VOIR PLANCHE CXXVIII
Description générale. — Un vol. gr. in-folio. Vélin. Dimension des ff. : H. om,4io X om,285. Justification : om,295 X om, 190. 2 colonnes avec om,020 d’intervalle :
53 lignes.
Il contient les dix premiers livres, précédés des prologues et comprend 287 ff. numérotés. En tête et à la fin, le timbre rouge de la Bibliothèque Nationale, avec le faisceau révolutionnaire et le bonnet phrygien.
Le fol. 2 commence par ces mots : « [por]tez les armes des trois fleurdelis » et le 287e par : « a Dieu. Remission de pechiez ».
Collation. — Cahiers de 8 ff., sans réclames ni signatures.
Reliure. — Maroquin vert2 aux armes de Bourbon-Condé sur les plats, de 1770 environ. Titre : Cité de Dieu | de | Saint Augustin | par Raoul | de Praesle | tom. I Tranches dorées.
Ecriture. — Réglée noire en lettre de forme , de beau style, du commencement du xvB siècle. Titre courant en chiffres romains. Bouts de ligne. M. Maçon, le très
. S. Augustini De Civitate Dei, Lib. XX, cliap. vi et ix.
!. La reliure originale était rouge. Cf. M. J. Guii-frey, Inventaire de Jean, duc de Berri, tom. I, p. 227.
distingué conservateur-adjoint du Musée Condé, a fait revivre, au bas du dernier fol. 287, une partie de l’inscription enlevée par le grattoir :
Jehan.
Ce livre est a Jehan , fils de roy de France , duc de Berri et d’Auvergne , conte de Poictou et d’Auvergne.
Bordures. — il n’y en a pas; mais la miniature du Liv. I, fol. 4? est à 1 compartiments et l’intervalle est comblé par des armoiries trois fois répétées et alternées, avec un monogramme, composé des lettres A et R, peintes en rose et en bleu sur fond d’or. Ces armes se blasonnent ainsi : parti , au 1 d’or à 5 burelles de gueules , qui est Chourses ; au 2 , coupé , au chef fias ce d'or et de sable , qui estCoëtivy; en pointe , d’ azur à 3 fleurs de lys d’or , a un filet d’argent posé en bande , qui sont les armes de Marie, bâtarde de Valois.
Initiales. — Grandes initiales fleuronnées ou historiées au commencement des livres et des deux prologues. Petites lettres ornées au commencement des chapitres et des explications.
Provenance. — L’inscription du fol. 287, que nous avons transcrite ci-dessus, nous certifie que le manuscrit a été copié pour le duc de Berry, le somptueux bibliophile; mais le noble prince mourut avant qu’il fût décoré de ses peintures. C’est ce qui ressort de l’article 864 de l’inventaire de 1 4 iG, dressé par ordre du roi Charles VI, son neveu. Il est ainsi conçu : « Item, un livre de la Cité de Dieu , translaté en francoys, fenissant au Xe livre inclus ou défaillent les histoires et grans lettres ; couvert de cuir vermeil empraint et fermant a deux fermouers de cuivre; et n’y a aucuns clos. Prisé XXXI livres, V sous t. ' » .
Il se retrouva quelques années plus tard dans les mains d’Olivier de Coëtivy1, seigneur de Taillebourg, marié à Marie de Valois, seconde fille naturelle de Charles VII et d’Agnès Sorel, dont nous venons de signaler les armes sur la bordure de certains feuillets. Ce seigneur de Taillebourg rêvait une riche alliance pour sa fille Catherine ; mais Louis XI, dont elle était la nièce, s’était mis en tête de la marier à Antoine de Chourses, fils cadet de Guy de Chourses, seigneur de Maigné, chef du nom et d’armes de la maison de Chourses-Malicorne, une des plus anciennes familles du Maine. On sait les difficultés qu’Olivier de Coëtivy suscita pour empêcher ce mariage et les expédients dont se servit le rusé monarque pour en arriver à ses fins. L’union fut prononcée à la fin de 14783.
1. M. J. Goiffrey, op. cil., tom. I, p. 227, etM. Léopold Delisle, Recherches sur la librairie de Charles V, tom. II, p. 243, n° 1 1 8.
2. Cette famille de Coëtivy montra pendant plusieurs générations une passion pour les beaux livres. M. le Duc de la Trémoïlle dans son intéressante étude, Prigent de Coëtivy, admirai et bibliophile, Paris, Champion, 1906, nous a donné un aperçu des manuscrits possédés par l’amiral Prigent VII dont quelques-uns sont arrivés à la Bibliothèque Nationale et au Musée Condé et dont le beau Livre d' Heures est maintenant dans la splendide collection de M. H. Yates Thompson. Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg, compte parmi les plus fins bibliophiles et ses Heures, conservées à la Bibliothèque Impériale de Vienne, témoignent assez du goût de leur possesseur. A sa mort, ses livres furent partagés entre ses trois filles, Gillette, Marguerite et Catherine. Cf. Les Heures de l'Amiral Prigent de Coëtivy, par M. Léopold Delisle, Paris, 1900, (extrait de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes); A descriptive Catalogue of the second sériés of fifly manuscripts in the collection of H. Yates Thompson, Cambridge, 1902, n° 85; M. Paul Durrieu, Notes sur quelques manuscrits français conservés dans des bibliothèques d’Allemagne, Paris, 1892 (extrait de la Bibliothèque de l'École des Chartes)-, H. d’Orléans, Introduction au Cabinet des Livres de Chantilly, Paris, 1900, p. XI, et M. Max Prinet, Portrait d'une comtesse de Brienne, Besançon, 1908 (extrait du Bibliographe moderne, 1907, n° 6).
3. Vaesen, Lettres de Louis XI, tom. VII, p. 197, et Marchegay, art. paru dans la Bibliothèque de l'Ecole des Charles, 4e série, tom. I, p. 5, i855.
Catherine ne se contenta pas d’hériter de quelques-uns des livres de son père, elle eut à cœur de faire exécuter quelques manuscrits, entre autres le remarquable exemplaire de La Légende dorée dont nous avons parlé plus haut, p. 406, et dont nous avons fait reproduire une miniature avec ses armes et son monogramme (. Planche LX.') Ayant trouvé dans son héritage notre premier volume de la Cité de Dieu', encore dépourvu de peintures, elle s entendit avec son mari pour le faire compléter par un artiste, qui le décora de miniatures à leurs armes et à leur monogramme, A et K, entrelacés, car elle signait Katherine. C’est entre 1479 et ï485, date de la mort d’Antoine, qu’il faut placer ce travail.
Ainsi que l’a dit Mgr le duc d’Aumale, dans son Introduction au Cabinet des livres de Chantilly'1 2, il est permis de supposer que c’est Catherine qui hérita des livres de son mari, tandis que les titres et les terres faisaient retour aux Chourses. Elle les laissa après elle à son frère Charles de Coëtivy, comte de Taillebourg. Or la fille du dit Charles3 porta par son mariage le comté de Taillebourg à Charles de La Trémoïlle, prince de Talmont, et de ce dernier descendit en ligne directe Charlotte de La Trémoïlle, seconde femme de Henri Ior, prince de Condé, et aïeule du Grand Condé. C’est par cette voie, en effet, que les manuscrits de Chourses-Coëtivy ont pu échoir aux possesseurs de Chantilly, car tous les livres marqués au chiffre et aux armes d’Antoine et de Catherine figurent sur l’inventaire de séquestre dressé à l’hôtel de Condé en i6544, lors de la condamnation du vainqueur de Rocroy.
Nous n’insisterons pas sur l’histoire de la belle bibliothèque des Condé, ni sur ses transports successifs du Palais Bourbon au dépôt de la rue de Lille et finalement à Chantilly, devenu parla magnificence d’un Prince bibliophile l’apanage de l’Institut de France.
Miniatures . — On compte dans cet exemplaire 10 vignettes, une en tête de chacun des dix livres, et 3 initiales historiées. D’après ce que nous avons dit, le peintre doit avoir fait ce travail aux environs de 1484 et tout porte à croire, en considérant la technique de ces peintures, qu’il appartenait aux provinces septentrionales de la France. Les types sont ramassés, les attitudes raides, les gestes un peu gauches. Le dessin fait au pinceau et à la plume est médiocre. Le coloris est vif, mais un peu fondu; et le paysage conventionnel se fond à l’horizon bleu avec un ciel tapissé de petits nuages d’or. L’aspect est brillant par les rehauts d’or, qui brillent sur les objets et les vêtements. En résumé, c’est l’œuvre d’un homme de métier plutôt que d’un véritable artiste. Ajoutons qu’elle paraît ne pas être entièrement de sa main et que les peintures des Liv. I et III révèlent une facture différente.
Voici la description de ces miniatures dont les sujets, tirés du texte, ne semblent pas avoir été copiés sur un modèle.
Premier Prologue. — fol. 1. — Lettre initiale A. insignes royaux et assis sous un dais rouge. Quatre H. om,o45Xom,070. — Présentation du manuscrit. conseillers assistent à cette scène.
— Raoul de Praelles, en rouge, présente à genoux sa
traduction au roi Charles Y, en bleu, revêtu des Second Prologue. — fol. 2 v°. — Initiale N. —
1. Il est encore possible qu'au lieu d’en hériter elle en ait fait elle-même l’acquisition.