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Conclusions
La lecture des nombreux travaux que nous avons consultés nous a laissé des impressions qu'ont parfaitement confirmées les examens que nous avons pu faire à la Chartreuse de Valbonne, sur 31 lépreux.
Sur ces 31 lépreux, 22 présentaient des lésions oculaires plus ou moins graves. Plusieurs sont pratiquement aveugles, 9 yeux pratiquement ou complètement aveugles: c’est dire l’extrême fréquence et la gravité des complications oculaires de la lèpre, dont nous avons observé plusieurs cas contractés en France.
Les lésions cutanées des paupières et des sourcils ne nous retiendront pas, puisqu'elles rentrent dans les lésions cutanées générales observées dans cette maladie.
Les lésions des voies lacrymales, nous ne les avons pas retrouvées et nous croyons, conformément à l’opinion de la majorité des auteurs, qu’elles sont rares. Sur le rôle de l’infection ascendante et descendante, grâce à la perméabilité de ces voies, nous n’avons aucune opinion personnelle.
Nous n’avons pas noté de lésions de la conjonetive digne de retenir notre attention, une hyperhémie banale ne pouvant être considérée, à notre avis, comme une manifestation lépreuse.
Les lésions de la sclérotique qui sont, pour beaucoup d'auteurs, fréquentes et caractéristiques, nous n’en avons pas observé non plus.
Nous voudrions insister sur les lésions cornéennes. Tous les yeux que nous avons vus, atteints de lésions cornéennes, présentaient une kératite interstitielle; nous n’avons observé aucune érosion cornéenne, aucun léprome de la cornée, aucune forme pseudo-tumorale. Cette kératite interstitielle dans lequel il nous paraît difficile d’individualiser nettement des types cliniques bien tranchés se présente dans la majorité des cas ave des lésions isolées situées au voisinage de la membrane de Bowmann.
Mais, à côté de ces lésions, sur une même cornée, nous avons observé maintes fois des lésions diffuses dans tout le parenchyme cornéen, notamment dans la partie postérieure, au voisinage de la membrane de Descemet.
De même la distinction de kératite ponctuée, de kératite pointillée ou de kératite diffuse, nous paraît un peu arbitraire; ces diverses formes pouvant co-exister sur le même œil, [1 nous semble qu’il s’agit plutôt de forme évolutive de la kératite et que, suivant le moment auquel on examine le malade, on peut avoir à faire à telle où telle forme, ou à telle ou telle combinaison de formes.
À une période avancée, la cornée devient entièrement opaque (nous en avons observé plusieurs cas) et pénétrée par des vaisseaux nombreux x qui peuvent être superficiels ou profonds.
L'évolution de ces kératites est particulièrement remarquable par l’absence de réaction inflammatoire. Il n’y a pas de réaction vasculaire appréciable; les
LL) Le TEs
signes fonctionnels, photophobie, larmoiement, irrita. tion sensitive, sont pratiquement nuls; seule, la baisse progressive de la vision se manifeste comme signe fonctionnel.
Il y a là une opposition très nette avec les kératites habituellement observées, et notamment avec la kératite interstitielles de l’hérédo-syphilis dans laquelle on connaît l’importance des troubles fonctionnels; il faut noter également que dans la lèpre, les lésions ne rétrocèdent que rarement, la guérison complète paraissant tout à fait exceptionnelle, l’aggravation progressive étant la règle, et pouvant amener dans de nombreux cas, le malade à la cécité.
Outre la cornée, il nous semble que la maladie lépreuse intéresse surtout l’iris et le corps ciliaire; les cas d’iritis que nous avons constatés personnellement sont, en effet, très nombreux (24 yeux).
Nous n’avons pas observé de tumeur lépreuse de l’iris et dans deux cas nous avons observé le pointillé blanchâtre sur lequel Cange et d’autres auteurs ont particulièrement attiré l’attention.
Cet aspect que nous n’avions jusqu’à présent Jamais rencontré, nous paraît, à nous aussi, tout à fait caractéristique et d’une très grande importance au point de vue diagnostique.
La forme la plus habituelle d’iritis est la forme plastique, avee des adhérences, des exsudats, des dépôts pigmentaires, qui bloquent plus ou moins complètement la pupille, qui obstruent plus où moins complètement l’aire pupillaire et qui sont done d’un pronostic extrémement grave,
Cette allure clinique se rapproche beaucoup, nous semble-t-il, des iritis bacillaires car, dans les deux maladies, on retrouve une atrophie très marquée des tissus iriens dont les cryptes et le relief ont disparu ainsi que l'absence de toute réaction inflammatoire.
Contrairement à l’opinion de la majorité des auteurs sur la rareté du glaucome dans la lèpre, nous avons observé deux cas dans lesquels la tension oculaire était excessive par suite de séclusion pupillaire.
Nous n’avons pas d'opinion sur la fréquence des lésions, des membranes profondes du nerf optique dans la lèpre. Chez beaucoup de malades que nous avons examinés, l’examen opthalmoscopique était impossible, chez les autres, le fond d’œil était normal mais le nombre relativement restreint de nos malades ne nous permet pas d’avoir une opinion.
Du point de vue thérapeutique, nous avons nettement l'impression que les opérations chirurgicales pratiquées sur des yeux atteint de lèpre ne sont pas particulièrement difficiles à réaliser; elles peuvent donner momentanément, une meilleure vision ou un soulagement appréciable, mais chez plusieurs malades opérés antérieurement, nous avons constaté que les résultats n'étaient pas durables, les iridectomies, notamment, qu’elles soient pratiquées soit comme iridectomie optique, soit au cours d’une extraction combinée de cataracte, soit contre la séclusion pupillaire, ne tardent pas à s’obstruer, infirmant ainsi un résultat qui avait pn paraître satisfaisant.
On ne doit done, à notre avis, intervenir sur un œil lépreux qu’en faisant les plus expresses réserves au point de vue pronostic ou que si l’on a la main forcée,
En terminant, nous voudrions souligner une fois encore, l’analogie clinique de la tuberculose oculaire et de la lèpre oculaire. Il n’est pas douteux que chez les malades que nous avons vus, si nous avions ignoré qu’ils fussent atteint de lèpre, nous aurions porté à la seule vue des lésions oculaires, le diagnostic de tuberculose probable.
Nous ne pouvons terminer, sans nous émouvoir, sur les souffrances morales de ces malades qui sont, sans doute, les pires de toutes.
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