Genre FIBER, Cuvier
Ce genre comprend les mammifères les plus gros de la famille ; la queue, qui est presque aussi longue que le corps, est comprimée latéralement, et est presque dépourvue de poils ; les pieds de derrière affectent une position oblique et les doigts sont réunis entre eux par une membrane.
Fiber zibethicus, (Linné).
I/e Rat-Musqué.
Pelage très fourni, lustré et doux au toucher, d'un brun foncé lavé de roux en dessus, passant au gris cendré en dessous ; yeux petits ; oreilles garnies de poils et en partie cachées dans le pelage. Longueur ii ; queue lo.
Fig. 5.— Le Rat-Musqué.
Le Rat-Musqué habite l'est de l'Amérique du Nord et, comme ses habitudes sont aquatiques, c'est près des cours d'eau, des étangs, des écluses de moulins, etc., qu'on le rencontre. Il se montre commun partout, et chez nous, il n'y a peut-être
pas de petits ruisseaux ou étangs qui ne tarissent pas, sur le bord desquels ne vivent quelques familles de Rats-Musqués.
Cet animal est nocturne ; il se nourrit de racines et de plantes aquatiques et autres ; cependant à l'automne, lorsqu'il se trouve à proximité des habitations et qu'il peut pénétrer dans les caves, il aime à s'y repaître de carottes, navets, patates, etc., qu'il transporte même dans son réduit. Il visite également les vergers à cette époque de l'année pour manger des pommes tombées à terre ; il est aussi friand des grandes espèces de mollusques d'eau douce, dont on retrouve les coquilles accumulées aux alentours de sa retraite.
A l'arrière saison, sur une des rives qu'il fréquente, il creuse une ou plusieurs galeries obliques dont la principale peut atteindre une longueur de huit à douze pieds, avec issue sous l'eau et à l'extrémité de laquelle il pratique un élargissement ou chambre, qui peut avoir de quinze à vingt pouces de diamètre et même[plus ; c'est dans cette chambre, tapissée de feuilles sèches, qu'il habite en famille durant l'hiver, pour l'abandonner ensuite au printemps. C'est là également, ou dans un des couloirs, qu'il accumule ses provisions d'hiver. Cette chambre est située parfois si près de la surface du sol, qu'elle est souvent enfoncée par les animaux domestiques qui fréquentent ces parages.
Dans les endroits où l'eau atteint une profondeur de deux à six pieds, le Rat-Musqué se construit
souvent une hutte avec des roseaux, des racines, des joncs ou autres plantes aquatiques et terrestres, qu'il accumule et entrelace avec celles qui émero^ent du fond, de manière à former une espèce de dôme au dessus de l'eau. Il arrive aussi qu'il place cette hutte à travers des racines de troncs d'arbres qui s'y rencontrent ; au centre de cet amas d'herbes, il pratique un trou avec une entrée sous l'eau et une sortie sur un des côtés à sa partie supérieure. Quelques naturalistes prétendent qu'il mêle de la boue à ces accumulations de végétaux, qui sont sans doute des provisions qu'il amasse pour l'hiver et qu'il vient ensuite ronger à loisir.
Quoique nocturne, le Rat-Musqué se montre assez souvent durant le jour, surtout dans les journées sombres. Quelque lourds et taciturnes que paraissent ces animaux, ils ne manquent pourtant pas d'agilité et de gaîté, lorsqu'ils sont dans l'eau et qu'ils se croient en sécurité. Audubon nous a laissé une intéressante page sur leurs mœurs : « Par une belle nuit, dit-il, on peut les voir dans les étangs des moulins, dans les pièces d'eau profonde et tranquille ; ils jouent, ils nagent de tout côté, laissant dans l'eau de longs sillons ; ils s'arrêtent près des touffes d'herbes, sur les pierres d'où ils peuvent atteindre un point d'appui au-dessus de l'eau ou sur les bords de l'étang ; ils s'asseyent sur la rive et de là ils sautent à l'eau l'un après l'autre. De temps à autre on en voit un couché, immobile à la surface de l'eau, le corps paraissant
très aplati, il donne par intervalles un léger coup avec sa queue comme le fait le castor, puis il disparaît subitement. . . A une distance de dix ou vingt verges, le Rat-Musqué, reparaît de nouveau, pour recommencer le même manège ou se joindre à ses compagnons. Pendant ce temps, d'autres sur la rive se nourrissent d'herbes, arrachent des racines de différentes espèces de plantes pour les transporter ailleurs. On dirait que ces animaux forment une petite communauté joyeuse et ne demandent autre chose pour être heureux que le repos et la tranquillité. Un coup de feu tiré dans ce moment les fait tous fuir avec précipitation ; à la flamme du fusil tous plongent à l'eau et se réfugient dans leur demeure. Durant le jour, la vue leur fait défaut et il est alors possible de les tuer lorsqu'ils nagent, mais pendant la nuit il est très difficile de les atteindre ; pour réussir il faut que le chasseur soit placé de telle sorte que l'animal ne voit pas la flamme que fait le fusil en partant. » (r)
Dans les terres cultivées, lorsque les Rats-Musqués se montrent communs, ils causent souvent des dommages par le grand nombre de galeries qu'ils creusent sous terre et que les animaux défoncent, ainsi que dans les écluses de moulins où l'eau pénètre dans ces galeries et cause souvent des inondations sur les terrains avoisinants.
La femelle met bas de cinq à sept petits, en avril ou mai.
(i) Audubon. Quadrupède of N. A., Vol. i, pp. 112-113.
On capture facilement les Rats-Musqués au moyen de pièges tendus sur leur passage. Outre l'homme qui lui fait la guerre, le vison est encore pour lui un ennemi redoutable : il le poursuit sous Peau et pénètre même dans sa* retraite pour l'égorger. Lorsqu'il est attaqué il se défend vigoureusement.
On a donné à cet animal le nom de Rat-Musqué, parce qu'il répand, au printemps surtout, une forte odeur de musc que sécrètent des glandes spéciales.
Dans quelques écrits français, le Rat-Musqué porte le nom à.^ Ondatra^ mais j'ai préféré lui conserver le premier nom sous lequel il est particulièrement connu et qui le caractérise si bien.