‹ Les mammifères de la province de Québec [microforme]Chapitre 64 sur 84 · I. FAMILLE PROCYONIDÆ, RATONS · texte numérisé non relu

I. FAMILLE PROCYONIDÆ, RATONS

Formule dentaire — ;. = c. = pm. = F

La dernière Prémolaire supérieure et la première d'en bas sont tuberculeuses ; le museau est plus ou moins allongé ; la queue est de longueur moyenne et touffue ; les pieds sont munis de cing doigts, et sont conformés

Pour la marche Plantigrade,

Ces animaux sont de taille moyenne, au corps

” plus trapu qu'élancé, et leur régime est plutôt omnivore que simplement carnivore.

Genre PROCYON, Storr.

Tête assez grosse et déprimée, museau effñilé et comme tronqué au bout ; oreilles de grandeur moyenne et arron. dies ; queue annelée de noir et de blanchâtre : ongles recourbés, non rétractiles et de force moyenne,

Procyon lotor, (LINNÉ).

Le Raton ordinaire.

Pelage variable, ordinairement d'un blanc grisâtre ou jaunâtre, plus ou moins entremélé de noir, résultat d’un certain nombre de poils terminés de noir ; le duvet ou poil de la base est d’un gris brun; une large tache oblique d’un brun noirâtre s'étend sur la joue et autour de l'œil : une autre t:che de même couleur se trouve en arrière de l'oreille ; la queue est touffue et annelée de noir et de blanc grisâtre ou jaunâtre ; le dernier anneau est noir; iris noir. Longueur, 22 ; queue, 10% pes.

Le Raton, que l’on appelle vulgairement Cat sauvage, habite l’est de l'Amérique du Nord où, dans certaines localités, il se montre encore commun. Chez nous, on le rencontre plutôt dans le sud de la province. Cet animal est nocturne et vit dans les forêts; toutefois on le rencontre assez souvent durant le jour, à la recherche de sa nourriture. Il est omnivore, mange également bien des céréales, des noix, des fruits de toutes sortes ainsi que des œufs d'oiseaux, des mollusques, des insectes, de petits poissons, des grenouilles, de petits mammifères et des oiseaux. Il aime à aller se

repaître de blé vert ou autres céréales qui croissent dans les champs ensemencés, À proximité de son habitation. Comme il est excellent grimpeur, c'est dans un arbre creux qu’il établit son domicile, et c'est également dans les arbres qu’il cherche un

Fig. 22.—Groupe de Ratons.

refuge lorsqu'il est Poursuivi par ses ennemis ; il aime à fréquenter le bord des étangs et des rivières, à prendre ses ébats dans les eaux peu profondes tout en cherchant des grenouilles, des mollusques, ou des petits poissons. Quoique bon hägeur, il ne

poursuit pas sa proie sous l'eau, non plus que sur les arbres lorsqu'elle y cherche un refuge. Cet animal est peu farouche, mais il est méfiant et rusé, et dans certains cas sa ruse égale presque celle du renard.

Dans plusieurs endroits des Etats-Unis, on a fait de la chasse au Raton un sujet de divertissement. Des chasseurs armés de fusils et munis de torches se rendent, vers minuit, avec des chiens, à l’endroit où le Raton doit se trouver. Dès qu'un de ces animaux a été éventé par les chiens, la chasse commence ; le pauvre animal qui n’est pas très agile se sauve le mieux qu’il peut, et s’il rencontre un arbre, il y grimpe dans l'espoir d'échapper à ses assaillants. Si cet arbre est petit, on le coupe à la base, et dans sa chute il entraîne le Raton qui tombe dans la gueule des chiens. Mais si l'arbre est gros, le chasseur se donnera parfois le plaisir de poursuivre l'animal sur les branches. Lorsque le Raton arrive au sommet ou à l'extrémité d’une branche, le chasseur la secoue fortement, l'animal perd alors l'équilibre et tombe à terre; si on ne veut pas se donner ce plaisir on le tue au fusil. Le Raton est très habile à se dissimuler sur un arbre ; il se tapit près du tronc ou sur une grosse branche, et ne laisse apercevoir d'ordinaire qu’un seul œil qui brille dans la nuit à la lueur des torches.

Audubon nous raconte de la manière suivante, une chasse qu’il ft dans le Kentucky, où il avait traqué un Raton dans un marais: « Le Raton, dit.

il, ne nageait Pas, mais se soutenait avec ses pieds qui touchaient le fond du marais. L'éclat de Ja torche semblait beaucoup le gêner ; son poil était hérissé, et sa queue annelée paraissait trois fois plus &rosse qu’à l'ordinaire, Ses yeux brillaient comme des émeraudes ! la gueule écumante, il surveillait chaque mouvement des chiens, prêt à saisir par le museau le premier qui tenterait de s'approcher. Ceux-ci le tinrent en haleine pendant quelques minutes ; l'eau commençait à se charger d'une vase épaisse ; le poil tout trempé lui retombait à plat sur le corps, et sa queue, couverte de boue, flottait immobile à la surface. Son grognement guttural, au lieu d’intimider les assaïllants, ne faisait que les exciter d'avantage, et tous, sans relâche ni miséricorde, le harcelaient de leurs aboïements furieux. Enfin, l’un.d’eux se hasarda à le happer au derrière, mais il dut promptement en démordre ; à un second qui l'avait attaqué par le côté, le Raton rendit son Coup de dent, et je vous assure qu'il était mieux appliqué que celui qu’un troisième venait de lui porter à la queue. C'était vraiment pitié d'entendre gueuler 7ïke que le Raton ne lâchait pas. Cependant, les autres s'étaient rués tous ensemble sur lui ; avec des cris de mort ; mais, jusqu’au bout il tint bon, et resta suspendu au museau de son ennemi. A la fin, frappé à coup de hache sur la tête, il tomba, rendant le dernier soupir ; et le pénible battement de ses flancs faisait douleur à voir. Debouts autour du marais, les chasseurs contemplaient son agonie ;

l'éclat de la torche donnait aux objets environnants un aspect plus sombre et quelque chose de sinistre ; c'était une de ces scènes que les peintres aiment à reproduire. » (1)

On capture aussi le Raton au moyen de trappes, avec une tête d'oiseau ou un morceau de poisson comme appât. Un autre moyen de s'en emparer est de faire pénétrer dans son trou un crochet en fer que l'animal, dans sa rage, essaye de mordre, et se trouve ainsi pris par la gueule.

En captivité il s'apprivoise très bien et il mange de tout ce qu'on lui donne ; mais c’est un mauvais voisin pour la basse-cour, car, s’il y pénètre, il étranglera dans une seule nuit, sinon tous, du moins une grande partie de ses habitants.

Cet animal dort durant les mois de l'hiver.

La femelle met bas vers le mois de mai, de quatre à six petits qu’elle dépose dans un nid grossièrement fait, et situé dans un arbre creux.

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