Rubans de calcaire granuleux
Mais, si ce phénomène de recristallisation paraît évident dans le cas d'organismes à texture périmée et à plages granuleuses (cas C, cf. PI. XXI, fig. 99), s’il paraît expliquer d’une façon plausible certains rubans compacts de texture granuleuse, par exemple les rubans qui interrompent les successions grumeleuses que nous savons être généralement de nature organique (cas A partim, cf. PI. XXI, fig 95 et 96), peut-on interpréter par un phénomène analogue le ruban granuleux figuré à la planche XXII sous les numéros 101 et 102?
Ce ruban granuleux interrompt une série gravelo-oolithique ; il se termine à sa partie supérieure, au contact du facies gravelo-oolithique, par une ligne stylolithique très accidentée et à denticules très irréguliers. La transition du facies granuleux au sédiment gravelo-ooli-
thique est très brusque. Au contact de cette ligne stylolithique, certaïnes gravelles et oolithes sont en partie rongées et seule leur moitié supérieure est reconnaissable comme graveleuse et oolithique, leur portion inférieure se fondant dans le calcaire granuleux du ruban. En un autre point de la surface stylolithique, on voit une dent très aiguë percer de part en part une oolithe sans qu’il y ait dislocation ni déplacement relatif des deux portions (cf. PI. XXII, fig. 101). Un peu plus loin enfin, la ligne stylolithique disparaît (pour remonter peut-être dans le sédiment gravelo-oolithique?) et il y a pénétration d'éléments graveleux et oolithiques dans le sédiment granuleux sous-jacent (cf. PI. XXII, fig. 102).
a. — Il est difficile d'interpréter ces faits d’une manière absolument satisfaisante. \
Le fait que les gravelles et les oolithes sont comme rongées au contact de la ligne stylolithique tendrait à faire admettre que le ruban granuleux était consolidé quand l’épisode gravelo-oolithique a repris et que le lit granuleux était plus résistant que les éléments structurés qui s’y déposaient, cette corrosion s’expliquant assez naturellement par la pression qui croissait au fur et à mesure du dépôt du sédiment oolithique. En d’autres points, il semble que les facteurs fussent renversés, puisque les gravelles et les oolithes sont restées entières et sont enrobées dans le sédiment granuleux. |
b. — Il me semble difficile d'admettre ici l'hypothèse d’une recristallisation qui, partant d’un même sédiment, aurait abouti à des résultats si différents : d’une part, une recristallisation complète donnant naissance à un calcaire granuleux d’une pareille homogénéité ; d’autre part, une recristallisation ménagée qui n’aurait atteint que la matrice et quelques-uns des éléments figurés, aux dépens desquels se serait formée la mosaïque qui les enrobe. Il me paraît moins anormal d'interpréter ce calcaire granuleux comme primaire ; comme un louche, un dépôt fin qui aurait sédimenté, interrompant momentanément une formation de caractère plus grossier (calcaire gravelo-oolithique), un dépôt fin plus ou moins consolidé, ferme en certains points, mou et visqueux en d’autres où les gravelles auraient pu pénétrer sans altération même partielle de leur surface. Quant aux taches plus sombres, aux gravelles bien conservées, aux menues esquilles qui se rencontrent dans l’épaisseur de ce calcaire granuleux (mais qui y sont néanmoins rares), amenées avec le sédiment fin qui a donné naissance au calcaire granuleux, elles se seraient sédimentées avec lui.