VOIR PLANCHE XXXVI
Description générale. — 2 vol. in-fol. Beau vélin. Dimension des ff. : H. om,455 xo”,322. Justification : ora,3i5xom,'220. 2 colonnes, avec om,027 d’intervalle :
5i lignes.
Le Ms. 27 contient les dix premiers livres du traité et comprend 2 ff. blancs,
3oo numérotés et 2 blancs. Le fol. 2 commence par ces mots : « par ce quil auoit veu » et le 3oo' : « jmirajeles de nrseigneur. »
Le Ms. 28 contient les douze derniers livres et comprend 2 ff. blancs, 298 numérotés et 2 blancs. Le fol. 2 commence par ces mots, en rouge : « Cy commence l’onzieme livre » et le 298e : « que Jhesucrist a ses disciples ».
Collation. — Cahiers de 8 ff., avec réclames.
Reliure. — Maroquin rouge, aux armes de Colbert sur les plats, avec 3 filets, et à son chiffre couronné sur le dos. Titre : Cité | de | Diev | Tome I. Idem : Tome II.
Écriture. — Réglée rouge, en lettre de forme très belle et très régulière. Pas de titre courant, quoiqu’on en ait réglé l’emplacement et qu’une petite écriture, légère et destinée à être effacée, ait indiqué, sur le bord du feuillet, la mention qu’on devait inscrire. Au tome I, on lit (fol. 1), Codex Colb. 318 et Regius , 6715.5 , et à la fin (fol.
3oo v°), en rouge : « Cy fine le dixième livre et derrenier de la première partie principal du livre de monseigneur saint Augustin de la Cité de Dieu. Deo gracias ». Au tome II (fol. 2) : Codex Colb. 319 et Regius , 6715,6. A la fin (fol. 298 v°), la mention habituelle, en rouge, de la date de la traduction. Il n’y a pas d’autre indication. La table des chapitres précède chaque livre et les en-têtes des chapitres et des livres sont inscrits en rouge. Un trait rouge souligne le nom des auteurs et leurs citations.
Initiales. — Les grandes, au commencement des livres, sont peintes en bleu, avec des dessins blancs, sur fond d’or. L’intérieur est composé d’un feuillage de lierre bleu et rouge. Les petites, en tête des chapitres, sont tracées en or ou en bleu et se détachent sur un réseau de traits noirs et rouges.
Bordures. — Il n’y a de bordures qu’au commencement des livres. Elles n’entourent que la colonne de la vignette. Elles se composent d’un léger feuillage d’or sur lequel ressortent des feuilles, fruits et rinceaux multicolores. Celles des Liv. I et XI, qui encadrent tout le feuillet, sont formées de marguerites, de violettes et de fraises, avec arabesques de toutes couleurs sur fond or. On y distingue des singes, des grotesques, à corps de cheval, tirant de l’arc ou brandissant des massues et des glaives, et enfin des sirènes.
Provenance. — Rien n’indique les noms des premiers possesseurs ni celui du personnage à qui Colbert a acheté ces deux beaux volumes. Nous savons seulement qu’ils sont entrés à la Bibliothèque Royale en 1732, en même temps que les autres livres de cette célèbre collection'. La richesse de ces manuscrits fait supposer qu’ils ont été exécutés pour quelque opulent seigneur. Paulin Paris nous semble faire erreur quand il suppose que « ce bel exemplaire doit être un de ceux qui appartenaient au roi Charles V1 2 ». L’écriture, la décoration et l’art des miniatures désignent des ouvriers travaillant au xve siècle et nous permettent d’assigner les environs de 1460 comme date de son exécution.
Miniatures. — Elles sont complètes au nombre de 23; 2 grandes et 21 vignettes, soit une de présentation et une en tête de chacun des vingt-deux livres. Ce qui distingue cet exemplaire, c’est sa parfaite unité dans la disposition générale, dans l’écriture, toute d’une main et sans faiblesse, et dans la technique de ses peintures qui, dirigées par un même chef d’atelier, ne dénotent que la main de deux artistes. A l’un, nous attribuons les miniatures des Liv. XI, XII, XIII, XIV et XVIII, et à l’autre, le reste de l’illustration, qui accuse plus de talent et plus de finesse. Le premier, plutôt flamand, étoile d’or ses ciels bleus, dessine des arbres à feuillage rond et bronze ses constructions. Le second, plus probablement du nord de la France, parsème ses ciels de petits nuages d’or, représente des arbres en pins conifères, comme ceux des boites à joujoux, et soigne ses constructions aux murailles bleu grisâtre.
Les scènes, malgré l’exiguïté du cadre, sont importantes et fournies de nombreux personnages. Des noms, inscrits en or dans le champ même de la peinture, éclairent les sujets, particulièrement ceux tirés de l’histoire profane. Parfois, des lettres ornent les orfrois et les galons des robes et des chapes, ainsi que le harnachement des chevaux. Mais nous ne pensons pas qu’il faille y chercher une signification, encore moins y trouver une signature d’artistes.
La clarté, la précision et l’exactitude de la composition sont portées au plus haut point et accusent, chez le directeur de l’œuvre, le caractère français dans son souci de la vérité. Le réalisme y règne en maître. Les types accusent des influences septentrionales et flamandes qu’on ne saurait nier. C’est un manuscrit de frontière , si on peut s’exprimer ainsi. L’auteur doit être de la même école que Simon Marmion, si l’on compare nos miniatures à celles du Pontifical de Ferry de Clugny, attribuées à ce peintre de renom3.
Le dessin est juste, l’anatomie étudiée, les attitudes pleines d’aisance. Les costumes des personnages, qui se meuvent si facilement dans ces petites scènes, sont très brillants par le bleu et le vert qui y dominent et par les touches d’or qui rehaussent les plis et leur donnent beaucoup de relief en accusant leur richesse. On dirait que l’artiste a assisté à ces fêtes, pleines de magnificence, que les Ducs de Bourgogne donnaient dans leurs provinces du Nord.
Les expressions sont tristes et sévères, mais assez banales. On ne saurait y voir des portraits. Le paysage est une représentation plus ou moins heureuse de la nature. L’absence totale des fonds échiquetés ou décorés de peintures, faisant place à une perspective lointaine, à plusieurs plans successifs, indique le progrès réalisé depuis le
1. Voir la Description n° 19 pour les Mss. franç. a3 et 24 de la Bibliothèque Nationale.
2. P. Paris, Les Manuscrits françois..., Paris, 1 836. Tom. I, p. 29.
3. M,r Dbhaisnrs, Recherches sur le Retable de Saint-Berlin et sur Simon Marmion, Lille, 1892, p. 117.
commencement du xve siècle. Les arbres sont, il est vrai, conventionnels dans leurs formes coniques, mais le lointain fuit assez heureusement par une série de monticules jusqu’à des ciels pâles à l’horizon et foncés à la partie supérieure, parsemés de petits nuages d’or. Le sol est parfois piqué de fleurs au premier plan.
Le talent merveilleux de Jean Foucquet et l’habileté de Maître François, dont nous parlerons plus tard, sont faits de ce réalisme un peu sec auquel ils ont ajouté le charme et la grâce française, au service d’une technique personnelle qui ne laissera plus rien à désirer. Il n’en est pas moins vrai que, dans notre présent manuscrit, on peut deviner un des éléments réalistes qui ont servi à composer leur imagination artistique.
En ce qui concerne le choix des sujets traités, notre exemplaire appartient à la Famille n° 2 , dont nous avons dressé le Tableau pp. 194 et ig5, et a été copié exactement sur le Ms. franc. 23-24 de la Bibl. Nat. que nous avons déjà décrit au n° 19. C’est la même conception, les mêmes dispositions, le même nombre de lignes, etc. Mais, dans ce présent exemplaire, les peintures sont beaucoup plus importantes par le nombre des personnages et la composition des scènes est singulièrement élargie. On peut s’en rendre compte en comparant Livre par Livre les deux descriptions (Liv. IV, Ninus est ajouté; Liv. V, des souverains assistent à la scène; Liv. XV, on aperçoit l’Arche de Noé, etc.). L’erreur que nous signalons à la miniature du Liv. VIII montre également que l’artiste avait sous les yeux un modèle.
Nous exposons ci-après le sujet de ces peintures :
Tome I. — Prologue. — fol. 1. — H. om,i25 Xom,096. — Présentation du manuscrit. — Dans une salle aux fenêtres argentées, le roi Charles V, couronné, vêtu d’une robe rouge et d’un manteau fleurdelisé à collet d’hermine, est assis dans un grand fauteuil bleu couvert de brocart, dans l’appareil royal. Dix conseillers et dignitaires l’entourent, pendant que Raoul de Praelles, à genoux, lui offre le manuscrit de sa traduction, recouvert de velours vert. Dalles vertes.
LIVRE I. — fol. 4- — H- om,255xom,22o. — Les deux Cités. — En haut, sur les nuées, se détachant sur le ciel étoilé, dans une auréole rouge, est assis Dieu le Père, robe bleue et manteau rouge. Il porte la tiare et les attributs de la souveraineté. La troupe des archanges l’entourent, précipitant dans les espaces les mauvais anges.
En-dessous, la Cité terrestre, vaste amas de belles constructions militaires et religieuses, dans une tonalité grise, bleue et violette, traitée avec un soin tout particulier. Au premier plan, des diables gesticulent dans un abîme enflammé. Aux quatre coins, assis dans des chaires à baldaquins, avec pupitres devant eux, les quatre Pères de l’Église latine, saint Grégoire, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin, dans leurs costumes traditionnels, rédigent avec calme leurs célèbres traités.