II. — STRUCTURE ET MICROTEXTURE
M. CAYEUX dans son «Etude pétrographique des roches sédimentaires> au chapitre où il traite des Crustacés Ostracodes commence par cette remarque générale : «Tout diagnostic des Ostracodes, au microscope, doit être fondé, autant que possible, sur deux caractères : le dessin d'ensemble des valves et leur structure intime» (p. 439). Il passe ensuite en revue cinq modes de fossilisation des Ostracodes, les uns ayant laissé subsister les valves, leur dessin et leur texture, les autres n'ayant conservé de la coquille que l’individualité morphologique.
Dans les sédiments carbonifères du Boulonnais, les Ostracodes se présentent sous trois modes divers de fossilisation, deux d’entre eux étant communs et le troisième exceptionnel.
Cas L
Le type le plus fréquent de fossilisation montre l’organisme entier ou en esquille à carapace nettement individualisée, de teïnte brunâtre (matières organiques) ; dans l’espace intervalvaire s’est développée une mosaïque en gros cristaux de calcite secondaire parfaitement hyaline. En lumière polarisée, la carapace montre un double pinceau foncé qui se déplace latéralement quand on fait tourner la platine du microscope ; elle est formée de petits prismes juxtaposés qui s’éteignent suivant leur allongement. L’extinction qui devrait être complète ne l’est pas ; il en faut conclure que tous les prismes ne sont pas rigoureusement normaux à la surface du test mais qu’il en est qui sont légèrement obliques sur cette surface, Néanmoins, me basant sur l’allure générale de l’extinction, je qualifierai cette texture de texture prismatique à prismes normaux à la surface. C’est là le type de texture le plus universellement réalisé chez les Ostracodes carbonifères dans le Boulonnais, c’est la seule que présentent ces organismes à l’état dissocié.
À propos de la texture prismatique, M. J. DE LAPPARENT fait remarquer que, dans un certain nombre de cas, l’extinction n’est pas complète ; «il se produit entre nicols croisés un minimum d'intensité lumineuse dans les directions des sections principales des nicols qui fait
apparaître de très fines lamelles non éteintes et accuse ainsi une microtexture complexe dont l’apparence reste d’ailleurs caractéristique » 165.
Cas IL.
a. — À côté de ces formes à test bien conservé dans son individualité, et nettement distinct du remplissage, je signalerai des individus que la fossilisation a transformés en « noyaux amygdalaires de calcite >» 166, et c’est ce que j’appellerai la forme en amande. L'organisme se présente ici sous la forme d’un corps cristallisé de calcite homogène, ne montrant pas la moindre distinction de carapace et de remplissage (cf. PI. XVIII, fig. 72, en bas à droite — et PI. XXIIL, fig. 111 moitié supérieure). En lumière naturelle et à un grossissement moyen, on remarque une fine striation de la calcite qui, de la surface externe de l’organisme, se dirige vers le centre de l’espace intervalvaire (cf. PI. XVIIL fig. 72). Entre nicols croisés s’observe un double pinceau très fin qui se déplace latéralement quand on fait tourner la platine du microscope et qui est dû à l’extinction de prismes très fins ou fibres de calcite, extinction qui est droite et se fait suivant l’allongement des fibres.
Bref, c’est le même type de fossilisation que celui qui vient d’être décrit ; mais, dans ce second cas, la calcite a cristallisé dans le vide intervalvaire en s’orientant sur les prismes de la carapace ; les prismes s’allongeant ont fini par venir en contact. Ce contact est marqué par une ligne irrégulière noire qui, pour l'ordinaire, traverse l’Ostracode suivant son plus grand diamètre. Il m’a paru toutefois utile d’en faire un type distinct, en raison de son aspect très spécial d’une part, et d’autre part parce que cette forme est caractéristique d’un facies calcaire, l’« oolithe rubanée », où elle abonde à certains niveaux (cf. PI. XXIII, fig. 111). Une lame mince taillée dans les bancs rubanés supérieurs au marbre Lunel ne m’a pas montré sur 16 mm? moins de vingt sections d’Ostracodes en amande...
Comme confirmation de ce rapprochement, je signalerai le fait qu’on rencontre tous les intermédiaires entre le cas I et la forme massive « en amande » (cas II) ; chez de nombreux individus une partie de la calcite qui oblitère la cavité intervalvaire s’est orientée suivant les prismes de la carapace laissant au centre de la coquille un espace occupé par une mosaïque de calcite. Une prismatisation secondaire analogue se produit parfois aussi de la surface de la carapace vers l’extérieur ; on voit, au- .
165. DE LAPPARENT J. —— Lecons de Pétrographie. — 1923, p. 279. 166. CAYEUX L. — Introd. à l’ét. pétrographique des roches séd. — 1916, p. 442c.
tour d’un Ostracode entier ou d’une esquille à texture fibreuse bien conservée, la calcite de la matrice s'orienter et prendre elle aussi une disposition rayonnante. La surface de l’organisme est marquée par une mince ligne de calcaire granuleux qui sépare ces deux séries de prismes secondaires.
b. — Dans la majorité des cas, on ne distingue ni carapace, ni remplissage. Parfois cependant subsiste, à la surface externe de l’amande, une zone claire qui se distingue à première vue de la zone prismatique ; elle est, en lumière naturelle, plus hyaline et n’est pas chargée de ponctuations brunes (matières organiques), elle est ou du moins paraît homogène et ne présente pas une orientation évidente de ses éléments cristallins. Tandis que la zone brunâtre prismatique s’éteint bien entre nicols croisés, cette zone superficielle ne s’éteint pas ou s'éteint mal. Ses éléments sont extraordinairement menus et il est, de ce chef, fort malaisé de préciser s’il s’agit de prismes très grêles ou de granules calcaires orientés radialement. Personnellement, j’inclinerais plus volontiers vers la seconde hypothèse ; cette zone représenterait le vestige de la carapace disparue par recristallisation, le remplissage commençant avec la zone prismatique.
Cas III.
Ces formes carbonifères en amande ressemblent beaucoup aux noyaux amygdalaires du calcaire oligocène à Cypris de Vaurs près Arpajon (Cantal) figurés par M. CAYEUX 157. Cependant, à en juger par le texte, les structures n’ont rien de comparable. En effet « tout le calcaire, y compris celui qui oblitère la cavité, est converti en calcite grenue dont les éléments sont moulés les uns sur les autres. Rien ne marque l'emplacement du test. Par une cristallisation de plus en plus large, il y a tendance à réaliser l’unité d'orientation, si bien que des amandes sont formées d’un volumineux grain de calcite accompagné de petits granules » 168,
Ces noyaux sont à rapporter au troisième type qu’il me reste à décrire : l’Ostracode entier, carapace et vide intervalvaire, est constitué par une calcite en mosaïque et entouré d’une auréole obscure de carbonate de calcium en tout petits granules. Aucun détail ni dans la mosaïque ni dans l’auréole granuleuse qui la limite vers l’extérieur ne permet de soupçonner l’existence et l'emplacement de l’ancienne carapace (cf. PI. XVIIL, fig. 72, les deux formes supérieures).
167. CAYEUX L. — Introd. à l’étude pétrographique des roches sédimentaires. 1916, PI. XLII, fig. 1.
168. CAYEUX L. — Introd. à l'étude pétrogr. des roches séd. 1916, p. 442 c.
Ce troisième type est donc constitué par un organisme à test périmé et tout entier de calcite secondaire en mosaïque. Il convient d’ajouter que ce mode de fossilisation est rare, qu’il est même exceptionnel dans les sédiments du Calcaire carbonifère boulonnais.