RECONSECRAVI ALTARE AD HONOREM B
BLASII ET HORVM CONFESSORVM.
Ces deux restaurations sont donc contemporaines des travaux exécutés à la façade de l'éghse de Gorneto, et terminés, comme nous l'avons vu, en 1208. Rien n'indique que la réfection de la façade de Sainte-Marie de Toscanella ait été confiée à un architecte ou à un marbrier romain, nous la rattacherons plus volontiers à
l'école ombrienne. Assise, Bevagna, Foligno, nous ont présenté des exemples de ces trois portes cintrées en arcade au-dessus d'une baie rectangulaire, et surmontées de voussures à plusieurs corps, portées sur des pilastres ou des colonnes échelonnés les uns derrière les autres pour former ébrasement.
Nous retrouvons ici, passant au-dessus de l'entrée principale, la galerie légère composée de petites arcades juxtaposées retombant sur des colonnettes et terminée à ses deux extrémités par deux chimères sculptées, telle qu'elle existe à Bevagna et à Foligno. La grande rosace de Toscanella est complète, avec ses arcades rayonnantes, partant d'un ocidus central. C'est bien là, cette architecture lombarde moditîée par les artistes ombriens, qui avait valu à Guido, le constructeur du dôme d'Assise, le surnom de Tedesco. La sculpture des archivoltes, des tympans, des piliers se rapproche également de celle des portes de Foligno, de Bevagna et d'Assise; c'est le même art, dérivé de l'antique, mais épaissi dans ses formes, alourdi dans son exécution.
Il n'en est pas de même à l'église de Saint-Pierre. Bien que la distribution des éléments architectoniques de la façade soit presque identiquement la môme qu'à Sainte-Marie ; bien que la décoration des portes latérales soit à très peu de chose près semblable, la façade de Saint-Pierre est marquée d'un caractère tout particulier, principalement en ce qui concerne la partie centrale.
Porte latérale de Téglise de Sainte Marie Majeure, à Toscanella. — xm' siècle.
ÉPOQUE ROMAINE (Xlll^ SIÈCLE) 219
Sous un froiilon incliné suivant la pente des deux versants de la toiture, s'ouvre la grande rosace rayonnante. Elle est encadrée par un grand cercle formé de claveaux réguliers ornés de feuilles à crochets semblables à celles des archivoltes des portes secondaires. Autour du point central se dévelop])e une roue, faite de colonnettes en rayons d'arcs légers; un double cercle, ajouré d'une succession de lobes, enveloppe la roue et supporte une série de calices ou fleurons évasés. Cette grande ouverture, fenestra, comme on disait alors, est inscrite dans un encadrement carré où l'on voit, sculptés aux angles, les animaux évangéliques. Pour augmenter la richesse de cette architecture, tous les arcs, disques, grands cercles, sont incrustés de mosaïque d'émail, indice caractéristique d'une inspiration et d'une facture romaines.
La porte principale est ouverte sous une voussure concave formée de quatre arcs concentriques en retrait les uns sur les autres. Les trois premiers, larges bandeaux méplats, sont supportés par d'élégantes colonnes de marbre d'un galbe presque irréprochable, accompagnées de chapiteaux corinthiens de style assez pur. Les pilastres formant chambranle, le linteau et la dernière arcade sont entièrement décorés d'une brillante mosaïque. Tous les arcs de la voussure sont formés de claveaux régulièrement disposés, ceux de Tare extérieur présentent, sur leur face, une étoile incrustée en marbre de couleur. Le tympan de la lunette, aujourd'hui
obstrué j)îir un remplissage de grossière mosau[ue, avait dû certainement être évidé et occupé par une demi-rosace rayonnante décorée de mosaïques d'émail, tout à fait en raj)port avec la grande rosace de la façade ; nous pourrons en étudier un très bel exemple lorsque nous nous occuperons de Téglise de Civita-Castellana, ville assez voisine de Toscanella.
Ainsi, cette façade de l'église Saint-Pierre est mar- (piée, comme nous le disions tout à l'heure, d'une empreinte vraiment romaine, et il nous semble très probable, bien que rien ne rindi(iue avec certitude, que sa décoration a dû être contiée à un artiste de cette école. Sa ressemblance frappante avec la façade de Sainte-Marie in Castello, à Gorneto, peut-elle permettre de l'attribuer à Petrus ou à Nicolas, tils de Ranuccius, qui y ont gravé leur signature? Jean de Guido, l'auteur de l'ambon, en aurait-il été l'architecte? Faut-il aller chercher un membre de la grande famille des Gosmati, trois d'entre eux ayant, comme nous le verrons plus tard, exécuté à cette même époque, à Givita-Gastellana, des travaux analogues à ceux de Toscanejla ? Nous l'ignorons. Les dates inscrites sur les trois monuments peuvent autoriser ces suppositions; mais, l'œuvre de Toscanella n'est pas signée. Nous sommes donc forcés de rester dans un doute absolu.
Il en est malheureusement de même en ce qui concerne un autre remarquable monument de ce même art
brillant et de^licat. A Viterbe, la façade de l'église de Saint-Jean in Zoccoli est percée d'une très belle rosace que sa grâce, sa légèreté, la simplicité et l'heureuse
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Rosace centrale. Étçlisc de Saint Jean m Zoccoli à Viterbe. — xiif siècle.
combinaison de ses éléments peuvent nous faire considérer comme un type auquel il est permis de rapporter toutes les œuvres similaires.
Autour d'un oculus central, rayonnent huit petites arcades portées sur des colonnettes : un cercle tangeant aux sommets des arcades reçoit les bases de seize autres colonnettes servant de points d'appui à un pareil nombre d'arcs, le tout est encadré par une corniche circulaire à modillons. Cette rosace ainsi formée est inscrite dans un carré orné sur les quatre cotés de bandes de mosaïque d'émail inscrustées dans le marbre. Le Lion, l'Aigle, le Bœuf et l'Ange, sculptésen bas-reliefs, occupent les quatre tympans, et, en dehors, deux oiseaux chimériques vus de face se dressent debout appuyés sur deux consoles. De plus, chacun des éléments circulaires entrant dans la composition de cette rosace, petit cercle central, arcs, grand cercle, est mouluré à plat de façon à recevoir entre deux filets ou nervures une incrustation de mosaïque. Ce mode de décoration, ajoutant par son éclat une singulière richesse à l'effet général identiquement le même qu'à Saint-Pierre de Toscanella, est mis ici en pratique au moyen des mêmes procédés.
Il y a donc entre les rosaces de Viterbe et de Toscanella de grands points de ressemblance, on pourrait presque dire une identité d'inspiration. Des deux côtés, la mosaïque joue le même rôle, est employée de la même façon, soit qu'elle se trouve incrustée sur les moulures intérieures, soit qu'elle accompagne l'encadrement extérieur. Des deux côtés aussi, les animaux sculptés ont une parfaite concordance, les poses sont à peu près les mêmes
elle même procédé, consistant h creuser le marbre autour des figures, a été employé pour en dégager la saillie.
Quels étaient donc ces artistes capables de faire de si belles choses, et tellement modestes qu'ils n'ont pas cherché à se faire connaître ? Peut-être quelques moi nés ; et encore, malgré l'humilité du froc, beaucoup de ces personnahtés artistiques et monacales sont sorties de l'ombre.
En tous cas, et malgré notre regrettable ignorance à ce sujet, nous pouvons en toute sûreté déclarer que l'auteur ou les auteurs de la rosace de Saint-Jean à Viterbe, de la porte principale et de la rosace de Saint- Pierre à Toscanella, étaient de véritables marbriers romains \
Alba-Fucense ou Fucensis est aujourd'hui un pauvre village situé aux environs de la ville d'Avezzano, entre le Mont Velino, un des plus élevés du massif central des Apennins, et la rive de l'ancien lac Fucin à présent desséché. Alba, la principale forteresse du pays des Marcs, devint plus tard, sous le nom d'Alba-Marsorum, le siège d'une légion romaine. L'antique cité, complètetement ruinée, occupait une colline à trois sommets. Sur l'un se sont peu à peu agglomérées les maisons du village moderne; sur l'autre, une vieille tour du moyen âge élève ses murailles décrépites ; le couvent et l'église
1. Voir Clausse et Toiirnaire: Les Églises de Toscanella; Extrait de la Hevue de VArl chrélien, t. Vil, S*- et 4^ liv., 1896. ,
de Saint-Pierre ont été construits sur le troisième au milieu des débris antiques; ainsi, trois églises chrétiennes sont venues remplacer les temples de Jupiter, de Junon et de Mercure qui couronnaient jadis ces sommets.
L'église de Saint-Pierre, presque entièrement édifiée avec les restes de l'ancien temple dédié à Jupiter, est pavée, en grande partie, de fragments de mosaïques anciennes; elle possède en outre, pour séparer les nefs, de belles colonnes de marbre blanc, cannelées et surmontées de chapiteaux corinthiens très purs de style. Malgré une apparence extérieure fort modeste, son mobilier est d'une richesse surj)renante, reste des magnificences introduites au monastère par certains abbés jaloux d'imiter quelques somptueux voisins.
L'ambon attire tout d'abord les regards. Élevé entre deux colonnes, sur le côté gauche de la nef principale, ce beau monument ressemble étonnamment à celui de Corneto, aussi, paraît-il difficile de ne pas les attribuer tous deux au même marbrier. Ce sont les mêmes données générales, et, à bien peu de choses près, les mêmes dimensions; on y retrouve les paliers de trois marches rachetant la hauteur du socle, les escaliers latéraux, la cuve faisant saillie en avant et en arrière sur les murs de façade. Cependant ces deux ambons ne sont pas servilement copiés l'un sur l'autre; celui d'Alba, probablement postérieur, est décoré avec plus de richesse et de science; toutes les surfaces
visibles, les parapets des petits escaliers, aussi bien que les deux foçades et les panneaux de la cuve sont littéralement couverts de mosaïques, encadrant des plaques de porphyre et de serpentine.
Au-dessus d'un socle formé de morceaux antiques sur lesquels se voient encore quelques fragments d'inscriptions romaines, des pilastres divisent un large panneau rectangulaire en trois parties décoratives distinctes; dans celle du milieu, une table carrée est entourée de rosaces, dans les deux autres des disques sont encadrés de moulures de marbre et de bandes de mosaïque, de chaque côté, les rampants des escaliers sont également couverts d'ornement en mosaïques. Le parapet polygonal de la cuve fait, comme à Corneto, saillie sur le nu des façades, mais les panneaux, couverts de mosaïques, sont ici séparés par des colonnettes dégagées dont les cannelures en spirale sont également incrustées de mosaïques ; ces colonnettes reposent sur des consoles sculptées et leurs chapiteaux, assez régulièrement dessinés, se composent, réminiscence à peu près exacte des chapiteaux antiques, de deux rangées de feuilles d'où s'échappent des volutes formant colicornes. La face postérieure de l'ambon comporte des divisions correspondantes à celles de la face antérieure, de simples pilastres remplacent les colonnettes dégagées, mais, les panneaux et les parapets sont décorés d'encadrements, de table et de disques aussi riches d'un côté que de l'autre. La cuve également en saillie de ce côté permet
au prédicateur de s'adresser aux fidèles placés dans la nef latérale.
Comme àl'ambon de Gorneto, une grande inscription est gravée sur la cymaise de la façade; et l'on doit remarquer que les caractères employés sont absolument semblables dans les deux monuments. Cette inscription est ainsi conçue :
CIVIS . ROMAN . DOCTISSIMVS . ARTE . lOÏÏS. CVI . COLLEGA . BONNVS . ANDREAS . DELVIT. HONNVS. HOC.OPVS. EXELSVM. STRVSSERVNT.
MENTE . PERITI . NOBILIS . ET . PRVDENS . ODE- RISIVS.ABFVIT.ABAS.
Ce texte vient confirmer ce que l'on était en droit de supposer à première vue ; le magistc)' Jean, fils de Guiclo, citoijen romain, travaillant à Corneto, est bien le même que le citoijen romain Jean que nous trouvons à Alba-Fucense. Seulement, ici, le nom du père a été supprimé; Jean n'avait plus besoin de se réclamer de cette parenté, les mots Doctissimus in arte indiquant suffisamment que sa réputation était alors tout à fait établie. L'inscription nous apprend, en outre, que maître Jean n'avait pas été seul chargé de la direction du travail; il avait un collègue nommé Andréas, mais celui-ci, plus modeste, se contentait du second rang, laissant à Villustre et très savant maître et citoyen romain l'honneur d'occuper le premier.
L'église d'Albe est séparée dans toute sa largeur par un chancel, ouvrage considérable. Vis-à-vis des bas côtés, ce parapet est un simple mur revêtu d'un enduit sur lequel ont été assez inhabilement appliqués des débris antiques ; travail grossier, fait, à une époque indéterminée, par les moines du couvent, ou par les ouvriers inexpérimentés du pays. En face de la grande nef, ce chancel prend une toute autre allure; on y reconnaît la main d'un maître. Ouvert en son milieu, pour laisser un passage, il est élevé sur un socle de marbre, et divisé par de minces pilastres en une série de panneaux décorés, avec une extrême richesse, de cadres et de champs de mosaïques à fond d'or renfermant des tables de porphyre entourées d'un fdet de mosaïques. Au-dessus, une série de colonnes, formant portique, s'appuient sur le parapet et supportent une architrave. Ces colonnes sont cannelées en spirales et incrustées de mosaïques; leur base, bien qu'agrémentée de griffes, se rapproche beaucoup du profd corinthien, et leurs chapiteaux ressemblent à ceux des colonnes de l'ambon ; l'architrave, à laquelle devaient être suspendues des draperies masquant le sanctuaire, est également décorée d'un bandeau de mosaïque à fond d'or. Ce beau travail porte gravé sur la plate bande d'un des grands panneaux la signature :