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2. Tome XLIX, 1888, p. 694-703. — Cf. le travail de M. Omont.
trente-quatre mille numéros, dont une partie s’appliquant à plusieurs tomes, inscrits aux catalogues, constitue à elle seule un fait trop exceptionnel pour que sa mémoire ne soit pas destinée à occuper une grande place dans l’histoire des plus illustres collections.
Je me bornerai ici à passer rapidement en revue les seuls manuscrits enluminés, illustrés de miniatures ou décorés d’ornements, en les considérant uniquement sous le rapport de leur état matériel, et surtout au point de vue de leur valeur d’art. Cette revue, où l’ordre chronologique sera suivi autant que possible dans chaque division, se partagera en deux parties : d’une part, les manuscrits peints exécutés en France et dans les provinces ayant fait partie au xve siècle des États de la maison de Bourgogne ; d’autre part, ceux qui proviennent des pays étrangers'.
Le cadre restreint que nous nous traçons exclut tous les manuscrits qui ne sont pas des volumes de luxe. Dans cette catégorie se trouvent rentrer la plupart des ouvrages, des recueils de pièces, ou des documents qui ont été au contraire l’objet de la notice deM. Omont. Néanmoins on reconnaîtra que, même sur le terrain étroit où nous nous placerons, la bibliothèque de Cheltenham conserve encore une extrême importance, principalement en ce qui concerne notre pays. Le chiffre des manuscrits qui vont être énumérés ne s’élève pas à moins de cent vingt-sept1 2, et, sur ce total, quatre-vingt-six, c’est-à-dire plus des deux tiers, rentrent dans la catégorie des manuscrits français ou flamands.
Assurément tous ces volumes sont loin d’avoir la même valeur. Plusieurs même n’offrent qu’un intérêt très secondaire ou presque nul. Mais il se trouve aussi dans le nombre des monuments tout à fait précieux pour l’histoire de l’art. Parmi les manuscrits français, par exemple, nous rencontrerons un chef-d’œuvre du xme siècle, les histoires de la Bible [n° IV] et une suite de médaillons des Césars qui peuvent être attribués en toute certitude à l’auteur des illustrations du Livre d’Heures de la reine Anne de Bretagne,
1. Pour faciliter les références, tout en indiquant toujours soigneusement, entre parenthèses et en chiffres arabes, la cote de catalogue sous laquelle les manuscrits sont inscrits à Cheltenham, je donnerai à chacun d’eux dans cette rapide revue un numéro de renvoi en chiffres romains, entre crochets, placé en tête du paragraphe consacré au volume.
2. Encore laissé-je de côté sept livres d’heures considérés comme trop insignifiants.
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHELTENHÀM. 3
le fameux Jean Bourdichon [n° LXIX]. Devant d’autres volumes de premier ordre, sans pouvoir aller jusqu’à une attribution formelle, nous serons autorisés à prononcer les deux plus grands noms de l’histoire de la miniature française au moyen âge, Pol de Limbourg [n03 XXVI, XXVII, XXVIII et XXIX] et Jean Foucquet [nos XXXVII et XXXVIII] et à rappeler celui d’un des enlumineurs des ducs de Bourgogne , Jean Hennekart [n° LXI] . Un autre livre à peintures est des plus intéressants comme rentrant dans cette catégorie, si peu nombreuse, des manuscrits dont l’enlumineur est nommé en toutes lettres. Non seulement il nous révèle l’existence d’un miniaturiste totalement inconnu jusqu’ici, Henry d’Orquevaulz, qui travaillait à Metz, mais il va jusqu’à nous fournir le portrait de cet artiste [n° XXXIV]. Parmi les manuscrits étrangers, c’est l’Italie qui a la plus grosse part. Elle peut revendiquer les très curieuses illustrations d’un livre d’É vangiles exécuté sur les confins du xie et du xne siècle [LXXXIX], les remarquables dessins ombrés du xive siècle, insérés dans un exemplaire de la Thébaïde de Stace [n° XGVI], l’ornementation d’une finesse exquise, digne d’être attribuée avec grande vraisemblance à Francesco d’ Antonio del Chierico, le digne rival d’Attavante, d’un manuscrit des historiens de l’Histoire auguste venant des Médicis [n° CVIII], les délicieuses petites miniatures de style florentin accompagnant les Fables d’Ésope [n° CXI], enfin l’exécution matérielle irréprochable de volumes transcrits au plus beau temps de la Renaissance pour les plus fins bibliophiles de l’époque, tels que le pape Nicolas V [n° GUI], Mathias Corvin [nos CXII et CXIII] et les rois aragonais de Naples [nos CIV et CVJ.
Aux renseignements importants qu’on peut puiser dans l’étude de ces volumes sous le rapport de l’art, s’en joignent d’autres qui intéressent l’histoire de la librairie au moyen âge h Neuf manuscrits portent des indications formelles, généralement des signatures, permettant de nommer les copistes qui les ont exécutés :
Baldassare de Vigevano [n° XCVIII].
Gautier de Verdun [n° XIV].
1. Remarquez aussi dans l'Appendice la note extraite du volume [n° XXXIV], qui permettra peut-être de retrouver un jour le précieux manuscrit de la bibliothèque du roi Jean, dont elle raconte les destinées, et qui avait servi de modèle pour la copie faite par Jeannin de Rouen.
Giovanni Francesco Marti da San Giminiano [n° CXIII].
Giovanni Marco Cinico di Palma [n° GY].
Hellin de Burchgrave [n° LXIII] .
« Jacobus Guidonis de Yerona » [n° GXIY].
Jean de Lobes ln° XY].
Jehannin de Rouen [n° XXXI Y].
Raoul Tainguy [n° XXIX].
Deux autres volumes sont dénués d’indications de ce genre, mais on peut y reconnaître la main de deux scribes fameux en Italie :
Antonio Sinibaldi [n° CVIII].
Et le Grec Jean Rhosos [n° C].
Enfin il faut encore mentionner un dernier point qui mérite grande attention, c’est celui des anciennes provenances. La bibliothèque de sir Thomas Phillipps est particulièrement riche à cet égard. On peut en effet, sans parler des collections célébrés relativement modernes dont elle a recueilli les épaves, Lamoignon1, Guyon de Sardières2, La Yallière3, Roxburghe4, Goldsmid5, Utterson6, Richard Heber7, Meerman8, Mac Carthy9, etc., dresser comme suit la liste des possesseurs de livres anterieurs au xvme siècle, dont les noms seront cités plus loin, et qui sont presque tous les personnages mêmes pour lesquels les manuscrits ont été écrits et peints.
Papes et cardinaux .
Le pape Nicolas V [n° CIII].
Les cardinaux Duprat [n° XIII] ; Cajetani, légat du saint-siège en France [n° LXXXYI]; B. Maciejowski, archevêque de Cracovie [n° IV] .
Souverains et princes .
Charles VIII, roi de France [nos LIX et LX] ; les reines de