VOIR PLANCHE XLI
Description générale. — Énorme vol. in-fol. Magnifique vélin. Dimensions des ff. : H. om,485xora,36o. Justification : om,320xom,2i i. i colonnes, avec om,028 d’intervalle. : 4* lignes.
11 contient les dix premiers livres, précédés du discours de présentation, de l’extrait des Rétractations , des deux prologues et de la table des chapitres du premier livre. Il comprend i fol. blanc, 5o6 ff. numérotés dont les ff. 9 et 10 blancs et 1 fol. blanc. Le fol 1 commence par ces mots : « que ce fut le premier signe », et le fol. 5o6 par : « si comme jay promis ».
Collation. — Cahiers de 10 ff., avec des réclames qui ont souvent disparu sous le couteau du relieur, malgré la grandeur des pages.
Reliure. — Reliure du xvme siècle, en maroquin rouge', à filets, avec les armes de France sur les plats. Dos orné de feuillage avec des L couronnés. Titre : Cité de Dieu,
Livres I-X. Doré sur tranches.
Ecriture. — Superbe écriture, réglée rouge, en lettre de forme ; pas de titre courant. Numérotage ancien en chiffres romains à l’encre rouge. Les en-tètes des livres,
1. Van Praet, dans ses Recherches sur Louis de Bruges , p. 126, dit que le manuscrit était autrefois couvert de velours incarnat.
chapitres et explications sont rubriqués. Au fol. 1, se trouvent inscrits les anciens numéros 67-6712-trenteneuf. Sur la garde de tête, on voit une étiquette qui porte ces mots : bloys — Des histoires et livres en françoys au premier puf par terre devers les fossez. Au dernier fol. : « Explicit. Libro finito sit laus et gloria christo ». Puis : « Cy fine le X" livre et derrenier de ce premier volume de nions' sainct Augustin de la Cité de Dieu » .
Initiales. — Les grandes sont inscrites dans un quadrilatère d'or. Elles sont en couleur sur un fond colorié. Les petites sont en or sur le même fond.
Bordures. — Elles n’existent qu’au commencement des livres. Elles sont formées de fleurs, de fruits (raisins et fraises) et de feuilles d’acanthe multicolores, parsemées de points d’or. Le vert et le bleu dominent. Au bas de la page des ff. I et XI, on remarque l’écusson de France, d’azur aux trois fleurs de lis dor, surmonté d’un cimier, portant une couronne sur bourlet de gueules aux fasces d’argent et, au-dessus, une fleur de lis d’or rapportée également, ainsi que le témoigne un grattage très apparent. Par transparence, on distingue les armes de Louis de Bruges, seigneur de La Gruthuyse : 1 et 4, dor à la croix de sable, qui est Gruthuyse, et 2 et S, de gueules au sautoir d’argent, qui est van Aa. On ne trouve nulle part trace de la devise de Louis de Bruges, non plus que des lettres L et M, initiales de son nom et de celui de sa femme, Marie de Borssele.
Provenance. — Nous avons vu plus haut (Descript. n" 14) que le Ms. franc. 174 de la Bibl. Nat., exécuté pour la famille de Montaigu, avait été acheté, probablement en Angleterre, par Louis de Bruges, seigneur de La Gruthuyse; mais ce célèbre amateur, n’ayant jamais pu trouver le premier volume, qui contenait les dix premiers livres du traité et qui a disparu sans laisser de traces, en fit exécuter un au milieu du xv' siècle, pour se former un exemplaire complet. Le travail fut achevé, entre 1460 et 1470 environ, par un artiste flamand, sur lequel nous n’avons aucun renseignement. Les deux volumes réunis passèrent, comme nous l’avons dit pour le Ms. 174, entre les mains du roi Louis XII et c’est à ce moment, avant d’aller à Blois, qu’ils furent l’objet d’un grattage et d’une surcharge qui avaient pour but de substituer les armes de France au blason de Louis de Bruges. Réunis par François I", en i544, aux manuscrits grecs de la Bibliothèque de Fontainebleau, ils furent, sous Charles IX, définitivement incorporés au dépôt royal.
Miniatures. — Elles sont complètes au nombre de onze', une de présentation et une en tête de chacun des dix livres. Elles occupent plus de la moitié de la page et, exécutées par la même main, elles doivent être attribuées à un des artistes qui travaillaient dans un atelier flamand pour le compte de Louis de Bruges’.
Les personnages sont relativement grands, et leurs physionomies bonasses, mais assez particulières, font penser que l’auteur s’attachait plus spécialement à la représentation humaine. Le soin avec lequel les détails des costumes sont dessinés ne peut que nous confirmer dans cette opinion. Chaque peinture met en scène des personnages de différentes classes sociales et, de ce fait, la variété des costumes est instructive. Les seigneurs, les ecclésiastiques, les bourgeois et les gens du peuple défilent devant nos
1. Van Praet, op. cit., dit que ce manuscrit est « orné de dix très belles et curieuses miniatures ». Cette erreur a été reproduite par Paulin Paris dans Les Manuscrits françois, tom. I, p. 19.
2. Dans son Histoire des Arts industriels au moyen dge, tom. II, p. 292, Labarte a fait un éloge, peut-être exagéré, de ces peintures.
yeux avec leurs vêtements habituels, chaperons, justaucorps, haut-de-chausses et souliers à la poulaine, tous à la mode de leur temps.
Le dessin est facile et juste; les visages sont traités au pinceau, avec des cheveux en broussaille. Les couleurs sont vives, mais harmonieuses; le bleu domine généralement. Les constructions sont soignées, grises au premier plan et jaunâtres dans le fond, avec des toits bleus. Le paysage est assez médiocre; les arbres sont traités en boules vertes et la campagne offre un aspect jaune assez disgracieux. Les collines à l’horizon sont peintes en bleu clair, se fondant avec le ciel qui semble les continuer1.
Contrairement à ce que nous voyons dans nos autres manuscrits, saint Augustin, souvent inspiré par la Sainte Trinité, est toujours en scène, en habit noir de son ordre, tenant un cœur rouge dans sa main gauche. Il est, pour ainsi dire, X acteur de chacun de ces épisodes et il développe les enseignements de son traité à un auditoire qui ne varie guère. De là une certaine monotonie dans la représentation qui, dans toutes les miniatures, a trait au culte chrétien opposé au culte païen. Sous ce rapport, le directeur du travail n’a rien emprunté à ses devanciers, si ce n’est au Ms. franc. i5 de la Bibl. Nat., dont il s’est peut-être inspiré comme choix des sujets, tout en apportant une véritable indépendance dans la manière dont il les a traités.
Voici la description de ces peintures :
Prologue. — fol. I. — H. o“,24oXo“,2o3. — Présentation du manuscrit. — Salle d’un palais, aux murailles grises, au plafond à poulres de bois et au dallage à carreaux jaunes. A gauche, le roi Charles V, couronné par-dessus son chapeau et vêtu d’une robe d’or, est assis sur un trône au baldaquin de brocart. Un tapis bleu fleurdelisé est étendu devant lui. Raoul de Praelles, nu-tête, en homme de loi, son chaperon sur l’épaule gauche replié sur le bras, sa bourse pendante à son côté, présente, agenouillé, le manuscrit de sa traduction, recouvert de velours rouge. Huit conseillers et seigneurs, richement vêtus, sont groupés dans la salle. Un d’eux tient sur son poing droit un faucon, les ailes étendues. Un levrier et un épagneul jouent sur le devant de la scène. Derrière, un dressoir, couvert de vaisselle, avec deux serviteurs. Au fond, une cour extérieure fermée par une porte. On aperçoit, par-dessus le mur en brique, un arbre se détachant sur un paysage bleu.
LIVRE I. — fol. XI. — H. om,232Xom,2oo. — Les deux Cités. — {Planche XLI.) Sur les remparts d’une ville aux constructions de briques grises, avec des toits bleu foncé, s’élève une grosse tour d’angle, représentant la Cité de Dieu, au sommet de laquelle s’agite tout un monde ecclésiastique que domine l’image auréolée de la Sainte Trinité. On distingue saint Augustin, nimbé, robe noire, un cœur rouge dans la main gauche, un pape, un légat et des moines qui brandissent des bulles, des traités dogmatiques et des manuscrits. Ils se défendent contre la troupe des ennemis de la Foi. A gauche, ce sont les hérétiques,
aux yeux bandés qui, armés de piques, attaquent la citadelle. A droite, ce sont les diables qui voltigent en fureur au sommet du donjon. Au premier plan, on voit les païens et les incrédules qui sapent les fondations et veulent naïvement ébranler de leurs mains impuissantes la vaste construction. Sol naturel parsemé de touffes d’herbe verte. Ciel bleuâtre. Toute cette scène a quelque chose de satirique, qui personnifie bien l’esprit du xvc siècle.