SCENE II LE CANDIDAT, BAPTISTE
Le Candidat. — Eh bien, mon cher Baptiste et secrétaire, qu’as-tu fait durant mon absence ?
Baptiste. (Jubilant). — J'ai travaillé au succès de vos élections, Monsieur, et (avec un air entendu), je crois que je n’ai pas été manchot...
Le Candidat. — Bon. Tu as expédié les caisses de manifestes électoraux ?
Baptiste. — Oui, Monsieur, à toutes les adresses que vous m’avez indiquées.
Le Candidat. — Bien, et dans le comté de Richelieu, tu as expédié les caisses de whisky ?
Baptiste. (Etonné). — Les caisses de whisky ?. ... dans le comté de Richelieu ?... |
Le Candidat. — Ori... est-ce qu’on n’a pas apporté une charge de caisses de whisky ?
Baptiste. — Je ne sais pas... je..
Le Candidat. — Comment ! on n’a rien apporté? et mes amis de Richelieu n’ont rien demandé ?
Baptiste. — Non... oui... c’est-à-dire des caisses de manifestes électoraux... Oui, on en a apporté une charge et je... l’ai ex... ex... pédiée aux... aux... bonnes... adresses...
Le Candidat. — Ah ! je vois... Tu es pris de remords de ce que ton nez d’ivrogne n’a rien senti...
Baptiste. — Hélas !...
Le Candidat. — Tant mieux ! tant mieux ! car si tu l’avais senti ce whisky, le comté de Richelieu aurait fort bien pu s’en passer, n'est-ce pas? ... Alors, ces caisses sont parties ?
Baptiste. — Les caisses de whisky ?
Le Candidat. — Oui, voilà dix fois que je te le demande...
Baptiste. — Oui, elles sont parties...
Le Candidat. — Bien, as-tu fait poser un téléphone, comme je te l'ai dit, pour recevoir les rapports de mes comtés ?
Baptiste. (Indiquant le téléphone). — Oui, Monsieur, là...
Le Candidat. — Bon, as-tu reçu des visiteurs ? des électeurs ? as-tu été poli ?
Baptiste. — Oui, Monsieur.
Le Candidat. — "Eu as l’air bien bête... plus que d'habitude... es-tu malade ?
Baptiste. — Ce-sont les caisses...
Le Candidat. — Les caisses ?... Je gage que tu as bu la moitié des caisses de whisky...
Est-ce vrai ?
Baptiste. — Oh ! pour ce qui est de ça, je vous assure que non. Maïs mieux eût valu que j'en eusse bu la moitié, et même toutes les caisses. je’ne serais pas si mal à l’heure qu'il est...
Le Candidat. — Te gaillard ! au moins il est franc. Mais enfin, qu’as-tu ?
Baptiste. (Sc icttant les mains sur tes reins) — Ah ! les caisses, les caisses...
Le Candidat. — Eh bien !.….
Baptiste, — Elles étaient bien lourdes à manœuvrer... Je crois que j'ai attrapé un tour de reins...
Le Candidat. — Ce n’est pas cela 2... Bah. ça s’en ira avec un bon coup de whisky ?
Baptiste. — J'ai bien peur que non...
Le Candidat. — On verra, On verra. A présent, allons prendre une bouchée ; je meurs de faim. Et comme je crois bien que le téléphone ne tar: dera pas à sonner pour me donner des nouvelles, je n'aurai plus guère le temps de manger. (11 sort)