‹ Les mammifères de la province de QuébecChapitre 93 sur 97 · Lynx canadensis, (Desmarkst · texte numérisé non relu

Lynx canadensis, (Desmarkst

lyC I/ynx du Canada.

Pelage grisâtre en hiver, entremêlé de poils roux et noirs, plus clair inférieurement ; le fond du poil est d'un roux pâle ; les oreilles sont marginées de roux et de noir ; les pinceaux sont également noirs ; les pieds sont très gros et abondamment fournis de poils en hiver, de sorte que, à cette saison, ces poils recouvrent la partie nue des doigts

(i) Brehm. Les mammifères^ vol- i, pp, 186-187.

qui n'est visible qu"en été ; la queue, plus courte que la tête, est noire à l'extrémité ; les yeux sont jaunâtres. En été, le pelage est moins fourni, et prend une teinte un peu rouvsse. Longueur 35 ; queue 4;^.

I^e Lynx du Canada ou Loiip-Cervier^ comme on le nomme vulgairement,est largement distribué dans le nord de l'x\mérique septentrionale ; chez nous il est plus commun au nord qu'au sud du fleuve St- Laurent. Son naturel sauvage lui fait rechercher l'intérieur des forêts, loin des habitations, oii il trouve, dans ces endroits retirés, une abondante nourriture dans les lièvres, marmottes, mulots, écureuils, perdrix et autres oiseaux ou petits mammifères, qu'il capture aussi bien sur les arbres qu'à terre. On dit même qu'il attaque le porc-épic, car on a trouvé un Lynx dont la gueule était remplie des piquants de ces animaux.

Lorsque le Loup-Cervier ne trouve rien dans la forêt et que la faim se fait sentir, il se rapproche alors des habitations, d'où il enlève parfois des moutons ou autres petits animaux des fermes.

Il est sans doute arrivé que Ton a parfois attribué au loup des rapines dont le Lynx était l'auteur.

On a prétendu que le Loup-Cervier est im animal lâche et timide, qu'il fuit même devant un petit chien, qu'il se laisse dompter et assommer à coups de bâton ; cette assertion est fausse, car le Lynx est un animal dangereux, sachant défendre sa vie avec bravoure, et les blessures qu'il inflige avec ses dents et ses puissantes griffes, sont terribles.

Il est tout de même certain que quand le Lynx croit qu'il lui est possible de se dérober à la poursuite d'un ennemi, soit dans la fuite, ou en se cachant dans le feuillage d'un arbre, il n'hésite pas à recourir à ce moyen de salut, comme le font d'ailleurs un grand nombre d'animaux, lorsqu'ils appréhendent un danger ; mais s'il se voit dans l'impossibilité de fuir, il se défend alors vigoureusement avec ses dents et ses griffes à la manière du chat domestique. Il sait même résister à des animaux en apparence plus forts que lui, comme le démontre le fait suivant raconté par M. D.-N. Saint-Cyr :

(( Dans le cours du mois de juillet 1869, je retournais, sur les dix heures du soir, à ma demeure. Deux gros chiens de Terre-Xeuve, Captain et Sailor^ me suivaient .... Arrivé à quatre ou cinq pas de ma porte, une apparition inattendue me tire subitement du pays des rêves. Un objet tangible me cloue à la place où je me trouvais. J'étais en face d'un Loup-Cervier. Il faisait clair de lune. Il était là assis, à la façon d'un chat, les yeux fixés sur moi. Mon arrivée subite ne le fit pas bouger. Je n'avais à la main qu'une pipe de plâtre, arme bien fragile contre un pareil adversaire, dont j'avais lu et entendu bien souvent raconter les prouesses plus ou moins sanguinaires. Avancer eût été folie, fuir n'aurait guère été faisable ; la position était passablement critique. Je regarde autour de moi, pas un bâton, pas un éclat de bois. Voilà ce que •c'est que d'être trop rangé ! Et vos deux chiens ? me

direz-vous. Eh bien ! oui. Mes deux Terre-Neuves que j'avais d'ordinaire sur les talons ou gambadant autour de moi, étaient occupés ce soir-là à réduire au silence trois ou quatre caniches du voisinage, qui faisaient un tapage d'enfer au moment où j'étais arrivé ; ces derniers avaient sans doute flairé l'intrus. J'appelle les chiens, Captain arrive sautant, gambadant comme de coutume, me saisissant par mon habit comme pour me dire : me voilà. Captain ! je lui criai, en lui montrant la bête de proie. Le chien s'élance, mais il recule aussitôt. Le Loup- Cervier s'est tourné de son côté. Il fait claquer ses dents avec rage, il souffle, il crache ! Ses yeux étincellent, son attitude est vraiment formidable ! Captain jappe, Sailor l'entend et arrive comme la tempête. Tous deux se précipitent sur le Lynx. Ce dernier roule sous l'impétuosité du choc. Il est terrassé ! Oui, mais non pas vaincu. Il se relève^ et joue si bien des griffes et des dents qu'il force les deux assaillants à reculer. Les deux chiens frémissants de rage, poussent des cris de douleur et se frottent le museau sur les pieds de devant. J'excite les chiens à renouveler l'attaque, ils s'élancent de nouveau, mais le Lynx continue à les tenir en échec. Chaque fois que les chiens s'élancent sur lui, le Lynx les. repousse. Il y avait une bonne demi-heure que ce jeu durait, et j'aurais certainement pu, dans l'intervalle, trouver une arme quelconque et assommer la bête de proie ; mais je voulait m'assurer si vraiment mes deux gros chiens

pourraient la dompter. Enfin le Lynx, profitant d'un moment favorable, élude la vigilance de ses adversaires et s'élance dans une prairie avoisinant ma maison. Les chiens le poursuivent, mais en vain. Chaque fois que le Lynx se trouve pressé trop vivement, il se retourne vers les chiens et se défend avec tant de vigueur et d'acharnement qu'il finit par leur échapper tout à fait. L'un des deux chiens n'avait qu'un peu plus d'un an, mais l'autre était dans toute sa force, d (i)

Lorsque le Lynx court, il procède par bonds ou sauts à la façon du chat domestique, et quand il est traqué de près, il grimpe sur un arbre ; s'il ne peut y réussir, il fait face à l'ennemi quels qu'en soient la force ou le nombre ; il miaule, souffle et crache, tout en se préparant à défendre vigoureusement sa vie.

DeKay dit qu'il ne craint pas l'eau et qu'il nage bien, même à une assez grande distance, (i) Mais quelques chasseurs, dignes de foi, prétendent qu'il fuit l'eau.

La femelle met bas, une fois dans l'année, de deux petits, qu'elle dépose dans un arbre creux ou dans une fente de rocher.

On capture bien facilement le Lynx au piège, avec une trappe, ou bien on le tue au fusil lorsqu'il est monté sur un arbre.

(i) Xaturaliste Canadien, Vol. 2, pp. 2S8-290. (i) DeKay= Nat. Hist. of N. V. p. 51.

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