II. — DIVERS TYPES DE CALCAIRES GRAVELEUX
Pour définir les calcaires graveleux d’une manière complète, il faut, outre les gravelles, considérer d’une part le ciment, la matrice dans laquelle elles sont enrobées — d’autre part, les rapports et proportions respectives de ces deux éléments. |
Pour l’étude détaillée de ce facies, je passerai en revue deux types de graveleux que je considère comme deux types extrêmes, l’un à fragments distants dans une matrice très développée, l’autre à éléments entassés et à matrice presque inexistante.
1° Type: Gravelles éparses dans une calcite matricielle très développée (cf. PL XXII, fig. 103 et 104).
Les gravelles peuvent être de natures diverses, de tailles et de formes variées ; elles sont constituées par des fragments calcaires des types granuleux, grumeleux et grenu à grain fin au milieu desquels nagent des débris organiques (article d’Echinoderme, fragment roulé d’Algue tubulaire, etc...).
A côté de graveleux à éléments bien définis, de structure et de texture bien conservées, il en est d’autres dont les gravelles sont plus ou moins profondément oblitérées (cf. PI. XXII, fig. 104) et remplacées soit par des taches granuleuses d’aspect dépoli, soit par une fine mosaïque maculée de matières organiques et qui laisse subsister par places des îlots granuleux, soit enfin par une calcite hyaline largement cristallisée et limitée par un cerne de calcaire granuleux, seul vestige de lantique gravelle. Ces gravelles ne se touchent pas ; elles sont éparses au seïn d’une matrice très développée et qui est du type mosaïque.
Il me semble établi que les gravelles altérées ne se sont pas déposées dans l’état où elles s’observent aujourd’hui. Cette affirmation, précaire et dont il est malaisé de fournir la preuve pour l’ensemble des gravelles altérées, ressort, à l’évidence, de l’examen de celles qui ont atteint ile maximum d’altération et qui sont réduites à un cerne incomplet de cal-
caire en granules. Les gravelles ayant, pour l'ordinaire, un contour très net, j’expliquerais par un phénomène analogue de corrosion toutes celles qui présentent des contours flous, indécis et irréguliers, quoique souvent dans leur voisinage immédiat la matrice soit différemment et moins largement cristallisée.
Ainsi, dans le graveleux ci-dessus analysé, la matrice serait secondaire et de recristallisation ; la matrice secondaire se serait formée aux dépens de la matrice originelle et d’un certain nombre de gravelles. De ces gravelles, il est vraisemblable que quelques-unes ont disparu sans laisser de traces et ont été remplacées par une mosaïque de calcite banale, les autres ayant été plus ou moins profondément altérées. Un fait reste à signaler, curieux et dont je ne puis, pour l’heure, proposer d’explication pleinement satisfaisante, c’est la multiplicité d’allures que prend la calcite secondaire : larges plages hyalines, large mosaique, granules.
Cette interprétation vaudrait aussi pour certains calcaires grumeleux encore que la preuve en soit plus difficile à établir en raison même de l’indécision de contour des grumeaux.
2° Type : Calcaire graveleux à matrice presque inexistante (cf. PI. XXII, fig. 105, 106).
1. — Dans l’ensemble, les gravelles sont de petite taille et constituées en grande partie par des débris organiques. Ce sont surtout, et parfois en quantité considérable, des fragments d’Echinodermes parmi lesquels se distinguent des articles de Crinoïdes et de loin en loin quelques radioles d’Oursins — des Brachiopodes entiers ou en longues et fines esquilles ; il faut y ajouter, comme organismes assez constants, des Foraminifères du type Endothyra, des Granulosphères, des fragments de Tabulés et des débris recristallisés qui doivent appartenir à quelque Gastéropode.
De toute évidence, ces petites balles se sont déposées à l’état d’éléments consolidés car on n’observe aucune déformation de leur surface ; mais, fréquemment, sous le poids des matériaux accumulés on les voit se pénétrer, s’impressionner sans que leur forme générale en soit affectée. De deux gravelles au contact on voit l’une garder sa forme parfaitement régulière, tandis que l’autre subit une dissolution locale de la paroi en contact ; parfois les deux gravelles sont également affectées. Cet impressionnement est, dans certains cas, très accentué, au point de fusionner plusieurs gravelles et de transformer l’ensemble en une masse granu-
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leuse dans laquelle les limites des gravelles ont disparu (cf. PI. XXII, fig. 105 et 106, partie centrale).
Du fait de cet impressionnement et aussi de la petite taille des gravelles qui s’insinuent dans les interstices, la matrice est très réduite partout et, en certains points même, inexistante. Elle est largement cristallisée et les interstices restés libres entre les gravelles sont souvient occupés par un individu unique de calcite d’un aspect hyalin tout particulier (cf. PI. XXII, fig. 106), maïs qui laisse parfois voir par transparence une tache plus sombre, vestige d’une gravelle ou d’un organisme disparu. Le cas est fréquent, ordinaire même, au voisinage des fragments d'Echinodermes où la calcite matricielle s’oriente sur l'individu de calcite qui constitue le fragment organique et le prolonge à l’extérieur, montrant à l’extinction une large plage sombre au milieu de laquelle ressort en grisé l’article d’Echinoderme.
Il me paraît évident que la matrice s’est formée, au moins en partie, aux dépens de quelques éléments figurés, puisque j’ai trouvé des granules de carbonate de calcium orientés, en plein milieu d’une plage de calcite hyaline, et, en d’autres points, le vestige, sous forme de pigments bruns, de fragments organiques oblitérés. Il y a donc eu réaction de la matrice sur les éléments figurés ; mais cette réaction a été très ménagée.
2. — Est-il nécessaire d'admettre que ces phénomènes aient été secondaires? Ÿ a-t-il eu recristallisation véritable, ou simplement réaction de la matrice sur quelques éléments figurés au moment de la consolidation du sédiment? — Qu’il y ait eu localement recristallisation, cela ne saurait faire de doute, puisque le sédiment montre en fait des plages plus ou moins recristallisées ; mais il faut ajouter aussi que ces plages recristallisées ne montrent pas à l’ordinaire pareille homogénéité : c’est une mosaique de cristaux de tailles variées dans laquelle nagent, sous forme de taches sombres, des mouches de calcaire granuleux, vestiges dés anciennes gravelles.