‹ Les mammifères de la province de QuébecChapitre 86 sur 97 · Putorius noveboracensis, Emmoxs · texte numérisé non relu

Putorius noveboracensis, Emmoxs

I/a Belette hermine.

Parties supérieures d'un brun châtain ou roussâtre, en été, avec le dessous du corps blanc, lavé parfois de jaune souffre. Dans les régions froides, en hiver, tout le pelage devient blanc, plus ou moins teinté de jaune souffre aux parties postérieures, et, au printemps, l'animal reprend sa livrée d'été. Le bout de la queue est noir en toute saison. Longueur, S ; queue, 3.

Cette Belette se rencontre dans l'Amérique septentrionale, depuis le nord où la vie des petits mammifères est possible, et au sud jusque dans les Etats-Unis du nord.

Le Dr Coues prétend que cette espèce se rencontre également en Europe et en Asie.

Elle se plaît dans les lieux habités et les champs, aussi bien que dans la forêt ; grâce à sa petite taille, elle trouve partout un abri contre ses ennemis, en se logeant dans un tronc d'arbre creux, dans des tas

Fig. 30.— I^a Belette hermine.

de pierres, dans des trous de rats, dont elle égorge

les habitants, dans des granges, des greniers, des

caves ; elle est partout chez elle et partout en sûreté.

Lorsque tout est tranquille dans son canton, elle

sort souvent le jour à la recherche de sa proie ; c'est alors qu'on peut la voir parfois « se glisser à travers les herbes, les buissons, entre deux sillons, s'arrêter le cou tendu, la tête haute, regardant, écoutant, disparaissant subitement dans un trou pour se montrer presque aussitôt un peu plus loin à moitié engagé dans un autre trou. ))

Pas un petit animal n'est en sûreté dans le voisinage d'une Belette ; elle poursuit sa proie jusque dans sa retraite ; elle égorge les oiseaux, surtout les gallinacés, qu'elle surprend à terre ou dans le feuillage à la faveur des ténèbres de la nuit.

« Gracieuse dans sa forme, dit Audubon, vive dans ses mouvements et d'une ardeur infatigable, elle est en même temps une petite créature brave et intrépide ; confiante et se croyant en sécurité à travers les sinuosités de sa retraite, au milieu des blocs de bois ou des tas de pierres, elle nous laisse approcher jusqu'à quelques pieds d'elle et alors subitement retire la tête ; nous demeurons encore un moment, et elle revient de nouveau à l'endroit de ses observations, surveillant avec curiosité chacun de nos mouvements, semblant vouloir se plaire en notre compagnie aussi longtemps que nous nous abstenons de lui faire aucun mal.

« Néanmoins, avec tous ces attraits extérieurs, cette petite Belette est féroce et sanguinaire, ayant une inclination naturelle de détruire tout animal qu'elle rencontre, dont quelques-uns, tels que le lièvre d'Amérique, la perdrix des bois francs, les pou-

les domestiques, ont dix fois sa taille. Ce petit animal est un destructeur notoire des habitants des poulaillers, et il est à notre connaissance que quarante volailles furent tuées en une nuit par une seule hermine. Rassasiée probablement avec le sang d'une poule, ce qui reste, semblable au troupeau égorgé par le loup dans la bergerie, est détruit par elle pour satisfaire un instinct de destruction inné chez cette espèce. Nous avons suivi sur la neige l'empreinte des pas de l'un de ces petits suceurs de sang, à la poursuite d'un lièvre d'Amérique ; bien qu'elle ne pût le rejoindre par une vitesse supérieure, le timide lièvre dut toutefois se réfugier bientôt dans le creux d'un arbre ou dans un trou creusé par une marmotte ou par une moufette. Là il fut atteint par la belette qui le tua ; le peau et autres restes du lièvre trouvés à l'entrée du trou attestaient la véracité de ce fait.

'( Nous avons constaté qu'une hermine, après avoir capturé un lièvre de l'espèce ci-dessus mentionnée, lui enleva d'abord la tête et traîna ensuite le cadavre sur la neige nouvellement tombée, dans laquelle elle le cacha, et qu'elle foula cet endroit. Par cet acte, le petit maraudeur nous fit découvrir une habitude que nous ignorions jusque là, et pour éviter un chien qui la poursuivait de près, il monta dans un arbre à une hauteur de vingt pieds, et se blottit sur une branche, où il fut tué.

« Nous avons plus de cent fois constaté avec succès, par des expériences, que l'Hermine, estsuscep-

tible d'être utilisée à la manière du furet d'Europe, pour faire sortir le lièvre d'Amérique du terrier dans lequel il s'est réfugié. Dans une de ces occasions, l'Hermine dont on s'était servi avait été capturée depuis quelques jours seulement ; on lui avait limé les canines afin de l'empêcher de tuer le lièvre ; on lui avait aussi attaché une corde au cou pour s'assurer son retour. Elle poursuivit le lièvre à travers les sinuosités de son trou et le força à revenir à l'entrée du terrier où il put être capturé avec la main ou dans un filet.

« En hiver, la perdrix a l'habitude de s'enfoncer dans la neige molle et d'y demeurer parfois un ou deux jours ; l'Hermine la découvre souvent et la met à mort.

« Malgré ces habitudes destructives et nuisibles, il est douteux si l'Hermine n'est pas plutôt une bienfaitrice qu'une ennemie pour le fermier, chassant de ses greniers et de ses champs un grand nombre de destructeurs des produits de son travail, qui dévoreraient dix fois la valeur des volailles et des œufs que, à la longue et par intervalle, dans l'occasion, elle peut détruire. Elle semble avoir un rôle à remplir, assigné par la Providence : celui de restreindre la trop grande multiplication des souris et autres petits rongeurs ....

(( Là où une Hermine a fixé sa demeure, on s'aperçoit de suite que les souris et autres rongeurs diminuent rapidement, et cela jusqu'à un demi (15)

mille à la ronde ; leur active ennemie, avec son corps fin et délié, est apte à pouvoir pénétrer dans leurs trous ; aussi elle les poursuit jusqu'à l'extrémité de leurs galeries et elle détruit la famille entière. En plusieurs occasions, après une légère couche de neige, nous avons pu suivre la piste d'une Belette à travers les champs et les prairies, et nous avons été témoin de l'immense destruction de petits animaux opérée par elle en une seule nuit. Elle pénètre dans chaque trou situé soit sous des souches, sous des tas de bois, sous des amas de roches ou sous les clôtures, et on constate ses actes sanguinaires par les restes mutilés des rongeurs que l'on trouve épars sur la neige. Le petit suisse T. lysteri^ fixe sa demeure dans le voisinage des champs de grain, et l'on sait qu'il transporte dans ses abajoues, de grandes quantités de blé et de sarrasin pour sa provision d'hiver. Instinctivement l'Hermine découvre ces retraites confortables, et dans l'espace de quelques minutes elle détruit toute la famille de ces beaux petits Tamias^ sans même se reposer un instant, jusqu'à ce qu'elle ait consommé cette abondante nourriture du moment ; sa soif ardente de sang n'étant pas encore satisfaite, comme si elle était poussée par une destinée irrésistible, elle cherche d'autres sujets sur lesquels elle puisse satisfaire cette soif insatiable de sang.

« Le rat et la souris de maison se logent dans nos granges, sous des tas de gerbes de blé, dans les greniers, et détruisent de grandes quantités de grain.

Dans certains cas, le fermier est forcé malgré lui de payer plus qu'une dîme, pour contribuer à la nourriture de ces petits malfaiteurs ; mais qu'une Hermine pénètre dans ces granges ou ces greniers et qu'elle y fasse son séjour d'hiver, la destruction des rats et des souris sera bientôt chose apparente. L'Hermine les poursuit jusque dans leurs retraites les plus profondes et, dans quelques semaines, ces lieux sont entièrement débarrassés de ces animaux.

« Un jour nous avions mis une Belette à demi apprivoisée, dans une bâtisse isolée qui était infestée par des rats, et nous avions bouché toutes les issues afin de les empêcher de s'échapper. Le petit animal commença son œuvre de destruction. Les cris des rats furent entendus pendant toute la journée, et le soir elle sortit de là se léchant la bouche comme un chien courant, après une longue chasse ; elle semblait très fatiguée. On enleva une planche du pavé, afin de constater le résultat de notre expérience et nous vîmes un nombre considérable de rats qui, quoique tués dans différentes parties de la bâtisse, avaient été traînés à un seul endroit, formant ainsi un amas compact. Dans ces circonstances l'Hermine est certainement très utile aux fermiers, (i)

L'Hermine vit solitaire dans son gîte. On aiïïrme qu'en hiver elle fait des chemins sous la neige afin de communiquer d'un trou à l'autre, et x\udubon

''i) Audubon. Qiiadriipeds of N. A. Vol, 2. pp. 5S-60.

entr'autres, dit qu'il a fréquemment vu des galeries pratiquées dans la neige, communiquant d'un trou à un autre, et cela sur une longueur de vingt à trente verges, préférant passer à travers la neige plutôt que de voyager à sa surface.

Quoique l'Hermine se voit très souvent durant le jour, elle n'en est pas moins un animal nocturne, et c'est vers le soir surtout qu'elle fait preuve d'une grande activité ; elle examine tous les endroits de son canton, s'arrête devant un trou de mulot ou de souris, inspecte les tas de roches, les amas de bois, en quête de nourriture, et si un petit animal s'y rencontre il est bien vite étranglé.

Elle se nourrit de petits mammifères, de poules, de lièvres, d'œufs, d'oiseaux, etc.

Audubon prétend que la Belette fuit l'eau et que si elle est forcée de nager, elle le fait avec la maladresse d'un chat ; il dit aussi qu'elle ne poursuit point les animaux dans les arbres, elle n'y grimpe que lorsqu'elle est serrée de près, comme par le chien,, son implacable ennemi. Toutefois, l'opinion contraire est pourtant maintenue par des naturalistes,. qui citent à ce propos plusieurs faits établissant que la Belette nage et grimpe avec facilité.

La femelle met bas en avril ou mai dans un trou sous terre, sous des racines d'arbres,J dans un tas de pierres ou encore dans un tronc d'arbre ; ses petits sont au nombre de quatre ou cinq. On prétend que la mère défend sa progéniture avec beaucoup d'éner-

gie et qu'il est bien difficile de la chasser ; elle suit même très longtemps le ravisseur de ses petits.

On capture bien facilement la Belette avec des pièges ou des trappes de différentes sortes.

L'Hermine, prise jeune, s'apprivoise facilement ; on cite des exemples d'individus qui suivaient leurs maîtres comme de petits chiens ; on leur laissait leur entière liberté et elles sortaient et entraient à volonté.

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