‹ Les mammifères de la province de QuébecChapitre 95 sur 97 · Genre FELIX, Linné · texte numérisé non relu

Genre FELIX, Linné

Animaux de taille assez grande, au corps élancé, au pelage compact et lustré ; sans touffes de poils à l'extrémité des oreilles ; la queue est longue, au moins aussi lon-

(i) Audubon. Quadrupeds of X. A. Vol. i, pp. 6-7,

gue que la moitié du corps, sans la tête ni le cou ; les prémolaires supérieures sont au nombre de six.

Félix concolor, Linné.

I/a Panthère d'Amérique.

La livrée ordinaire de cette espèce est d'un jaune brun pâle, plus foncé sur la ligne centrale du dos ; le dessous du corps est d'un blanc sale ; l'extrémité de la queue, d'un brun foncé ; une tache noire à la lèvre supérieure ; les oreilles noires en-dessus ; le poil est court et fourni ; la tête est petite.

Fig-. 34. — La Panthère d'Amérique.

Vu à distance son pelage, d'après Baird, (i) ressemble beaucoup à celui du chevreuil et comme ce dernier, il change de couleur suivant les saisons. Les jeunes sont tachetés et la queue annelée. Longueur, 58 ; queue, 30.

(i) Reports of explorations and survey. Washington, 1857 VIII. p. 8.^

VoL

La distribution géographique de la Panthère, que l'on nomme aussi Puma et Couguar s'étend dans toute l'Amérique, depuis le Canada jusqu'au détroit de Magellan. Dans l'Amérique du Nord, cependant, il a dû reculer devant les déboisements successifs, et disparaître même de bien des localités ; toutefois on le retrouve en plus ou moins grand nombre dans le Colorado, le Nouveau-Mexique, l' Arizona, la Californie, sur les bords du Mississipi, etc. Au Canada, il existe encore dans la Colombie britannique, mais dans les autres provinces, il est pour ainsi dire disparu ; le dernier représentant de cette espèce qui ait été vu dans notre province, fut tué le 3 octobre 1863, près de St-François, sur la rivière St-Laurent, d'après Beaumont-Small. (i)

La Panthère est un carnassier de forte taille, qui, sous le rapport de la férocité,aussi bien que sous celui de la rapine, ne le cède en rien à ses congénères de l'ancien monde. Elle aime la solitude et se plaît dans les endroits boisés, fuyant la présence de l'homme qu'elle n'ose attaquer à moins qu'elle ne soit blessée par lui ou pressée par la faim. Quelques chasseurs affirment que cet animal est poltron, et DeKay, qui semble partager cette opinion, rapporte qu'un chasseur lui a dit qu'ayant un jour rencontré une femelle avec ses deux petits, trop jeunes encore pour offrir de la résistance, il les prit dans ses bras et continua sa route sans que la mère

(i) Animais of N. A. part I. p. %<:).

essayât de les défendre, se contentant de suivre le chasseur à distance, et au sortir du bois elle disparut. (I)

Le même auteur rapporte aussi que l'on avait traqué une Panthère dans une grange et qu'elle fut tuée sans offrir de résistance ; on remarqua qu'elle avait la gueule remplie de piquants de porc-épic.

Il est avéré toutefois que cet animal s'attaque à l'homme, et Darwin raconte avoir entendu dire que deux hommes et une femme avaient été dévorés par des Panthères au Chili, (2) et McMurtrie, de son côté, dit (( qu'il est reconnu que cet animal, la Panthère commune, ne se contente pas seulement d'exercer ses rapines parmi les troupeaux de moutons, etc., mais qu'elle a donné une autre preuve de sa férocité en attaquant une femme de la Pennsylvanie en janvier 1830 ; le fauve s'est élancé sur elle au moment où elle passait dans un chemin et la tua instantanément. » (3)

Partout où cet animal se rencontre, il cause des dommages considérables dans les troupeaux de moutons, de porcs, de jeunes veaux, ou encore parmi les animaux sauvages. Ainsi, font remarquer Coues et Yarrow, dans l'Arizona et le Nouveau Mexique, oii ils sont encore communs, ils détruisent par centaines les dindons sauvages. (4)

;i) DeKay. N'ai. Hist. of N. Y. 1S42, Zoology ^. 49.

(2) Voyage of the Beagle^ p. 269.

(3) McMurtrie, Cuvier's Anitnal K'ingdo7n, i^t^i. Vol. i, p. 115.

(4) Report. Wheeler^s Survey Vol. v. Zoology, 1875, p. 40.

Dans une de ses excursions à travers l'Amérique du Nord, Audubon nous raconte une chasse qu'il fit à la Panthère sur les bords du Mississipi, dans l'état du même nom. Arrivé chez un colon de l'endroit, qui lui apprit que ce carnassier décimait chaque nuit son troupeau de porcs, le naturaliste américain organisa de suite une chasse au fauve et « au jour fixé, dit-il, par une matinée superbe, les chasseurs arrivèrent à la porte de la cabane, juste au moment où le soleil paraissait au-dessus de l'horizon. Ils étaient cinq, en complet équipage de chasse, montés sur des chevaux que, dans quelque partie de l'Europe, on pourrait regarder comme de tristes coursiers, mais qui, pour l'haleine, la vigueur et la sûreté du pied, sont plus propres qu'aucun autre de ce pays à poursuivre le Couguar et l'ours à travers les bois et les marais. Une bande de gros et vilains chiens étaient en train de faire connaissance avec ceux du pionnier ; tandis que lui et moi nous montions sur ses deux meilleurs chevaux, et que ses fils en enfourchaient d'autres de moindre qualité.

'( En route on causa peu ; et quand nous eûmes gagné le bord du marais, il fut convenu qu'on allait prendre chacun de son côté, pour chercher les traces fraîches de la peintère^ et que le premier qai les trouverait, donnerait de sa corne et resterait sur place, sans bouger, jusqu'à ce que les autres l'eussent rejoint. Au bout d'une heure, nous entendîmes clairement le son de la corne, et nous étant rapprochés du pionnier, nous nous enfonçâmes dans l'épais-

seur des bois, dirigés par l'appel, de temps en temps répété, des chasseurs. Cependant nous ne tardâmes pas à nous rencontrer avec les autres camarades au lieu du rendez-vous. Les meilleurs chiens furent dépêchés pour dépister le Couguar ; et bientôt toute la meute était à l'œuvre, et se portait bravement vers l'intérieur du marais. Aussitôt les carabines furent apprêtées, et nous suivîmes les chiens à diverses distances, mais toujours en vue les uns des autres, et déterminés à ne pas tirer sur d'autre gibier que la panthère.

«Les chiens avaient commencé à donner ; soudain ils hâtèrent le pas. Mon compagnon en conclut que l'animal était à terre^ et mettant nos chevaux au petit galop, nous continuâmes à suivre les chiens, en nous guidant sur leur voix. Le tapage augmentait, les aboiements redoublaient ; lorsque tout d'un coup nous les entendîmes faiblir et changer de note. « En avant, en avant ! me cria le pionnier : 1 bête est maintenant /^rr/^^*?, c'est-à-dire qu'elle a gagné les basses branches de quelque gros arbre ; et si nous ne parvenons à la tuer dans cette position, pour sûr elle nous fera longtemps courir. » En approchant du lieu où elle devait être, nous ne formions plus qu'un peloton ; mais ayant aperçu les chiens qui, en effet, étaient tous postés au pied d'un gros arbre, nous nous dispersâmes au galop pour l'entourer.

« Chaque chasseur alors se tint en garde, l'arme prête, et laissant pendre la bride sur le cou de son

cheval, tandis qu'il s'avançait à petits pas vers les chiens. Un coup de fusil retentit ; et l'on vit aussitôt le couguar sauter à terre et repartir en bondissant, d'une façon à nous convaincre qu'il n'avait nulle envie de supporter plus longtemps notre feu. Les chiens détalèrent après, d'une ardeur au moins égale, et en criant à tue-tête. Le chasseur qui avait tiré nous rejoignit ; sa balle, nous assurat-il, avait frappé le monstre dont l'une des jambes devait être cassée près de l'épaule, seule place où il eût pu l'ajuster. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une légère trace de sang marquait la terre ; mais les chiens allaient d'un tel train, que nous ne pûmes en faire la remarque qu'en courant ; et l'éperon dans le ventre de nos chevaux, nous nous lançâmes à plein galop vers le centre du marais, Une rivière fut traversée, puis une autre plus large et plus bourbeuse ; et les chiens allaient toujours ! Les chevaux commençaient à souffler d'une furieuse manière ; nous jugeâmes qu'il vaudrait mieux les laisser et continuer à pied. Ces déterminés chasseurs savaient que le couguar, étant blessé, ne tarderait pas à remonter sur un autre arbre, où, selon toute probabilité, il resterait plus longtemps cette fois, et qu'il nous serait aisé de nous diriger sur la trace des chiens. Nous descendîmes, ôtâmes selles et brides à nos chevaux, et après leur avoir pendu des sonnettes au cou, les - abandonnâmes ainsi, chacun à ses propres ressources ....

« Nous marchions depuis une couple d'heures,

quand nous commençâmes à entendre de nouveau la meute ; chacun de nous redouble d'ardeur, s'emportant à la pensée de terminer soi-même la carrière du couguar. Nous entendions quelques chiens se plaindre ; mais le plus grand nombre aboyait avec fureur. C'était le signe évident que la bête était de nouveau sur l'arbre ; et sans doute elle y demeurerait assez pour se remettre de ses fatigues. En avançant vers les chiens, nous découvrîmes le féroce animal couché le long d'une forte branche et près du tronc, sur uu cotonnier des bois. Sa large poitrine était tournée de notre côté, ses yeux se fixaient alternativement sur nous et sur les chiens qui étaient au-dessous de lui et l'assiégeaient ; une de ses jambes de devant pendait inerte à son côté, et il se tenait tapi, les oreilles à ras de la tête, comme s'il croyait pouvoir échapper à nos regards. A un signal donné, trois coups partirent, et le monstre, après avoir bondi sur la branche, roula par terre, la tête en bas. Attaqué de tout côté par les chiens qui étaient comme des enragés, et lui-même rendu furieux, il combattit avec l'énergie du désespoir. Mais le pionnier, s'avançant au front de la troupe et jusqu'au milieu des chiens, lui logea une balle au défaut de l'épaule gauche. Le couguar se débattit un instant dans les convulsions de l'agonie, et bientôt retomba mort. » (i)

Dans le nord des Etats-Unis la femelle met bas

(i) Audubon, trad. de Bazin. Scènes de la nature. Vol. i, pp 191-195

vers la fin de l'hiver ou au commencement du printemps, et dans l'Amérique du Sud à la fin de décembre. Ses petits sont au nombre de deux à cinq, qu'elle dépose généralement dans une crevasse de rocher, ou dans un fourré d'accès difficile.

Page 1