VOIR PLANCHE XV
Description générale. — Un vol. in-fol. Vélin magnifique, souple et uni. Dimensions des ff. : H. 0",425 <0",330. Justification : 0",225 x o",180. 2 colonnes avec 0,023 d'intervalle : 48 lignes.
Il contient les dix premiers livres du traité, précédé du discours de présentation, des prologues et de l'extrait des Retractations. Il comprend 338 ff. numérotés au crayon et 1 fol. blanc. Le fol. > commence par ces mots : « tient entre ses mains » et le 338° : « [sacri|fices et le annoncèrent y ceulx angels ».
Collation. — Cahiers de 8 ff., avec réclames.
Reliure. — Reliure en cuir de Russie brun, datant de 1750 environ, avec les armes du prince Guillaume IV sur les deux plats. Dos orné, tranches dorées. 2 fermoirs. Titre : La Crré | ne Dev.
Écriture. — L'écriture est réglée, en lettre de forme, superbe et d’une régularité aussi parfaite que sa netteté. Le titre courant est tantôt mentionné en lettres, tantôt en chiffres romains. Bouts de lignes coloriés. Les têtes des livres et des chapitres sont en rouge. Dans les premiers feuillets, le nom des auteurs cités est répété en rouge dans la marge. A la fin du dernier feuillet se trouve la signature avec paraphe de : PAe (monogramme) de Cleves.
Initiales. — Les grandes initiales, tracées en bleu, sont formées de fleurs rouges et bleues se détachant sur un fond d’or. Les petites, plus simples, sont bleues, rouges et or.
Bordures.— Elles existent en tête des livres et sont formées d’une grande branche
de 0",005 de largeur, bleue, rouge et or, d’où s’échappent des feuillages de lierre tout le long de la colonne. Seule, celle du fol. 6, dont le style est postérieur, est composée de larges feuilles vertes et rouges de ton pale sur fond d’or, avec rochers, oiseaux et grotesques. En bas, les armes de Philippe de Clèves, entre deux vans d’or. Dans l’entre-colonnes de ce fol. 6, on distingue une hampe autour de laquelle s’enroule une banderole jaune bordée de rouge sur laquelle est écrit : à jamais.
Provenance. — L'examen du manuscrit nous permet de penser qu'il a été exécuté vers 1390, mais nous n'avons pas de marque de possession avant qu'il ne soit passé entre les mains de Philippe de Clèves et de la Mark, seigneur de Ravestein, de Herpen, de Wynendaele, de Thourout, duc de Coïmbre, dont nous voyons les armes au folio de tête, la devise : à jamais* dans l’entre-colonnes et la signature à la fin du volume. Cet amateur de goût délicat était le fils du duc de Clèves, Adolphe, et de Béatrix-Isabelle,
1. De Oranje Nassau-Boekerij en de Oranje-Penningen in de Koninklijke Bibliotheek te ‘s Gravenhague, Maarlem, H. Kleinmann, 1898, in-8°, p. 12, n° 19. L'auteur renvoie aux anciens répertoires : catalogue de Huygens, et catalogue des livres de Frédéric-Henri, prince d'Orange.
2. Dans le vitrail érigé en 1514 par Philippe de Clèves et Françoise de Luxembourg dans la collégiale de Sainte-Waudru à Mons, on peut lire la devise du seigneur de Ravestein : 4 james vous seul.
272 LA CITÉ DE DIEU. [c. 1390]
fille de Dom Pedro de Portugal-Coïmbre. Jean sans Peur était son grand-père. Philippe le Bon était son oncle et Catherine de Clèves, duchesse de Gueldre, était sa tante’. On voit qu'il avait de qui tenir. Né en 1459, Philippe Monsieur, comme on l'appelait, joua un rôle très actif pendant toute la fin du xv° siècle et le commencement du xvi° dans les guerres qui déchirèrent les Flandres à cette époque. Il accompagna Louis XII en Italie, fut gouverneur de Gênes et guerroya contre les Turcs. Il passa la dernière partie de sa vie à Enghien, dans son château de Wynendaele (où il mourut sans postérité le 28 janvier 1527) et dans son hôtel à Gand, étranger aux affaires et occupé de la culture des lettres. « C’est là, qu’entouré des tableaux et des statues qu'il avait rap- « portés d'Italie et au milieu de sa riche bibliothèque, il écrivit un traité d'art mili- « taire qu'il dédia à Philippe le Beau”. » Il avait épousé, en 1485, Françoise de Luxembourg, fille de Pierre Il, comte de Saint-Pol, de Marle et de Soissons, et de Marguerite de Savoie. Peut-être notre manuscrit lui venait-il par cette alliance, car nous connaissons des volumes qui portent les armes des Luxembourg à titre de premier propriétaire et la signature de Philippe de Clèves qui les avait ensuite possédés”. Cependant on pourrait objecter que, dans ce cas, nous rencontrerions accolées les armes de Clèves et de Luxembourg ainsi que les insignes de la Toison d’or dont Philippe fut revêtu de 1483 à 1489; or, il n’en est rien. Quoi qu’il en soit, les armes que Philippe Monsieur fit peindre sur le présent manuscrit se blasonnent ainsi : Æcartelé au 1et 4, de gueules au rais pommelé, fleuronné d'or et écussonné d'argent, qui est Clèves; au 2 et 3, d'or à la fasce échiquetée d'argent et de gueules de trois tires, qui est La Marck; à l’écusson écartelé 1 et 4, d'azur à la fleur de lys d'or, et 2 et 8, bandé d'or et d'azur à la bordure de gueules, qui est Bourgogne ancien; écussonné lui-même, d'or au lion de sable, armé et lampassé de gueules, qui est Flandre‘. Un lambel d'azur a été peint sur le tout, ce qui pourrait faire penser que ces armes sont antérieures à l’année 1492, date de la mort d’Adolphe de Clèves. Ces armoiries sont accompagnées de deux vans d’or, que le personnage avait pris pour emblèmess.
Avant de mourir, Philippe de Clèves rédigea son testament, daté de 1526°. Il ny est fait aucune mention spéciale de ses livres parmi les biens qu'il laissa à son héritier Guillaume, fils ainé du duc Jean de Clèves, de Juliers, etc. Depuis cette époque nous n’avons plus de renseignements sur notre manuscrit jusqu'à son entrée dans la bibliothèque de Guillaume IV, puis dans la Bibliothèque Royale de La Haye.
Miniatures. — Elles sont au nombre complet de 11, une pour le prologue et une
1. Le Livre d'Heures de Catherine est conservé à Bruxelles dans la bibliothèque du Duc d'Arenberg, descendant des Clèves.
2. Il avait réuni une collection de beaux manuscrits, la plupart faits pour lui, qui se sont depuis un peu partout à La Haye, à léna, à Copenhague, à Bruxelles, à Munich et à Paris.
dispersés en Europe. On en rencontre les débr Cf. Pau Dunmzv, Notes sur quelques manuscrits français conservés dans les bibliothèques d'Allemagne dans Bibliothèque de l'École des Chartes, tom. LUI, 1892, p- 129, et A. Baxor, Revue des Bibliothèques et Archives de Belgique, tom. II, n° 1, également l'intéressant article que M. En. Laos a consacré au Livre d'Heures de
Bruxelles, 1904, p. 427, n. Voir Philippe de Clèves dans Arts anciens de Flandre, Bruxelles, P. Verbeke, 19 3. Par exemple, le Ms. franc. 816 de la Bibl. Nat., Mystè
4. On peut consulter : Vrenius, Genealogia comitum Flandriae, et Demay, Inventaire des sceaux de Flandre.
5. La signature et les armes de Philippe de Clèves se trouvent dans le Ms. franc. 725 de la Bibl. Nat., traduction du livre De Bello Punico, de Léonard Arétin, par Jehan le Besgue et dans un Ms. de l'Histoire Universelle, qui a figuré à la vente Didot, en 1881, sous le n° Gr. On les rencontre aussi dans plusieurs manuscrits des Bibliothèques de La Haye, de Copenhague et de Gotha et de la riche librairie du Due d'Arenberg, à Bruxelles.
6. Baron ne Cuesrrer ne Hanerre, Testament de Philippe de Clèves et de la Marck, seigneur de Ravestein, Bruxelles,
1809, in-8°, p. 14.
906, tom. I, fase. IV, pp. 172-187.
de la Passion.
[c. 1390] MANUSCRITS A PEINTURES. 273 en tête de chacun des dix premiers livres. Elles semblent avoir été exécutées vers 1390 par un artiste du Nord de la France ou par un peintre travaillant à Paris, mais ayant subi quelque influence septentrionale. Sans être un grand artiste, l’auteur parait être un peintre de mérite ayant de véritables qualités de coloris. Il pourrait avoir passé par l'atelier d'André Beauneveu, car il a un peu le faire de ce maitre et des ouvriers employés par le Duc de Berry. Le dessin est assez juste, quoique non fini; les têtes sont grosses, les physionomies colorées avec de gros yeux, manquant de cette vive expression que nous avons rencontrée dans les manuscrits de l’école de Paris sous Charles V. Les couleurs sont plates, sans relief, très accusées, mais nullement choquantes. Le jaune domine et sur ce fond se détachent des costumes bleus et rouges. Le paysage est embryonnaire, souvent de premier plan avec des fonds quadrillés à dessins divers. C’est encore une décoration de transition, entre l'idéal, épris de beauté des années précédentes, et Le réalisme, qui va dorénavant s'affirmer de plus en plus.
Le manuscrit, qui semble avoir été copié sur le Ms. franc. 6271 de la Bibl. Nat., appartient à la Famille n° 2. (Voir le Tableau analogique pp. 194 et 195). Il en est de même du Ms. franc. 174 de la Bibl. Nat. que nous décrivons ci-après. Ces deux volumes forment un exemplaire complet, et il était tentant de penser qu'établis tous deux à la même époque et copiés sur le même modèle, ils avaient constitué l’exemplaire de Jean de Montaigu dont le Ms. 174 est bien le deuxième volume. Mais il faut renoncer à cette assertion, car les premiers mots des ff. 2 et dernier du manuscrit de La Haye ne concordent pas avec ceux qu’Antoine des Essarts a relevés lors du passage de l’exemplaire dans la Librairie du Louvre en 1412.
Voici la description de ces peintures :
PROLOGUE. — fol. 1. — H. 0",072X<0",074. — Présentation du manuscrit. — Assis dans une chaise d'or, Charles V, en bleu, couronné, avec quatre personnages de sa cour, recoit avec bienveillance le manuscrit de la main de Raoul de Praelles, agenouillé et vêtu de rouge. Terrain parsemé de fleurs; ciel bleu foncé uniforme, étoilé d'or. Petit écusson armorié sur
que les tours. Sol parsemé de fleurs, rochers en abîme, ciel bleu étoilé; couleurs assez crues, mais s’harmonisant.