AMIENS. BIBL. MUNICIPALE
Parchemin, 0,281 sur 0.203, seconde moitié du XIVe siècle, 185 feuillets à deux colonnes de 37 vers. Début du 2e feuillet : Si n'estoit pas bien alournee. Quelques miniatures sans valeur.
Les feuillets 1-137 et 144-185 sont d'une même écriture, les feuillets 138-143 d’une écriture postérieure. Le ms. vient du monastère de Corbie.
Premier feuillet de garde, au recto : « A Anthoine Louvel (ou Louvel ?) le pere (ou le prestre ?)»; au verso : Roman de Molien. Num. centesimus sepluagesimus sexctus. Une partie du f. 485, contenant des eæ-libris, a été enlevée.
Fol. 1-143. Le Roman de la Rose. Incomplet.
Maintes gens cuident que en songes
Et je qui chi tant me travail (v. 21628).
Fol. 144-165. Le Miserere du Reclus de Molliens.
Fol. 166-185r°. Le Roman de Charité, du même.
A.-G. Van Hamel a utilisé et décritce ms. dans son édition de ces deux dernières compositions : Li Romans de Carité el Miserere du Renclus de Moiliens.…. p. XXVUI-XxXIX, Paris, 1885, 2 vol. in-8 (Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, 61° et 6% fascicules).
Le Roman de la Rose a été copié sur un ms. picard. Des fautes telles que se vie, pour se jue (v. 15765), le prouvent. Le copiste
(1) Sur ce fonds, voir À. Thomas, Les papiers de Rochegude à A lbi|Romania, XVII, p. 75-88).
(2) Catalogue général, XL, p. 98 et 99.
(3) Catalogue général, XIX, p. 214.
lui-même était Picard. De nombreuses corrections en surcharge ou sur ratures et des additions dans les marges, faites d'après d'autres mss.,au XIV® et peut-être au XV°s., en rendent la collation très délicate. Le ou les correcteurs étaient également Picards. Un cahier, comprenant les vers 20789 à la fin du poème, a été enlevé et remplacé par un autre cahier d'une écriture postérieure, sans doute parce que les variantes devenaient si nombreuses qu'il a paru plus simple de recopier que de corriger.
Le dernier feuillet du nouveau cahier, qui a dù être longtemps le dernier du manuscrit, a disparu, de sorte que le poème s'arrête au vers 21628. Il manque en outre les trois feuillets qui contenaient les vers 4375-4518, 8293-8367, 13983-14130, et qui se trouvaient entre les feuillets actuels 30-31, 55-56, 93-94.
Voici quelques notes relevées dans les marges. D'abord celle-ci du copiste, en regard du vers 16322, fol. 108 : « Gi devez noter comment nus hons ne doit dire cose qu'il ne veut avoir revelé, ne nul secret a se feme ne simplement a nule femme quele qu'elle soit, ou boine ou mauvaise, ete. ». En face du vers 3909, folio 19: « Figure d’un chastel ». Gette note, du XIV® siècle, parait destinée à un copiste chargé de reproduire le ms. d'Amiens, qu'on invite à laisser ici un blane pour y peindre un château. Fol.28, en marge de la continuation anonyme de la 1re partie : « Zsti versus En ce elc.usque Et si l'ai etc. non habentur in aliquibus libris » (XIVe s.). En face du vers 10522, fol. 70 : « Chy finit l’euvre de Guillaume de Loris, contenant la moictié de ce livre » (XVIe ou XVIT s.). En face du vers 10618, fol. 71, de la même main : « Ghy commence maistre Jehan de Meun a parfaire ce livre ».
L'étude des formes habituelles au seribe serait intéressante, j'en donne quelques-unes : And. prés. 1 Cuich, quich, quidch, quidh, quid (cogito), redouch (redubito), commanch (commando), rench(de rendre), mench (de mentir), desfench, sermonch, faich, loch (laudo), perch (perdo); ateng (attendo), veng (vendo), tieng, maing, ploing (plumbico), ves (de vestir). Impératif mech (mitte), atench. Pf. de l'ind. { ewch et och (habui), seuch et soch (sapui), peuch (potui), deuch(debui), vauch (volui), vich et vitch (vidi), juch (jacui), fuch (fui), cruch (credui), vinch (de venir), deving ; 6 fisent, risent. Subj. pr. 1 bateche (de balre;, aïmeche (de aimer) ; 2 meches (de metre); 3 s'asieche (de s'aseir), abateche
Univ. de Lille, Trav. et Mém. Droit-Lettres Tome VIL — 7.
(de abatre), procureche, membrece (de membrer), jurce (de jurer)® deffenge (de defendre), entenge, espange, perge (de perdre), escrise (de escrire) ; 6 ceurechent (de courir). Subj. impf. 1 presisse, desisse; à la {re conj.,1 -aisse; 3 fesist, requesisl, mesist. La 1re pers. plur. du cond. prés. est en - /emes ou - tens.
Douch, laich (laqueum), cauch (calcem), puch, brach, tierch ; espuchier (fr. espuisier), puchast, eschaim (fr. essaim), servichable ; char (carnem), joie (gaudia), pamison, orison, cComparison, cognissance,connissoil, somimilla, esvilla, pisson,wiseuse ; engenrer, pourreus (pulverosus); humble; favle; waster, warder, wans, twigne (fr. guigne); losenghes, masenghes (fr. mésanges), rotrowenghes, gherbe (fr. gerbe), larghece, larghe, tonghe, langhe, gherrote, onghement ; 1 mouillée finale est très rare : aceul, veul ou vuel, conselle, Marselle, marvelle, parelle, resvelle, velle (vigilat), sommelle, coulles, consel, solel, parel, salir, falir; cependant metail, pertlg, conselg une fois; m,n entre deux voyelles sont toujours doubles ; pas de 3 ; dt > au ; ne, ainsi écrit devant un mot commençant par une consonne, devient n? devant un mot commençant par une voyelle ; le part. passé des verbes en - Ze a gardé le £ final (- éét); le pron. on n'est jamais remplacé par l'en; aus (illos), Chaus (eccillos); prins part. et prinst pf. de prendre; craïisse (fr. graisse); liewe (tua), ententiewe, ovelment, larrenchin, dieuesse, bonnes (fr. bornes), od (apud), wi(hodie), ewangile, ceuve (coda), couwarder, tawe, ganne (fr. jaune), gannir, glore, mireoir, virges (virgines), reube (fr. robe), faichon, licon, closon, cleu (fr. clou), peu (paucum), punes (fr. pommes), aveuc, illeuc, fu (focum), lieu, gieu, sievre (sequere), segu (secutum), boin (bonum), caasté (castitatem), coëlier (fr. cueillir), povers mais porre (constamment). dusques, ensi, ramprosne, r'amprosner.
ARRAS. BIBL. MUNICIPALE 845 (anc. 532) (1)
Parchemin, 0,34 sur 0,24, XIV° siècle, 282 feuillets à deux colonnes de 42 lignes, pour les Péterinages. Début du ?% feuillet : Les comandemens de le premiere table. Miniatures sans art, mais intéressantes pour l'archéologie.
(1) Catalogue général, in-k, IV, p. 211.
Ce manuscrit provient du monastère de Saint-Vaast, dont l'ex-libris se trouve en tête du % feuillet : Bibliotheca monasterii S. Vedasti Atrebatensis. K. En bas du même feuillet, la cote K 1.
Au bas du f. 11°, cette mention : « Ce livre obvenu a S. Vast vers 1695 ».
Le volume appartenait, au XVe siècle, à Cornille Queval, fils de Jean, et père de nombreux enfants, . dont il a noté la naissance au recto du premier feuillet :
Cornelius Q [ueval] (1) (pater) duxi(t) uxorem anno 1552, 24 die 8bris, (et obiit ondecimo die may anno 1596) (2).
Quid prodest hominy sy omny mundum lucretur et anime sue vero facietur ? (3)
Les aages des enfans Cornille Q{ueval] (#) filz Jan.
Gillette fu nee le 3 de febr 1553.
Katelinette le 27e aprills an 55, quant Therouane fut ruyné de Bourguignion.
Jan premir le 18° septembre an 56.
Anthonette fut nee le 10° de janvir, a la prinche de Calès d’Estach[e]... (5)
Magritte le 15e de mars an 59.
Jan le 2e le 15e de septembre an 60.
Guilammes fut né le 10e novembre an 61.
Jacques fut né 5e de febr an 62.
Jennette le 2$° janvir 63.
Anthoine an 65, la nuit St, Martin.
Clouvys fut né an 66, an decembre.
Nicolas fut né le 9e de may an 68, le jour St. Nicolas.
Cest annee furent descapité le comte d'Egremont (sic) et le comte de Horne et plusieurs aultres nobles, la nuit Penthecoste, au dit an, en la ville de Bruxelles.
Cornille fut né le premier jour d’aoust 69.
Mariette fut nee en novembre en 10.
Engherem fut né le jour Nostre Dame my aust 71.
Pierret fut né le 15e jour de janvier an 72.
Phlipe fut né le 2e jour d’aust an 76.
Finis coronnat opus.
Le nom de Cornille Queval est accompagné du chiffre 1554 au f. 229, et du chiffre 1555 au f. 240. Ce sont probablement des dates où le propriétaire lisait son volume. Le même nom se retrouve en latin au verso du dernier feuillet : Swmn [Cornelij Queval] (6) el
(1) Le nom a été gratté.
(2) Les mots et les leltres placés entre () ont été ajoutés après la mort de Cornille par un de ses fils, probablement par Anthoine. ;
(3) La même sentence se retrouve au dernier feuillet (283 v°), dans le même latin.
4) Le nom a été gratté.
5) Rogné par le relieur.
(6). Le nom a été gratté.
amicoruin omnium sanclorum et sanclarum Dey dominy nostry. Enfin Antoine Queval, évidemment l'un des fils ci-dessus mentionnés de Cornille, a mis plus tard son nom en haut du f. 109 : Frater Antonius Queval, premonstrensis. 1598.
Les feuillets primitivement numérotés 11 (entre les f. 2 et 3 actuels de la numérotation moderne), xt (entre 10 eu 41), xxu (entre 19 et 20), ont disparu. Il manque de même un feuillet entre 31 et 32 (1), un autre entre 33 et 34.
Voici ce que contient le ms. :
1°. — Fol.1. Une grande miniature occupant toute la largeur du feuillet et plus des trois quarts de la hauteur. Elle représente un grand cercle : au centre, un homme à genoux, tenant une »anderole avec l'inscription : Miserere mei Deus secundum misericordiam tuam. Sur la circonférence sont écrits les commandements de Dieu, en français. De chaque commandement une flèche est dirigée vers le centre. Au-dessus du cercle, Dieu, d'un côté, Moïse cornu, de l'autre, présentent les deux tables des commandements.
Au-dessous, la page est remplie par deux «exortations », dont la première en 20 vers :
Tout cil qui se voelent sauver...
etla seconde en 10 vers :
Grant peur doit avoir femme et homme...
La 1° explique la miniature :
Car li ars est toudis tendus
Et li saiette mise en coche Pour traire celi que bescoche Et ne voet les commands tenir.
Exemple en poet on ci veir,
A cel homme que ces .x. ars Avironnent de toutes pars.
2. — Fol. 2r°, à deux colonnes de 55 lignes. Commentaires des 10 commandements. Les commentaires des quatre premiers offrent quelque intérêt; les voici :
Les comandemens de le premiere table.
Atne Dieu et crieng deseure tout. Cest a dire: Tu ne croiras ne serviras
(1) L'ancienne numérotation finit au f. xxxHt (31 actuel).
ne ne meteras l’esperance ne l'amour principalment fors en Dieu seul, en faisant ce qu'il commande et wardant ce qu'il deffent. Contre [ce] commandement font ceulz qui aourent le soleil, le lune, les estoillez, le fu ou aultres quelconques creatures ; sorciers, Carneurs, devins et ceus qui y croient. Ceulz qui sortissent mal de vir ou oyr ou encontrer auleunes gens ou bestes ou oysiaus ou aultres coses communes. Ceus qui croient que uns jours esi plus eureus ou plus perilleus que uns aultres a faire ou commencier auleune besoigne, et ceus qui croient que le lune en croissant ou en deçours fait boin eur ou mal eur a removoir manaige ou a aultre coze faire, se n’est selonc nature, comme de semer ou coper. Ceulz qui pour garir enfermetés et maladies lisent où mesurent ou lyent briés, ou font aultres coses qui n’est point forme de l’eglise, peccent moult griefment et ceus qui y croient, mais par requerre Dieu et lez sains, par fizique ou par boines herbes v poet on aydier. Ceulz qui trop mettent leur euer en or, en argent et en riqueces mondaines, ou eurent plus l’onneur et lez aises du monde ou leur folez plaisances que avoir l’amour de Dieu.
Ne jure point le nom de Dieu en vain. Cest : Ne jure Dieu ne les sains, ne par ses creatures. Mais dy : oyl nenil, si est, non est, sans aultre serment, se ce n’est pour droit entretenir devant juge, ou pour le foy aidier a soustenir à droit. Contre ce commandement peccent eil qui jurent pour nient et sans boine cause, especialment ceus qui jurent lez creaturez, comme par le fu, par le pain, par le vin, par le sel, par les ames de leur parens ou aultrez. Mais cil qui jurent laidement et orriblement le char, le sang, les plaiez, le naissance, le mort ou sanlablement peecent mortelment, ne il ne poent avoir cause qui lez puist excuser.
Saintefie lez festes. Cest a dire : Fay saintes oeuvrez espirituelz, a l’onneur de Dieu et pour ten salut, car es dimences et es festes commandees doi on loer Dieu et priier, amenrir ses pecciez et moullepliier virtus et boines oeuvres, Contre ce commandement font ceus qui se occupent es coses terrienez et temporeles, ou font aultruy occuper, comme vallez, mesquines ou leur enfans, si qu'il n’entendent a leur salut. Et cil qui vendent ou accatent ou font auleune labeur pour covoilize. Et especialment cil qui font malvaisez oevrez, comme faire grandes mengeriez plus que neccessilé, longement seir à table, aler es tavernes, boire, galer, jurer, mentir, moquier ou mesdire, danser, juer as Lables ou as dez, ou à aultres jus la ou il occupent el perdent leur lamps, si qu'il ne leur sovient de Dieu a droit, ne de leur salut:
Les commandemens de la seconde table.
Honeure pere et mere carneulz et esperitueulz. Contre ce commandement font cil qui n'obeïssent diligentement as comandemens de Dieu et de sainte eglize, et de leur prelas soverains quant il commandent aulcune coze de raison, et pour salut, et cil qui en leglise vendent, accatent, plaident ou font coze que on ne doit, comme ceus qui y viennent aorné et paré curieuzement, cointe, joli, par maniere d'orgueil ou boebant et vanité, dont il empeecent eulz ct aultruy, et eil qui ne honneurent pere et mere carneus et ne voelent obeïr à eulz si qui doivent et ne les prizent ne deportent ne sequeurent a leur neccessité selonc leur pooir,
Les autres commentaires n'offrent pas d'intérêt.
39, — Fol. 2vo. En tête, une miniature occupant la largeur du feuillet. D'un côté un ermite à genoux devant Dieu. Dieu tient une banderole avec cette inscription : « Mes .x. commandemens que je donnay ja dis » ; sur la banderole de l'ermite : « Quel cose faut il faire pour avoir paradis ». De l'autre côté un jeune homme, debout, parle au diable. Sur sa banderole : «Les commandemens de Dieu sont trop fort »; sur celle du diable : « Fay men conseil, il a grant tort. »
Sous la miniature, à gauche, «les .x. commandemens de le loy », suivis d'une «exortation » en 14 vers; à droite, «le conseil du diable d'infer », également suivi d'une « exortalion » en 14 vers. Les commandements, le conseil et les exhortations ont été publiés d'après ce ms. par Caron, dans les Mémoires de l'Académie d'Arras, tome XXVIIL, p. 286 et ss.
4°, — Fol. 3r°-65v°. Le Pèlerinage de Jésus Christ, par Guillaume de Digulleville.
Chi s’ensieut li Pelerinages no doulch sauveur Jhesu Crist fais et compilez du moine de Chaalis après ce qu'il eut fait le pelerinage humain et cetera.
Entre pluseurs aultres paroles Que Jhesus Crist en ses escoles
La 1e partie se termine au f. 31 v°; le début de la 2° partie oceu-
pait un feuillet qui a disparu. Cette partie finit au fol. 65 v° : Ou après grans labeurs alé Es et en ton lieu retourné. Amén.
Ce poème a été imprimé par J. J. Stürzinger, pour le Roxburghe Club : Le Pelerinage de Jhesucrist, de Guillaume de Deguilleville. (Londres, 1897, in-40).
Le bas de la colonne a été rempli par le copiste du feuillet suivant avec neuf vers :
| Qui souvent a Dieu penseroit En pensant se deliteroit, En delitant se serviroit..
50, — Fol. 66r°-73r°. D'une écriture nouvelle, avec une encre plus pâle, les Sept articles de la foi, sans titre mais avec cet explicit :
Explicit M GGIAUUS Super vi), articulos fidei, compositus a magistro J. de Meun, qui fecit roman. de Roza, etc.
6°.— Fol. 73r°-73v°. Un poème moral et dévot, sur la vanité des choses de ce monde, d'environ 180 vers ;
Choze mondaine est tost perie,
Tost vient, tost va, tost est fenie
C’est le joie de paradis,
Que Diex doinst as mors et as vifs. Amen.
Au-dessous, pour terminer la colonne, 4 quatrains :
Trop a le conscience
Et met sen ame en grant or Et pour ce mond qui riens ne Perd paradis qui tous jours
dure
Puis qu'ainsi est qu'il fault morir Et en le fin rendre raison,
Avant que tu voizes morir,
Pour Dieu ordenne te maison.
Ly homs qui riens ne scet et aprendre ne voet Et qui n’a qui le serve et servir ne se voelt,
Et celuy qui riens n’a el gaagnier ne voet,
Ce n’est pas grand merveille se poverte l’acuelt.
Tout ainsi que descend en le fleur le rousee,
.La face en mireoir et en euer le pensee,
Le vois en le maison sanz porte deffermee, Entra (1) li fielx de Dieu en le (2) virge honoree.
7°. — Fol. 74 a. Une série de vers de 8 syllabes, donnant des conseils moraux ou dévots.
Fol. 74b. Sept huitains en vers de 10 syllabes rimant en ab a bb a ba; les trois premiers en-?7,-er, les quatre autres en-ie,-oir. Ils ont été publiés d’après ce ms. par Caron, dans les Mémoires de l'Académie d'Arras, t. XXVIIT, p. 504.
8°.— Fol. 74v°-156. Le Pèlerinage de la Vie Humaine, de Guillaume de Digulleville.
Chi s'ensieut li Pelerinages, qui est uns biaux miroirs de sanvement, et. le compila uns grans clers en divinité, moines de l’abbie de Chaalis, EL est fais par poeterie, comme li livres de le Roze, qui est en grant partie de philozofie. Mes cilz pelerinages est de theologie, scilicet des sacremens, des virtus et dez vices et de cognoistre l’ame, ete., et est divisés en 1j. parties. Li premiere contient le pelerinage du corps, scilicet depuis que on est né Jusques a le separation de
(4) Au-dessous : vel yssi.
2) Au-dessous : vel de le.
t FRS VE
lame hors du corps, et est le vie humaine, et ly seconde partie est li pelerinages de l’ame separee du corps, comment elle est jugie de saint Mikiel, prevost du ciel, a recepvoir selone se desserte glore (1) ou infer ou paradis, et devise de ces .iij. lieux.
Li premiers pelerrinages se devise en .ïij. livres. Li premiers est des sacremens et des virtus divines et cardinalz. Li secons est de raison contre ruide entendement, d’oceupalion contre huiseuze, de perece, d’orgueil, d'envie et de ire. Li tiers livres est de avarice, de gloutonnie et luxure et des grans plainz regrès et orisonz du pelerin, ete. Li quars est de le mer, id est ce monde, et de Sathan qui y pesque, de jovenece, de tribulation, de religion, de viellece et de le mort.
Suivent les tables des chapitres, qui occupent le verso du f. T4 etlerécto du fi, 45:
Fol. 75 v°. Une grande miniature représentant le ciel où entrent, soit par les portes, soit à l’aide d'une corde à nœuds et d'une échelle, des religieux. Au-dessous, la page est remplie par trente vers exposant ce qu'il faut faire pour aller au ciel :
Qui voet en paradis aler Chi en poet on voye trouver
Fol. 76r°-156 v°. Le texte du Pélerinage de la Vie Humaine :
Chy comence le pelerinage, Coment de ce monde sauvage On poet venir a paradis,
Par le grand grace Jhesu Cris, Qui par bien faire et mal laissier Fait le cemin moult abregier (2).
À cheus de ceste region
De le joie de paradis,
Que diex doinst as mors et as vifs (3). Amen. Chi define une partie
De ce miroir de sauvement :
N'est gueres plus de la moitie,
Qui bien avise au consequent (4).
Li quelz demonstre proprement
Ou l’ame va quand est partie
(1) Glore est une faute, pour purgatoire.
Ces six vers sont écrits sur 4 lignes.
Ce dernier vers sur un grattage.
À la suite de çe vers : & scilicel peregrinatio anime ».
Du corps, et par droit jugement La desserte li est baillie (4).
Ce poème a été imprimé par J. J. Stürzinger pour le Roxburghe Club : Le Pelerinage de vie humaine, de Guillaume de Digulleville (Londres 1893, in-4°), d’après un seul ms., avec des variantes de quelques autres copies. Stürzinger a donné les variantes des 55 premiers et du dernier vers du ms. d'Arras.
90. — Fol. 157r°-v°. « Les Dis des .III. mors et .III. vis ».
Du premier mort
Se nous vous apportons nouvellez
Ce texte a été publié d'après le présent ms. par Caron, dans les Mémoires de l'Académie d'Arras, t. XXX, p. 204.
10°. — Fol. 158r0-159 v°. Un poème de 52 sixains de vers octosyllabiques, publié d'après ce ms. par Caron, dansles Mémoires de l'Académie d'Arras, t. XXVTII (1854), p. 306.
Li fil Adam, avant venés
110. — Fol. 159v°-22%2 vo. Le Pèlerinage de l’Ame, de Guillaume de Digulleville.
Chi s’ensieut le Pelerinage de l’ame hors du corps; et est divisés en ,iij. partiez et compilés de ce qui s’ensieut. Li premiere devise comment l’ame est jugie de saint Mikiel, prevost du ciel, et est mis en long procès pour le bien faire entendre, combien que ce sera tantost fait en l’eure du trespas, etc., in ictu occuli. Li seconde partie est de purgatoire, de l'argument du corps et de l’ame, et des tormens d’infer. Li tierce est de l'arbre vert et du sek, qui est bele poeterie, et de doctrine qui parle de l’ame et de le statue Nabugodosor (sic), etc. Li quarte et derraine partie est des joies de paradis, que nous ottroit J. C. Amen.
Suivent les rubriques, qui occupent le reste du feuillet et une grande partie de la page suivante (f. 160 ro).
Fol. 160 v°. Une grande miniature représentant un chérubin. Audessous, l’'« Exposition de Cherubin et Plenitudo sapientie ». C'est l'énumération des vertus que symbolise chacune des ailes du chérubin; cette énumération est continuée au bas de la page précédente (f. 160r°).
(1) Ces huit vers sont écrits sur 4 lignes, ils ont été très inexactement imprimés par Stürzinger à la suite de son édition du poème (p. 423).
Fol. 161 r° : Chi ensieut li Pelerinages de l’ame hôrs du corps et est du (1) pelerinage humain.
Incipit Prologus.
Advis m'est que le voyaige (2)
Ainsi a ceus qui le liront
Le pri et a ceus qui lorront (3).
Hie explicit speculum Corporis et anime, Prebens bonum conspectum Humane cereature.
Qui composuit ipsum Et qui legit vel audit Salventur per Christum Qui in trinitate vivil (4). Amen.
Imprimé par J. J. Stürzinger d'après un seul ms., avec des variantes de quelques autres copies : Le Pèlerinage de l'ame, de Guillaume de Deguilleville. Printed for the Roxburghe Club. Londres, 1895, in-40.
49%,— Fol. 222r°-298 vo. Le Testament, en 324 quatrains, intitulé « Traclatus Testamenti magistri JT. de Meum ».
430. — Fol. 229r0. « Les Diz des Philozophez », divisés en 31 quatrains. Publiés par Caron, d’après le présent ms., dans les Mémoires de l'Académie d'Arras, t. XX VII, p. 298 (5).
A le fois avient que li hom Bat le cien devant le lyon.
Belle doctrine prent en luy Qui se castye par aultruy.
Fol. 229 vo, Une grande miniature représentant Fortune et sa roue. Au-dessous, dans l'espace resté blane, deux quatrains des Dits des Philosophes de la page précédente ont été reproduits par le possesseur du manuscrit, qui a signé : «Cornille [Quevall. 1554 » (6).
1) Pour «it.
2) Vers 11 de l'édition Stürzinger.
3) Vers 11029 de l'édition Stürzinger.
4) Ges huit vers sont écrits sur quatre lignes. Stürzinger a imprimé la première ligne.
5) La plupart de ces quatrains se retrouvent dans le ms. qu'a utilisé Madame de Saint-Surin, et dont il sera parlé plus loin.
6) Le nom est gratté,
140. — Fol. 230r0-250 vo, Une partie, 3452 vers, d'une traduction de la Gorisolation de Boëce :
O createur du firmament Et de toute cose creable
N'est pas ainsi, n’en tel maniere, Dame, n’est pas vostre priere; Car qui a droit faire le veult, Sans efficace estre ne peut.
Laissiés doneques toute folie, Amés bonté et sainte vie, Vous prieres en hault dfrJeciez, Voz esperances adreciez De humble effection et courage.
Or vous gardés de tout oultrage, Grant cause avez et necessaire De mal laissier et de bien faire ; Car par ses diz presens savez, Se dissimuler ne voulés, Que loutes coses que vous faites Presentement tost sont retraittes Devant les yeux au juge droit (ui toutes coses scet et voit.
Explicit partie du livre Bcece.
Ce texte est apparenté de très près à celui du ms. de la Bibl. Nat. fr. 25418, le VIe dans l liste des traductions de Boëce dressée par M. L. Delisle (1), considéré par M. P. Meyer (2) comme une contrefaçon du VII. Voici, pour faciliter la comparaison entre la version d'Arras et celle du ms. Bib. Nat. fr. 25418, la fin de cette dernière, d’après le mémoire de M. Delisle ; je souligne les vers qui sont identiques, où à peu près, de part et d'autre :
Ceste guerre est fuir les vices.
Lessiez donquez mauvese vie, Amez bonté et sainte vie,
Et fuiez toute vanité ;
Vos prieres en haut dreciez A Dieu le seigneur tout puissant, En unité trinité regnant,
(1) Biblioihèque de l'École des Chartes, XXXIV, p.5 et suiv.; Inventaire général et méthodique des mss. français de la Bibliothèque Nationale, II, p.317 et suiv.
(2) Romania, IT, p. 271-735.
Qui toutes choses scet et voit Et tout trés justement pourvoit, Qui toutes chosses a en baillie, Et qui sur tout a seigneurie,
Et a sa glorieuse mere
Saincte Marie, non amere,
Qui tant est bonne, belle et sage Que rien a lui ne s’aparage,
Et a touz les sainchfiez,
Pour estre ou ciel glorifiez
En felicité perfaicte,
En joye de touz biens perfaicte.
480, — Kol. 250v°-274v°. Extraits du Roman de la Rose. A la suite de la traduction de Boèce, une grande miniature représente «le castel de Jalousie », du Roman de la Rose. Au-dessous, la rubrique : «Chi s’ensieut partie du livre de le Roze, scilicet le capitle de Raison, de Nature, de Faux Samblant et Viel Amy. »
Le chapitre de Raison va du f. 251r0 au f. 259a: il comprenait, si l'on compte un feuillet qui a été enlevé entre les f. 254-255 (v. 4900- 5099), environ 1710 vers, correspondant aux vers 1575-84, 1607-14, 2955-58, en guise d'introduction, puis 2971-3072, 4279-7102. La description du palais de Fortune, les exemples tirés des auteurs anciens ou de l'histoire, la discussion sur l'emploi des mots obscènes, etc., sont supprimés :
Cieux qui en fol regart se mire (v. 1575)
Pour enseignier et pour aprendre (v. 7102).
Fol. 259-261 d. « Chi s’ensieut le capitle de Faussamblant. »
Faus Samblant, tu es malz traïtres (v. 10940)
Si sera de la playe quites (v. 15290).
L'extrait comprenait environ 700 vers, correspondant aux vers 10940-12147 et 15251-15290. Il manque aujourd hui un feuillet, entre les f. 260-261.
Fol. 262 a-270 d. « Chi s'ensieut grand partie du capitle de Nature. »
Nature qui pensoit des cozes (v. 15893)
Et tout faire el tout depechier (v. 194926).
Explicit Confessio Nature,
Extrait d'environ 2000 vers, correspondant aux vers 15893- 19426. Il y manque aujourd'hui un feuillet entre les f. 266-67, et un autre entre les f. 269-279 (1).
Fol. 271a-274. « Partie du capitle Viel amy. »
Jadis au tamps nos premiers peres (v. 8355)
Environ 600 vers, correspondant aux v. 8355-8402, 8433-54, 9493-9509, 9617-9664, 8887-8963, 15195-15224, etc.
Le F. 274 vo est terminé par des conseils d'hygiène et de morale.
16°. — Fol. 274v°. Une miniature représente un jeune homme qui, placé entre Dieu et le diable, ne sait vers qui il veutse diriger. Au-dessous, dans la colonne de gauche : «Les .x. commandements».
Primus Aimme Dieu souverainement De euer et de pensee.
S’aultre amour as auleunement, En Dieu soit ordenee...
Dans la colonne de droite : « Le conseil du diable ».
Contre le premier Se le tien cuer metoiez Toudis en Dieu amer, Jamais joie n’aroys, Tout te seroit amer...
17 — Fol. 275-282b. Le Doctrinal aux simples gens (2), sans autre titre que l'explieit : « Chi commenche une boine et plaine doctrine des layes gens, necessaire à cascun. » Pas de prologue, mais une table des 42 chapitres.
Che qu'est en ce livret doivent enseignier li prestre a leurs parrochiens: et pour les simples prestres et pour les simples gens est fais en franchois, par grand conseil de Pariis (sic) examinés et esprouvez par pluseurs maistres en divinité.
(4) La dernière colonne du f. 170 a été complétée par les huit vers suivants: Femme pece contre nature Ou contre droit de nourreture, Soyent dames ou damoisiellez, Qu'au propre let de leur mamellez Ne veulle[n]t leur enfants nourrir.
Telz mamelles deussent pourrir !
Miex venist qu’elz nelz eussent nient ; Tel desdaing trop leur desavient.
(2) M. G. Grôber en a donné une liste de mss. dans son Grundriss, Il, p. 1090, n. #. M. Amos Perducci en a signalé depuis une copie conservée à Lucques (Zeits. J'ür rom. Phiologie, 1906, p. 663). I en existe d'autres.
EL pour ce que il est briefment fais, pointie le bien qui Me se le entendera on clerement, aultrement non.
De alticles de le foy. Nous devons croire et en ce vivre e et morir..…. Et Si sommes hiretier a tous jours maiz sans fin du dit glorieus royaume de paradis, auquel nous amaint par se grace li doulz Jhesu Chris. Amen.
Explicit Doctrina laycarum gentium.
Au-dessous, la reproduction de deux quatrains déjà copiés au 14 VOU Li homs qui riens ne scet et aprendre ne voelt.. Tout ainsi que descend en le fleur le rozee...
480, — La 1° colonne du f. 282v0 a été remplie par un court dialogue entre «une devote femme » et Dieu, qu'elle prie de venir «en sen gardin, scilicel conscience, vel en sen coer», et par les trois comparaisons morales suivantes :
Uns poucins est en une cave et uns renars ne le poet avoir se il n’ist hors. Quant il est hors, li renars le prend s’il ne s'en vole, et il ne poet voler s’il n’a .ij. boinez eles. Se l’une est boine et l’autre maise, il est pris et perdus. Ensi est de no ame, qui esten no corps come le poucin en le cave...
Une feme va a l’eglise et dist a sez enfants : « Gardez bien le maison sans issir, et faites bien le besoigne, se vrés abanoyrier (sic) après diner, et aré{s] vo bele cotte, et se ce non, vous serés batu, et n’vrés point esbatre, et n’arés point le bele cotte », etc. Aïnsi de no sauveur.
Uns homs tient une pome en une main et unez verges en l’autre et apele .i. sien enfant'qu'il viegne querre celle pomme qu’il luy voet donner, et s’il n’y vient il sera batus de ces verges. Ensi est de Dieu...
ARRAS. BIBL. MUNICIPALE 897 (anc. 581) (1)
Parchemin, 0,50 sur 0,20, daté de 1370 (nouveau style), 182 feuillets à deux colonnes d'environ 46 lignes. Début du % feuillet : Ze fons del euwe de gravelle. Miniatures.
Les ex-libris sont, au f. 1r° : Bibliotheca imonasterii S. Vedasti Atrebatensis, 1628. K (2). En bas du feuillet : K10. Au verso du dernier feuillet: Mossr. de Loluils (?) habitant Achie[t](3). Plus bas, la signature « Ballet ».
(1) Catalogue général, in-4°, p. 235.
) 1628 est probablement la date où le ms. est entré au monastère. )
(2 (3) Je crois apercevoir l'u de Louis, mais je ne vois pas du tout li On ne voit pas davantage le & d’Achiet.
BIBLIOTHÈQUE D'ARRAS Ati
10, — Fol. 1r°-120 vo. Le Roman de la Rose, sans titre.
Maintes gens quident que en songes
Atant fu jours et je m’esveille.
20, — Fol. 121 ro-134 a. Le Testament de Jean de Meun, en 521 quatrains, sans titre, mais avec cet explicit : Explicit li Testamens maistre Jehan de Meun, qui contient .ij. mil. iiij® (sic) et iiij ve s.
Lequel escripsi Jehanz Desirés, notairez de le court d’Arraz, et fu escripz le xve jour de fevrier l’an mil acc zx1x. Priez a Dieu pour luy. 30, — Fol. 134b-136c. La Vision de l’ermite Fulbert, sans titre, en 88 quatrains monorimes d’alexandrins.
Un homme avoit esté hermite longuement, Fulbert, de France né ; moult vesqui doucement;
Tant comme fu el monde se mena telement Que sez parolez furent saigez parfaitement.
Quant je pense a la mort, je suis corchié et pleure,
C'est .i. que je n’orray, si ne sçay lampz ni heure, L'autre que je ne sçay ou je feray demeure;
Mais en sa compaignie pri Dieu qu’il me sequeure. Amen.
Il existe une autre traduction, conservée en de nombreux mss., de la Visio Philiberti (voir G. Grôber, Grundriss, Il, 871) en quairains monorimes d’alexandrins. Celle-ci, déjà signalée par M. Grüber (oc. cit.), en est entièrement différente. Il n’est cependant pas douteux que.l’auteur de la plus récente ait connu l’autre.
40, — Fol. 136c-d. Une Priere, en 4 douzains aabaabbbabba, avec rime riche commençant à la pénultième voyelle :
Filz de Dicu paint en crucetis
En ta glore contemplalive. Amen.
59, — Fol. 136d-137a. Deux Serventois, sans titre, commençant, l'un par , S’Amours n’estoit pluz poissans que Nature, Dont nous verroit le cause d’esperer
l'autre par S'Amours n’estoit plus poissans que Nature, No foys seroit legiere a condempner
nn
Sur ces deux serventois, dont le second est attribué dans un Art de seconde Rhélorique à Brisebarre, de Douai, voir mon
Recueil d'Arts de Seconde Rhélorique, p.12, n. 5. 6°. — Fol. 137c-141b. Le Purgatoire Saint Patrice, en prose,
sans titre. Cette traduction parait assez différente de celle dont M. Paul Meyer a signalé de nombreux mss. dans la Romania, XVI, 382 (voir aussi Not. el Extr. des Man., XXXVI, p. 445).
Sains Patris preechoit en Irlande, et pour ce que il trouvoit la gent hestial. grant paine metoit de eulz retraire de lor errour, pour la pauour d’infer, et pour l'amour des joyes de paradis; mais il disoient que ja ne se convertiroient ne pour miraclez ne pour sa predication, se aucuns d’eulz ne veoit lez tormens des pecheours et lez joyes des justez, et sains Patris donques pour lor salu se travilla plus en veillez, en jeunez et en orisons.. Et dist que chil qui en repairent, pour les grans lourmens que il ont souffert languissent longuement ; mais 1l sont certain que se il vivent sobrement et vistément, que il jamais aultres tourmens n’y souferont pour lor pechiés.
Explicit le Purgatoire Saint Patris.
19, — Fol. 11a-151a. L'Amoureuse prise. Poème allégorique en 1670 vers, dont l'auteur donne le titre dans son prologue :
Pour che que plaisant sentement
Font encliner l’entendement
A jugier selone ce qu’il sentent,
Font il que li voloir s’assentent
A moustrer par dit et par oevre
Che que sentemens en coeur oevre,
Et pour che cascuns coeurs s’assent
À parler selonc ce qu’il sent,
Car la parole fait sentir
Ou li coeur se voeult assentir,
Meïsme chieux qui joye esmoet,
Car parole volentiers moet
De coeur ou joye a demeuré ;
Pour che du mien enamouré,
Espris de joye plaisanment
El douch serviche loyaument x D’Amours, ou leeche est enclose,
Est drois qu’il ysse aucunne cose
Com d’amoureusement espris,
Pour moustrer commef[n]t il est pris Es doulz las dont Amours scet prendre Par cheli qui en li comprendre
Poeut trestout quanquez boins coers prise,
Et pour che L’Amoureuse prise
Ara par droit chiex dis a non.
Et jou le doy voloir ; el non (1)
Et honneur la bele parfaite
Par qui fu cheste prise faite
Sera chieux dis furnis (2) et fais,
Car ses gens corps est tous parfais (3), Sy biaus qu’aprèz li n’iert mais teus.
A men petit sens souftraiteus
Donne avis, voloir et matere ;
Et se je proie (4) par mistere ;
N'en soit vers moy meüe d’ire,
Car ch'est pour plus plaisamment dire (5).
En avril en la saison gaye,
El tamps que toute riens s’esgave
Par vous qui tous li mondez prise Amours sur mOy à Corné prise.
Gens corps en biaulté parfais Et par fais Sur toutes dames parfaite, Or suy je pris et atrais Par les trais De vostre amoureuse atraite, Si voeulliés de moy curer Et mirer (6) Cheluy qu’en vous tout a mis, Mort ou vie, comme amis.
Pour voir si me plaist li fais Si qu'a fais Ne n'est l’atente, ains m'afaite Que mos ne soit ja retrais Que retrais Soye et fust merchis retraite, Ains voeul tant com puis durer Endurer Chou que par vous m’ert tramis, [Mort ou vie, comme amis. |
(4) Édition Car, me doie valoir ow non, En l'onnour … (2) f'urnis est écrit sur fais ; éd. d. rimés e. f. (3) Ed. en toul p.
(4) proie est écrit sur parollg ; éd. parol.
(5) Entre ce vers, qui est le dernier du prologue, et le suivant, qui est le premier du poème, le ms. de Paris intercale un rondeau.
(6) Ed. curer.
Univ. de Lille. Trav. et Mèm. Droit-Lettres Tome VIL — 8.
Non pourquant seroit refais Et refais Mes coeurs, se grace m'est faite Qu’Amours se fust en vous trais Si qu’estrais Fust otrois, et merchis traite, Car adonc sans refuser Porroye user Es biens qu'Espoirs m’a pramis, Mort ou vie, comme amis.
Ge texte n'est accompagné dans le manuscrit d'aucune indication, ni sous forme d'incipit, ni sous forme d’explicit ; le nom de l'auteur, qui, d’après la langue, était Picard, n'est pas donné. Mais un manuscrit dela Bibliothèque nationale, fr. 24391, attribue le poème à Jean Acart, de Hesdin (1), frère hospitalier, et le date de 1332 (2).
Le texte du manuscrit de Paris (3) est précédé d'une ballade, et suivi d'une autre ; sept ballades et neuf rondeaux sont en outre insérés dans le corps du poème (4); mais ces pièces font à la lecture l'effet d'y avoir été introduites après coup ; souvent méme elles ne sont pas annoncées. Elles n'existent pas dans le manuscrit d'Arras sauf la ballade qui est transcrite à la suite du poème. On ne voit pas bien pourquoi le copiste artésien les aurait supprimées s'il les avait t'ouvées dans son original. Il semble donc que son texte présente un état du poème plus ancien que celui de la Bibliothèque nationale (5).
(1) Chef-lieu de canton du Pas-de-Calais.
(2) L’incipit du ms. de Paris, qui fournit ces renseignements, a été imprimé plus haut, p. 61. 3
(3) I vient d'être publié : La Prise amoureuse, von Jehan Acart de Hesdin. Allegorische Dichtung aus dem XIV Iahrhundert, zum ersten Male ausgegeben von Ernst Hoepffner. Dresde, 1910, in-8o (Gesellschaft für romanische Literatur, Band 22). Lorsqu'a paru cette édition, la feuille 7 de mon volume, où commence ma notice du manuscrit d'Arras, était tirée, et j'avais donné le bon à tirer des trois feuilles suivantes; j'ai donc été gêné pour conformer cette notice à la situation nouvelle. C'est pour ne pas bouleverser la mise en page que j'ai gardé le texte de la ballade. N'ayant pu donner les variantes du manuscrit de Paris qu'à partir du vers 24 du prologue, j'ajoute ici celles des 23 premiers vers : v. 4 Fait (le sujet est un pluriel), pour Font; v. 19 Amours ensement, pour amoureusement; v. 23 loul (qui fausse la mesure du vers), pour treslout.
(4) Dans ma description du ms. Bibl. Nat. fr. 24391 (ci-dessus, p. 60), je m'en suis rapporté, pour ja Prise amoureuse, à Ce qu'en avaient dit les savants qui en ont parlé antérieurement, et pour cette raison ma notice est sur ce point inexacte.
(5) M. Hœæpffner n'a pas connu le manuscrit d'Arras, qui lui aurait certainement fourni pour son édition d'utiles variantes, et qui, notamment, lui aurait permis de combler les lacunes que dans le texte de Paris il a dû représenter par des lignes de points.
80. — Fol. 152v0o-166c. Le Jugement du roi de Behaigne, de Guillaume de Machaut, sans titre. Publié, d'après ce ms., par Caron dansles Mémoires de l'Académie d'Arras,t.XXXIIL(1861),p.307(1).
Au tamps pascour, que toute riens s’esgaye
9, — Fol. 166c-d. Exposition, en vers, des soins à donner à de petits oiseaux en cage : É Trés bien nous couvient deviser Pour lez oiselez gouvrener.
C’est pour .ij. rossignolz jolis Que je fais yey ce devis.
Prenez de tourtel, pour la foys
100. — Fol167a-171 d. Tobie. Histoire de Tobie, en prose, sans ütre.
Thobie fu nés de la lignie Neptalin, qui est es plus hautez parties de Galilee,
qui est sour Naason... si que il estoient convingable devant Dieu et devant tous chiaux ki habitoient devant Dieu en terre. Explicit Thobie.
110.— Fol.172a-176a. Histoire de Saint Jean-Baptiste, en prose, sans titre. D'autres mss. de cette légende sont signalés dans les Not. et Ext. des Man., XXXVI, p. 20.
[MlJoult deveroit cascuns crestiens oïr volentiers parler de Jhesu Cris et de ses sains, Car li parole Dieu est viande a l'arme. Au tamps que Davis estoit rois de Jherusalem, il ordena en le loy des juis, pour le loy Dieu essauchier, xüi] prestres, qui le serviche Dieu feroient en tel maniere que il estoit acoustumé en le loy. Dont li uns de ces xiiij prestres devant dis estoit plus grans sires que nuls des aultres... que par la proiere mon singneur saint Jehan que nous puis-
sons venir au rengne qui toudis durra. Ensi le nous otroit il qui est benedictus in secula seculorum, Amen.
190. — Fol. 177a-182c. Vie de saint Jean-Bouche-d'or, par Rainaut, en 834 vers, sans titre. Ce poème a été publié d'apres le présent ms. par Caron dans les Mémoires de l'Académie d'Arras, t. XXXIIT (1861), p. 367; puis, d’après un autre ms.,dans la Romania, VI, p. 328, par M. Weber, qui n’a pas connu l'édition de Caron.
(4) Et tout récemment par M. E. Hoepffner dans les Œuvres de Guillaume de Machaut, I, p. 57 et suiv. (Sté des Anc. Textes français, 1908). M. Hoepffuer ne cite ni l'édition de Caron ni le ms. d'Arras.
[Sle chil qui les rommanz ont fais
Pour les mss., voir G. Grôber, Grundriss, II, 924.
Voici quelques formes notables du copiste : à > au : vaurra, tauira, vausist, vaulis ; gane (jaune); pauour, auir; cavel (chevet); magre, magreche, amagrir ; assayer (essater),aravles (esrables) ; lamps; infer; jovles (juvenis); euve, euve, iawve (aqua); glore (gloria); sieurre (sequere); vénlime (20°); pappegais ; ileuc, tilleuques, aveuc, aveuques ; ainc (onc) ; paller (parler); raffressy (rafreschi\, fressement (freschement); menchoignes, menchongnier ; e atone devant #2 devient % : deffrumé (defermé), frumail (fermail), prumierement, fumier ; e entre consonne muette et 7’ disparaît : preche (parece), prieux (perüls), fortreche, caproen(chaperon), fri(feri), prens (parens); aymon (aime cn), laissiele (laissiez le); ainch (amo), bache, abache (bate, abale) ; la 6e pers. du pf. en -? se termine en -isent; l'impf. du subj. est en -aisse ; l'en est remplacé par on ; le pronom fém. el est évité ; estavoir (toujours, pour estovoir), casure (deux fois, pour chaswble), bisfamer (deux fois, pour diffamer), dieuesse (deesse), devens (fréquent, pour dedenxz).