DIJON. BIBL. MUNICIPALE
Ce manuscrit a été l'objet d'une notice détaillée de G. Paris dans le Bulletin de la Socièlé des Anciens textes français, an. 1875, p. 44-49. Cette notice a reçu d’abord quelques rectifications dans le Catalogue général des Manuscrits des Départements, t. V., p.198. Elle a été depuis complétée par M. Omont, qui a retrouvé quelquesuns des feuillets qui manquent au ms. (Romania, XXXIV, p. 364-74).
A ces trois notices, j'ajouterai quelques remarques. Le copiste Mathias Rivalli (1), qui a daté son travail à trois reprises différentes : 1355 (explicit du Roman de Fauvel), 1361 (explicit des Lettres d'Abélard et d'Héloïse), 1362 (explieit de la Consolation de Boèce), n'est probablement pas celui qui a écrit les premières pièces du volume, car je crois que l'écriture change au début du feuillet 415 (ancien cIx).
G. Paris, dans les extraits qu'il a donnés de ce ms., ne s’est pas préoccupé d'en respecter la graphie. Voici, pour en donner une preuve, comment doivent être lus les six premiers vers de l’ «Epistre des femmes » :
Se homs cougnoissoit l’avantage Que Dieux, quant le fist a s’ymage, Li douna, ce fu cougnoissance, Moult avroit au cuer grant poisance,
Quant d’en user ne savroit rien, A decevrier le mal du bien.
(1) M. Omont traduit Rivalli par « du Rivau», je crois que la particule est de trop, et qu'il faut traduire par «Rival», ou «Rivau».
Dans la partie latine du « Motet des femes », le ms. donne au v. 7 specie et non facie, à l'avant-dernier’ vers, Der et non Viri. La pièce a 21 vers et non %3. Voici d'ailleurs la pièce entière, dont G. Paris n'a publié que 13 vers :
O bicornix et nequam bestia,
Bigulata, bilinguis, varia,
O femina, Belial filia,
Tu qua dote superbis cernito :
Tu candide cutis planicie,
Sine menda rosea facie,
Ac patenti reliqua specie
Precelleres, sed in abscondito
Dictis obest vulve torribile
Os badele, rostrum vorabile, Sparmatis pus menstruum labile,
Cum matricis cruentis pellibus
Intrincecus latitant alia
Ob dedecus narrare turpia,
Hince in corde viget malicia,
In oculis inceps cum retibus.
Ergo cum tu sic sis culpabilis
Et ad virum dumtaxat utilis
Ut nascatur de te amabilis
Dei forma, stupendum est quibus
Superbie presumis dotibus.
La traduction de Boëèce n’a pas de prologue. Elle débute par les MérFS".
Je qui sueil diter et escrire Les livres de haute matire Et d’estuide avoie la flour Fais or diz de duel et de plour...
C'est la traduction bien connue, mi partie en vers et en prose, qu'aujourd'hui on attribue généralement, sans raisons probantes, à Jean de Meun, et dont il existe de nombreux mss. La copie de Dijon mérite une mention spéciale, pour ce fait que le copiste a substitué à la dernière partie la partie correspondante d’une autre traduction, en prose, également connue et souvent aussi attribuée par les mss. à Jean de Meun, et pour l'explication qu'il donne de cette substitution.
La traduction en prose commence immédiatement, dans le 5° livre, après le second passage en vers :
Le souleil qui est beaux et clers Loe moult li sages Omers,
Et si ne puet il alumer
Fons de terre ne fons de mer.
Tielx n’est pas cilz qui fist le mont, Car tout voit de la sus amont, Riens ne se puet a lui celer,
Ne nuit ne li puet riens veler Quanque fu et sera et soit.
À .i. seul regart trestout voit, Car il met tout par tout son ray :
Appellons le « Souleil veray ».
Jusques cy souffist par tant come il en appartient aus lais, et depuis ci jusques a la fin a esté pris de la translation que fist maistre Jehan de Meun, et est trop fort a entendre, se n’est a gens bien lettres.
Lors je dis : Or suy je confondus par plus greveuse doubtance que devant. Ph. Quele doubtance est-ce ? car je aparçoif ja par quelx choses tu ez troublez. Bo. Trop me semble grant contraire et grant descordance que Dieux sache toutes choses avant que elles avieignent et que aucun arbitre de franchise nous puisse demourer…. Tendez humbles prieres en haut a Dieu. Grant neccessité de prouesce, se vous ne vous en voulez faindre, vous est chargee et ajoustee. C’est a dire grans mestiers vous est que vous soiez preudomme, quant vous faites toutes voz euvres devant les yeulz du juge qui toutes choses voit.
Cy finent les livres de Boesce, Que j’ay escript a grant angoesce.
Parisius in domo domini episcopi Ambianensis, anno MoCCCoZXo]Io,
mense septembris.
Outre cette fusion de deux traductions, les nombreux rapprochements indiqués par des renvois du copiste lui-même entre les passages du Roman de la Rose, du Caton, du Jeu des Échecs, des Épitres d'Abélard el d'Héloise, qui présentent quelque analogie entre eux; la même variante dans deux poèmes (OZ/impiadès pour Alcibiadès dans le Roman de la Rose, f. 47, et Olimpias pour Alcibias dans Boëce, f. 208) prouvent que Mathias ne s'astreignait pas à reproduire simplement les textes qu'il transcrivait.
Voici la liste des Compositions contenues dans ce ms. :
1° Le Roman de la Rose ;
20 L'Épître des femmes. Voir Bulletin de la Société des Anciens textes, p. 44 (1) ;
30 L'Évangile des femmes (Zulletin, p. 45) :
(1) Ajouter que cette pièce a été publiée par Méon, Nouveau Recueil, II, p. 170, d'après deux mss. de la Bibliothèque Nationale.
4° Motet des femmes (Bulletin, p. 45) ; 5° Centilogium magistri Johannis de Maduno :
6° Le Testament de Jean de Meun :
1° Chaton, en français (Bulletin, p. 46) ; 8° Le Roman de Miserere, du Reclus de Molliens : 9 Le Roman de Charité, du Reclus de Molliens : 10° Le Roman de Fauvel (Bulletin, p. 47):
11° Sentences rimées (Bulletin, p. 41) :
129 Le Codicille de Jean de Meun :
15° L’Advocacie Nostre Dame {Bulletin, p. 48) ; 1% Le Doctrinal Sauvage ; 15° Le Purgatoire Saint Patrice ; 16° L'Évangile de Nicodème (Romania, XXXIV, p. 366) ; 17° Le Jeu des Échecs, de Jean Ferron ; 18° Les Lettres d'Abélard et d’Héloïse, en latin ; 19 Boëèce, de Consolation.