‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 45 sur 169 · I. — Symptômes · texte numérisé non relu

I. — Symptômes

La multiplicité des aspects cliniques du rouget ne saurait être rendue qu’en de nombreuses monographies, et toute description

(1) Il est à remarquer que la pneumo-entérite a envahi en cette même année la Hongrie, causant une mortalité considérable. A coup sûr, nombre de cas de pneumo-entérite ont été rapportés au rouget.

(2) Et 8.225 cas de pneumo-entérite.

synthétique est inévitablement schématisée. Nous classons les formes observées en trois groupes qui correspondent à trois modes différenciés de l’évolution : a) formes septicémiques ; b) formes cutanées ; c) formes chroniques.

a) Formes septicémiques. — Sous la forme aiguë grave qui est la plus ordinaire, le rouget débute par quelques signes sans signification précise, comme la somnolence et la diminution de l’appétit. Après 12-24 heures, l’invasion est brusquement annoncée par une réaction fébrile intense ; la température moule, de 40° chiffre moyen normal, à 42° et plus; l’animal est dans un état de prostration complète ; il refuse les aliments et s’enfouit sous la litière ; la respiration est accélérée ; les battements du cœur sont précipités et violents; le pouls est vite et intermittent. Les extrémités sont alternativement chaudes et froides ; on observe des frissons et des tremblements musculaires; la queue est pendante et détortillée; une bave visqueuse s’écoule de la bouche ; les paupières sont tuméfiées ; il se produit parfois des épistaxis et des vomissements.

Ces symptômes s’aggravent d’heure en heure ; le malade ne se lève que s'il y est contraint par des excitations violentes et prolongées; il fait quelques pas à peine, en chancelant, et il tombe sur le sol, épuisé; la respiration devient difficile, bruyante; les muqueuses apparentes, injectées, prennent une teinte violacée. L’appétit est à peu près nul; les boissons froides sont seules acceptées. Les excréments, d’abord durs et couverts de mucus, sont ensuite mous et diarrhéiques. A de longs intervalles, on perçoit une toux rauque, courte, peu sonore.

Dès les premiers instants, la peau est chaude, brûlante; vers le deuxième ou le troisième jour, apparaissent, en divers points, des taches dont la teinte, d’abord rosée, se fonce de plus en plus, jusqu’au rouge vif ou violacé. Elles se montrent surtout aux oreilles, autour des yeux, sous le ventre, aux lianes, à la face interne des cuisses, aux ars,... dans les points où la peau est line et souple. D'abord peu étendues, ces taches progressent dans tous les sens, pour devenir confluentes et envahir toute une région du corps; en d’autres cas, au contraire, il n’existe qu’un petit nombre de taches, isolées dans les lieux d’élection. A leur niveau, la peau n’est ni enflammée, ni douloureuse; dans quelques cas seulement, il existe un léger épaississement œdémateux. Les ganglions accessibles sont engorgés, œdématiés, douloureux à l’exploration.

Dans une dernière période, les animaux tombent dans un coma profond ; la diarrhée, séreuse ou sanguinolente, est presque conti-

ROUGET DU PORC

nuelle ; la respiration est difficile et bruyante; la faiblesse de 1 arrière-train a fait place à une paraplégie complète ; les muqueuses sont cyanosées; il existe parfois de l’oedème de la cornée ; la température s’abaisse à 37° et au-dessous, et la mort survient, sans période agonique.

L’évolution est toujours rapide; quelques malades succombent en 12-24 heures, avant que les taches rouges soient apparues (■ rouget blanc); en règle générale la mort arrive en 48-60 heures. — La guérison est possible ; elle est annoncée par l'amélioration de 1 état général et la disparition graduelle de tous les symptômes. Au niveau des lésions cutanées, la peau subit une exfoliation épidermique, sous la forme de croûtes sèches et squameuses. Souvent, la guérison est incomplète et certaines altérations persistent à l'état chronique.

Le taux de la mortalité atteint 60 à 80 et 90 p. 100 du chiffre des malades.

Le pronostic individuel sera porté d’après la rapidité de l’invasion et de la marche dans les premières périodes. La guérison peut être espérée quand la maladie se prolonge au delà du quatrième jour (Hess).

b) Formes cutanées (1). — Ces formes sont observées surtout sur les animaux jeunes; elles représentent des types atténués du rouget.

Le début est brusquement annoncé par de la tristesse et par la perte de l’appétit; le malade reste couché, enfoui sous la litière; la queue est détortillée ; la bouche est chaude et sèche ; les excréments sont durs, recouverts de mucus; la respiration est courte, pénible; la température s’élève vers 42°.

L’éruption est annoncée, après un ou deux jours, par la chaleur de la peau ; des plaques rosées apparaissent, isolées ou confluentes, du diamètre d’une pièce de un franc à celui d’une pièce de cinq

(l) Jensen a démontré que U « urticaire » et le « charbon cutané » sont eu réalité des formes atténuées du rouget. Ces formes sont souvent décrites, dans toutes les littératures, sous les noms d’urticaire, rougeole, érysipèle, échauboulure, Nesselfieber, Hautbrand, Quaddelausschlag, Backsteinblatternform, Knuderosen... Certaines de ces affections comprennent sans doute aussi des accidents différents, mais le plus grand nombre des relations s’applique certainement au rouget; dès 1 8 i G , Hertwig donne une descriplion typique de l’urticaire fébrile du rouget. Nous donnons ici quelques indications bibliographiques :

Hertwig. Das Nesselfieber der Schweine ( Urticaria febrilis). Magazin fur Thierheilk., t. XII, 1 8 4 G , p. GG5. — Je.nsen. Die Aetioloejie des Nesselfiebei s... des Schweines. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. XVIII, 1802, p. 278. — Rabe. Ueber Infectionskrankheiten der Schweine, Berlin, thierarztl. Wochenschr., 1895, p. 415. — Güittard. L'urticaire du porc. Progrès vétér., 189G, p. 49.

SYMPTÔMES

francs ; elles sont réparties sur tout le corps ou localisées sur le thorax, le ventre, les reins, les épaules, à la face externe des cuisses, aux oreilles... Ces plaques sont arrondies ou polygonales, bien délimitées; elles prennent une couleur rouge foncé, souvent marbrée de taches brunes ; parfois la teinte est claire dans le centre, tandis que la périphérie figure un anneau plus fortement coloré ; au niveau des plaques, la peau est chaude, douloureuse, œdémateuse. Le nombre des plaques est extrêmement variable; lors d’éruption confluente, elles forment des amas qui ont jusqu’au diamètre d’une assiette.

Dès que l’éruption est achevée, l’état général s’améliore et la température s’abaisse. Les plaques pâlissent, s’affaissent peu à peu et disparaissent en quelques jours; en d’autres cas, la coloration persiste et passe au brun noir, une desquamation épithéliale se produit et les tissus envahis sont graduellement éliminés. L’évolution est complète en 8-12 jours.

11 est exceptionnel que les animaux succombent à une poussée septicémique au cours de l’éruption ; le pronostic est aggravé cependant par la fréquence des localisations viscérales concomitantes et notamment de l’endocardite bacillaire. (V. Formes chroniques.)

En outre de ce type évolutif, correspondant à Y urticaire fébrile des auteurs, le rouget cutané affecte d’autres aspects moins nettement différenciés (1).

Parfois, l’éruption consiste en l’apparition de taches rouge jaune, du diamètre d'une lentille ou d’un pois, isolées ou réunies en plaques, localisées d’abord dans le voisinage de l’anus, sous le ventre, étendues ensuite au cou et aux oreilles ( forme maculeuse). Chez certains malades, des vésicules apparaissent, renfermant un liquide jaune clair, qui se concrète ensuite en une croûte brune. Dès que l'éruption s’est produite, l’état général s’améliore et la guérison est complète en quelques jours.

Dans tous les cas d’éruption cutanée, les lésions congestives du derme peuvent aboutir à la gangrène sèche de certains territoires cutanés. Des plaques irrégulières se dessèchent et s’escarrifient, qui sont ensuite éliminées, suivant le mode habituel, par la formation d’un sillon disjoncteur et par la suppuration ( Ilautbrancl des Allemands).

(1) Sans doute certaines formes cutanées sont communes au rouget et à la pneumoentérite. On s’explique ainsi que Rabe ait obtenu la « septicémie des lapins » avec les lésions de la « Backsteinblatternform ». L incertitude de nos connaissances sur ce sujet appelle de nouvelles recherches et les indications données ici sont toutes provisoires.

ROUGET DU PORC

La queue et les oreilles sont parfois nécrosées en to t ali Lé par ce mode (Hering,... Jensen, Eber et Schaller) (1).

c) Formes chroniques. — Il est exceptionnel et même douteux que le rouget évolue d’emblée sous le type chronique; les formes classées ici constituent un reliquat des précédentes ; elles sont surtout fréquentes à la suite des manifestations cutanées aiguës des porcelets.

La localisation la plus fréquente est Y endocardite bacillaire ; les autres formes, incomplètement étudiées, restent confondues avec des accidents d’origine différente.

I. Endocardite bacillaire (2). — Après quelques manifestations aiguës peu précises (fièvre, taches rouges...), on constate chez certains malades de la faiblesse persistante, tandis que d’autres, au contraire, paraissent en parfaite santé. Les lésions ont des conséquences différentes suivant les sujets. Certains meurent subitement, après quelques semaines, sans signes précurseurs; chez d’autres, des signes d’endocardite aiguë sont constatés : l’animal est triste; il reste longtemps couché, appuyé sur le sternum et les coudes; il tousse de temps à autre. Il existe des taches rouges de la peau, de teinte et d’étendue variables, moins accusées que dans le rouget aigu, limitées aux oreilles ou au cou; on constate de la dyspnée et des palpitations du cœur. La température varie entre 39° et 41°. Dans quelques observations, on signale une paralysie de l’arrièretrain, liée à la sténose de l’orifice aortique.

Le plus souvent, les lésions persistent sous une forme nettement chronique; on observe de la faiblesse, de l’essoufflement, des œdèmes des membres... Chez les sujets entretenus à l'étable, les signes sont peu appréciables et les altérations restent insoupçonnées.

II. — En d’autres formes du rouget chronique, les animaux restent maigres, affaiblis; l’appétit est capricieux; le ventre est levretté; les muqueuses sont pûles et infiltrées ; les soies s’arrachent facilement; on rencontre des ulcérations sur les gencives. Souvent, on observe une diarrhée permanente, de la toux, des œdèmes des membres, des inflammations des synoviales articulaires ou tendineuses. Cet état peut rester compatible pendant un long temps avec la vie, ou bien une poussée subaiguë survient, annoncée par une

(1) Leclainche a observé la gangrène sèche des oreilles et leur chute chez des lapins affectés de rouget chronique.

(2) Bang. Ueber Rothlauf-Endocarditis bei Schweinen. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. XVIII, 1892, p. 27.

Bien étudiée par Bang, l’endocardite est couromment observée dans les pays à rouget bénin ; elle est surtout fréquente en Angleterre et en Danemark.

LÉSIONS. 151

[lèvre intense, par l’apparition de taches rouges à la peau, et les naïades succombent en quelques heures.

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