DESEILLE E. — L’Année Boulonnaise. — pp
56. BERTRAND. — Précis de l’hist. de Boul.-sur-mer. — 1829, vol. II, p. 194. « C’est à côté d’Elinghen que M. Frédéric Sauvage, connu par son génie inventif, a fait établir un moulin à vent, qui met en mouvement trente-deux scies à débiter des tables de marbre, et deux mécaniques servant à polir une grande quantité de carreaux. Près de cet établissement, le même mécanicien a construit un moulin horizontal, avec huit ailes et autant de bras, destinés à pousser en avant un certain nombre de carreaux, qui se polissent sur d’autres qu’on a fixés en terre. Une corde sans fin, plongeant dans un baril rempli d’eau, suffit, par sa rotation, à humecter tout le travail dont on n’a besoin de s’occuper que pour changer les carreaux à mesure qu’ils sont polis ».
On voit encore aujourd’hui un pan de mur, vestige d’un de ces moulins.
RENE LE IRD
La deuxième étape dans la voie du progrès fut l’exploitation des carrières par des sociétés à gros capitaux, seules capables de faire l'effort voulu et de le prolonger. Il est utile de noter en passant que, dans ce genre d'exploitation, les deux premières venues, en règle générale, y laissèrent leurs os. |
C’est ainsi qu’une des deux sociétés qui exploitent aujourd’hui en grand les gisements carbonifères du Bas-Boulonnais, la Société des Carrières de la Vallée Heureuse et du Haut-Banc, a pris naissance, il y a vingt-cinq ans, par la fusion de la Société Hénaux Frères avec la Société des Carrières du Haut-Banc. De ces deux firmes, la première avait racheté l’exploitation, le 22 juillet 1891, à la Compagnie Nationale des Travaux Publics qui, elle-même, avait succédé à un nommé Battel, exploitant de la carrière actuellement nommée « Carrière de la Vallée Heureuse » ; la seconde avait succédé à la Société des Carrières du Pasde-Calais. Les deux sociétés primitives avaient jeté plus de dix millions dans l'affaire.
Actuellement, les carrières et l’exploitation sont dans leur plein rendement. Les variétés de Lunel et de Napoléon décorent en France de multiples façades ; j’en ai personnellement observé en Napoléon Pattes d’Alouettes et en Napoléon Grand Mélange à Paris, Strasbourg et Lille. Elles sont demandées de partout : de Belgique, d'Angleterre, surtout d'Allemagne et d'Amérique du Sud... ; les demandes affluent et certaines ne sollicitent pas moins de cinquante mètres cubes d’un seul coup.
Cet essor est fonction sans doute de la valeur de nos marbres, de la richesse de leurs tons ou de la beauté de leurs dessins ; il est fonction aussi des conditions de l’heure et, en particulier, de la dépréciation de notre devise par rapport aux devises étrangères. Pour pouvoir répondre à une clientèle qui s’accroît sans cesse, les exploitants de la carrière des Marbres du Boulonnais (C. Poulain) et de la carrière de la Vallée Heureuse (C. Hénaux) se sont vus dans la nécessité de munir leur front d'exploitation de grands portiques électriques. Le plus récemment installé est celui de la carrière de la Vallée Heureuse : sa construction, commencée en octobre 1925, fut achevée en avril 1926. Ce portique, construit par les Etablissements Schneider et Cie, a une longueur de 122 mètres ; sa puissance est de 75 tonnes, sa portée utile de 110 mètres et sa hauteur de levage de 46 mètres (26 mètres au-dessus des voies, et 20 mètres en-dessous). Cet engin est indispensable dans tous les cas d'exploitation en profondeur, sans compter qu’il permet d’intensifier la production, de supprimer des manœuvres pénibles et dangereuses et d'éviter l'encombrement des chantiers d’extraction.
EAU ARRES APPENDICE.
Il convient, en achevant, de signaler le parti que l’on peut tirer du marbre pour l’exécution de paysages entiers et l'essai qui en a été réalisé à Londres par deux experts marbriers de Liverpool, MM. John Stubbs and Sons, suivant les plans et avec la collaboration de M. Olivier P. Bernard. On trouvera, dans la « Revue des matériaux de construction et de travaux publics » (N° 230, de novembre 1928), une abondante illustratiôn de ces panneaux décoratifs, une description des principaux motifs et une nomenclature des divers marbres français, italiens, grecs, suisses, irlandais, belges et africains utilisés pour l’exécution de ce travail. ;
Ce sont paysages lacustres et de montagne : «le Cipolin grec représente les eaux onduleuses du lac et le Cipolin suisse les parties plus distantes ; le Jade irlandais forme la verdure des collines et une grande plaque de Skyros grec, d’un poids de deux tonnes, et aux tonalités variées forme la montagne qui est au centre ; à l’arrière-fond une grande montagne neigeuse en Fleur-de-Pêcher italien». Ailleurs, «l’arrière-fond est formé par une cascade dont les eaux bouillonnantes tombent de roche en roche, donnant une forte impression de vie et de mouvement. Des roches, des pins et des fûts tronqués d’autres arbres forment les premiers plans. On est surpris par la perspective et l’impression de profondeur qui donnent au paysage une réalité frappante ».
L'originalité de ces paysages, dont certains ont 6 m. de haut sur plusieurs centaines de mètres de longueur, réside dans ce fait qu’ils n’ont pas été exécutés au moyen de petits cubes assemblés comme dans la mosaïque, mais au moyen de grandes plaques dont il a fallu agencer les nuances et respecter les dessins naturels.