Histoire Généalogique, tom. VII, p
6. Le British Muséum possède sous le n° Add. 25,885 une Vita Christi qui a appartenu aussi à Mac-Carthy et qui a été achetée par le Musée à la vente de la Duchesse de Berry, après avoir passé par les mains de M. Chardin et de M. Boone. Il porte, au fol. 3, les armes de la maison d’Amboise avec une crosse tournée à dextre, et cet écu est peint par-dessus un autre écu sans crosse. En regardant par transparence on s’aperçoit que les premières armes étaient un fascè d'or et de gueules de 6 pièces. Or ce blason est celui de Tanneguy Du Châtel, qui fut, sous le règne de Louis XI, un bibliophile de
LA
CITÉ
DE DIEU
latin vient encore nous confirmer la condition ecclésiastique du possesseur, car infime est le nombre des exemplaires de la Cité de Dieu copiés dans cette langue à cette époque et décorés de miniatures.
Enfin, la plupart des manuscrits, ayant appartenu à Georges d’Amboise et ayant figuré dans sa bibliothèque, ont reçu les cotes des inventaires de i55o et de 1 5q3 ' . Or, notre manuscrit de l’Advocates’ Library est indemne de toutes ces mentions. Nous ne savons donc dans quelles mains il a passé après la mort de l’évêque d’Alby* (i5o5) et nous ne le retrouvons que trois siècles plus tard, dans la bibliothèque d’un grand amateur, le comte de Mac-Carthy Reagh, dont la vente eut lieu en 1825. Il figure à son catalogue sous le n° 54o3. Il entra à cette époque à la Bibliothèque des Avocats sans que M. Clark, le distingué conservateur de ce dépôt, ait pu nous donner une date précise à ce sujet.
Miniatures. — Elles sont au nombre de 21, une en tête de chaque livre, excepté celle du Liv. X qui a été enlevée, comme nous l’avons prouvé plus haut. A part celles des Liv. I et XI, qui sont plus grandes, parce qu’elles devaient servir de frontispices, quand l’ouvrage était originairement relié en deux volumes, elles occupent, à peu de chose près, toute la moitié supérieure de la page.
Ces tableaux sont l’œuvre d’un peintre parisien qui habitait la capitale et qui était employé par le cardinal Georges d’Amboise à la décoration de ses livres, concurremment avec Nicolas Hiesse et Robert Boyvin'1. Il se nommait Jean Pichore5.
marque. Le manuscrit lui aurait donc appartenu avant 1 477 et un d’Amboise, l’ayant acquis, y aurait fait rapporter ses armes pallé d'or et de gueules de 6 pièces. Les miniatures de ce manuscrit ont quelque rapport avec l’art de Maître François, qui était en renom quand Tanneguy Du Chastel se faisait faire des livres. Pour que ce manuscrit ait été exécuté pour un d’Amboise il faudrait supposer que le peintre s’est trompé de sens et qu’il avait tracé un fascé qui n’est qu’un pallé tourné de 90°. Le nom manquant aux premières armes doit faire rejeter cette hypothèse un peu osée.
1. On lit i5ç3 sur la garde de la Cité de Dieu , Ms. lat. 2070 de la Bibl. Nat., Descript. n° 59, comme nous l’avons signalé plus haut.
2. D’après les inventaires de i5o8, i5io et i55o, publiés par M. Deville dans son livre précité des Comptes.... du château de Gaillon, pp. 497» 5^3, 524, 54g et 552, il y aurait eu 3 exemplaires du traité De Civitate Del, chez le Cardinal-Légat, soit à Gaillon, soit à Rouen, savoir:
i° « Un Augustinus de Civitate Dei en deux parties, sur des pulpittes (sic) . »
20 u Un autre volume en parchemin, De Civilale Dei , couvert de velours fauve » que nous croyons être le Ms. latin 2070 de la Bibl. Nat. (Voir notre description n° 59), et qui se retrouve en i55o, signalé de la même façon en .< veloux jaune. »
3° « Dans une autre librairie achaptee par mond. seigneur du Roy sedent, Augustinus De Civitate Dei , couvert de cuyr rouge a ouvraige doré, garny de deux fermaux d’argent doré » provenant du roi Frédéric III de Naples, qui est maintenant conservé à la Bibl. Nat. sous le n° 87 du fonds italien. (Voir ci-dessus, p. 112).
Le premier exemplaire en deux volumes serait-il donc celui d’Édimbourg, resté provisoirement dans la Bibliothèque du Cardinal et ne figurant plus dans les autres inventaires, ou bien un autre exemplaire qui aurait disparu depuis? Il est difficile de se prononcer sur cette question de détail avec les seuls documents que nous avons actuellement à notre disposition.
3. Catalogue des livres de feu le Comte de Mac-Carthy Reagh , Paris, De Bure, 1825 : « S. Augustini de Civitate Dei libri XXII. In-fol., dem. rel., dos en maroquin. Très beau manuscrit sur vélin, exécuté en caractères gothiques et composé de 397 £f. Il est orné de 21 superbes miniatures qui occupent la moitié des pages. On y trouve un grand nombre de bordures chargées de figures grotesques, etc. Il y manque le feuillet qui contient la table et le commencement du Livre X. »
4. Deville, op. cil. , p. CLXIV et M. le Comte Paul Durrieu, Bulletin de la Société Nat. des Antiquaires de France, 1906, p. 236.
5. Il faut peut-être l’identifier avec Jean Pinclion, nom plus français, artiste de Paris, que nous trouvons cité parmi les peintres ayant travaillé vers i5i 7 à l’exécution du Ms. fr. 6811 de la Bibl. Nat., Chants Royaux, dédiés à Louise de Savoie par la confrérie de Notre-Dame-du-Puy d’Amiens. Voy. P. Paris, Les Manuscrits françois, tom. I, p. 3o3. « Jean Pinchon enlumineur et historien à Paris, pour l’application des couleurs, 80 livres. » et a Les ouvriers de Jean Pinchon, 5o sols. » Pour Jean Pichore, consultez : Bradley, Diclionary of the Miniaturists, tom. I, p. n3, et aux articles Jean de Beguines et Plastel-, M. le Comte Durrieu, Exposition des Primitifs Français, p. 87; M. Léopold Delisle, Cabinet des Manuscrits, tom. III, p. 362, et M. II. Martin, Les Miniaturistes français, p. i3o. Qu’est-il aussi à Jehan Pychore qui a sa marque
Le talent de Jean Pichore, quoique de second ordre, n’est pas à dédaigner. Il est lourd, mais consciencieux; ce qui lui manque le plus, c’est la finesse et l’élégance. Le dessin est correct, quoique un peu raide dans certains gestes. Les traits fondamentaux sont tracés à la plume en noir, puis les ombres sont portées au pinceau, par des hachures ou des teintes de sepia, qui donnent un aspect un peu sale aux visages. Les yeux, cernés par cela même, en gardent, avec leurs paupières lourdes, une expression tristement sévère. Quelquefois des touffes de cheveux rejetées d’avant en arrière cachent très bas les oreilles. Le coloris est très riche, sans être brutal, et l’usage, on pourrait dire l’abus de l’or, rend ces miniatures étincelantes. L’artiste, qui marque ainsi les jeux de lumière, en a mis partout, sur les vêtements, les constructions, les toits, les flèches des tours, les arbres, les plantes ainsi que dans les nuages du ciel. Tout est resplendissant. Les expressions sont peu variées, les visages communs et larges, quelquefois même asymétriques, les corps puissants et ramassés. Tous les personnages de l’antiquité et de l’ Ancienne Loi, à l’exclusion des autres, portent la barbe et sont coiffés de bonnets verts. C’est une distinction générale. La composition est assez heureuse dans les quatre premiers livres. Ensuite, l’artiste répète trop souvent les places publiques et les monuments. Saint Augustin, toujours en scène dans les autres manuscrits, quelquefois même comme protagoniste, n’y figure pas, ce qui semble une exclusion assez étrange. Le paysage, qui n’existe que dans trois ou quatre miniatures, est représenté par des collines vertes sur lesquelles se détachent des arbres au tronc gracile, surmonté d’un feuillage conique vert foncé, qui les fait ressembler à des jouets d’enfants. A l’horizon, les collines prennent une teinte bleue, qui se fond avec un ciel pâle traversé de nuages d’or.
Les constructions sont peintes en bleu gris ardoise ou en rose avec des toits bleus ou dorés. Quand l’artiste représente l’intérieur d’une salle, il met une couche d’argent aux fenêtres pour imiter la transparence du verre. Les monuments sont presque toujours des édifices civils, tours rondes avec flèches ou carrées avec dômes. Il n’y a pas de légendes et, quand les noms sont inscrits, ils le sont à l’encre noire.
Toutes ces miniatures, faites sous la direction du peintre, ne sont peut-être pas toutes de la même main. Nous ne serions pas étonné, si celle du Liv. XI avait été confiée au pinceau d’un de ses compagnons.
Nous avons recherché les manuscrits dont les peintures pourraient être attribuées à Jean Pichore. Trois volumes ont particulièrement retenu notre attention :
i° Le Ms. franc. 54 de la Bibl. Nat., seconde partie de la Fleur des Histoires , porte, au folio 1 1, les armes d’Amboise, accompagnées du chapeau du Cardinal-Légat, soutenu par deux anges. Les nombreuses peintures qu’il renferme sont de plusieurs mains, mais quelques-unes pourraient bien être de notre artiste. Par exemple : fol. Z'j'i v°, V Empereur Claude , dans une chaire ,. haranguant le peuple.
i° Le Ms. franc. A. A a65 de la Bibl. Royale de La Haye, Heures de la Vierge , est richement décoré. Les peintures très rehaussées d’or, portent toutes le caractère du talent de Jean Pichore, têtes fortes, expressions tristes, visages sales, constructions vertes ou roses, ciels avec nuages d’or. Il porte un blason qui est celui de Christophe de Tournon-Roussillon, échanson du roi Charles VIII, époux de Catherine d’Amboise,
sur un livres A' Heures à l'usage de Rome du 5 avril i5o3 [i5o4, n. st.] ? Voy. M. Émile Picot, Catalogue des Livres du Baron James de Rothschild, Paris. Morgand, 1884, tom. I, p. io, n° 19, et M. Paul Lacombe, Livres d' Heures..... Paris, 1907, p. LXXX et n° i4o.
dame de Chaumont : I parti , au 1 d'azur semé de fleurs de lis d'or sans nombre , au 2 de gueules au lion d'or lampassé et armé de sable ; II parti , pallé d'or et de gueules de 6 pièces. Tl a dû être exécuté avant i5oi, date à laquelle la dite Catherine, devenue veuve, se remaria à Philibert de Beaujeu.
3° Le Ms. franc. 8o de la Bibl. Municipale de Genève', Histoires Romaines , qui contient 16 miniatures à mi-page, nous montre au fol. m v° le Passage du Rubicon que nous avons fait reproduire Planche CXXXV. Le géant, qui passe le fleuve en jouant de la cornemuse, pour guider les pas de César, a les mêmes cheveux en bouffes de côté que le Saint Jean-Baptiste de notre miniature du Liv. XI et que les anges de celle,, du Liv. XII. Deux cavaliers de la suite de César ont les mêmes visages asymétriques que celui du conseiller de Mithridate dans la miniature de notre Liv. III. Mêmes arbres de boites à jouets, mêmes visages sales, mêmes constructions, mêmes nuages d’or. Au fol. i, Romulus est sur un trône, dans une salle dont les fenêtres argentées rappellent celles de notre miniature du Liv. XIX.
Le manuscrit d’Edimbourg appartient à la Famille n° 2 dont nous avons dressé le Tableau analogique pp. 194 et 195. Il semble être l’exacte copie du Ms. franc. 23-24 de la Bibl. Nat., ce qui n’a pas lieu de nous étonner, attendu que, comme nous l’avons raconté pour ce dernier manuscrit (Descript. n° 19), cet exemplaire se trouvait entre les mains des Echevins de Rouen. Il était naturel que l’archevêque de Rouen donnât l’ordre à Jean Pichore de s’inspirer des sujets qui décoraient l’exemplaire qu’il avait à sa portée.
Voici la description de ces peintures avec l’indication de leurs dimensions et des feuillets qu’elles occupent. Remarquons, tout d’abord, que les Mss. franc, similaires 23-^4 et 27-28 de la Bibl. Nat., qui sont en français, contiennent le prologue du traducteur orné d’une vignette. Ce prologue manquant naturellement à notre manuscrit latin, la vignette n’avait plus de raison d’être et n’a pas été exécutée.
LIVRE I. — fol. 1. — H. ora,i77Xom,i5o. — Les deux Cites. — Au centre, la Cité de Dieu, vaste ensemble de constructions civiles, entourées d’une enceinte fortifiée, peintes en gris et bleu. Tours et tourelles. Trois anges volent au-dessus de la ville. Plus bas, la Cité des hommes est représentée par des rochers, dont s’échappent des flammes, au milieu desquelles des diables noirs s’efforcent d’engouffrer des damnés. Aux quatre coins, les Pères de l’Église latine, nimbés, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Grégoire et saint Augustin sont assis dans des chaires en bois sculpté. Paysage à collines vertes.
LIVRE II. — fol. 16 v°. — H. om,i4oxom,i5o. — Enlèvement des Sabines. — Cinq femmes à pied, richement habillées, sont poussées par des cavaliers magnifiquement vêtus, vers Rome, ville forte, grise et bleue, aux toits d’or et aux murailles roses. Dans le fond, le Tibre, chargé de bateaux, serpente au milieu de collines verdoyantes.