F. Grégorovius, Les lambeaux des jjupes roinains
nombreuses statues reproduisant les traits de Boniface VIII nous ont été conservées : à Anagni, il est assis sur un trône et placé dans une niche derrière l'abside de la cathédrale ; à Orvieto on le voit dans la même position, au-dessus d'une des portes de la ville; à Florence il est également représenté assis, et surmonte à l'intérieur une des portes du dôme; partout il porte la haute tiare orientale. A Saint-Jean-de-Latran, il existe un portrait de lui peint par Giotto : le pape est représenté entre deux princes de TEglise, annonçant du haut d'un balcon l'ouverture du Jubilé de 1300.
Boniface repose aux Grottes Vaticanes dans un sarcophage de marbre sur lequel sa statue est couchée. Le coffre est recouvert d'un maguilique tapis brodé de médaillons étoiles; à la partie inférieure, apparaissent cinq écussons, vides aujourd'hui, mais ([ui, décorés par un travail de mosaïque, devaient se détacher sur un fond de même nature. La tète, soutenue par deux coussins brodés, est extraordinairement belle, et s'accorde parfaitement avec le portrait de Giotto. La tiare pointue à double couronne lui couvre le chef \
Un des titulaires de Sainte-Praxède, à Rome, le cardinal Anchero, a été inhumé dans un magnifique sarcophage
1. Boniface VIII fut le premier pape qui se servit de la double couronne tandis que ses prédécesseurs n'avaient porté qu'une simple mitre couronnée. Le nouvel usage subsista jusqu'à Urbain V, qui ajouta une troisième couronne à la tiare dont il se coiffa.
ÉPOQUE ROMAiXO-GOTUlQUE (Xlll' SIÈCLE) 329
placé contre le mur (riine des chapelles latérales de son église paroissiale. Anchero avait peu de titres à un tel honneur. Fils d'un frère du pape Urbain IV, originaire comme lui de la ville de Troyes en Champagne où leurs parents exerçaient la modeste profession de tailleurs d'habits, Pantaléon Anchero dut son élévation à ses liens de famille. Nommé cardinal dès la première année du règne d'Urbain, 12G1, sa vie n'est marquée par aucun fait important, et il meurt sous le pontiticat d'Honorius IV, en 1286, ayant pendant vingt-cinq années pieusement et charitablement administré sa paroisse. Ce fut peut-être à ses vertus ou à ses libéralités qu'il dut d'être enseveli dans le brillant monument de marbre que nous admirons aujourd'hui'.
Le cardinal, revêtu de l'étole et delà chasuble, de la mitre et des chaussures brodées, la tête soutenue par un riche coussin, est étendu sur un véritable lit de repos que recouvre un immense drap frangé, parsemé de médaillons ornés, et relevé de manière à laisser apparaître la partie inférieure de la façade formée de panneaux de mosaïques séparés par des colonnettes engagées.
La statuaire de ce monument est d'un beau style et d'une superbe exécution : il y a de la noblesse et en même temps de la souplesse dans la pose du personnage; le visage, largement traité, est plein et indique la santé sans dénoter par l'accentuation de ses traits aucune particu-