‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 16 sur 272 · Ce sont · texte numérisé non relu

Ce sont

Henry de Mortaigne, dit d'Espierre, seigneur de Linselles et Blalon (i4o4-i4io).

Jean de Lannoy, seigneur de Maingoval et de Lys ( 1 4 * o- 1 4 * 4) -

Hues de Lannoy, conseiller et chambellan de Philippe le Bon (i4 i4~*423).

Baudouin de Lannoy, seigneur de Molembais, chevalier de la Toison d’or ( 1 4^3- 1 435).

Baudouin d’Ongnies, conseiller, chambellan et maître d’hôtel de Philippe le Bon (1 435- 1459) .

Jean de Lannoy, conseiller et chambellan du Duc de Bourgogne ( 1 45g- 1 465 ).

Anthoine d’Ongnies, conseiller et chancelier du Duc de Bourgogne (1465-1467). (Cf. Armorial des gouverneurs de Lille et de la Flandre française de I2ç6 à 1787, manuscrit in-fol., de 4g ff-> avec armoiries peintes, que nous avons acheté le 6 mai igog à la vente de la collection Quarré-Reybourdon, de Lille). J.e Ms. i8o37-3g de la Bibl. Roy. de Bruxelles

époque où l’exemplaire était déjà incorporé dans la collection de Bourgogne, et aucun de ces seigneurs n’avait pour armoiries celles qui décorent l’initiale O du fol. 3. Il faut donc en conclure que le manuscrit a été exécuté pour un personnage antérieur qui portait cet écusson, lequel n’a pas été rapporté, et pourrait désigner Pierre Boudens, bailli de Bruges en 1420. Il aurait passé intermédiairement entre les mains d’un des gouverneurs de Lille que nous venons de citer et serait entré avant 1467 dans la librairie de Philippe le Bon.

Au xviii* siècle, il ressentit le contre-coup des événements militaires dont les Pays- Bas furent le théâtre. Louis XV, après la bataille de Fontenoy, envoya à Bruxelles Achille Godefroy, qui fit, en 1746, un rapport sur les richesses bibliographiques de la Bibliothèque de Bourgogne, mais sans enlever aucun manuscrit. Il n’en fut pas de même en 1748; les livres choisis arrivèrent en France et furent versés à la Bibliothèque Royale. Mais en 1770 ils furent l’objet d’une restitution à la suite du traité conclu avec Marie-Thérèse.

Miniatures . — Elles se composent de deux grandes peintures au commencement des Liv. I et XI, de 1 1 initiales historiées en tête du premier volume et de 20 vignettes ornant les autres livres. Les premiers feuillets, écrits à longues lignes, et les premières initiales, contenant de vrais petits tableaux, trahissent une certaine hésitation dans la conception de ce manuscrit. On s’était évidemment proposé une riche décoration et on s’aperçut bientôt quelles dépenses de temps et d’argent elle entraînerait. Ce projet, dont nous voyons ici la trace pour la première fois en ce qui concerne nos manuscrits de la Cité de Dieu (ce qui prouve que ce manuscrit est un prototype), ne fut réalisé que plus tard, et une seule fois, dans le superbe exemplaire, qui appartint à Philippe de Commines et qui, décoré de près de 700 miniatures, fait maintenant l’ornement des Bibliothèques de La Haye et de Nantes'.

Nous ne savons pas le nom de l’artiste qui a prêté son talent à décorer ce bel exemplaire, tout entier de sa main, à l’exception peut-être des premières initiales. Il était Flamand, très probablement imbu des principes des écoles de Bruges et de Gand, et travaillait vers 1410. Ses personnages aux visages très fins sont dessinés à la plume, peints en couleur chair foncée et ensuite rehaussés de traits à la gouache qui font ressortir les parties lumineuses. Le dessin est juste, mais très élémentaire. Les attitudes sont simples et les costumes très variés et très soignés. Les soldats portent toujours des armures blanches, mais les personnages sont trop grands pour les objets qui les entourent. Les constructions sont en briques rouges avec des tuiles bleues sur les toits. L’auteur se montre mauvais paysagiste. Des courbes indiquent les collines surmontées de petits arbres qu’on prendrait pour des ombrelles. Des teintes plates les recouvrent, sur lesquelles les rochers sont indiqués par de larges traits brun acajou. Des fleurs jaunes parsèment le sol vert et les ciels sont faits d’une teinte bleue recouverte d’une couche d’argent qui a noirci. En l’absence de ciel, le fond est mosaïqué. On voit que nous avons affaire à un manuscrit de transition très intéressant dans ses détails.

M. Henri Hymans, l’éminent conservateur delà Bibliothèque Royale de Bruxelles,

renferme une liste des gouverneurs de Lille du xv' siècle. (Voir G. Doutrepont, La Littérature française à la cour des ducs de Bourgogne , Paris, Champion, 1909, p. 1 36 n.).

On voit par cette nomenclature quels rapports intimes unissaient ces gouverneurs de Lille à la cour de Bourgogne. 1. Descript. n° 5o.

considérait comme presque certain que ces peintures sont l’œuvre de Melchior Broederlam, originaire d’Ypres (P), le grand artiste qui a peint, à la demande de Philippe, duc de Bourgogne, les quatre volets du rétable de la Chartreuse de Champmol, conservé maintenant au musée de Dijon. (Voir : L’ Exposition des Primitifs flamands a Bruges , Paris, Gazette des Beaux-Arts , 1902, p. 11.) Nous ne contredisons pas cette attribution, quoique le dessin de nos miniatures nous paraisse assez faible, mais, en ce cas, il faut avancer probablement de quelques années l’exécution de notre manuscrit, car le nom de Broederlam paraît pour la dernière fois en 1409-1410. (Cf. Fierens-Gevaert, La Renaissance septentrionale , Bruxelles, 1905, pp. 29-31.)

Ce très intéressant manuscrit a dû être précédé d’un programme très détaillé, destiné au peintre, car il indique la direction d’un érudit très versé dans l’étude du traité de saint Augustin. Il est le prototype de la Famille n° 4, dont les représentants ont figuré à Turin, au British Muséum, dans la collection Hamilton, et à laquelle on doit rattacher la décoration de l’incunable d’Abbeville de i486. Nous prions le lecteur de se reporter au Tableau analogique de cette famille, pp. 198 et 199. Il sera frappé de la ressemblance de ces exemplaires.

Voici maintenant la description de ces miniatures :

Tome I. — Prologue. — fol. 3. — H. o",4io Xom,335, mesure de la page, bordure comprise. Entre la miniature et la bordure, il y a un grand encadrement d’or avec larges fleurs de couleurs. La miniature proprement dite a o",i55xo",2i5. Peinture très endommagée. — Histoire de Clovis. — A gauche saint Augustin1, en bleu, inspiré par un ange, est assis dans une grande chaire à pupitre sur lequel il écrit son traité. D’autres livres sont ouverts autour de lui. A droite, Cloys, couronné, vêtu d’une robe rose brodée de fourrures, tourne gauchement la tête vers un ange qui apporte du ciel un écu fleurdelisé. On aperçoit la colombe qui tient dans son bec la sainte ampoule; un aigle couronné regarde le soleil; l’oriflamme est déployée. Au second plan, dans la vallée où court la rivière, le rocher de l’ermitage avec ces mots : Monioye saint Denis. Dans le lointain, une église rouge aux toits bleus. Terrain vert, arbres minuscules, rochers brun acajou, fond mosaïqué avec un peu de ciel bleu. Toute cette scène est l’illustration du discours de présentation, adressé par Raoul de Praelles au roi Charles V, dont nous avons donné le texte au chap. IV.

Au-dessous de la miniature, dans l’initiale O, deux anges blancs, aux ailes de couleurs, tiennent un écusson dont les armes sont : d'argent au chevron d’azur avec une aigle impériale de gueules contournée à dextre.

fol. 4v°. — H. o",o6iXo",o5o. — Initiale N.

— Deux Romains, l'un en rouge, l’autre en bleu, dressent une idole d’or sur un piédestal. Fond mosaïqué, sol dallé.

fol. 5. — H. om, 057X0", o56. — Initiale P.

— Saint Augustin prêche dans une chaire devant des

Goths agenouillés et couverts d’armures bleues. Fond mosaïqué, sol vert.

fol. 6. — H. o“,o55xo",o55. — Initiale M.

— Saint Augustin remet son traité à Marcellin.

LIVRE I. — fol. 6. — H. om, 059x0", o5o. — Initiale D. — Des Goths, en armures bleues, conduits par Alaric, vêtu de rouge et monté sur un tout petit cheval, assiègent Rome et s’en emparent. L’un d’eux épaule une bombardelle dont on voit le feu sortir par la bouche. D’autres ont des arbalestres. Ciel bleuâtre. fol. 6 v° — H. o", 059X0", o52. — Initiale D.

— Ulixes couronne la statue en or de Pallas. Paysage vert avec rochers bruns, fond mosaïqué.

fol. 7 v°. — H. o", 059X0", o55. — Initiale U.

— Virgilius dans une chaire parle devant un auditoire de neuf assistants.

: fol. 8 v°. — H. o",o54Xo",o6o. — Initiale A.

— Ulixes s’empare de Troyes. Les soldats sont couverts d’armures bleues. Constructions rouges à toits bleus, sol vert, ciel bleu argenté.

fol. 9. — H. o”,o49Xo”,o5i. — Initiale L.

— Marcus Marcellus fait piller par les Romains l’autel d’or du temple rose de Syracuse.

fol. gv0. — H. o",o55xo",o47. — Initiale P.

— Fabius Maximus fait démolir par les Romains le temple de Tarente.

fol. 10. — H. o",o52Xo",o47- — Initiale D.

— Des chrétiens empêchent des soldats de piller une église. Ciel bleu argenté.

fol. 10 v°. — H. o",o52Xo",o52. — Initiale M.

— Un moine noir, le bon, tient un missel et un calice, tandis qu’un riche seigneur armé, le mauvais, montre une bourse. L’auteur a voulu indiquer que Dieu met les mêmes biens à la disposition des

1. Les mots imprimés ici en petites capitales, sont ceux que le peintre a écrits en or sur les personnages et les objets.

LA

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