‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 86 sur 156 · III. — Diagnostic · texte numérisé non relu

III. — Diagnostic

Les caractères de l’éruption du horse-pox sont assez nets, en la plupartdes cas, pour que le diagnostic puisse être affirmé après un

VACCINE

IIORSE-POX.

COW-POX

simple examen. Sur la peau et sur les muqueuses pourvues d’un derme épais, les pustules sont caractéristiques ; sur les muqueuses délicates, sur la pituitaire notamment, et lors d’évolution rapide, la forme est quelque peu modifiée et répond au type de la vésicopustule.

L’éruption buccale n'est simulée par aucune altération ; à toutes les périodes, il est possible de reconnaître les pustules (1).

L’éruption nasale confluente peut faire soupçonner la morve aiguë, alors qu’elle s’accompagne de jetage et d’engorgement ganglionnaire. Dans la morve cependant, les symptômes généraux sont toujours très graves; d’autre part, la pituitaire revêt une teinte safranée ou violacée, qui est ici remplacée par une couleur rose-vif, indiquant une simple congestion de la muqueuse. L’évolution des lésions est suffisamment expressive ; la petite plaie qui résulte de l’ouverture de la vésico-pustule du horse-pox reste superficielle; elle se rétrécit rapidement pour disparaître en quelques jours ; au contraire, la plaie consécutive à la vésicule morveuse s’étend dans tous les sens et elle se creuse pour constituer le chancre. Dans la morve subaiguë et chronique, l’ulcération, née du bouton ou de la vésicule primitifs, s’étend également, ou elle persiste tout au moins pendant un long temps avec un caractère ulcéreux. 11 est à noter encore que le horse-pox ne provoque jamais la formation, sur la pituitaire, de taches ou de plaques fibreuses, analogues à celles qui résultent de la cicatrisation des ulcères morveux.

Sur la conjonctive, la présence des pustules a une signification diagnostique absolue.

L’éruption étendue à la muqueuse génitale sera facilement différenciée des accidents observés parfois au cours de la dourine. Le horse-pox sera dénoncé, chez quelqu’un au moins des animaux affectés, par la présence de pustules sur le fourreau, sur le périnée, au voisinage de la vulve, et souvent aussi par une éruption typique en une région éloignée. Par contre, le horse-pox génital reste fréquemment confondu avec Y exanthème coïtai; celuici est exprimé par la présence de vésicules confluentes, évoluant rapidement et se transmettant avec une extrême facilité, par le coït ou par l’intermédiaire des litières et des instruments de pansage. La coexistence, maintes fois signalée, de ces accidents et de la

! l) Dieckgrhoff décrit une « stomatite vésiculeuse », observée par lui sur cent cinquante chevaux du haras de Trakehnen. Les vésicules, du diamètre d'un pois cà celui d'une noisette, siégeaient sur la muqueuse des joues, sur le frein et sur les faces latérales de la langue. ( Lehrbuch der specie/len Pathologie , t. I. p. 79G.)

HORSE-POX. 365

gourme permet cie prévoir la parenté des deux infections. (V. Gourme.)

Les accidents culanés, facilement différenciés alors qu'ils coexistent avec des lésions sur les muqueuses, restent volontiers méconnus dans le cas contraire. L 'exanthème gourmeux est confondu très ordinairement avec le horse-pox, et l’on s’explique la prétendue identité des deux affections. En réalité, les déterminations cutanées de la gourme diffèrent complètement de celles du horse-pox; elles consistent en une éruption, localisée ou généralisée, de petites vésicules, isolées ou réunies en plaques, sécrétant un liquide jaune qui se concrète en une croûte adhérente. (\ . Gourme cutanée.) L 'acné contagieuse cia cheval (1) siège exclusivement sur la peau, au niveau des parties couvertes par la selle ou le tapis de selle; elle ne gagne que progressivement les côtes, les flancs et les épaules. Les boutons sont réunis en petits amas; la peau est épaissie et un peu douloureuse en ces points ; ils constituent des lésions persistantes. L 'exanthème pustuleux (Dieckerhoff) consiste en des éruptions successives de boutons indurés, de la grosseur d’un pois à celle d’une fève; ils siègent sur le thorax, au niveau des épaules, sur le cou ; toujours ils aboutissent à la suppuration.

Certaines localisations du horse-pox revêtent un aspect qui simule des accidents de divers ordres. Les lymphangites de la face, alors qu’elles coexistent avec une éruption sur la pituitaire, rappellent la morve aiguë ou subaiguë. L’aspect des plaies de la muqueuse, l'absence des symptômes généraux permettront toujours le diagnostic. D’autre part, les plaies consécutives aux pustules qui ont évolué sur la lèvre supérieure, au voisinage des naseaux, persistent, parfois pendant plusieurs semaines. Irritées et souillées par différents contacts, elles donnent un peu de pus et elles conservent leurs dimensions primitives.

A l’extrémité des membres, l’éruption s’accompagne d’engorgements dont la nature peut rester méconnue. Au début, la tuméfaction subite de la région et l’apparition de nodosités cutanées rappellent le farcin ; cependant les pustules sont beaucoup plus nombreuses et plus nettement délimitées que les boutons farcincux. A la période de sécrétion, l’aspect de la région simule les eaux-auxjamhes; toutefois, un examen précis permet de constater les plaies superficielles qu’ont laissées les pustules; l’évolution très ditférente

(1) Dieckerhoff und Grawitz. — Die Acné contagiosa des Pferdes nnd ihre Aetiologie. Virchow’ s Archiv, t. Cil, 1885.

VACCINE

IIORSE-POX.

COW-POX

des deux ordres d’altérations ne permettrait d’ailleurs qu’une erreur de peu de durée. Dans la même région, les plaies persistent volontiers sous une forme pseudo-ulcéreuse; en l’absence de renseignements sur leur origine, on ne pourra que difficilement éliminer le farcin et il conviendra de recourir à l’un des modes du diagnostic expérimental de la morve.

Les suppurations sous-cutanées, les lymphangites et adénites consécutives aux infections secondaires seront facilement différenciées des accidents morveux de même type, par les caractères de la suppuration et par le mode de cicatrisation des plaies. (V. Morve.)

Étiologie.

La peau et les muqueuses se prêtent facilement à la pénétration du virus.

La transmission est obtenue, sur les muqueuses, par un léger frottement avec un corps imprégné de matière virulente ; ce mode est réalisé par le coït, alors que la muqueuse du pénis ou celle du vagin est le siège de l’éruption spécifique ; de véritables enzooties ont été observées dans ces conditions.

La cohabitation assure la contagion par divers modes; le virus arrive au contact de la muqueuse buccale ou de la pituitaire par l’intermédiaire des fourrages souillés par les malades ; il est apporté sur le tégument, au niveau de plaies oud’éraillures, parles litières infectées.

Les intermédiaires les plus variés servent encore au transport du virus ; les harnais, et les brides notamment, les instruments de pansage, tels que brosses, étrilles, éponges sont des véhicules fréquents. Dans les ateliers de maréchalerie, les bricoles qui servent au teneur de pieds ou le licol commun, souillés au contact d’animaux atteints, détermineront toute une série d’inoculations. Les instruments de contention, tord-nez, morailles, plate-longes et entravons, provoquent les mêmes accidents. Dans l’épizootie de Rieumes, le horse-pox avait été transmis à cent juments par les entraves employées pour les fixer pendant la monte.

Le séjour des animaux dans des locaux contaminés suffit pour que la contagion s’opère. IL Bouley a montré « qu’il est possible de faire contracter le horse-pox à toute une série de chevaux, en les plaçant, l’un après l’autre, dans la même stalle, habitée une première fois par un animal affecté de cette maladie. Tous ceux qui s’y succèdent la contractent à leur tour, et quelquefois aussi leurs voisins immédiats. »

COW-POX

La contagion à une faible distance, par l’intermédiaire de poussières virulentes, est théoriquement admissible; on sait que la dessiccation n’altère pas la virulence et, d’autre part, la pénétration expérimentale du virus dans les voies respiratoires permet d’obtenir l’infection.

Traitement. — Prophylaxie.

La maladie est toujours bénigne ; les quelques complications possibles sont facilement évitées par des soins hygiéniques très simples.

L’isolement des animaux affectés est indiqué, alors que 1 éruption est reconnue dès le début et qu’un effectif nombreux est exposé à la contagion. On évitera, en même temps, la transmission indirecte

par les objets d’usage commun (harnais, seaux, étrilles ) et par

l’intermédiaire des personnes.

La localisation buccale ne comporte que peu d indications ; lors d’éruption confluente, on conseillera les fourrages verts et lesgrains cuits ; si quelques plaies persistent, on prescrira, après chaque repas, une irrigation de la cavité avec l’eau pure, ou avec une solution antiseptique faible. L’éruption sur la pituitaire ne nécessite aucune intervention. Les accidents localisés sur la conjonctive seront traités comme les ophtalmies externes simples.

Dans le but d’éviter l’infection par les voies génitales, on interdira la monte aux étalons affectés, pendant tout le temps de l’éruption ; onordonneraensuitele lavagedelamuqueuse et des parties génitales avecun antiseptique. Lesjuments atteintesserontégalementrefusées à la saillie; celle-ci ne sera autorisée qu’après la désinfection delà muqueuse vaginale et des parties externes. Les localisations sur la muqueuse génitale seront traitées par de simples irrigations.

L’éruption cutanée confluente localisée à la tête ou à l’extrémité des membres motive seule une intervention. Toutes les complications de suppuration et de lymphangite seront évitées par les lavages avec des solutions tièdes antiseptiques. Lors de localisation sur les membres, les animaux seront laissés au repos; la litière sera fréquemment renouvelée et le sol entretenu dans un état constant de propreté. Les éruptions confluentes dans le pli du paturon comportent, en quelques cas, l’application de pansements laissés pendant quelques jours.

§ 2. - COW-POX

Historique. — Le cow-pox est étudié très complètement par Jenner quant à ses caractères cliniques et aux conditions de sa

VACCINE

HORSE-POX

COW-POX

transmission à l’homme. Sacco (1809) retrouve le cow-pox spontané, sur des vaches importées de Suisse en Lombardie ; il donne une description restée longtemps classique.

Numan (1) rapporte de nombreuses observations de cow-pox, recueillies par les médecins hollandais ; il réalise la transmission

delà vache au taureau, au cheval, à l'àne, à la chèvre, au chameau ;

il propose de cultiver le vaccin sur les vaches et de le recueillir dans des tubes de verre fermés à la lampe; il montre enfin que le vaccin ainsi conservé se comporte, après dix semaines, comme du virus frais.

A cette époque, le cow-pox est fréquemment signalé en Angleterre et en Allemagne. Hering (2) fait une étude clinique complète du cow-pox vrai, qu’il distingue des éruptions similaires; il signale la transmission facile de l’affection à la vache et au veau, par les contacts directs ou par différents intermédiaires. Peu après, Ceely publie, dans ses observations sur la variole-vaccine, une description du cow-pox spontané, et Giese (3), de Prenzlau, donne une étude clinique accompagnée d’une très bonne planche représentant l’éruption pustuleuse.

Depuis cette époque, le cow-pox, dit spontané, a été maintes fois observé dans tous les pays. S’il est plus fréquemment reconnu en certaines régions, notamment en Danemark, en Prusse, en Hollande , il est loin d’être rare en France et il est peu de vétéri-

naires qui ne l’aient plusieurs fois rencontré.

Étude clinique.

Page 1