BAPTISTE, LE CHARRETIER
Le charretier, — J’apporte de l'imprimerie Beauchemin une charge de manifestes électoraux commandés par M. Chèvréchou. Où faut-il les déposer ?
Baptiste. — Des manifestes électoraux ! Ah!
je suis sauvé ! Mais c’est étrange que les deux envois ne viennent pas de la même maison...
Ceci ne me regarde pas. Monsieur, avant d’aller plus loin, veuillez me dire si vous êtes électeur dans le comté de Richelieu ?
Le charretier. — Non.
Baptiste. — Dans le comté de J oliette ?
Le charretier, — Non plus. Mais qu'est-ce que cela peut...
Baptiste. — Vous n'avez pas d'influence dans ces comtés ?
Le charretier, — Mais enfin.… 2
Baptiste, — Pas de parents ?
Le charretier, — Oui, JF ai un parent, Mais qu'est-ce que ça...
Baptiste. — Des Parents, dites-vous ? Vous y ave” des parents ? Père et mère ?..,
Le che-retier, — Non. Ma femme à à St-Ours un petit cousin au 4ème degré de la tante dn beau-père de 1a Marraine de...
Baptiste, — Un Parent ! un parent ! Ah ! cher Monsieur, cher électeur, permettez-moi de vous
dire mille bonjours et de vous serrer mille mains... non, mille fois la main... toutes les mains... Un parent ! il a un parent !! (ZI lui serre les mains avec effusion).
Le charretier. (Abasourdi). Si ça peut vous faire plaisir... Mais qu'est-ce qui vous prend à propos de caisses que j’apporte ?
Baptiste. — Ah! cher ami, cher électeur, si mon maître était ici, il ne laisserait À personne autre le plaisir de recevoir avec tous les honneurs qu’il convient un homme qui a dans le comté de Richelieu, à St-Ours encore ! un aussi ‘proche parent, un électeur. Monsieur, mon maître vous estime beaucoup, croyez-le. Et s’il ne m'a jamais parlé de vous, c'est uniquement et pour la seule raison qu’il ne vous connaît pas... Ne manquez pas d'écrire à votre cousin, ce cher cousin, ce cher électeur... et dites-lui tout le bien que mon maître lui veut, ainsi qu’à sa femme, à son père, à sa mère, à sa belle-mère, à ses enfants...
Le charretier. — T1 n’est pas marié...
Baptiste. — Ça ne fait rien... Et à vous aussi mon maître veut du bien... Ah ! ce cher ami.
(IL lui frappe sur l'épaule).
Le charretier. — Où est-ce que je vais mettre ces caisses ?
Baptiste. — Mon cher ami, non, je vous en prie, ne vous donnez pas la peine de décharger votre voiture. Tenez, nous allons-leur mettre
on
des adresses et les réexpédier, et pour avoir le plaisir de rester plus longtemps en votre com- Pagnie, cher électeur, J'irai avec vous jusqu’à la gare, où je vous aiderai à décharger votre voiture. Ah ! ce cher électeur !
(Le rideau tom be).