‹ Les malheurs de SophieChapitre 29 sur 30 · LE JARDINIER · texte numérisé non relu

LE JARDINIER

Malade, je n'en sais rien ; mais je crois bien qu'elle va mourir.

— Ah! mon Dieu! s'écria Sophie.

PAUL, bas.

Ne t'effraye pas; il ne sait ce qu'il dit. Il croit ([ue les tortues sont comme les chats, qui n'aiment pas l'eau. »

Ils étaient revenus sur l'herbe; le jardinier posa doucement la tortue et retourna à son potager. Les enfants la regardaient de temps en temps, mais elle restait immobile; ni sa tête ni ses pattes ne se montraient. Sophie était inquiète ; Paul la rassurait.

(c II faut la laisser faire comme elle veut, dit=il ; demain elle mangera et se promènera. »

Ils la reportèrent vers le soir sur son lit de foin et lui mirent des salades fraîches. Le lendemain, quand ils allèrent la voir, les salades étaient entières ; la tortue n'y avait pas touché.

« C'est singulier, dit Sophie; ordinairement elle mange tout dans la nuit.

— Portons-la sur l'herbe, répondit Paul; elle n'aime peut-être pas la salade. »

Paul, qui était inquiet, mais qui ne voulait pas l'avouer à Sophie, examinait attentivement la tortue, qui continuait à ne pas bouger.

<c Laissons-la, dit-il à Sophie ; le soleil va la réchauffer et lui faire du bien.

SOPHIE

Est-ce que tu crois qu'elle est malade?

PAUL

Je crois que oui. »

Il ne voulait pas ajouter : Je crois quelle est morte, comme il commençait à le craindre.

Pendant deux jours, Paul et Sophie continuèrent à porter la tortue sur l'herbe, mais elle ne bougeait pas, et ils la retrouvaient toujours comme ils l'avaient posée; les salades qu'ils lui mettaient le soir se retrouvaient entières le lendemain. Enfin, un jour, en la mettant sur l'herbe, ils s'aperçurent qu'elle sentait mauvais.

<c Elle est morte, dit Paul ; elle sent déjà mauvais. »

Ils étaient tous deux près de la tortue, se désolant et ne sachant que faire d'elle, quand Mme de Réan arriva près d'eux .

<f Que faites-vous là, mes enfants? Vous êtes immobiles comme des statues près de cette tortue,... qui est aussi immobile que vous », ajoutat*dlle en se baissant pour la prendre.

En l'examinant, Mme de Réan s'aperçut qu'elle sentait mauvais.

« Mais... elle est morte, s'écria-t-elle en la rejetant par terre; elle sent déjà mauvais,

PAUL

Oui, ma tante, je crois qu'elle est morte.

MADAME DE RÉ AN

De quoi a-t-elle pu mourir? Ce n'est pas de faim, puisque vous la mettiez tous les jours sur l'herbe. C'est singulier qu'elle soit morte sans qu'on sache pourquoi.

SOPHIE

Je crois, maman, que c'est le bain qui l'a fait mourir.

MADAME DE RÉ AN

Un bain? Qui est-ce qui a imaginé de lui faire prendre un bain?

SOPHIE, honteuse.

C'est moi, maman : je croyais que les tortues aimaient l'eau fraîche, et je l'ai baignée dans la mare du potager; elle est tombée au fond; nous n'avons pas pu la rattraper; c'est le jardinier qui l'a repêchée; elle est restée longtemps dans l'eau.

MADAME DE RÉAN

Ah! c'est une de tes idées. Tu t'es punie toimême, au reste; je n'ai rien à te dire. Seulement, souviens-toi qu'à l'avenir tu n'auras aucun animal à soigner, ni à élever. Toi et Paul, vous les tuez ou vous les laissez mourir tous. Il faut jeter cette tortue, ajouta Mme de Réan. Lambert, venez prendre cette bête qui est morte, et jetez-la dans un trou quelconque. »

Ainsi finit la pauvre tortue, qui fut le dernier animal qu'eut Sophie. Quelques jours après, elle

1)1. Sei.ir. — Les .Malhcui^ de Sopluc. iti

demanda à sa maman si elle ne pouvait pas avoir de charmants petits cochons d'Inde qu'on voyait à la ferme; Mme de Réan refusa. Il fallut bien obéir, et Sophie vécut seule avec Paul, qui venait souvent passer quelques jours avec elle.

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