‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 49 sur 96 · MENS. VIII.MORITVR.M.CC.LXXVI · texte numérisé non relu

MENS. VIII.MORITVR.M.CC.LXXVI

Le règne d'un autre pontife, Nicolas IV, Assoli, règne

n'ayant eu, comme celui de Jean XXI, que peu de durée et peu d'importance, est rappelé, sur le mur d'une autre chapelle, par une grande inscription de (piinze lignes, écrite en beaux caractères gothiques, se terminant par les mots :

NICOLAVS . PP . Ilir . DËD . AN . d' . M" . CC LXXX" . IX.

Mieux partagée sous le rapport des souvenirs pontificaux (pie la cathédrale, l'église élevée parles disciples de saint François en l'honneur de leur ])atron, église dont ils continuent à avoir la garde, possède encore de magnifiques tombeaux.

Élu dans le courant de l'année 1276, Adrien V, Ottoboni de Fieschi, comte de Lavagno, succombe après avoir occupé le trône apostolique pendant le bien court espace de trente-neuf jours ; néanmoins, quelques années plus tard, on lui éleva une tombe monumentale.

Ce travail fut évidemment confié à un artiste de talent, mais il ne porte aucune signature. La seule inscription visible aujourd'hui est gravée sur une plaque de marbre encastrée dans le mur, à la place généralement occupée par le tableau votif; elle relate les mérites du défunt et fait savoir que le tombeau a été restauré et rétabli dans son état primitif en l'année 1715. Cette date est bien faite pour laisser quelques doutes sur l'authenticité artistique du monument tel qu'il se présente aujourd'hui.

Tombeau du pape Adrien V. - É-lise de Saint-François à Viterbc. - xm"^ siècle.

cependant, sa forme générale et la combinaison de ses divers éléments permettent de lixer avec certitude son origine à la fin du xin" siècle.

Le mausolée est ])lacé dans le bras droit du transept. Adrien V est représenté couché, revêtu des ornements pontificaux, reposant sur un très haut sarcophage composé de deux étages de panneaux de marbre et de porphyre. L'étage supérieur est subdivisé par quatre colonnettes cannelées et incrustées de mosaïques d'émail, l'étage inférieur est renforcé aux angles par des pilastres cantonnés de colonnettes d'où s'élancent quatre belles colonnes torses incrustées de mosaïques à fond d'or, supportant le dais gothique qui recouvre tout l'ensemble. Si le sarcophage peut encore appartenir par ses dispositions rectilignes à l'école des marbriers romains, l'arc ogival trilobé, surmonté d'un fronton rampant orné de crossettes, indique clairement l'influence de l'école florentine ou pisane.

Ce monument, construit avec des marbres blancs très clairs ayant pris avec le temps une teinte rosée, plus brillant d'aspect que pur de style, est certainement l'œuvre d'un praticien habile, mais il dénote dans la conception générale certaines incorrections et beaucoup d'incertitude. Il n'est pas l'œuvre d'un maître, mais peut être celle d'un intelligent élève. Si l'on est frappé de ce fait, que l'église de Saint-François est elle-même un édifice d'un style gothique très primitif, et, si l'on se souvient qu'en 1304, l'architecte sculpteur Fra

Guglielmo, Télève de Nicolas de Pise, élevait dans la même ville de Viterbe l'église de Saint-Michel in Borgo, une des premières où l'emploi de l'arc ogival ait été substitué à celui du plein cintre, si l'on songe que cet artiste a donné la mesure de son talent de sculpteur en exécutant au dôme d'Orvieto quelques-uns des basreliefs de la façade, ne pourrait-on pas, sans trop d'erreur, l'indiquer comme étant l'auteur du tombeau d'Adrien V?

Vis-à-vis le mausolée d'Adrien V, dans le transept de la même église de Saint-François, s'élève le monument de Clément IV, primitivement situé à Sainte-Marie di Gradi, mais transporté peu après à la place qu'il occupe aujourd'hui. Pas j)lus ici que tout à l'heure, nous ne possédons à l'égard de son origine de données bien certaines; date et signature nous font également défaut, mais l'influence de l'école pisane se fait sentir ici d'une façon absolue. Faudrait-il encore attribuer cette œuvre à Fra Guglielmo? Il n'y aurait à cela aucune objection bien sérieuse. Le tombeau a été exécuté à la même époque que celui d'Adrien V, cela est indubitable; cependant il dénote un esprit plus convaincu, plus sûr du but à atteindre ; il y a plus d'unité et d'harmonie dans l'ensemble, plus de fermeté et de finesse dans les détails.

Ce monument, restauré en 1811, comme l'indique une inscription, renferme la dépouille mortelle de Guido

Tonibeau du pape Clément IV. — Église de Saint-François à Viterbe. — xm" siècle.

ÉPOQUE IIOMANO-OOTIIIQUE (Xlll'' SIÈCLE) 311

Fulcodi, né de parents nobles à Saint-Gilles sur le Rhône, marié, père de deux lîUes, secrétaire du roi saint Louis, évécjue du Puy, archevêque de Narbonne, cardinal du titre de Sainte-Sabine, élu pape en consistoire à Pérouse, le 22 février 1205, sous le nom de Clément IV, et mort à Viterbe, le 29 octobre 1208, un mois après la terrible exécution de Conradin.

II est donc à peu près certain que Clément IV n'a pas été inhumé immédiatement après sa mort dans le tombeau que nous voyons aujourd'hui ; son corps a dû être conservé pendant une trentaine d'années dans une sépulture provisoire'.

L'ordonnance générale est, ici comme partout, toujours la même, du moins à quelques détails près: un haut sarcophage, appuyé contre la muraille, est surmonté d'un dais gothique dont l'arc aigu trilobé et le fronton à crossettes rampantes sont supportés par de légères colonnes chevronnées et incrustées de mosaïques. Le sarcophage se compose de trois parties : un socle, ou gradin assez élevé; un soubassement très important, orné sur toutes ses faces d'une suite d'arcades trilobées circonscrivant des champs de mosaïque; et, au-dessus, la chasse funéraire, richement décorée de

l. Francesco (irislofori dans son livre « Tomba (Ici papi in Vilerbo » publié à Sienne en 1887, dit que le tombeau du pape (Uéuient IV était en construction pendant les années 1268 et 1270 et qu'il était terminé en 1274. Nous ne pouvons admettre ces dates, le style du monumenl, la fermeté et le naturel de la sculpture indicpient d'une manière trop précise la lin du xiii« siècle, moment où l'inlluence pisane se faisait tout particulièrement sentir.

disques et de panneaux de mosaïques, sur laquelle est couchée la statue du pape revêtu des habits pontificaux.

D'un art un peu brutal, mais d'une remarcjuable netteté d'exécution, cette ligure indique, malgré la raideur de la pose, une recherche attentive du modelé et une science déjà grande dans la combinaison des draperies du vêtement.

Pierre Legros de Saint-Gilles, évêque, neveu de Clément IV, celui qui très probablement lit élever le mausolée, s'est choisi une place bien modeste à la partie inférieure du sarcophage. Sa statue, étendue sur un socle uni en avant du soubassement, semble, dans la rigidité de la mort, veiller encore humblement à ce que les marques de respect et de vénération ne tassent jamais défaut au pontife dont il avait été le parent et le fidèle secrétaire. L'idée est touchante; l'artiste s'en est emparé et l'a traduite avec bonheur. Cette statue, de grandeur naturelle, placée ainsi sous le regard du spectateur, sert de point de comparaison et permet de mesurer la grandeur de l'ensemble sans nuire à l'aspect général.

Cependant, la statue de Pierre Legros n'est pas du même marbre que le reste du monument; elle est faite d'un marbre blanc teinté de gris, et l'on pourrait admettre que cette figure couchée a été placée là après coup. Cette hypothèse est d'autant plus probable que la sculpture en est moins sèche, moins nerveuse que celle du pape; plus naturelle aussi et plus consolante,

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carLegros, dans sa {)ose funéraire, semble endormi (Vun sommeil calme et éternel. Si les restaurations de 1811 ont été affectées à la construction de ce mausolée, elles n'ont pas dû s'appliquer aux mosaïques d'incrustation ; celles du sarcophage sont encore à peu près en bon état, mais celles du soubassement sont pres([ue entièrement dégradées ou détruites.

Parmi les papes élus en conclave à Viterbe, il en est un dont le règne éphémère passa bien souvent inaperçu. Viccedomino de Plaisance, neveu de Grégoire X, et frère mineur de Saint-François, désigné par le collège des cardinaux pour succéder à Adrien V, le 6 septembre 1276, meurt dans la même journée, sans avoir pu faire acte de souveraineté. Son exaltation, omise par la plupart des historiens, est cependant mentionnée par Muratori dans sa chronique de Plaisance; on la trouve également indiquée dans l'histoire générale de l'ordre de Saint-François. Les religieux du couvent de Viterbe ont tenu à honneur de donner à Viccedomino une sépulture particulière; son corps repose dans une urne, simple cuve de pierre grise adossée au mur du transept, surmontée de sa statue. Le moine pape est couché les bras étendus et croisés, la tète coiffée d'une mitre; les plis larges et droits de son ample vêtement manquent bien de souplesse, mais la figure entière n'est pas sans dignité. 11 y a beaucoup d'analogie entre cette statue et celle du pape Jean XXI, même pose, même style, mêmes

qualités et mômes imperfections. Sculptées dans la même matière et certainement contemporaines, il est très probable qu'elles sont dues toutes deux au même auteur.

Bien que l'histoire des arts n'ait pas à compter avec l'apparition éphémère de Benoît XI sur le trône pontifical, et, que pour elle, le règne de Boniface VIII termine le xiii' siècle et clôt le moyen-âge romain, le superbe tombeau élevé dans les premières années du xiv' siècle pour renfermer les restes de Benoît XI, va nous servir, par un dernier exemple, à caractériser cette époque de transition où l'art classique, avant sa complète renaissance confine à l'art gothique nouvellement introduit en Italie.

C'est une curieuse figure dans l'histoire que ce Nicolas Boccassini, général de l'ordre des Frères-Prêcheurs, intronisé sur la chaire de Saint-Pierre sous le nom de Benoît XI. Dès son avènement, il révocpie tout ce qu'a fait son prédécesseur, et se hâte d'accorder à Philippe le Bel l'absolution des violences commises contre le malheureux Boniface VIII. Avec lui, l'influence française s'empare de la direction des affaires, et, son règne de (pielques mois prépare la translation de la cour pontificale en France. Il mourut à Pérouse le () juillet 1304, sans avoir quitté cette ville depuis le jour de son élection. Son corps repose dans un magnifique mausolée situé à l'éghse de Saint-Dominique.

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L'ordre des Dominicains tout entier concourut-il à élever au premier pape sorti de son sein une manpie de vénération digne de cette haute destinée? Cela nous semble très probable. Le tombeau ne comporte, il est vrai, aucune inscription pouvant nous fixer sur ce point, mais on sait que les Frères-Précheurs firent construire à cette époque, dans cette même ville de Pérouse, l'église placée sous l'invocation de leur saint fondateur, que les travaux furent terminés dans le courant de l'année 1303, et, que le célèbre architecte Jean de Pise fut choisi pour les diriger. Giovanni Pisano avait alors complètement établi sa réputation d'architecte et de sculpteur de grand mérite ; toutes les villes se disputaient ses ouvrages. Travailleur infatigable, producteur d'une étonnante abondance, continuateur de l'œuvre de son père, mieux que lui peut-être, digne de porter le titre de chef d'école à cause de l'immense supériorité de son génie, Giovanni mourut en 1320, après avoir fourni une carrière prodigieuse, comparable à celle de Michel-Ange pour la durée, l'activité et l'importance artistique. Tel est l'artiste auquel les Dominicains de Pérouse, après l'achèvement de leur église, confièrent le soin d'ériger un monument destiné au souvenir et à la sépulture de leur frère devenu souverain pontife.

Jean était en pleine possession de toutes ses forces, son mérite était universellement reconnu, ses œuvres faisaient l'admiration de tous. Grand partisan des

formes de l'architeciiire gothique qu'il s'est efforcé d*adapter à tous les édifices dont il a été l'architecte, il a voulu, au tombeau de Benoît XI, en allier les déhcatesses à d'autres élégances que l'étude de l'antiquité lui avait révélées. De la juxtaposition de ces deux styles, il est résulté une œuvre hybride, toute neuve en ses conceptions, mais dans laquelle l'esprit nouveau se découvre et marque les premières tentatives d'où sont sortis, peu d'années après, les superbes édifices élevés à Florence par les lumineux génies qui s'appelèrent Arnolfo et Giotto. Architecture fantaisiste du reste, faite de grâce et de charme, dont les détails, sans satisfaire pleinement la raison, font accepter cependant, par leur grâce et leur délicatesse ce qui manque de logique et de juste pondération dans l'ensemble.

Le mausolée de Benoît XI donne bien la caractéristique de l'architecture gothique en Italie à la fin du xiif siècle, ou, du moins, de ce que les Italiens avaient pu s'ap[)roprier de cet art venu du nord, presque antipathique â leur climat et à leur tempérament. On y trouve des formes élancées, des arcs aigus, mélangés à des surfaces planes et à des lignes sévères, souvenirs des monuments romains: c'est l'antiquité remise en honneur par un éminent artiste, mais en même temps, c'est un sacrifice aux exigences d'une mode nouvelle, peu réfléchie, non raisonnée comme toutes les modes, mais n'en ayant pas moins d'empire.

Ce magnifique monument se compose de deux parties

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ToQibeau du pape Benoît XI. - Partie médiane. — Église de Saint-Dominique à Pérouse. — xiv^ siècle.

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distinctes: un coffre et un couvercle. Le coffre est un beau sarcophage décoré de trois médaillons sculptés, reposant sur un socle orné d'une frise de rinceaux ; le couvercle, enrichi de quatre caissons d'où émergent des têtes de saints, est surmonté d'une arcature, espèce de triptyque, dont les arcs aigus trilobés sont accompagnés de frontons à crossettes. Dans l'ouverture médiane, la sainte Vierge, assise, drapée dans de longs vêtements, porte l'Enfant Jésus sur ses genoux; dans l'arcade de droite, un saint évoque se tient debout ; dans celle de gauche, saint Dominique présente Benoît XI prosterné, et, Marie s'incline vers le pape d'un air de tendresse et de bienveillance : délicieuses figures, pleines de justesse dans les proportions, de convenance dans les mouvements, de naturel dans les poses, d'élégance dans les ajustements.

Un assez grand espace sépare le couvercle d'avec le sarcophage, on le dirait suspendu, soulevé par une force invisible afin de laisser contempler, dans l'immobilité de la mort, Benoît XI étendu sur un lit de repos. Le pape est enfermé dans une sorte d'alcôve, dont deux anges placés aux extrémités écartent avec respect les courtines. Cette scène intermédiaire, toute pittoresque qu'elle soit, interrompt malheureusement l'harmonie de l'ensemble ; les deux parties du tombeau ne semblent plus reliées l'une à l'autre ; aucun point d'appui d'apparence solide ne supporte la partie supérieure fort importante par elle-même. C'est là une faute capitale dans

la conception générale du monument, et, l'habileté du sculpteur ne saurait l'amoindrir; car, il faut le reconnaître, la statuaire des personnages est véritablement traitée avec une grâce et une pureté bien surprenantes.

Pour se conformer à l'usage généralement adopté, Jean de Pise a surmonté le mausolée d'un grand dais gothique porté sur des colonnes torses incrustées de mosaïques; le tympan du fronton est orné d'un buste de Notre-Seigneur bénissant, encadré dans un médaillon trilobé.

Le tombeau de Benoît XI, malgré toute l'admiration (pi'on est forcé de lui accorder, est donc l'expression la ])lus sincère, la plus naïve de ce manque d'unité dans la composition, provenant du concours simultané de formes étrangères les unes aux autres : résultat des influences très diverses (pii se faisaient sentir autour des papes et auxquelles les artistes ne pouvaient demeurer étrangers.

Marchione d'Arezzo, artiste toscan, aurait, d'après Vasari, dessiné et même sculpté, « avec un art alors inconnu en Italie » pendant les dernières années du xm^ siècle, un monument très remarquable destiné à recevoir les restes du pape Honorius III, mort en 1227. Le tombeau se trouvait placé dans une chapelle dépendant de la basilique de Sainte-Marie Majeure, chapelle construite toute en marbre, par le môme artiste, pour recevoir la précieuse relique de la sainte Crèche. Ce mausolée a été détruit; aucun texte, aucun dessin ne

nous permet d'en reconstituer l'ordonnance, mais il est très probable qu'il devait se composer, comme tous ceux que nous connaissons datant de cette époque, d'un sarcophage plus ou moins riche recouvert d'un dais gothique. Les restes d'Honorius sont venus augmenter la série nombreuse des papes auxquels les Grottes Vaticanes servent de dernier asile, tandis que Pédicule renfermant la sainte Crèche a pu, grâce à l'habileté de l'architecte Domenico Fontana, être transporté, tout d'une pièce, dans une autre magnifique chapelle désignée aujourd'hui sous le nom de chapelle Sixtine; véritable église construite dans la même basilique, vers 1584, par Sixte- Quint, alors qu'il n'était encore que cardinal Montalto. Ces grands travaux nécessitèrent malheureusement l'enlèvement de plusieurs anciens meubles d'un grand intérêt artistique. On détruisit entièrement, car on n'en retrouve aucune trace, deux ambons ornés de marbres et de mosaïques que le pape Alexandre III avait fait placer vers H60, de chaque côté delà grande nef. En avant du chœur s'élevaient également deux autels ; l'un appelé l'autel des Reliques, portait l'inscription :

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