une résistance considérable à l'infection; cependant le charbon accidentel est parfois observé chez le chien, le chat, le lion... et l’infection expérimentale est également réalisable.

Parmi les petits animaux, le lapin , le cobaye, la souris... sont extrêmement sensibles à l’action de la bactéridie.

Le rat est également apte à l’infection charbonneuse. Le rat blanc, considéré un instant comme réfractaire, se montre beaucoup plus résistant que les autres, mais il est infecté cependant par divers procédés expérimentaux. Muller (3) a montré que les chances de l'infection, représentées par 1 pour les rats blancs, seront exprimées par 1, 3/4 pour les rats blanc et noir, par 2, 3/4 pour les rats gris et par 5, 1/2 pour les rats noirs.

La poule est complètement réfractaire à la contamination naturelle ;

(1) Chauveau. — De la prédisposition et de l’immunité pathologiques. Influence de la provenance ou de la race sur l'aptitude des animaux de l'espèce ovine à contracter le sang de rate. C. R. Ac. des Sciences, 23 juillet 1879. Notes sur le même sujet, C. R. Ac. des Sciences, 14 juin 1880, 28 juin 1880 et 5 juillet 1880.

(2; Peuch, — Sur la fièvre charbonneuse du porc. Revue vét., 1887, p. 506. Crookshank. — Mémoire sur le charbon du porc , The Journ., of comp. Path. and Ther., 1889 et Revue vét. 1890, p. 169.

(3) Kurt Muller. — Der Milzbrand der Ratten. Fortschr. derMedicin., 1893, p. 225 et 309.

ÉTIOLOGIE.

son immunité ne peut être vaincue que par des procédés expérimentaux. Le pigeon et le moineau opposent une résistance beaucoup moindre. Chez certains animaux à sang froid, comme les reptiles elles batraciens , l’infection peut encore être obtenue.

b. Certaines causes, inhérentes à l’individu, modifient la réceptivité; parmi celles-ci, F âge possède une influence évidente. D une façon générale, les animaux jeunes sont beaucoup plus facilement contaminés que les adultes, et ces variations sont facilement démontrées chez les espèces qui se trouvent sur la limite de la réceptivité. G. Colin a établi que les oiseaux nouvellement éclos sont facilement infectés. Peuch et Crookshank ont vu le porc jeune succomber beaucoup plus souvent que les adultes au charbon expérimental. Le chien jeune est aussi plus apte à 1 infection (Peuch). Le rat blanc jeune est tué alors que l’adulte résiste presque toujours.

La résistance des organismes peut être presque toujours vain-

rente à l'espèce, la plus solide de toutes, est surmontée chez la poule, si l’on abaisse sa température de quelques degrés, par immersion partielle dans l’eau froide (Pasteur). La grenouille est contaminée si l’on élève sa température par un séjour dans l'eau à 35° (Gibier). L’extirpation de la rate chez le chien (Bardach), le jeûne chez le pigeon et chez la poule (Canalis et Morpurgo) augmentent considérablement la réceptivité. La privation d’eau agit dans le même sens; Pernice et Alessi ont obtenu par ce moyen l’évolution du charbon chez le chien, la poule, le pigeon et la grenouille. Les émissions sanguines ont une action prédisposante analogue chez le lapin (Rodet). Le surmenage diminue à ce point la résistance du rat blanc qu’il permet d’obtenir l’infection onze fois sur treize (Cbarrin et Roger).

La résistance propre à certaines races est moins solide encore. Les moutons algériens, réfractaires à l'infection naturelle, sont atteints dans une certaine proportion à la suite d'inoculations réitérées de virus charbonneux; la mortalité augmente avec la quantité et la qualité du virus injecté (Chauveau).

In degré de résistance plus ou moins absolu, mais toujours très appréciable est conféré par une première atteinte de la maladie. Lest probablement à une vaccination par une infection antérieure, localisée et peu grave, que certains animaux, appartenant aux races et aux espèces les plus prédisposées, doivent d'échapper ensuite aux divers modes de l infection naturelle.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

Modes de l'infection naturelle. — I. Charbon chez les herbivores. — a. Charbon interne. — A toutes les époques, les observateurs ont insisté sur l’origine tellurique de la fièvre charbonneuse; tous remarquent que, au contraire des autres contagions, lecharbon reste localisé à quelques régions. Dans les pays infectés, on sait aussi que le séjour sur certains territoires ou dans certains pâturages, est particulièrement à craindre et la Beauce a ses « champs maudits », comme l’Auvergne possède ses « montagnes dangereuses ». Etablie par l’observation directe, cette inlluence du sol est encore indirectement démontrée; depuis un temps immémorial, les bergers de la Beauce savent que l’émigration est un moyen d’arrêter les progrès du mal; les pertes continuent pendant quelques jours encore, après le départ du troupeau, puis elles diminuent de jour en jour, pour cesser bientôt dès que l’on a gagné les terres de la Sologne.

D’autre part, il est bien établi que le charbon n’est pas transmissible par les modes ordinaires de la contagion. Très généralement, un animal succombe dans une étable sans que ses voisins soient atteints; de même, dans les troupeaux, la maladie survient par à-coups, sans que jamais l’on puisse surprendre la transmission d’un animal à un autre.

La découverte de l’inoculabilité du charbon, et même les travaux de Davaine, n’éclairent que fort peu la question. L’hypothèse d’une transmission indirecte par les mouches, soutenue par Davaine, soulève de nombreuses objections et elle ne rend pas compte du plus grand nombre des faits.

Dès 1878, Pasteur, Chamberland et Roux entreprennent l’étude du problème si complexe de l’étiologie du charbon. Ils établissent que l’ingestion des spores de la bactéridie, mélangées aux aliments, peut déterminer la mort chez le mouton, et que l’inoculation est favorisée par la présence de corps piquants, comme les barbes d’épis d’orge ou les feuilles de chardon desséchées. Ils démontrent ensuite la présence des spores charbonneuses dans le sol des « champs maudits », et il devient évident que c’est par la spore, et grâce à la résistance de celle-ci, que l’infection s’opère.

Il reste à déterminer l’origine des spores répandues dans le sol. Pasteur, acceptant une opinion admise déjà par les agriculteurs, par les vétérinaires (1) et reproduite par Koch, l’attribue à une souil-

(1) OEmler (cité par Rollingeret par Koch) voit, dans le domaine de Mansfeld, la mortalité annuelle des moutons tomber de 21 p. 1 00 à 2 p. 100, à la suite de l’interdiction rigoureuse d'enfouir les cadavres dans le sol des lieux accessibles aux troupeaux.

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lure des terrains par des cadavres charbonneux enfouis et il demande à l’expérimentation la confirmation de ces vues.

« Nous avons ajouté du sang charbonneux à de la terre arrosée avec de l’eau de levure ou de l’urine, aux températures de l’été et aux températures que la fermentation des cadavres doit entretenir autour d’eux, comme dans un fumier. En moins de vingt-quatre heures, il y a eu multiplication et résolution en corpuscules-germes des bactéridies apportées par le sang.

» Ces corpuscules-germes, on les retrouve ensuite, dans leur état de vie latente, prêts à germer et propres à communiquer le charbon, non seulement après des mois de séjour dans la terre, mais après des années.

» Ce ne sont là encore que des expériences de laboratoire. Il faut rechercher ce qui arrive en pleine campagne, avec toutes les alternatives de sécheresse, d’humidité et de culture. Nous avons donc enfoui, au mois d’août 1878, après qu’on en eut fait l’autopsie, un mouton, qui était mort spontanément du charbon à la place même de l’enfouissement. Dix mois, puis quatorze mois après, nous avons recueilli de la terre de la fosse, et il nous a été facile d’y constater la présence des corpuscules-germes de la bactéridie, et, par l'inoculation, de provoquer sur des cochons d’Inde la maladie charbonneuse et la mort. Bien plus, et cette circonstance mérite la plus grande attention, cette même recherche des germes a été faite avec succès sur la terre de la surface de la fosse, quoique, dans l’intervalle, cette terre n’eût pas été remuée.

» Enfin, les expériences ont porté sur la terre de fosses où l'on avait enfoui, dans le Jura, à deux mètres de profondeur, des vaches mortes du charbon au mois de juin 1878.

» Deux ans après, nous avons recueilli de la terre de la surface, et nous en avons extrait des dépôts donnant facilement le charbon. A trois reprises, dans cet intervalle de deux années, ces mêmes terres de la surface des fosses nous ont offert le charbon. Enfin, nous avons reconnu que les germes, à la surface des terres recouvrant les animaux enfouis, se retrouvent après toutes les opérations de la culture et des moissons. Sur des points éloignés des fosses, au contraire, la terre n’a pas donné le charbon » (Pasteur, Chamberland et Roux.)

1 n seul point reste à élucider : Comment les spores charbonneuses sont-elles transportées des profondeurs du sol à la surface ? A cette question dernière, les expérimentateurs apportent la réponse la plus intéressante et la plus inattendue.

fièvre charbonneuse.

« Ce sont les vers de terre qui sont les messagers des germes et qui, des profondeurs de l'enfouissement, ramènent à la surface du sol le terrible parasite. C’est dans les petits cylindres de terre, à très lines particules terreuses, que les vers rendent et déposent à la surlace du sol, après les rosées du matin ou après la pluie, que se trouvent, outre une foule d’autres germes, les germes du charbon. Il est facile d’en faire l’expérience directe : que, dans de la terre à laquelle on a mêlé des spores de bactéridie, on fasse vivre des vers; qu’on ouvre leur corps, après quelques jours, pour en extraire, avec toutes les précautions convenables, les cylindres terreux qui remplissent leur canal intestinal, on y retrouve en grand nombre les spores charbonneuses.

» 11 est de toute évidence que si la terre meuble de la surface des fosses à animaux charbonneux renferme des germes du charbon, et souvent en grande quantité, ces germes proviennent de la désagrégation parla pluie des petits cylindres exerémentitiels des vers. La poussière de cette terre désagrégée se répand sur les plantes à ras du sol, et c’est ainsi que les animaux trouvent au parcage et dans certains fourrages les germes du charbon par lesquels ils se contagionnent, comme dans celles de nos expériences où nous avons communiqué le charbon en souillant directement de la luzerne (1) ».

Dès ce moment, tous les faits d’observation trouvent une explication facile et le rôle du sol dans l’étiologie est admirablement précisé. C’est par l’enfouissement des cadavres charbonneux que le charbon est entretenu, et l’on comprend l'heureuse influence des clos d'équarrissage, signalée par quelques observateurs. En l’absence de ces établissements dans un rayon rapproché, les cadavres charbonneux sont traînés au voisinage des habitations ou dans les champs pour être enfouis, et le sang qui s’échappe des orifices naturels souille le sol et les herbes. Toujours aussi, les cadavres sont dépouillés sur place (2) et de nouveau le sol est largement arrosé de sang virulent. Mélangée à la terre aérée des couches superficielles, la bactéridie se trouve placée, si la température est convenable, dans des conditions très favorables à la sporulation.

Le cadavre est enfoui, souvent à quelques pieds de profondeur, puis recouvert par une terre fraîchement remuée et bien aérée. Dans ces circonstances, la sporulation sera presque toujours pos-

(1) Pasteur, Ciiamberland et Roux. — C. II. Ac. des Sciences, 12 juillet 1880.

(2) En Beauce, une vieille coutume abandonnaitaux bergers la peau des animaux morts. C’était là une prime inconsciente accordée à la contagion.

ÉTIOLOGIE.

sible. Sans doute, les bactéridies contenues dans l’intérieur du corps, c’est-à-dire dans un milieu rapidement putride et désoxygéné, périront très vite, sans donner de spores; mais celles que renferment les matières sanguinolentes qui s’échappent sous la pression des gaz abdominaux, par tous les orifices naturels, trouvent, dans le voisinage immédiat du cadavre, les conditions d’humidité, d’aération et de température nécessaires à la sporulation. S’il est vrai, comme l’a objecté R. Koch, que la température du sol n'est suffisante que pendant deux ou trois mois de l’année pour permettre la sporulation, la chaleur développée par les fermentations dont le cadavre est le siège, élève la température du milieu au-dessus de 20°, en quelque saison que ce sort (1).

Les vers de terre ramènent ensuite les spores à la surface, et ici encore se trouvent expliqués divers faits d’observation. Les pluies d’orage, les inondations auront pour effet, en tassant le sol et en inondant les galeries, de forcer les vers à revenir vers les parties superficielles, en même temps que les parties vertes des plantes seront souillées par la terre et par les spores.

Le séjour des herbivores dans les terrains infectés est dangereux en raison de l’ingestion de plantes contaminées et de parcelles de terre virulentes; d’autre part, les fourrages récoltés sur les mêmes terrains sont dangereux aussi ; par eux l’infection rentrera dans l’étable. Pendant plusieurs années, la spore se conserve dans le sol avec sa virulence initiale, toujours capable de reproduire, dans des conditions favorables, le mycélium dont elle provient. On s'explique maintenant les effets de la transhumance, véritable fuite devant la contagion ; on s’explique aussi l'influence heureuse de l’alimentation à l'étable, par des fourrages de provenance éloignée, et enfin l’apparition du charbon chez les animaux nourris avec des fourrages provenant de régions infectées.

Les recherches entreprises en ces dernières années ont ajouté peu de chose à cette notion de la contagion par le sol ; toutes ont confirmé sa réalité, l’importance de son rôle et la rigoureuse exac-

(1) Les recherches de Karlinski (1891) montrent que toutes les parties des cadavres enfouis sont soumises à une élévation considérable de la température, et que celle-ci est plus marquée dans les viscères provenant de sujets ayant succombé à une maladie infectieuse. Les températures maxima constatées sont les suivantes :

Poumon charbonneux 34°, 3.

Poumon sain 30°, 4.

Rate charbonneuse 38°, 4.

Rate saine 32°, 4.

Foie charbonneux 31°, 4.

Foie sain 30°, T-

FIÈVRE CHARBONNEUSE

titude des modes indiqués. Soyka (1) a montré que la terre humide constituait un excellent milieu de culture pour la bactéridie et que, à une température convenable, « la sporulation s’y effectue plus vite, plus sûrement et plus abondamment que dans le bouillon placé à une même température ». Le rôle des vers de terre, contesté par Koch, d’après des expériences faites avec des terres infectées artificiellement, a été mis de nouveau en lumière par Feltz, puis par Bollinger (2) qui a trouvé la bactéridie chez les vers recueillis dans certaines localités infectées des Alpes bavaroises. Karlinski (3) a montré que diverses espèces de limaces voyageuses, notamment ÏArion subfiiscus, étaient réfractaires au charbon, et qu elles pouvaient transporter les spores et les disséminer à la surface des sols.

D’autres modes de dissémination du virus sont possibles encore, mais ils ne jouent qu’un rôle très secondaire dans la contagion. Déjà Pasteur avait montré que des spores charbonneuses traversent le tube digestif du mouton, sans provoquer l’infection et sans être altérées, pour être disséminées sur le sol avec les déjections. D’après Ivitt (4), les bactéridies contenues dans les matières excrémentitielles sanguinolentes des bovidés se transforment facilement en spores dans ce milieu ; c’est principalement par ce mode que les enzooties charbonneuses seraient entretenues dans les Alpes bavaroises.

La souillure des sols par des engrais virulents a été plusieurs fois signalée. Nocard a rapporté l’histoire de l’importation du charbon, dans des fermes du Berry jusque-là indemnes, par 1 utilisation de sangs desséchés et d’engrais provenant d un atelier d’équarrissage. Léon Faucher a signalé des faits analogues dans l’arrondissement d'Avesnes. On a cité des accidents de même ordre, à la suite de la souillure des terrains par leschaintres et les débris de laine (Abadie, Uhlich), par les eaux de lavages des laines (Trasbot,Léon Faucher), par des os pulvérisés, (rapport anglais pour 1891, Lehnert).... Galtiera observé l’infection d’un ruisseau parles eaux de trempage d’une tannerie; il a pu retrouver la bactéridie dans la vase. Jewjesenko signale, comme l’une des principales causes

(1) Soyka. — Bodenfeuchtigkeit und Milzbrandbacillus, Fortschritte der Med., 188G,

(2) Bollinger. -- Ueber die Regenwiirmer als Zwischentriiger des Milzbrandgiftes. Arbeiten aus déni pathol. Inst, zu München. Stuttgart, 188G.

(3) Karlinski. — Zur Kennlniss der Verbreitungswege des Milzbrandes, Centrait), fur Bakter., t. V, 1889, p. 5.

(i) Km. — Zur Aeliologie des Milzbrandes. Sitzungber. d. Gesselsch. f. Morph. u. Phys, in München, 1885.

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de la diffusion du charbon dans le gouvernement de Novogorod, l’infection des canaux par les os qui y sont jetés.

A la théorie pasteurienne du charbon d’origine alimentaire, R. Koch a opposé une conception étiogénique beaucoup plus large, mais aussi tout hypothétique et invérifiable. D’après lui, la bactéridie n’est parasitaire qu’accidentellement; elle vit et se multiplie, à l’état de saprophyte, dans certains sols ou dans les eaux. Cette doctrine est basée à la fois sur des faits d’observation et d expérimentation qui la rendent certainement vraisemblable, sans toutefois en apporter une démonstration directe. D’une part, on sait que la bactéridie vit très bien dans des macérations d herbes, de grains, de racines,... quand ces milieux ont une réaction neutre ou alcaline. D’un autre côté, l’observation montre que le charbon est fréquent dans les régions humides, au voisinage d étangs ou de ruisseaux et à la suite des inondations. Koch admet que la bactéridie cultive dans les eaux stagnantes, ou encore à la surface du sol et des végétaux, et qu’elle donne des spores pendant la saison chaude. Si le niveau des eaux vient à s’élever, les spores déversées sont répandues sur les prairies et elles se déposent sur les herbes. Ainsi serait interprétée l’influence bien connue des inondations cl celle de la proximité des cours d’eau et des étangs (1).

Ces vues de Koch, qui laissent évidemment tout entière la théorie étiogénique établie par Pasteur sur des faits certains d’expérimentation, sont intéressantes à plus d’un titre. Si la doctrine ne peut être appliquée aux hauts plateaux de la Beauce ou de la Saxe, elle reste vraisemblable pour d’autres régions. D’autre part, la conception d’une vie saprophytique de certains microbes pathogènes élargit singulièrement l’étude, déjà si complexe, de Pétiologie des maladies virulentes; elle ressuscite, sur un terrain nouveau, le vieux problème de la spontanéité et de la contagion.

Bollinger et Friedrich (2), qui ont appliqué au charbon la théorie du « Grundwasser », ont accumulé des faits tendant à montrer l'influence des mouvements de la nappe d’eau souterraine et des circonstances climatologiques dont elle est fonction. La bactéridie ne se conserverait et ne cultiverait dans les sols, après ensemencement de ceux-ci, que sous certaines conditions de constitution géologique; de plus, la pullulation dans les couches superficielles,

(1) R. Koch. — Loc. cil., p. 75.

(2) Bollinger. — Milzbrand. Repertorium der Thierh., 1888, p. 171. — L. Khiediuch. Die Aetioloyie des Milzbrandes. Deutsche Zeits. fur Thiermed., t. XI, 1885, p. ICO.

fièvre charbonneuse.

nécessaire à 1 infection, ne s’opérerait que sous deux conditions : abaissement brusque de la nappe d’eau et élévation de la température. Ces laits expliqueraient l’influence très marquée des saisons et la fréquence relative du charbon en certaines années.

b. Charbon externe. — Si, dans la très grande majorité des cas, le charbon est d’origine alimentaire et interne, l’infection peut être aussi déterminée par une inoculation à travers les téguments.

Une vieille croyance populaire, répandue autrefois dans toute 1 Europe, attribue le charbon, et surtout les tumeurs charbonneuses, aux piqûres de certaines mouches. En 1809, Raimbert démontre expérimentalement que les mouches bleues, qui séjournent sur les cadavres charbonneux, entraînent des particules virulentes restées adhérentes à la trompe et aux pattes. Davaine confirme ces résultats ; il attribue aux mouches un rôle prépondérant dans la dissémination et dans la conservation du virus charbonneux. En réalité, l’inoculation par les mouches est tout exceptionnelle et quelques espèces armées sont seules capables de déterminer l'effraction tégumentaire.

L'inoculation directe par des corps étrangers chargés de virus (souches, cailloux, chaumes), certainement possible, paraît aussi très rare. Chez le cheval et chez le bœuf, les excoriations superficielles produites par les harnais ou par le joug, après souillure de ceux-ci, suffisent pour assurer la contamination.

Les chiens sont des agents d’inoculation alors que, pendant ou peu après l’ingestion de débris de cadavres charbonneux, ils sont lancés sur des herbivores qu’ils mordent. Plusieurs fois l’on a signalé l’infection des moutons par les tondeurs, l’inoculation s’opérant au niveau de coupures par des « forces » souillées de virus. Gislason a rapporté la curieuse histoire d'une enzootie de charbon due à des inoculations successives par une flamme souillée de sang charbonneux.

IL — Charbon chez le porc et chez les carnassiers. — Chez le porc et chez les carnassiers, l’infection est toujours le résultat d’une ingestion de matières virulentes. C’est par les viandes ou les débris provenant des herbivores morts du charbon que la contagion s’opère.

Modes de la pénétration du virus. — La peau intacte ne se prête pas à l’absorption du virus, non plus que les muqueuses extérieures (G. Colin). Un contact prolongé, au niveau d’une muqueuse, multiplie évidemment les chances de la pénétration;

ÉTIOLOGIE.

Nocarcl a pu cultiver impunément la bactéridie, dans la mamelle d’une chèvre en lactation, pendant six jours; puis l’infection se produisit, sous une iniluence indéterminée. Straus et Sanchez- Toledo ont montré que la pénétration du virus ne s’opère pas au niveau de la muqueuse utérine du cobaye, souillée aussitôt après la mise-bas.

L 'inoculation 'mira ou soas-cutanèe est l’un des modes les plus certains de la contamination; cependant il existe à cet égard quelques particularités intéressantes. Le bœuf, qui contracte fréquemment le charbon, offre une résistance considérable à 1 inoculation. OEmler n'a réussi qu’une fois à le tuer dans quarante et une expériences; même avec un virus renforcé, l’on n’est jamais sûr de tuer un bovidé adulte par l’inoculation sous-cutanée. Le cheval contracte plus facilement le charbon par la voie hypodermique. Le chien oppose une résistance très marquée ; seuls, les jeunes sont contaminés en quelques cas; le chat présente une aptitude plus accusée.

Chez le cobaye et chez le lapin, il se produit, dix à quinze heures après l’inoculation sous-cutanée, un engorgement œdémateux local, en même temps que la température centrale s’élève de 1 à 2°. Des symptômes généraux ne sont observés que dans les derniers instants; quelques heures avant la mort, l’animal paraît inquiet; il urine fréquemment; la respiration s’accélère; les mouvements sont incoordonnés; puis on observe du coma, quelques convulsions et la mort survient; la température s’est abaissée graduellement vers 34 — 30° L’évolution est complète en 36 — 40 heures chez le cobaye; en 48 — 60 heures chez le lapin. A l’autopsie, on trouve, au niveau du point d inoculation, une infiltration œdémateuse caractéristique, sous la forme d'un exsudât gélatineux, tremblottant, blanc ou à peine rosé. Les ganglions lymphatiques voisins sont tuméfiés, infiltrés et œdématiés. La rate est volumineuse et molle; tous les autres parenchymes sont hypérémiés.

Les voies digestives constituent la porte d’entrée habituelle, lors d’infection naturelle. Depuis longtemps déjà, Barthélemy, chez le cheval, Renault, chez le mouton et la chèvre, ont obtenu le charbon par l'ingestion d’aliments souillés de sang virulent. Certains observateurs admettent aussi une infection par les aliments. C. Baillet explique 1 infection, dans les pâturages de 1 Auvergne, par 1 ingestion d herbes, souillées par les germes provenant des déjections des malades ou des cadavres abandonnés sur le sol.

Par contre, des faits précis étaient avancés qui tendaient à con-

fièvre charbonneuse.

trouver ce mode de contamination. La commission d'Eure-et-Loir conclut de ses expériences que « l'alimentation de l’homme et des animaux avec des débris cadavériques provenant de bêtes charbonneuses, ne produit jamais le moindre effet malfaisant. » G. Colin nourrit impunément des lapins avec du son arrosé de sang charbonneux.

Les connaissances acquises sur les conditions de la sporulation permettent d’interpréter ces dissidences. La virulence est rapidement détruite dans les matières qui ne renferment que des bactéridies filamenteuses, et le mycélium ingéré est détruit très généralement par le suc gastrique. D’autre part, les expériences de Colin et de Pasteur montrent que l’ingestion de produits virulents n’est pas la condition suffisante de l’infection. « Si l’on fait ingérer à des moutons de la luzerne arrosée de cultures charbonneuses contenant des spores, on voit que, malgré le nombre immense des spores de bactéridies ingérées par tous les moutons d’un même lot, beaucoup d’entre eux échappent à la mort, souvent après avoir été visiblement malades ; d’autres, en plus petit nombre, meurent avectous les symptômes du charbon spontané , et après un temps variable d’inoculation du mal qui peut aller jusqu’à huit et dix jours, quoique, dans la plupart des cas, la maladie revête ces caractères presque foudroyants fréquemment signalés par les observateurs, et qui ont fait croire à une inoculation de très peu de durée.

« On augmente la mortalité en mêlant aux aliments souillés des germes du parasite, des objets piquants, notamment les extrémités pointues des feuilles de chardon desséchées et surtout des barbes d’épis d'orge, coupées par petits fragments d’un centimètre de longueur environ. »

Pasteur, Chamberland et Roux, Gaffky et Lœffler ont démontré de même que, chez le mouton, l’ingestion d’une petite quant ité de spores 11e détermine l’infection que dans la moitié des cas environ, alors que les doses massives tuent à coup sûr. Kit t a pu faire ingérer impunément des quantités considérables de spores au chien et au porc.

La pénétration de la bactéridie ingérée, qui s’opère en un point variable du tube digestif, est déterminée sans doute par des circonstances accidentelles très diverses.

A la suite des recherches de G. Colin sur les modes de l'infection charbonneuse (V. Pathogénie), Toussaint et Pasteur avaient cru pouvoir déterminer la porte d’entrée du virus chez les moutons accidentellement infectés. Se basant sur les altérations constantes des ganglions sous-glossiens et rétro-pharyngiens, ils pensaient que

l’inoculation s’opère presque toujours par la bouche et par le pharynx. Les piqûres déterminées sur la muqueuse par les fourrages durs, les plaies préexistantes dues aux irrégularités dentaires expliqueraient cette localisation.

Les travaux de Koch ont montré cependant que la loi de l’envahissement successif des groupes ganglionnaires par le virus charbonneux n'est pas absolue ; ils ont établi que l’infection s’effectue principalement par l’intestin. Si, chez le mouton, la rapidité de l’évolution rend difficile la détermination du point de 1 inoculation intestinale, celle-ci est souvent reconnue chez les bovidés. C est au niveau des éléments lymphoïdes, dans les cryptes des lollicules clos ou des plaques de Peyer que la pénétration s’effectue.

Perroncito (1) conclut de ses recherches expérimentales que 1 infection spontanée est presque toujours due à la pénétration de spores dans les voies digestives; elle peut s’opérer aussi, mais exceptionnellement, par des bacilles qui ont traversé rapidement l’estomac, sans être altérés par le suc gastrique. Les spores, même ingérées en quantité considérable, doivent trouver des surfaces dénudées d’épithélium pour être absorbées.

Chez le porc, le foyer primitif de l’infection semble siéger presque toujours au niveau des ulcérations rencontrées dans l’arrièrebouche, au niveau des amygdales et de la tonsille.

Chez le chien et chez le chat, la pénétration peut s’opérer aussi parles premières voies digestives. Nocard a rencontré chez un chat, mort presque subitement, une tuméfaction énorme d’une amygdale, cause directe de la mort. Toute la glande était envahie par des amas innombrables de bactéridies, alors que très peu de parasites étaient rencontrés dans la circulation générale. Il est probable que. chez les carnassiers, des lésions locales évoluent seules, le plus souvent, à la suite de l’inoculation, assurant ensuite aux animaux une immunité absolue.

Toutes les causes capables de rompre, en un point quelconque, l’intégrité de la muqueuse digestive, favorisent indirectement l’infection. La pénétration est facilitée chez les herbivores par l’ingestion d’herbes sèches et dures, par la présence dans les fourrages de plantes piquantes, d’épillets de graminées (Pasteur)... ; chez le porc et chez les carnassiers, par l’action vulnérante de débris osseux ou de corps durs chargés de virus; chez toutes les espèces, par la préexistence de plaies ou d ulcérations sur la muqueuse.

1) Perroncito. — De la transmission du charbon par les voies de la digestion. Archives italiennes de biologie, t. V, 1883.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

L'infection par les voies respiratoires est facilement réalisée, chez la souris et chez le cobaye, par l’inhalation et par l’injection intra-trachéale de cultures virulentes.

Buchner et Muskatbluth ont montré que le poumon est perméable pour les bacilles charbonneux et que les voies de pénétration, sont les lymphatiques, les ganglions et le tronc lymphatique, d’où les bacilles passent dans les vaisseaux sanguins. Les spores charbonneuses, ou les bacilles qui en proviennent, sont capables de traverser la paroi alvéolaire et de passer dans les voies lymphatiques, en dehors de toute lésion mécanique. Bien plus, un certain degré d’inflammation de la muqueuse est favorable à l’élimination des bacilles, qui sont englobés dans l’exsudât et entraînés avec lui (1).

Enderlen a établi que, chez le mouton, l’infection avec une quantité déterminée de virus est déterminée beaucoup plus sûrement par l’inhalation que par l'ingestion. Le rôle de ce mode dans la contamination naturelle des diverses espèces, difficile à déterminer, est sans doute très restreint et les faits connus d’observation ne suffisent pas à le démontrer. Chez l’homme, au contraire, l'infection par la voie pulmonaire, à la suite de l’inhalation de poussières virulentes, est parfaitement établie (V. Transmission a l’homme).

L’ injection intra-veineuse constitue l’un des modes les plus sévères de l’infection; elle permet de tuer des animaux qui sont sur la limite de la réceptivité, comme le chien, ou qui résistent généralement à l’inoculation sous-cutanée, comme les bovidés.

La pénétration dans les séreuses tue également des sujets très résistants. Chez le chien jeune, l’inoculation dans la plèvre est rapidement mortelle. 11 s’opère dans les séreuses une culture rapide, avec production abondante de toxines. Les animaux succombent intoxiqués, alors que quelques bactéridies seulement ont pénétré dans le sang.

L’inoculation directe dans les méninges cérébrales produit sûrement l’infection, même chez les espèces qui sont sur la limite de la réceptivité. Il se produit une culture abondante dans les exsudais des méninges, suivie de la congestion des membranes et d’œdème du cerveau. Les animaux succombent après avoir présenté, dès les premières périodes, des symptômes de dépression nerveuse très marqués (Martinotti et Tedeschi).

L’inoculation dans la cornée (Straus) détermine ordinairement une kératite bactéridienne sans généralisation. Parfois aussi l’exten-

(D Düclaux. — Sur l’absorption par inhalation des germes morbides. (Révue critique.) Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 32 et 281.

PATHOGENIE.

sion se produit, annoncée par du chémosis, de l’œdème de la face et du cou; la mort arrive 8 — 15 jours après l’inoculation. Chez le pigeon, l 'inoculation intra-oculaire constitue l’un des modes les plus favorables de 1 infection (Metchnikoff).

Pathogénie. — Lors d'infection accidentelle, c’est presque toujours par la spore que s’effectue l'infection. Si la pénétration s’opère par les voies digestives, la spore, logée dans une brèche de la muqueuse, ou encore dans les cryptes lymphatiques, se transforme en une baguette mycélienne qui gagne les espaces lymphatiques sous-muqueux. A la suite de l’inoculation cutanée, la bactéridie se multiplie sur place, dans les espaces conjonctifs. Les conditions de cette culture initiale restent subordonnées à la qualité et à la quantité du virus, ainsi qu’à la résistance de l’organisme. L influence de la quantité des bactéridies inoculées a été mise en évidence par les recherches de Chauveau (1). Chez le mouton français, l’inoculation intra-veineuse de 50 — 100 bâtonnets ne tue pas et confère un certain degré d’immunité ; 000 bactéridies ne tuent pas toujours le mouton, alors que 1000 déterminent la mort à coup sur. Watson Cheyne (2) a montré, plus récemment, qu’une seule bactéridie était capable de tuer des réactifs très sensibles, comme le cobayejeune et la souris. Par contre, des doses massives triomphent d’un certain degré d’immunité; les moutons algériens, qui résistent aux inoculations virulentes à la lancette, sont tués dans la proportion de un sur trois si l’on injecte, sous la peau, 20 gouttes d’une culture virulente. De même, l’injection intra-veineuse de doses massives tue des organismes très résistants, comme le chien et le porc.

La défense de l'organisme est toujours sous la dépendance de l'activité cellulaire, quel que soit le degré de réceptivité des individus. Chez ceux qui sont doués d’une faible réceptivité, la pullulation des bactéridies inoculées provoque une réaction des tissus, surtout accusée par l’afflux de leucocytes et par l’action phagocytaire. Même chez les espèces normalement réfractaires, ce mode de la défense intervient. Les expériences de E. Wagner (3) montrent que, chez la poule, la réfrigération agit en paralysant l’action phagocytaire des leucocytes ; l’abaissement de la température obtenu avec l’antipy-

(1) Chauveau. — Des causes qui peuvent faire varier les résultats de V inoculation charbonneuse. C. H. Ac.des Sciences, t. XC, 1880, p. 152G ; Id., t. XCII, 1881, p. 510.

(2) Watson Cheyne. — A Study of certain of the conditions of Infection. Tlic British uied. Journ., 1886, p. 197.

(3) E. Wagner. — Le charbon des poules. Annales de l’Institut Pasteur, t. IV, 1890, p. 570.

fièvre charbonneuse.

l'ine permet également d’infecter les poules dans la proportion de six sur onze.

Chez les individus réfractaires, la bactéridie est détruite sur place, sans qu’elle ait provoqué d’accidents locaux appréciables. Chez d’autres, doués d’une faible réceptivité, la bactéridie cultive au point d’inoculation, envahissant lentement les tissus et provoquant les accidents inflammatoires locaux qui constituent la pustule maligne chez l’homme et les « charbons » chez les animaux déjà résistants; lors d’une inoculation périphérique, on voit ainsi se développer un charbon externe plus ou moins grave. Si la défense est suffisante, on constate seulement des phénomènes généraux d'intoxication, dus à la résorption des produits sécrétés, et les quelques bactéridies immigrées dans la circulation générale sont rapidement détruites ; si, au contraire, la résistance est insuflisante, la généralisation s’opère.

Chez les individus doués d’une haute réceptivité, l’envahissement de l’organisme s’effectue d’emblée, avec une extrême rapidité. En même temps qu’elle cultive sur place, la bactéridie est entraînée dans les voies lymphatiques, plus ou moins rapidement suivant le siège du foyer primitif et l’activité du virus (1). Chez le lapin inoculé à l’extrémité de l’oreille, le virus a diffusé au delà du siège de la piqûre en moins de trois minutes parfois (Colin), alors qu’en quelques cas les animaux survivent, si la région est amputée après deux ou trois heures. Chez le cheval, on arrête l’infection par une cautérisation pratiquée, au point d’inoculation, quelque temps après celle-ci.

Arrivées dans un vaisseau lymphatique, les bactéridies se multiplient rapidement, en même temps qu’elles sont entraînées jusqu’aux ganglions voisins ; en ces points, l’envahissement subit un temps d’arrêt, jusqu’à ce que, la prolifération continuant, le ganglion soit complètement infiltré et débordé. G. Colin (2), qui a très bien étudié ce mode de l’infection progressive de l’organisme, à la suite de l’inoculation cutanée, a montré que « les ganglions se transforment successivement en foyers virulents, à la fois par apport et par régénération de virus charbonneux dans leur tissu ou dans les liquides dont ils sont imprégnés, et qu’à un moment ils sont, avec la piqûre et son œdème environnant, les seules parties de l’organisme douées de propriétés virulentes. »

(1) Rodet. — Contribution à l’élude expérimentale du charbon bactéridien. Thèse, 1882.

(2) G. Colin. — Sur le développement successif de foyers virulents pendant la période d’incubation des maladies charbonneuses. Ac. de méd., 5 mars 1878. — Nouvelles recherches sur le rôle des ganglions lymphatiques dans la genèse du charbon. Ac. de Méd., 1er juillet 1879.

PATHOGÉNIE

Ce mode d’envahissement successif des territoires lymphatiques ai’est pas absolu cependant. Chez les individus peu résistants, la généralisation s’opère d’emblée, sans qu’il soit possible de reconnaître les étapes de l’infection.

Déversées dans le sang, les bactéridies s’accumulent dans les fins capillaires, au niveau des points où la circulation est normalement très lente; elles pénètrent, avec les leucocytes, dans les plus fins trajets, déterminant des oblitérations vasculaires et des hémorragies.

C est ainsi que la bactéridie se retrouve dans les divers produits de sécrétion, à la suite des altérations des parenchymes glandulai- ■es. Dans le rein notamment, les hémorragies produites au niveau «des glomérules permettent l’issue de la bactéridie ; dans la mamelle, une irruption bactéridienne est également possible. Edington (1) a 'rapporté une curieuse observation de lactation accidentelle chez iune lapine inoculée ; dans le lait, des bactéridies « contenant des spores (?) » étaient rencontrées en très grande quantité ; les coupes montraient les capillaires remplis de bactéridies et des hémorragies interstitielles.

C’est par un mécanisme analogue que s’opère le passage de la bactéridie de la mère au fœtus (2). Alors que les premiers observateurs, Brauell, Davaine, Bollinger, Chauveau... croyaient à l’imperméabilité absolue du filtre placentaire, Strausr et Chamberland montrent que le fœtus renferme fréquemment la bactéridie, bien •qu’il ne présente pas les lésions ordinaires du charbon; les microbes existent en effet en très petit nombre et la culture seule est capable de démontrer leur présence. Les observations et les expériences de Perroncito, Koubassof, Latis... confirment ces données.

Toutefois, l’infection du fœtus est loin d’être la règle et sa fréquence varie suivant les espèces; elle est moins souvent constatée chez le cobaye que chez le lapin ; il est probable qu’elle est plus exceptionnelle encore chez la brebis. Il semble aussi que la pénétration soit liée à la présence d’hémorragies placentaires (loi de Vyssokovitch), dont l’existence peut être directement constatée, sur les coupes de l’organe (3).

(1) A. Edington. — Lactation in a non-pregnant animal coïncident with Anthrax infection. The Journ. of comp. Path., t. III, 1890, p. 33.

(2) Straüs et Chamberland. — Transmission de quelques maladies virulentes , en particulier du charbon , de la mère au fœtus. Archives de Phys., t. I, 1893, p. i3.">. Malvoz. — Sur la transmission intra-placentaire des micro-organismes . Annales de l'Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 121.

(3) Latis dit n’avoir jamais vu d’hémorragies placentaires; il croit que les bacilles sortent des vaisseaux par diapédèse et qu’ils s'infiltrent dans les tissus en passant dans

Nocard et Leclainche. Il

FIÈVRE CHARBONNEUSE

Le mode d’action de la bactéridie sur l’organisme, sans doute très complexe, est encore incomplètement déterminé. L’hypothèse d une asphyxie des tissus par absorption de l’oxygène du sang, émise tout d abord, ne rend compte que d’une partie seulement des phénomènes ; des accidents très graves sont observés déjà alors que la bactéridie, cantonnée dans le système lymphatique, ne se rencontre pas dans le sang en quantité notable. Chauveau a d’ailleurs montré que la quantité d’oxygène contenue dans le sang du mouton charbonneux diffère très peu du chiffre normal. — Les troubles de la circulation capillaire n’expliquent encore que certains phénomènes seulement ; les embolies et les hémorragies cérébrales permettent d’interpréter les accidents vertigineux observés dans quelques cas; de même les troubles de la circulation du rein se traduisent par l’hématurie.

Les matières solubles dues à la vie de la bactéridie dans les tissus jouent un rôle prépondérant dans l’infection. Chauveau a obtenu la mort du mouton, par intoxication rapide, à la suite de l’injection de sang charbonneux. Les recherches de Hoffa, de Gamaleia et surtout les travaux de Roux et Chamberland permettent de préciser quelques-unes des propriétés de ces substances. D’après Martinotti et Barbacci(l), tous les phénomènes constatés doivent être rapportés à une action chimique exercée sur les tissus. Dès le début de l'infection, on constate une irritabilité fonctionnelle des organes lymphoïdes, traduite, dans les ganglions et dans la rate, par de la stase sanguine, suivie de thromboses et d’hémorragies. Dans la moelle des os, on rencontre également une accumulation de cellules lymphatiques en voie de mitose très active. A cette action initiale, doit être rapportée la leucocytose, toujours constatée. Plus tard, les matières toxiques produisent un relâchement des capillaires, tel que les parois laissent filtrer, sans déchirure, les globules rouges et les bactéridies.

La production des toxines serait surtout abondante dans certains milieux. A la suite de l’inoculation directe de la bactéridie dans les méninges cérébrales, Martinotti et Tedeschi (2) ont observé un envahissement du cerveau, suivi de mort. De plus, l’émul-

les interstices cellulaires. De même l’on n’observe jamais de déchirures des très fines parois des vaisseaux du mésentère.

Latis. — Ueber den Uebergang des Milzbrandes von der Muller auf den FÔtus. Ziegler’s Beitrage zur path. Anat., t. X, 1891, p. 148.

(1) Martinotti und Barbacci. — Ueber die Physiopathologie des Milzbrandes . Fortsch der Medicin., t. IX, 1891.

(2) Martinotti und Tedeschi. — Untersuchungen iïber die Wirkungen der lnokulation pes Milzbrandes in die Nervenzentra. Centralb. fur Bakt., t. X, 1891, p. 545, 593, C35.

RÉSISTANCE DU VIRUS

sion stérilisée des cerveaux charbonneux, inoculée à d’autres sujets, sous la peau, les tue rapidement, avec des symptômes identiques à ceux du charbon inoculé. Il y aurait donc production sur place de matières toxiques très actives, dues à la culture des bactéridies dans les liquides cérébraux.

Ces résultats mettent en évidence le rôle prépondérant des produits solubles dans l’infection ; toutefois les modes intimes de l’intoxication l’estent à préciser.

Résistance du virus. — L’action des différents agents est totalement différente suivant qu elle s exerce sur la bactéridie fîlamenteuse ou sur la spore. Alors que la première se montre, en général, très sensible aux divers modificateurs, la spore, au contraire, est douée d’une résistance considérable.

L’étude de la résistance des germes est loin d’être complète ; les conditions de l’expérimentation sont presque toujours complexes et il est difficile ou impossible d’isoler chaque facteur; d’autre part, la qualité du virus est elle-même variable. En ce qui concerne la spore notamment, et pour une même culture, chaque germe possède une résistance particulière, suivant les conditions dans lesquelles il s’est formé (E. Roux). On s’explique ainsi la diversité des résultats obtenus et l'on peut prévoir la relativité des indications fournies.

La dessiccation ne détruit que lentement la virulence (1). Dans le sang desséché, la bactéridie sans spores résiste pendant soixante jours à la température ordinaire ; dans le sang frais, à 33°, elle est tuée en cinquante jours, dans une atmosphère limitée d’air (tubes scellés). En culture, la bactéridie sans spores est tuée par la dessiccation, à la lumière diffuse, à 16-22°, en dix-huit jours; dans l'obscurité, à 33°, en douze jours. Dans le sang, la bactéridie sans spores résiste à la dessiccation, à la lumière diffuse, pendant vingt-trois jours ; dans l’obscurité, à 33°, pendant quatorze jours seulement. Sur la spore, la dessiccation reste sans aucun effet.

La lumière solaire, agissant sur du sang charbonneux sans spores, détruit la virulence en huit heures à l’état sec et en quatorze heures à l’état humide, quand le sang est au contact de l'air. Après imprégnation de papiers par le sang, la destruction n’est pas complète après seize heures d’insolation, en raison de l’action protectrice des fibrilles. — En culture dans le bouillon, les bactéridies asporo-

(1) Momont. — Action de la dessiccation , de l'air et de la lumière sur la bactéridie charbonneuse filamenteuse. Annales de l'Inst. Pasteur, t. VI, 1805, p. 21.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

gènes périssent après deux heures et demie d insolation au contact de l'air; les mômes cultures, insolées en même temps, à l'abri de l air , sont encore vivantes après cinquante heures d’insolation (1).

Dans les sols, les spores se conservent presque indéfiniment, dans les couches profondes, à l’abri de l’oxygène et de la lumière. Dans 1 eau, la bactéridie lilamenteuse est détruite en un temps variable (six jours à deux mois), suivant la composition chimique et la température du liquide; la spore résiste pendant plus d’un an (Meade Bolton) et elle semble pouvoir cultiver sous certaines conditions, (Wolffhügel et Riedel).

La putréfaction détruit très vite le mycélium, alors qu’elle laisse la spore intacte; la conservation de la virulence au niveau des cadavres enfouis s’explique par la sporulation qui s’effectue dans les parties superficielles.

La résistance à la chaleur est peu marquée pour les bâtonnets contenus dans le sang frais; la bactéridie est tuée en quelques minutes à une température de 55-58°. Les spores bien formées résistent, en milieu humide, pendant plus de dix minutes à une température de 95°; mais elles sont tuées, en moins de cinq minutes, lorsqu’on les porte à 100 degrés. La chaleur sèche détruit

(i) Une note de M. Arloing p) relative à l'action de la lumière solaire sur la spore charbonneuse a donné lieu à de vives discussions. Si l’on expose au soleil de juillet, du bouillon de veau dans lequel on a semé des spores, le bouillon, mis à l’étuve, après deux heures d’insolation, reste limpide ; il ne s’y fait pas de culture. Au contraire, une culture jeune de bactéridie, placée dans les mêmes conditions, est encore vivante après vingt-quatre heures d’insolation. Ainsi la spore serait infiniment moins résistante à l’action de la lumière que la bactéridie filamenteuse ! Ces faits étaient en contradiction absolue avec ce que l’on savait de la résistance de la spore. Les expériences de Roux {(*) **) ont montré que si les faits annoncés par M. Arloing sont exacts il convient d’en donner une toute autre interprétation ; l’action de la lumière est très vai'iable suivant la nature du milieu, et surtout suivant qu’elle s’exerce en présence de l’air ou en son absence. Dans l’eau distillée, au contact de l’air, la spore est détruite en douze ou seize heures ; dans le bouillon, elle résiste en réalité pendant près de trente heures ; si, au contraire, on la soustrait au contact de l’air, elle est encore vivante et virulente après quatre-vingt-trois heures d’insolation. Dans l’expérience de M. Arloing, le bouillon insolé pendant deux heures demeure stérile, non parce que les spores qu’il contenait ont péri, mais simplement parce que les oxydations qu’il a subies, sous l’influence de la lumière, l’ont rendu impropre à la germination des spores. En effet, si l'on puise dans le ballon insolé une petite quantité de spores pour en ensemencer un autre ballon contenant le même bouillon, conservé à l’abri de la lumière, on obtient, même après sept heures d’insolation, une culture absolument normale.

Les expériences de Momont confirment celles de Roux; dans l’eau distillée, les spores périssent après quarante-quatre heures d’insolation au contact de l’air ; dans un tube étroit, privé d’air, elles sont encore vivantes et virulentes après cent dix heures d’insolation.

(*) Arloing. — Influence de la lumière blanche et de ses rayons constituants sur le développement et les propriétés du bacillus anthracis. Archives de physiologie, t. Vit, 1886, p. 209.

(**) Roux. — Action de la lumière solaire sur la bactéridie. Annales de l’Institut Pasteur, t. I, 1887, p. 443.

RÉSISTANCE DU VIRUS

encore moins facilement la spore; une température de 120-140°, prolongée pendant trois heures, est nécessaire pour la tuer sûrement.

Des températures inférieures à 80° sont susceptibles de tuer la spore par une action longtemps prolongée; E. Roux (1), a montré que, dans ces conditions, la destruction est due à une oxygénation (le la spore ; ainsi les germes chauffés à 70°, pendant cent soixantecinq heures, à l’abri de l’air, donnent une culture abondante en moins de vingt-quatre heures, alors que les mêmes spores restent stériles, après soixante-six heures de chaulfage à la même température, en présence de l’air.

L’action des antiseptiques e st insuffisamment connue, encore que plusieurs travaux aient été consacrés à cette étude. Perroncito (2) a obtenu les résultats suivants :

Action sur la bacleridie.

Acide thymique à 3 p. 100 tue eno-lOmin. Acide sulfurique à 1 p. 100 — 5-15 —

Vinaigre 14 —

Alcool absolu tue immédiatement.

Alcool ordinaire tue en quelques min.

Eau-de-vie et rhum 5 —

Action sur la spore.

Sublimé corrosif à 1 p. 200 tue en 20 min.

— à 1 p. 1000 — 2 heures.

— à 1 p. G000 87 jours.

Permanganate de potasse — 2 —

Potasse caustique à plus de

Acide sulfurique a 15 p. 100 — 8 —

La spore est encore virulente après avoir subi l’action de la glycérine pendant deux cent quatre-vingt-un jours, de l’alcool absolu pendant cent vingt-quatre jours, de f’acide phénique à 1 p. 100 pendant soixante et un jours, de l’acide thymique, en solution aqueuse saturée, pendant cent vingt-quatre jours, du sublimé corrosif à 1 p. 1000 pendant une heure et à 1 p. 10000 pendant cent quarante-deux jours...

La solution de sublimé à 1 p. 1000 tue en quelques minutes la bactéridie filamenteuse; par contre la spore n’est nullement tuée dans les mêmes conditions (Geppert). Tscherni, qui a étudié spécialement l’action du sublimé sur le virus charbonneux, estime que les solutions à 1 p. 200 et 1 p. 400 tuent seules la spore en quelques minutes ; dans les solutions faibles, les spores s’atténuent très vite, mais elles gardent pendant quelque temps leurs propriétés de végétation. Il recommande, comme antiseptique pratique, un mélange de

(1] E. Roux De l'action de la chaleur et de l'air sur les spores de la bactéridie du

charbon. Annales de l’Institut Pasteur, t. I, 1887, p. 392.

(2) Perboncito. — Sur la ténacité de vie du virus charbonneux.... Archives italiennes de Biologie, t. III.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

sublimé à 1 p. 1000 et d’acide phénique à 2 p. 100, ou encore une solution de sublimé à 1 p. 1000, additionnée de sel marin.

L’acide phénique à 2 p. 100 n’altère en rien la spore, après un mois de contact; celle-ci n’est tuée que par une solution à 5 p. 100, agissant pendant huit jours au moins (Christmas).

Les recherches de Woronzoff, Winogradoff et Kolesnikoff (1) ont un caractère pratique qui les rend des plus intéressantes :

Action sur le sang frais.

Acide phénique à 2,5 p. 100 \ , .. . .

Acide sulfurique à 2,5 p. 100 ( c. rui.se Chlorure de chauxà 2,5 p. 1001 ^ V11U~

Sublimé corrosif à 0,25 p. 1000 / eme‘

Action sur les spores dans les cultures.

Sublimé corrosif à 2 p. 1000 tue en 1 min.

Sublimé à 0,3 p. 1000 dans eau phéniquée à 2 p. 100 — 15-30 —

Acide sulfurique à 50 p. 100 — 30 —

— chlorhydrique à 23p. 100 — 30 —

Essence de térébenthine — 30 —

Chlorure de chaux à2, 5 p. 100 — 24 heures. Permanganate de potasse

Les solutions faibles d’acide phénique, d’acide salicylique, de chlorure de zinc... sont insuffisantes pour détruire les spores.

Les peaux fraîches sont désinfectées par l’immersion, aussitôt après la mort, dans une solution d’acide phénique à 5 p. 100 ou de sublimé à 0,25 p. 1000. Les peaux sèches doivent être placées dans le sublimé à 1 p. 1000 pendant une heure.

Les laines, poils, brosses, etc., sont stérilisés par l'immersion dans la solution de sublimé à 1 p. 1000, additionnée de deux parties d’acide chlorhydrique ou de soixante parties d’acide phénique.

Pour la désinfection des étables, on recommandera les lavages avec le sublimé à 1 p. 1000. Le chlore gazeux peut être employé, à cette condition, de mêler à l’atmosphère 20-50 p. 100 de gaz pendant vingt-quatre heures. L’acide sulfureux est insuffisant.

Modifications expérimentales de la virulence. — Les premières tentatives d’immunisation des organismes à l’égard de la bactéridie charbonneuse sont dues à Toussaint (2). Le procédé employé consiste dans le chauffage à 55°, pendant dix minutes, de sang charbonneux préalablement défibriné. Par l’inoculation de trois centimètres cubes du liquide, il confère, à cinq moutons, une immunité telle qu’ils résistent à une inoculation virulente qui tue les animaux témoins. Toussaint émet d’abord l’opinion que l’immu-

(1) Woronzoff, Winogradoff et Kolesnikoff. — Sur la désinfection dans le charbon. Analyse in Jahresb. von Ellenberger und Schuetz, t. IX, 1 890, p. 28.

(2) Toussaint. — Procédé de vaccination contre le charbon. Ac. de Méd., 3 août 1880.

MODIFICATIONS DE LA VIRULENCE

nisation est due, non a une atténuation de la bactéridie, — qu’il croyait être détruite à 55° — mais à la présence, dans le sang charbonneux, d’une matière vaccinante.

Les expériences de Pasteur (1) confirment, peu après, la découverte de Toussaint quant à la possibilité de la vaccination, mais elles montrent que, généralement, la bactéridie est simplement modifiée par le chauffage à 55° et qu’il s’agit d’une vaccination par un virus atténué. Si la bactéridie est tuée, la vaccination n’est pas obtenue; de même, il peut arriver que l’atténuation ne soit pas produite et le vaccin tue comme le virus lui-même.

En même temps, Pasteur, Chamberland et Roux indiquent une méthode certaine d’atténuation de la bactéridie par 1 oxygène de l'air, et ils donnent le moyen de créer des vaccins doués d une virulence définie et permanente.

Les procédés sont aujourd’hui nombreux, qui permettent de modifier la virulence de la bactéridie charbonneuse. Ils peuvent être groupés pour l’étude dans les paragraphes suivants: 1° Action de l’oxvgène de l’air; 2° Action de la chaleur; 3° Action de l’oxygène sous pression ; 4° Action des antiseptiques ; 5° Action du passage par les organismes.

1° Action de l’oxygène de l’air. — Dès 1880, Pasteur, Chamberland et Roux tentaient d’appliquer à la bactéridie le procédé d’atténuation par la culture au contact de l’air, déjà employé pour le choléra des poules. Toutefois, une grave difficulté se présentait, résultant de la formation rapide dans les cultures de corpuscules-germes, nullement modifiables par le simple contact de l’oxygène. Une particularité de la vie du microbe permit heureusement de tourner cet obstacle ; à une température comprise entre 42 et 43°, la bactéridie ne donne plus de spores et le mycélium qui cultive subit, de jour en jour, d’heure en heure, une atténuation régulière de sa virulence. Après douze jours, la culture ne tue plus les cobayes adultes; après trente et un jours, elle tue encore les très jeunes souris, mais non les cobayes, les lapins et les moutons ; après quarante-trois jours, le virus semble avoir perdu toute action, même sur les souris ou les cobayes nouveau-nés. Si l’on vient à placer une de ces cultures ainsi modifiées à une température de 37 à 38°, elle donnera des spores, et celles-ci conserveront la virulence du mycélium dont elles proviennent. On a donc obtenu d emblée une véritable atténuation du virus, c’est-à-dire

(') I asteu R, Ciiambehland et Roux. — Sur la possibilité de vendre les moutons rcfiaclaires ail charbon, — Sur le vaccin du charbon. C. R. Ac. des Sc. 21 uiai's 1881.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

une modification permanente et héréditaire de ses propriétés.

Ci est à 1 action de l’oxygène de l’air qu’est due 1 atténuation du mycélium (Pasteur) ; cette action est facilitée par l’exposition des cultures en couche mince et en large surface, permettant une aération parfaite du liquide. La température exerce aussi une influence réelle (Chauveau), mais elle n’agit sans doute qu’indirectement, en tavorisant et en exagérant les phénomènes d’oxydation qui assurent l’atténuation.

2° Action de la chaleur. — C’est par cette méthode que Toussaint avait obtenu, pour la première fois, une diminution de la virulence du sang charbonneux. En 1882, Chauveau (1) reprend cette étude et il montre que l’on peut obtenir des virus à divers degrés d’atténuation, en soumettant le sang défibriné à une température de 50°, pendant un temps variable. Le même résultat est rapidement obtenu avec des cultures en bouillon faites à la température de 42-43°, — c’est-à-dire dépourvues de spores, — puis portées à une température de 47°. Après trois heures de chauffage, le virus est incapable de tuer le cobaye adulte et il est facile d’obtenir une échelle de virulence.

Ce dernier procédé ne détermine cependant qu’une modification passagère du virus ; celui-ci, reporté à la température eugénésique de 37°, donne des spores qui produisent à leur tour un mycélium revenu à la virulence initiale. Pour obtenir un virus véritablement atténué, c’est-à-dire capable de transmettre la modification éprouvée aux générations ultérieures, Chauveau (2) eut recours au procédé suivant: la bactéridie, prise dans le sang, est cultivée d’abord à la température de 42°5 ; puis, après vingt-quatre heures, la culture exclusivement mycélienne obtenue est placée pendant trois heures à 47°. Une certaine atténuation se produit déjà et la culture, reportée à 37°, donne des spores modifiées également dans leur virulence. La culture est alors exposée, pendant une heure, à une température de 80 à 84°; les spores, déjà altérées et rendues plus sensibles par le premier chauffage du mycélium, subissent une atténuation dont le degré est fonction à la fois de la température et de la durée du chauffage.

Les virus ainsi obtenus sont véritablement « atténués » ; la modification est transmise héréditairement. Toutefois, leur activité

(1) Ciiauveau. — De l’atténuation directe et rapide des cultures virulentes par l’action de la chaleur. C. R. Ac. des Sciences, t. XCVI, 1883, p. 553.

(?) Chauveau. — De la faculté prolifique des agents virulents atténués par la chaleur et de la transmission par génération de l'influence atténuante d’un premier chauffage. C. R. Ac. des Sciences, t. XCVI, 1883, p. G78.

MODIFICATIONS DE LA VIRULENCE. 169

diminue assez vite et leurs propriétés ont disparu après quelques mois.

3° Action de l’oxygène comprimé. — Les recherches de Chauveau (1) démontrent l’action atténuatrice de l’oxygène comprimé. Des cultures soumises, pendant quatre générations successives à 38°, à une pression de huit atmosphères d’air tuent encore le cobaye, mais non le mouton. Après quatre autres générations, sous une pression de neuf atmosphères, les cultures ne renlerment plus qu’un petit nombre de germes et les cultures obtenues avec ceux-ci sont inoffensives pour le cobaye. La modification produite ainsi est héréditaire. Cependant, la virulence se relève légèrement, sans atteindre le degré nécessaire pour tuer le mouton. Il est possible d’obtenir par cette méthode une série de virusvaccins.

Sous une atmosphère d’oxygène pur, l’atténuation est plus rapidement obtenue. Des bactéridies cultivées à 35-36°, sous une pression de deux atmosphères et demie, pendant quinze à trente jours, puis reportées en cultures très aérées pendant quelques semaines, donnent un virus qui, inoculé en dilution étendue au mouton, confère l’immunité. Les vaccins préparés par ce mode conservent une virulence fixe pendant deux mois au moins ; mais, après ce temps, on constate parfois un retour à la virulence normale.

Par une action longtemps prolongée de l’oxygène sous pression, on peut destituer la bactéridie de toute action pathogène à l’endroit des réactifs animaux les plus sensibles; de plus, le microbe ainsi transformé reste apte à conférer l'immunité. Enfin, il est possible de restituer aux races ainsi modifiées leurs propriétés virulentes par des artilices expérimentaux appropriés.

4° Action des antiseptiques. — Chamberland et Roux (2) ont étudié l’action des antiseptiques sur la végétabilité et sur la virulence de la bactéridie charbonneuse. La culture s’opère encore dans des bouillons additionnés de 1/1200 à 1/600 d’acide phénique, mais la bactéridie subit une atténuation progressive. « La culture issue d’une bactéridie qui a vécu douze jours dans du

(I) Chauveau. — De l’atténuation des cultures virulentes par l'oxygène comprimé. C. R. Ac. des Sciences, t. XCVI1I, 1884, p. 1232. — Application à l’inoculation préventive du sang de rate de la méthode d'atténuation par l'oxygène comprimé. Id. , t. C, 1885, p. 320. — Sur

les propriétés vaccinales des microbes ci-devant pathogènes , 1 d . , t. C V III, 1889. p. °19.

i2! Chamberland et Roux. — Sur l'atténuation de la virulence de la bactéridie charbonneuse sous I influence des substances antiseptiques. C. R. Ac. des Sciences, 1883, t. NC\ I, p. 1088 et 1410.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

bouillon phéniqué au 1/600, est virulente pour les cobayes et les lapins. La culture issue de la même bactéridie, après vingt-neuf jours, ne tue plus ni cobayes, ni lapins. »

Les modifications ainsi obtenues sont définitives ; les cultures successives de ces virus reproduisent le microbe avec ses propriétés atténuées. Il est donc possible d’obtenir encore toute une échelle de virulence et, partant, des virus-vaccins.

On obtient aussi l’atténuation avec d’autres agents chimiques et notamment avec le bichromate de potasse. La bactéridie cultive dans un bouillon contenant 1/5000 à 1/2000 de bichromate, mais, dans ces conditions, le mycélium ne donne pas de germes et sa virulence diminue rapidement. Après dix jours, le mouton n’est plus tué ; après un temps plus long, le lapin et le cobaye résistent également. Si l’action du bichromate a été prolongée, la bactéridie perd définitivement la faculté de former des spores ; les cultures successives ne donnent plus que des filaments, et même le passage à travers les organismes ne restitue pas à la bactéridie ses propriétés sporogènes. L’atténuation obtenue par ce mode est fixe et transmissible par générations successives.

L’acide sulfurique dilué à 1/200 exerce également une action atténuatrice progressive si on le fait agir sur la spore ; les bactéridies obtenues conservent leur virulence atténuée dans les cultures en série.

On crée par tous ces modes des variétés nouvelles de la bactéridie, mais il est remarquable que leur virulence est parfois modifiée suivant un mode tout particulier. Ainsi la bactéridie atténuée par le bichromate pourra tuer le mouton, alors qu’elle aura perdu toute virulence à l’égard du lapin, de beaucoup plus sensible cependant à la bactéridie normale. Ces faits montrent que « chaque espèce animale possède une réceptivité particulière pour chacune des races de bactéridies que l’on peut créer par la culture » (Ghamberland et Roux); ils montrent aussi avec quelles restrictions de relativité doivent être entendues les expressions de « réceptivité » et de « virulence ».

La culture opérée dans des milieux renfermant une forte proportion de matières grasses (un tiers ou deux tiers en volume) aboutit de même à une diminution graduelle, puis à la disparition de la virulence en trente jours environ (Manfredi).

5° Action du passage par les organismes. — Les premières expériences de Pasteur, Chamberland et Roux établissaient déjà que la virulence de la bactéridie est augmentée par le passage à

IMMUNISATION.

travers des organismes cle plus en plus réfractaires. Par des passages successifs de poulet à poulet, on obtient un virus charbonneux extrêmement actif. Les passages de la bactéridie à travers le pigeon (Metchnikoff) ou à travers le chien (Malm) produisent la même augmentation dans la virulence. Les résultats contradictoires obtenus par divers expérimentateurs (Flugge, Kitt. . .), doivent être attribués sans doute à quelque condition spéciale introduite dans la technique. Les recherches de M,lc Tsilinsky (1) montrent qu’ « il se produit dans l’organisme d’un animal peu sensible (lapin), un renforcement considérable du vaccin charbonneux qui reprend les qualités du virus charbonneux. Le renforcement du vaccin ne peut être attribué exclusivement à la sélection des bactéridies les plus fortes ; il est dû aussi à un renforcement fonctionnel de la bactéridie. »

Immunisation. — L’immunisation est obtenue, soit par l’inoculation de virus affaiblis, soit par l’introduction dans l’organisme de matières chimiques douées de propriétés vaccinantes.

I. Immunisation par les virus atténués. — Dans l’échelle de virulence fournie par les divers modes d’atténuation, il est possible de choisir des virus suffisamment affaiblis pour ne provoquer, chez une espèce donnée, que des troubles sans gravité. L’inoculation d'un tel virus permettra à l’organisme de résister, soit à l’inoculation ultérieure d’un virus plus énergique, soit encore aux divers modes de la contagion naturelle. D’autre part, l’immunité conférée est d’autant plus solide que le virus est plus énergique.

Le problème de l’immunisation par les virus atténués consiste à trouver un virus assez faible pour ne pas causer de troubles graves dans l’organisme inoculé, et assez fort pour assurer la résistance à la contagion naturelle.

Cette double condition est facilement réalisée si l’on emploie successivement deux virus d’énergie différente ; un premier vaccin, très faible, permet au sujet inoculé de supporter facilement la pénétration d’un second vaccin, plus fort, qui, inoculé d’emblée, eût provoqué des accidents plus ou moins graves.

Pour des animaux déjà résistants, comme le mouton ou le bœuf, ces deux vaccinations sont sans danger ; pour d’autres, plus sensibles, comme le lapin, il est nécessaire d'employer trois ou quatre vaccins de virulence croissante pour immuniser sûrement (Pasteur, Feltz).

(I) Mllc Tsii.insky. — Recherches sur la virulence de la bactéridie. Annales cle l’Institut Pasteur, t. VI, 1892, p. 465. *

FIÈVRE CHARBONNEUSE

Le mécanisme de l’immunisation ainsi obtenue est assez nettement déterminé. Les bactéridies, inoculées sous la peau, ne se multiplient que faiblement au point d’inoculation ; elles sont détruites sur place sans que l’organisme soit envahi par elles (Bitter, Vyssokowicz). D’autre part, l’immunisation est obtenue par l’injection d’une grande quantité d’un virus très atténué (premier vaccin), dans les veines du lapin, et, dans ce cas encore, les bactéridies sont détruites rapidement (Roux et Chamberland). Il semble, dès lors, que la vaccination est due aux produits solubles élaborés au niveau du point d’inoculation puis diffusés ensuite dans l’organisme; la vaccination par les virus atténués se résoudrait, en dernière analyse, à une imprégnation par des matières immunisantes (1).

Si les tissus des vaccinés sont impropres à la culture de la bactéridie, certains milieux organiques constituent encore des milieux favorables. Metchnikoff a vu la bactéridie introduite dans la chambre antérieure de l’œil des lapins réfractaires conserver sa virulence. Nocard (2) a montré que la bactéridie, ensemencée dans les sinus mammaires d’une chèvre vaccinée, cultive indéfiniment et que le lait de chaque traite est virulent ; d’autre part, une longue série de générations ne modifie en rien la virulence.

IL Immunisation par les produits solubles. — Les recherches de Chauveau (3) établissaient, dès t879, que l'injection de sangcharbonneux dans les veines de moutons réfractaires cause un malaise passager très grave, que l’auteur attribuait « au poison soluble que renferme ce sang». Un peu plus tard (1885), Chauveau réussit à conférer l’immunité au mouton par l’injection intraveineuse de sang charbonneux défibriné, privé de bactéridies par le chauffage. Toutefois « il ne faut pas compter sur ce moyen, parce que les traitements que le sang infectieux doit subir agissent, peut-être, non seulement sur la vitalité des bacilles, mais encore sur les propriétés du poison soluble qu’on a quelques raisons de croire très altérable. »

Reprenant cette question, Roux et Chamberland (4) obtiennent l’immunisation du mouton par l’injection de sang charbonneux

(1) Mme O. Metchnikoff. — Contribution à l'étude delà vaccination charbonneuse. Annales de l’Institut Pasteur, t. V, 1891, p. 145.

(2) Nocahd. — Culture de la bactéridie dans la mamelle d'une chèvre vaccinée contre le charbon. Soc. de Biologie, 18 juillet 1891.

(8) Voir sur l’ensemble de ces recherches : Chauveau. — Sur la théorie des inoculations préventives. Revue de médecine, t. VII, 1887, p. 177, et Sur le mécanisme de l’immunité. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. CG.

(4) Roux et Chamberland. — Sur l'immunité contre le charbon conférée par des substances chimiques. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 405.

IMMUNISATION.

renfermant exclusivement des bactéridies filamenteuses, stérilisé par un chauffage quotidien d’une heure, à 58°, pendant quatre ou cinq jours consécutifs. Alors que 1 immunité conférée par les injections sous-cutanées permet à la plupart des animaux de résister plus de quatorze jours à une inoculation virulente, l’injection intraveineuse est insuffisante pour assurer la résistance et elle ne procure qu’une légère survie. L'injection de sang filtré ne confère pas l’immunité.

Ilankin (1889) a réussi à conférer l’immunité au lapin et à la souris, à l’aide d’injections de doses très faibles d’une albumose extraite des cultures de la bactéridie dans des milieux additionnés de fibrine.

Petermann (1892) a vu que les cultures sur sérum de bœul élaborent une substance vaccinante; filtrées sur porcelaine, puis inoculées en grande quantité dans les veines du lapin, elles confèrent une immunité qui persiste pendant un à deux mois.

E. Roux a immunisé des lapins avec les produits de culture de la bactéridie dans les milieux glycérinés. Enfin, d’après Ilankin et Wcsbrook (1), la bactéridie est capable de produire une albumose non diastasique douée de propriétés vaccinantes; inoculée à des doses très faibles à la souris, cette substance procure soit l'immunité complète, soit une survie considérable.

L’extraction des produits solubles constitue l'une des principales difficultés de cette étude; les toxines sont trop sensibles à l’action de la chaleur pour qu’on puisse pratiquement y recourir; d’autre part, elles sont retenues presque totalement sur les filtres.

Dans le but d’obtenir la stérilisation des cultures sans altérer les produits solubles, Roux a utilisé l’action antiseptique des essences (2) ; l’essence de moutarde est l’une des plus actives ; elle est en même temps très volatile ; l’eau distillée en dissout une quantité suffisante pour tuer la bactéridie filamenteuse sans altérer les toxines d’une façon sensible. Le sang du cœur ou la pulpe splénique d’un animal tué par la bactéridie asporogène est mélangé à une petite quantité d’eau saturée d’essence de moutarde; après deux ou trois jours de contact, en vase clos, on soumet le mélange à l’action de la pompe à mercure ou d’une trompe à eau, jusqu’à évaporation des dernières traces d’essence. Toutes les bactéridies ont péri ; le liquide ne contient plus que leurs toxines ; inoculé à

(1) Il an k in et Wesbhook. — Sur les albumoscs el les toxalbumines Annales de

l’Institut Pasteur, t. VI, 1892, p. 633.

(2) Roux. — Sur l’immunité Transactions of the 7th Congress of Ilygicne, 1891,

t. III, p. 110; Annales de l’Institut Pasteur, t. V, 1891, p. 517.

FIÈVRE CHARBONNEUSE

doses graduées, il peut servira vacciner les animaux les plus sensibles au charbon. La rate d’un lapin charbonneux ainsi traitée sullit pour vacciner solidement un mouton.

Arloing (3) a eu recours dans le môme but au procédé très élégant de la décantation. Le liquide des vieilles cultures de la bactéridie est obtenu dépourvu de germes, si l’on aspire avec un siphon les couches superllcielles. Ce bouillon recueilli sans altération est capable de conférer 1 immunité à de jeunes brebis, soit par une seule et abondante injection intra-veineuse, soit avec cinq inoculations sous-cutanées de 18 cc. Le liquide contient à la fois des substances solubles dans l’alcool et des substances précipitables ; les premières seules sont immunisantes.

En résumé, les conditions de la formation des matières vaccinantes et les modes de leur utilisation sont encore à peine connus, et cependant les résultats acquis déjà permettent de prévoir qu’un jour la « vaccination chimique » contre le charbon bactéridien sera pratiquement réalisable.

Traitement.

Un traitement est applicable seulement au charbon du cheval et du bœuf, lors d’évolution sub-aiguë. Parmi les médications conseillées, il n’en est aucune qui possède une efficacité absolue.

Les excitants diffusibles et les sudorifiques ont été employés sous toutes les formes. Louvrier préconise les frictions avec l’essence de térébenthine, l’administration de stimulants diffusibles et l’enveloppement dans des couvertures, dans le but de provoquer l’hyperthermie. Maldan (1880) emploie un traitement analogue : frictions de vinaigre chaud et d’essence de térébenthine ; à l’intérieur:

Essence de térébenthine 250-300 grammes.

Eau-de-vie 2 litres.

A la dose de deux verres, toutes les deux heures ; dans un litre d'une infusion de sauge.

Bell (1890) recommande aussi l’essence de térébenthine à hautes doses (jusqu’à 150 grammes chez le bœuf).

Les divers antiseptiques sont préconisés sous toutes les formes : l’acide phénique, la créoline... sont prescrits en breuvages et en lavements.

Les tumeurs extérieures sont traitées par la cautérisation profonde, en pointes fines et très pénétrantes, suivie d’injections intraparenchymateuses de teinture d’iode au pourtour de la tumeur.

(1) Arloing. — Sur la présence el la nature de la substance phylacog'ene dans les cultures liquides ordinaires du Bacillus anlhracis. G. R. Ac. des Sciences, t. CXIV, 1892, p. 1521.

VACCINATION. 175

Tesselkine recommande l’application de glace et le badigeonnage des tumeurs avec :

Essence de térébenthine 12 parties.

Huile de lin 8 —

Kowalewski prescrit, dans les formes lentes ou intermittentes, les injections sous-cutanées avec :

Sublimé corrosif 6-18 centigrammes.

Acide phénique 6-10 gouttes.

Eau distillée 2i0 grammes.

En injections de 10 ce. sous la peau ou dans les tumeurs, plusieurs fois par jour.

Prophylaxie.

Deux ordres de mesures sont applicables à la prophylaxie du charbon bactéridien chez les animaux : les unes auront pour but de rendre les organismes réfractaires à l’infection, les autres tendront à éviter la contamination.

Dans le premier groupe seront étudiés les modes de la vaccination charbonneuse; le second comprendra l’exposé des mesures sanitaires indiquées.

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