Psal., LXXXVI
Bordures. — Elles sont un peu lourdes avec leurs feuillages épais et leurs arabesques bleues, rouges et jaunes. Elles contiennent des feuilles et des fruits de tout genre parsemés de points d’or. Quelquefois, on a ajouté à la marge inférieure une deuxième bordure très légèrement tracée à la plume avec des feuilles de lierre d’or. Il n’y a ni animaux ni grotesques, et celle du fol. i contient seule un écusson avec ces armes : dazur au lion dor , couronné de même , armé et lampassé de gueules.
Provenance. — Il n’y a pas d’autre indication de provenance que ces armoiries, qui désignent les anciens ducs de Gueldre; et l’on sait les rapports fréquents, voire même les alliances, qui unissaient ces princes à la puissante maison de Bourgogne.
Miniatures. — Elles sont complètes au nombre de onze, une pour le discours de présentation et une en tête de chacun des dix livres.
Les deux premières (ff. i et 7) ont été peintes par un artiste flamand ou du Nord de la France d’un véritable talent, très paysagiste et très entendu dans la représentation de l’horizon et de la perspective. Leur tonalité est bleue et verte, et l’aspect en est agréable. Les premiers plans sont un peu plats et sans relief, mais les lointains offrent des horizons variés qui ne sont pas sans charme.
Il n’en est pas de même des autres miniatures que nous attribuons à un autre artiste, franchement flamand', travaillant dans l’entourage de Philippe le Bon et du comte de Charolais, et qui aura copié, vers i465, un des manuscrits déjà exécutés pour ces grands amateurs de livres. Elles sont traitées en grisaille, d’une note très sombre et semblent être un continuel effet de nuit. On dirait des dessins aux deux crayons. L’artiste paraît s’être rendu compte de ce que cet aspect pouvait avoir d’uniforme, car il a relevé les visages et les mains de ses personnages de tons rosés et a jeté des rehauts d’or dans les vêtements, les constructions et même dans les détails du terrain. Les personnages sont trop grands pour leur ambiance, mais leurs attitudes pleines de noblesse sont vivantes et mouvementées. Le dessin est très sûr et les plis des vêtements sont très soignés. Comme paysagiste, l’artiste est d’une insigne maladresse. Ses ciels, gris comme les murailles de ses constructions, et ses mouvements de terrain à peine accusés, se confondent avec la note terne du premier plan. On pourrait appeler cette illustration une symphonie en gris, d’autant plus sombre qu’elle jure avec l’éclat de la bordure.
Les rapports intimes qu’il est facile de constater entre le présent exemplaire, le Ms. 9005-9006 de la Bibl. Roy. de Bruxelles, celui de Turin et l’incunable d’Abbeville de i486, nous permettent d’affirmer qu’ils ont été copiés les uns sur les autres. Le lecteur pourra se rendre compte de cette analogie en consultant le Tableau des manuscrits de la Famille n° 4, pp. 198 et 199.
Voici maintenant la description de ces peintures :
Prologue. — fol. 1. — H. om,225xom,i85. — Histoire de Clovis. — Sous un édicule à colonnes bleues, assis dans une haute chaise à dossier, recouverte de brocart d’or, saint Augustin, mitré et nimbé, écrit son traité. Un pupitre près de lui supporte deux manuscrits. En dehors, à droite, Clovis, couronné, vêtu d’une robe de velours bleu bordée de fourrure, chaussé de souliers à la poulaine et portant une dague
à la ceinture, regarde avec étonnement un ange qui descend du ciel avec l’écu fleurdelisé. Les détails des Mss. de Bruxelles et de Turin sont ici représentés d’une façon exactement semblable et se réfèrent au prologue de Raoul de Praelles : le soleil qui darde ses rayons sur l’aigle dont les yeux en supportent l’éclat, la colombe avec la sainte Ampoule, l’oriflamme fixée à sa hampe, la vallée où s’est livrée la bataille contre le roi Caudal,
1 . Voir la Philosophie du Liv. VIII, représentée en femme flamande, au gros ventre et au visage caractéristique.
la chapelle de l’ermite, qui est une belle église de l’art français et, enfin, le beau monastère, au toit fleurdelisé, qui figure l’abbaye de Saint-Denis. La campagne s’étend en mouvements de terrain verts et jaunes, jusqu’à un horizon bleu foncé qui se joint au ciel sans transition. Le sol est jaune et vert avec de grandes fleurs dessinées sans relief. En bas, dans la bordure, les armes de Gueldre.
LIVRE I. — fol. 7. — H. ol”,237Xom,i9o. — Prise de Rome par les Goths. — Grande et importante cité aux palais de toutes couleurs. C’est Rome, baignée par le Tibre, qui, passant sous un pont, va se jeter au loin dans la mer. Les Goths, aux armures bleuâtres, franchissent le mur d’enceinte en briques rouges et pénètrent dans la ville. Ils s’arrêtent devant une chapelle dans laquelle on aperçoit des soldats romains qui prient à genoux. Au second plan, à droite, on aperçoit les tentes jaunes, bleues et rouges de l’armée assiégeante, plantées sur un promontoire verdoyant. Au fond, un joli paysage composé de collines qui successivement s’en vont se fondre avec le ciel bleu.