TOUS
Et comment cela?
TORIGM.
L'autre soir, dans son salon, où nous n'étions que quelques personnes... j'étais sur un canapé, où je dormais à moitié, ce qui m'arrive souvent, lorsquen me réveillant j'entendis mon nom que Ton prononçait en riant et à voix basse... C'était M. le préfet lui-même qui se permettait de s'égayer à mes dépens... Air de Turenne.
Sur mon honneur, sur celui de ma femme, Ils plaisantaient ! j'entendais leurs bons mots !
THÉMINE.
Et vous pouviez, dans le fond de votre ame, Donner croyance à de pareils propos?
BONNEVAL
Vous, compagnon de nos vieux généraux!
* Thémine, Edouard , Toricni, Bonneval.
vQp
Lorsque la mitraille et la poudre Ont respecté ce front guerrier, Rien ne saurait l'atteindre!... le laurier Préserve, dit-on, de la foudre!
Préserve toujours de la fondre !
« C'est une calomnie... vous outragez un vieux « soldat... un homme d'honneur... » Mais, ma foi! je n'ai eu le temps ni de parler, ni de réfle'chir... j'ai commence l'explication militairement, en lui appliquant un soufflet...
BONNEVAL
Ociel!...
TORIGNI.
Vous sentez qu'après cela il ne s'agissait plus de phrases... et le soir même... nous nous sommes battus au pistolet... nous marchions l'un sur l'autre... il a tiré à dix pas... m'a manqué... moi, je suis arrivé sur lui.. .
EDOUARD
Et vous lui avez donné la vie...
TORIGNI.
Je l'ai tué... sans pitié... je ne m'en repens pas... et j'en ferais autant à quiconque, directement ou indirectement, porterait atteinte à la réputation de ma femme... je n'ai qu'un tort , c'est de m'être battu... et si jamais j'étais trahi...
EDOUARD
Y pensez-vous?...
TORIGNI.
Oui, morbleu!... c'est une infamie; et je m'en rapporte à vous, qui êtes avocat et qui entendez la justice... Vous punissez, n'est-il pas vrai, le vol et l'assassinat? Si un malfaiteur s'introduit chez moi , pour me dérober une somme dont je ne me soucie guère... H y a des lois... et s'il me dérobe ce que j'ai de plus cher au monde, il n'y en a pas! s'il me ravit mon honneur, mon repos, ma réputation, il faut que j'aille exposer mes jours pour en avoir vengeance!... je ne crains pas la mort... je l'ai vue de près... mais penser qu'en mourant, je laisserais auprès de ma femme un successeur peut-être... Non, je suis trop jaloux pour me faire tuer... et si jamais je trouvais chez moi un amant, un rival... je tirerais dessus sans remords; et, dans mon ame et conscience, je croirais avoir bien fait...
THÉMINE, souriant.
Vous dites cela... mais vous n'oseriez pas.-..
TORIGM.
Et qui m'en empêcherait ?
THEMINE.
Vous-même.
TORIGM.
Ce n'est pas vrai...
THEMINE.
Laissez donc, vous êtes trop brave pour cela , et je parie bien...
TORIGNI.
Je parie que non... (Souriant.) Et prenez garde, mon (lier ami, vous savez que vous n'êtes pas heureux avec moi en paris...
BONNEVAL
Comment cela?...
TORIGM.
Je lui en ai déjà gagné un il y a deux mois... lorsqu'on allant aux eaux, il s'est arrêté une demi-journée... dans mon château, aux environs de Mâcon ; et cette visite-là lui a coûté vingt-cinq louis...
BONNEVAL
O ciel!...
TORIGM.
Tout autant, et je me le reproche... parcequ'en honneur , je pariais à coup sûr... Il voulait me soutenir que, du bout de mon pare, on n'entendait pas la cloche de ma salle à manger. THEMINE , vivement.
Du tout... ce n'était pas moi !
TOBIGNT.
Vous et ma femme... vous êtes tous les deux d'une obstination...
THEMINE, à part, avec impatience.
Et pas moyen de l'arrêter...
TORJGM.
x\u point que , pour les convaincre... j'ai été obligé moi-même d'aller sonner...
BONNEVAL , tout effaré.
Non , non... ce n'est pas possible... et je doute encore...
TORIGM.
Il n'y a pas à en douCer... c'est comme je vous le dis... rien n'est plus vrai...
BONNEVAL, à part.
Ah mon Dieu !... mon Dieu !...
THEMINE , bas à Edouard. Prends donc garde à ton père, qui va nous trahir.
TORIGM.
C'est drôle... n'est-ce pas ? très drôle... ah!