‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 7 sur 272 · M. L. Delisle, Cabinet des Manuscrits, tom. II, p · texte numérisé non relu

M. L. Delisle, Cabinet des Manuscrits, tom. II, p

2. Quelques-uns des manuscrits du Duc de Nemours présentent cette particularité de la substitution ou de l'adjonction après coup du blason de Tanneguy Du Châtel aux armes de Jacques d’Armagnac, tel le superbe volume du Compendium yslourial (Ms. franç. 9186 de la Bibl. Nat., dont nous donnons deux reproductions, Planches LXI et LXI1), le tom. III du Miroir historial du Musée Condé de Chantilly, le Valère Maxime , Ms. 2544 de la Bibl. Imp. de Vienne (Voir Durrieu, Les Antiquités judaïques, p. 17), puis encore le Pétrarque, Ms. a55q de la Bibl. Imp. de Vienne, de l’école de Maître Fouquet de Tours (Voir Planches LXI V et LXV). Enfin, nous citerons un superbe manuscrit du Musée Meermanno- Westreenianum de La Hâve, le Livre de la Bouquechardi'ere. Dans la bordure des ff. 6, 1 33 v° et 264 de cet exemplaire, on retrouve les lettres de la devise de Jacques d’Armagnac; dans l’intérieur de quelques initiales, les armes rapportées de Tanneguy Du Châtel et de sa femme et, à la fin, le compte des livres, des chapitres et des histoires. Les six belles miniatures, qui décorent le manuscrit, sont dues, croyons-nous, au pinceau de Maître François. Nous en reparlerons lorsque nous aborderons la description des Mss. franç. 18 et 19 de la Bibl. Nat.

Nous ajouterons que d’autres manuscrits, ayant été exécutés pour Jacques d’Armagnac ou possédés par lui, sont passés dans d’autres familles. Ainsi la Bibliothèque de Genève conserve un beau manuscrit, venant de la collection Pétau, Recueil de traités, Décades de Tite Live, Compendium historial de Henri Romain et Traité de la Vieillesse de Cicéron. Ce manuscrit, dont nous donnons quatre reproductions (Planches LXVI à LXIX, Descript. 54) est dû également, à ce que nous croyons, au pinceau de Maître François. Il a appartenu à Jacques d'Armagnac d’après les lettres de sa devise; à Pierre de Beaujcu, d’après une note presque effacée du fol. 5a5 v° et la devise : Espérance, et enfin, après i5oo, à un membre de la famille lyonnaise de Pierrevive, d’après les armes rapportées du fol. 1 : Pallè d'or et de gueules de six pièces, les 3 pals d'or chargés chacun en chef d'un diamant. (Voir le beau travail que prépare, sur les manuscrits à peintures de la Bibliothèque de Genève, M. Aubert de La Rue, que nous remercions ici de ses précieuses communications.) Nous avons aussi les Mss. franç. 1 1 3- 1 1 6 de la Bibl. Nat., Les Romans de Sainl-Graal, de Merlin et de Lancelot (anciens 6784-87), qui ont appartenu à Jacques d’Armagnac dont ils portent les 12 lettres caractéristiques. Cet exemplaire passa entre les mains de Jean de Chabannes, de la branche des comtes de Dampmartin, qui le donna en 1496, peu de temps avant sa mort (i5o3), à son gendre Jacques de Coligny, seigneur de Chastillon-sur-Loing, prévôt de Paris, qui avait épousé sa fille Anne. Jean de Chabannes, qui possédait ces beaux volumes, avait été grand maître de France et chevalier de l’Ordre de Saint-Michel, puis gouverneur de Paris après 1471- H avail été mêlé aux affaires du Comté d’Armagnac et il y a lieu de se demander s’il ne reçut pas ces livres lors de l'arrestation du Duc de Nemours, à titre de dépouilles opimes.

3. Dans le Ms. franç. 20685 de la Bibl. Nat., on trouve mention du compte suivant, émanant de l’ordre du roi Louis XI, fol. 665. « 16 juin i477i cent marcs d’argent pour envoyer offrir a sa dévotion en l’eglise de Nostre Dame de la Victoire, près Sentis, qu’il y avoit vouez pour l’augmentation et accroissement d’icelle eglise, pour le salut et remede de l’ame de Jean messire Tanguy Du Chastel, chevalier de l’Ordre dudit seigneur, vicomte de La Belliere, lequel, estant en armes en sa compagnie et services, estoit allé de vie a trespas devant la ville de Bouchain. »

fc. 1410]

bien sûr qu’il ait pu être mis avant cette date en possession des biens de la victime et qu’il ait eu le temps de faire peindre ses armes sur notre manuscrit? N’est-il pas plus probable que le Duc de Nemours, quelques années plus tôt, lorsqu’il se croyait bien en cour, ait cédé à Tanneguy Du Châtel, alors comblé des faveurs royales, un des deux exemplaires qu’il possédait de la première partie de la Cité de Dieu (actuellement Mss. 22 et 25 de la Bibl. Nat.)?

Notre manuscrit, disparu pendant trois siècles, se retrouva dans la collection d’Antoine Lancelot, dont nous avons parlé plus haut à propos du Ms. franc. 26 de la Bibl. Nat., et en suivit la destinée. Ce savant se fit ainsi un exemplaire complet par la réunion de ces deux parties, et c’est en les étudiant de près qu’il composa le mémoire sur Raoul de Praelles, lu en 1 735 à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, que nous avons cité au chapitre III de la présente étude.

Miniatures . — Elles sont au nombre complet de dix, plus la petite lettre historiée du fol. 1 dont nous avons parlé. La première est à pleine page et les autres sont des vignettes. Elles sont encadrées d’un trait de couleur, doublé d’un trait d’or.

Le dessin en est correct; les attitudes, maniérées mais gracieuses, rappellent un peu les peintures de l’époque précédente, celles de l’école des artistes employés par Charles V. Elles sont quelquefois volontairement tendues en des poses arquées que soulignent encore les plis des étoffes. Les types sont allongés et plutôt distingués. Les visages fins et nobles sont encadrés par des chevelures abondantes et des barbes pointues. En général, les païens sont barbus et les chrétiens imberbes. Les personnages sont peints en camaïeu rose et bistre d’une agréable tonalité, rehaussé par quelques touches plus vigoureuses et par des ornements d’or. Le paysage est très rudimentaire et les détails se présentent toujours en premier plan. On y trouve des rochers en abîme à teinte plate. Des fleurs jaunes parsèment le terrain. 11 n’y a plus de décors de fond; ils sont remplacés par un ciel bleu, foncé au zénith et pâli à l’horizon avec des traits bleuâtres transversaux. Ces peintures assez médiocres sont dues à un artiste français travaillant vers 1410.

L’illustration est très peu variée. L’artiste ou le directeur du travail n’ont pas cherché à approcher le texte. Toutes ces miniatures représentent, dans des attitudes variées, la même scène, le culte païen et le culte chrétien, à l’exception de celle du Liv. I, qui nous offre le spectacle des deux Cités et qui semble copiée sur celle du Ms. franc. 6272 de la Bibliothèque Nationale ( Descript . 26). Aussi ce manuscrit ne peut-il être rangé dans aucune famille.

Voici la description des miniatures :

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