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ÉPOQUE GRECQUE, DU VP AU VHP SIÈCLE

TANDIS que sous Paction du Christianisme triomphant, la mosaïque, la peinture lapidaire, se régénérait et tendait à prendre un nouvel essor ', Part de la statuaire dès longtemps abandonné n'existait déjà plus. La religion nouvelle, bien qu'on ait voulu lui en faire un crime, n'avait eu nulle part cependant à cette prompte décadence; il n'y a, pour s'en rendre compte, qu'à comparer les bas-reliefs de Parc de Septime Sévère, d'une composition et d'une exécution déjà bien gros-

1. Voir Basiliques et Mosaïques Chrétiennes. — Italie, Sicile par Gustave Clausse, architecte. Paris, E. Leroux, 1893.

sière, avec ceux de l'arc de Constantin; une énorme différence les sépare, et, certes, elle n'est pas en faveur des derniers.

Constantin en établissant sa capitale sur les rives du Bosphore avait appelé en Orient tout ce qui restait à Rome d'artistes, d'artisans et d'habiles ouvriers. Aussi, pendant de longs siècles, les architectes, s'il est permis de donner ce titre aux constructeurs des nouvelles églises, ne songèrent-ils pour en décorer l'intérieur qu'à dépouiller les temples de leurs colonnes, de leurs frises, de leurs marbres précieux, quand toutefois on ne s'emparait pas du temple tout entier pour le livrer au nouveau culte. C'est ainsi que, dès les premières années de la Paix de l'Église, la basilique de Paul- Emile, les thermes et le mausolée d'Hadrien furent dévastés pour fournir des matériaux somptueux aux grandes créations constantiniennes.

La décadence inaugurée de la sorte se continua par les invasions. Malgré le protectorat temporaire établi par Théodoric sur les monuments romains, les désastres occasionnés par les incursions des peuples germaniques furent immenses. A Rome, les citoyens brisaient les marbres et les statues pour se défendre, et l'on en retrouve encore de nos jours de beaux débris dans les fossés de la ville et du château Saint-Ange. A la suite de la conquête, des pillages méthodiques furent institués par les vainqueurs. Une grande partie des monuments de Tarchitecture et de la sculpture fut alors anéantie,

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dispersée, et, au moment où le culte chrétien s'établissait en maître dans la ville éternelle, s'il rencontrait encore quelques souvenirs des splendeurs d'autrefois, il était par lui-même dans l'impossibilité absolue de rien édifier, de rien créer en fait d'art.

Pendant les premiers siècles du moyen âge, Rome, malgré la présence des papes, était restée républicaine. L'élection du pontife, faite par le clergé, devait toujours être ratifiée par le Sénat et par le peuple; de plus, l'intronisation d'un nouveau pape ne pouvait avoir lieu sans le consentement de l'empereur; Rome dépendait de Ryzance. Cette vassalité eut une énorme influence sur le développement des arts en Italie.

Sous l'autorité des exarques, le duché de Rome, comme on l'appelait alors, était gouverné par un officier nommé patrice, représentant la puissance impériale, détenant le pouvoir civil et survei^llant l'administration religieuse. Le pape loin d'être un souverain n'était qu'un évéque et en portait le titre; alors, l'ancienne capitale du monde, abandonnée par les empereurs, réduite au modeste rôle de ville de province, n'était plus qu'un foyer artistique de bien mince importance. Aussi, chaque fois qu'il était nécessaire de construire ou de réparer une église, de transformer ou d'approprier un temple aux usages et aux cérémonies du christianisme, à défaut d'artistes romains, devait-on s'adresser à des architectes ou des sculpteurs étrangers venus pour la plupart de Gonstantinople ou de Grèce. C'est

ainsi que depuis le vi' siècle jusqu'à la fin du vnf le style byzantin fut prépondérant à Rome.

Ravenne servit k introduire sur le sol de l'Italie les aspirations orientales, son triomphe fut complet mais de courte durée, une commune barbarie envahit bientôt toute la péninsule. Charlemagne, lui-même, après avoir réussi à provoquer au nord des Alpes une véritable renaissance, fut impuissant à ranimer d'une manière durable l'esprit artistique en Italie.

En dehors de quelques palais où décorateurs et sculpteurs avaient pu, en de rares occasions, exercer leur talent, les monuments religieux, basiliques ou églises, comportaient seuls la présence de certaines œuvres ayant un caractère artistique. Ces édifices, construits pour la plupart, au moyen de grandes murailles de briques supportant une couverture en charpente, étaient absolument dénudés à l'extérieur. A l'intérieur, les murs étaient soutenus par des colonnes provenant toujours, ainsi que leur chapiteau, de la dépouille de quelque temple antique, mais, en dehors de ces points d'a])pui, partie fondamentale de l'édifice, un ameublement tout nouveau, spécialement affecté aux besoins du culte et tirant son origine des canons de l'Église, se prétait aisément à quelques manifestations d'art. Ce mobilier comprenait : Vautel, toujours directement placé au-dessus du tombeau d'un saint ou d'un martyr, lorsqu'il n'était pas affecté lui-même à servir de sarcophage et à conserver des reliques ; le ciboriiun, s'éle-

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vant au-dessus de l'autel j)Our le protéger et en augmenter l'importance; le ou les amhons, servant aux lectures et aux prédications ; la cathedra, le siège de l'évêque ou du prêtre présidant la cérémonie; le chœur, avec ses balustrades et ses parapets ; quelques tombeaux isolés ; le baptistère, et enfin le pavement, revêtu d'une décoration toute spéciale.

A ces meubles principaux, il conviendrait d'ajouter les vases sacrés, les lampes, les étoffes et tous les autres objets alors en usage pour donner plus de majesté aux cérémonies religieuses. Mais les barbares, incapables d'apprécier la pureté des formes et la noblesse du style, n'attachaient d'importance qu'à la richesse de la matière première, le luxe leur tenait lieu de bon goût; aussi, toutes les chroniques de ces époques ont bien soin de nous entretenir, non pas de la forme, mais du poids des matériaux précieux employés dans l'exécution d'un vase ou d'une statue, et de noter l'or ou les pierres fines dont ils étaient décorés.

Nous bornerons donc notre examen au Mobilier presbiftéral, à ces édicules de marbre et de pierre, construits et généralement exécutés dans l'atelier d'un Maître marbrier, Magister Mai^moi^arius, nom sous lequel ces artisans devenus des artistes continueront à être désignés pendant tout le cours du moyen âge.

Aux temps apostoliques, l'autel chrétien était copié sur l'autel païen antique; il arrivait même très fré-

quemment que des autels consacrés aux divinités mythologiques étaient employés à accomplir le sacrifice eucharistique. Vne tradition rappelle que saint Pierre, sortant de Naples par la porte Nolana, trouva sur la route un autel dédié à Apollon et qu'il y célébra la messe. Généralement, les autels étaient en pierre ou en marbre; cependant, les premiers chrétiens se servaient aussi d'autels en bois faits au moyen de planches assemblées en forme de caisse et munies d'anneaux sur les cotés pour pouvoir les transporter, mais, de quelque vénération que Ton ait entouré ces meubles sacrés, la fragilité de leur construction a fait que bien peu d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous. Le plus célèbre, conservé à Saint-] ean-de-Latran, est en sapin jaune, incrusté dans son milieu d'une croix grecque; on en trouve un autre à l'église de Sainte-Pudentienne, qui, d'après la tradition, aurait servi à saint Pierre. Les mosaïques exécutées au \f siècle, à Ra venue et à Sainte- Marie-Majeure représentent des autels en bois du type que nous indiquons.

Les chrétiens réfugiés dans les catacombes ont toujours célébré le sacrifice divin sur des autels de pierre, quelquefois mobiles, mais généralement fixes. Ils employaient à cet usage les tombeaux des martyrs ; aussi, l'Eglise triomphante, voulant perpétuer ce pieux souvenir, prescrivait que tout autel devait, à défaut du corps d'un martyr, renfermer au moins quelque relique sacrée, ou bien être directement situé

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au-dessus de la sépulture d'un saint, emplacement ([ue Ton désignait sous le nom de Martyîmtm.

L'autel, au \f siècle, se composait invariablement d'une table de pierre ou de marbre portée sur des murs pleins ou sur de courtes colonnes laissant entre la table et le sol un espace vide; il pouvait être recouvert de riches étoffes ou de tapis.

L'Église chrétienne, après s'être emparée d'une grande partie des temples du paganisme, n'avait pas cru, dans bien des cas, devoir en briser le mobilier. Peut-être voulait-elle ainsi marquer son triomphe ; il est plus probable cependant que la pauvreté fut prescjue toujours la raison dominante de cette tolérance, mais, si quelquefois la dépense pouvait être faite, il ne se trouvait plus d'artistes capables de mener à bien des travaux de cette nature et de créer des types appropriés au culte nouveau.

Une quantité considérable d'objets divers furent donc à cette époque précieusement conservés; aussi, pendant plusieurs siècles, verrons-nous l'emploi des débris des marbres profanes entrer pour une part importante dans la construction des autels, des chaires et des ambons.

Il existe encore dans quelques rares églises de Rome des autels ayant appartenu à d'anciens temples païens : on peut citer la petite église de Saint-ïhéodore, près du Capitole, autrefois temple de Vesta, où l'on trouve un antique autel circulaire de marbre blanc, orné de

guirlandes sculptées; à Sainte-Marie in via Lata un cyppe antique de marbre blanc sert au divin sacrifice ; Saint-Michel du Vatican conserve un ancien autel de Cybèle, mère des dieux ; à Sainte-Marie in Ara cœli on officie encore sur l'autel du temple de Jupiter Gapitolin, et un autre autel, autrefois consacré au môme dieu, sert également à Sainte-Marie du Transtévère.

Les autels construits entre le vi" et le viif siècles présentent trois formes bien caractérisées: les cyppes dont on a retrouvé de nombreux modèles dans les catacombes, les tables portées sur des colonnes, et les coffres, sortes de sarcophages, formés de dalles de marbre ou de panneaux de bois recouverts de plaques métalliques plus ou moins enrichies de ciselures et de pierreries. Lorsque, vers la fin du vin' siècle les matériaux provenant des temples antiques commencèrent à faire défaut, surtout dans les provinces, ces formes varièrent sous l'influence des artistes byzantins, mais à Rome, où la mine était inépuisable, elles persistèrent encore longtemps.

Le Cihorium chrétien était un édicule composé d'une toiture portée sur des colonnes et recouvrant l'autel. Le mot cihorium \'\ç:\\i&v\ grec ziêcopiov (couverture). Cette coutume, d'accroître l'importance de l'autel principal au moyen d'une annexe formant abri, pouvait provenir du désir d'honorer particulièrement le saint patron auquel l'église était dédiée, ou du besoin de protéger

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la table sainte sur laquelle devait s'accoui])lir le sacrifice divin. Mais le cihorium rappelait surtout les anciens édicules élevés par les premiers chrétiens sur la tombe des martyrs, à l'imitation de ceux ([ue les juifs plaçaient sur les tombeaux isolés creusés en pleine campagne. La mosaïque absidale de Saint-Apollinaire Nuovo, à Ravenne, représente le Saint-Sépulcre sous une petite coupole portée par des colonnes.

Après la Paix de l'Église, le ciborium chrétien apparaît dans toute sa magnificence au-dessus de l'autel des grandes basiliques constantiniennes. Le Livre Pontifical rappelle avec tous les détails nécessaires celui de Saint-Jean-de-Latran : « Constantin « donna un fastigium d'argent repoussé qui avait sur (( la face le Sauveur assis sur une sella de cinq pieds (( de haut, pesant cent vingt-cin(j livres, les douze (( apôtres qui pesaient chacun quatre-vingt-dix livres « d'argent très pur et qui tenaient des couronnes. Sur « la face postérieure regardant l'abside, le Sauveur (( assis sur un trône d'argent très |)ur pesant cent « quarante livres, quatre anges d'argent de cinq pieds (( de haut et pesant chacun cent cinq livres, tenant des « hastes avec des croix et ayant dans les yeux des (( pierres d'Alabanda; un lustre d'or très pur pend « sous le fastigium orné de cinquante dauphins et <( pèse avec la chaîne vingt-cinq livres*. » Le mot

1. M. G. Uohaul de Fleury a donné une restitution de ce magnifique ciborium dans son livre: « La Messe «.

/«,sf/(//î(m généralement appliqué au faîtage d'une toiture est employé ici pour désigner l'ensemble de l'édifice.

Agnellus, en parlant de la vie de saint Victor (545), s'étend avec complaisance sur la richesse du grand ciborium qui accompagnait le maître-autel de la cathédrale de Ravenne.

On sait également que le ciborium de Saint-Pancrace fut élevé à Rome en 626, par le pape Honorius F', et celui de la chapelle Saint-Venance, au Baptistère de Saint-Jean, par Jean IV, en 640; tous deux sont décrits par Panvinius. Mais de ces œuvres du passé, et de beaucoup d'autres que nous pourrions citer grâce aux renseignements très précis fournis par le Liber Pontificalis, il ne reste que le souvenir.

Qu'ils fussent construits en bois, recouverts de plaques de métaux précieux, ou bien en pierre ou en marbre, les ciboria étaient toujours composés des mêmes éléments: une couverture, accusant tantôt la forme d'un toit à deux versants, ce sont les plus anciens types, tantôt celle d'un dôme hémisphérique ou d'un dais pyramidal, et quatre points d'appui fournis, la plupart du temps, par les colonnes de marbre des temples païens.

Le prêtre célébrait le divin sacrifice tourné vers l'orient, d'où vient toute lumière, en faisant face aux fidèles, mais, au moment de la consécration de l'hostie, des rideaux, gUssant sur des tringles placées entre les colonnes, masquaient, pendant un instant, l'autel et l'officiant.

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La cathedra, le siège épiscopal, occupait le fond de l'abside. Trône élevé de plusieurs marches, elle était destinée à l'évéque ou au chef du clergé; de là, il dominait le chœur et faisait entendre sa parole de toutes les parties de l'église. La cathedra chrétienne avait remplacé l'antique soliiim qu'occupaient les magistrats romains dans les absides de leurs basiliques; car la disposition adoptée pour recevoir l'appareil delà justice parut dès l'origine devoir convenir aux cérémonies religieuses. Au reste, l'honneur d'occuper dans les assemblées un siège isolé était un privilège apostolique, tous les apôtres et les premiers évoques ont eu leur chaire particulière ; quelques-unes d'entre elles ont été conservées avec une pieuse vénération. Ces sièges étaient généralement en bois munis d'anneaux. Le plus précieux spécimen de ce genre est la chaire de saint Pierre conservée dans la basilique du Vatican.

Les cathedra des nouvelles églises provenaient, non seulement des basiHques antiques, mais, pour s'en procurer, on mit à contribution les palais et les thermes de Rome, et Ton sait que ceux d'Antonin possédaient à eux seuls six cents sièges. On retrouve encore dans plusieurs églises quelques-unes de ces anciennes chaires romaines; parmi les plus remarquables, on peut citer celle de Sainte-Marie in Gosmedin ayant servi, dit-on, à saint Augustin, celle de Sainte-Marie au Transtevere, et quelques autres.

h'Ambon (du grec auiêocivG)^ je monte) estla tribune du haut de laquelle parlait l'orateur et d'où le diacre faisait à haute voix la lecture des écritures saintes et des lettres pastorales. C'était une coutume juive, remontant à une très haute antiquité, de placer le Livre de la loi sur un pupitre isolé pour le lire au peuple, et d'élever le lecteur sur une estrade afin qu'il put mieux se faire entendre; mais les Romains faisaient également un usage très fréquent de la tribune, et, c'est peut-être là, sans aller chercher plus loin, qu'il faut trouver l'origine des ambons. En tous cas, l'ambon chrétien, tel que nous le montrent encore de nombreux monuments bien conservés, n'apparaît guère avant le v' siècle. Il était alors isolé, placé généralement sur un des côtés de la nef centrale de l'église, ses marches tournées vers l'entrée et vers le chœur; souvent deux ambons se faisaient face l'un à l'autre. Dans les églises circulaires, un seul ambon occupait le milieu de la nef. La cuve de l'ambon, le corporale comme le nomment les Italiens, était ordinairement supportée par une maçonnerie pleine, mais reposait très souvent sur des colonnes ou des points d'appui isolés ; l'ambon de Saint-Apollinaire Nuovo à Ravenne, ainsi que ceux des cathédrales de Grado,de TorcelloetdeMurano, datent tous du v' siècle.

Le cierge pascal, institué par le pape Zozime en 417, était primitivement mobile et pouvait être transporté à différentes places de l'église. Les architectes du xif siècle

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le rattachèrent au chœur en le fixant sur un candélabre de marbre placé auprès de l'ambon, ou de celui des deux ambons servant à la lecture des Évangiles. Cet usage se généralisa au xni' siècle et le chandelier pascal devint la caractéristique du pupitre évangélique.

Le chancel est le mur d'appui qui sépare la nef d'avec le sanctuaire; ce nom lui vient du mot cancelli (balustrade). Les basiliques païennes avaient un chancel pour empêcher le peuple d'envahir le tribunal, et cet esi)rit de protection parut trouver une heureuse application dans la distribution des différentes parties de l'église chrétienne. Aux premiers siècles on élevait quelquefois autour des tombeaux isolés et des petites basiliques funéraires des balustrades pour indiquer un endroit vénéré et éviter les profanations.

Tels étaient les principaux éléments dont se composait le mobilier presbytéral d'une église ou d'une basilique au commencement du moyen âge. La construction de ces différents édicules nécessitait l'intervention d'architectes et de sculpteurs, et l'on peut encore retrouver à Rome ou dans les villes voisines quelques souvenirs des types créés par ces artistes, venus pour la plupart de Grèce, à la tin du v' et au commencement du vi' siècle.

Cependant, le rôle des architectes n'était pas toujours limité à l'exécution d'un beau meuble ou d'un aménagement intérieur; d'importants monuments furent

élevés à Rome sous leur direction. L'église de Saint- Étienne-le-Rond, San Stefano Rotomlo, construite sous le pontificat du pape Simplicius (468-482) est un des spécimens les plus remarquables de l'architecture primitive byzantine importée en Italie. On peut lire au Liber Pontificalis, dans la nomenclature des événements accomplis pendant le règne de ce pape: Hic dedicavit basilicam Sanctiim Stephamim in monte Coelio. Le monument laissé inachevé par Simplicius fut complété et terminé par les papes Jean T et Félix IV dans la première moitié du vf siècle. Cette église offre avec les basiUques latines une différence notable, non seulement par la disposition circulaire de son plan, mais surtout en ce que la retombée des arcades qui délimitent la galerie du pourtour ne repose plus directement sur les chapiteaux des colonnes ou sur un entablement complet, mais porte sur de hauts abaques surmontés de tailloirs comme à Saint-Vital de Ravenne, et c'est là une des caractéristiques les plus accentuées de l'architecture orientale et byzantine.

On pourrait encore citer l'église de Saint-Georges-en- Vélabre dont la fondation remonte à cette même époque, si la restauration entreprise un siècle plus tard par le pape Léon II (682-684) n'en avait altéré l'ordonnance. On y voit encore aujourdliui les arcades défectueuses et les lourds piliers par lesquels on avait remplacé les belles colonnes antiques qui en délimitaient primitivement les nefs.

ËPOQUR GRECQUK, DU VP AU VHP SIÈCLE

Quoi qu'il eu soit, ils sont en bien petit nombre et dispersés sur le sol de l'Italie entière, les grands édifices religieux construits au vf siècle par des architectes byzantins, et parvenus jus(ju'à nous dans un état de conservation tel que l'on puisse encore y puiser un enseignement. Aussi, est-ce au mobilier presbytéral et aux tombeaux que nous nous adresserons de préfé-

Chapiteau et colonne de Tancien ciborium de Téglise de Saint-Clément, à Rome. — vi" siècle.

rence pour recueillir des documents pouvant servir à tracer avec quelque certitude l'histoire des arts de la pierre et du marbre pendant les premiers siècles du moyen âge.

La basilique de Saint-Clément, élevée à Rome sur

la pente du mont Gœiius, va nous fournir un des plus beaux exemples qu'il soit possible de rencontrer de l'art si délicat et correct à la fois mis en prati(jue par les artistes grecs travaillant en Italie à cette époque.

Il est en usage aujourd'hui de n'autoriser l'accès de l'église souterraine, l'ancienne basilique du i\' siècle incendiée et détruite par les Normands en 1084, qu'une seule fois dans Tannée, le jour de la fête patronale du saint Martyr. Ayant eu l'heureuse chance de pouvoir profiter de cette liberté, j'aperçus, appliqués au mur postérieur de la grande nef, deux admirables colonnes de marbre blanc dont les fûts, complètement couverts d'une décoration de feuillage de lierre et de fleurs sculptés en bas-relief, s'adaptaient avec une parfaite exactitude à de ravissants chapiteaux sculptés à jour avec un art tout à fait remarquable. L'un de ces chapiteaux représente une corbeille en tresses de jonc surmontée de quatre colombes se présentant à mi-corps et tenant lieu de colicornes; l'autre est formé d'une raie-de-cœur à grande feuille avec une croix dans son milieu. Ces colonnes, ainsi que leurs chapiteaux, sont identiquement semblables à celles qui sont placées auprès du tombeau du cardinal Venerio de Recanati (tombeau de la lin du xv' siècle, le cardinal mourut en 1489), élevé dans une des nefs latérales de la basilique supérieure. Mal<T:ré le très vilain badiofeon dont ces dernières sont recouvertes, et qui enlève à la sculpture une partie de sa finesse, on retrouve absolument les mêmes cha-

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piteaux à feuilles ou à corbeille, les mêmes colonnes enlacées des gracieux contours d'un lierre au feuillage fleuri. Le doute n'est pas possible : les colonnes de la crypte et celles du tombeau ont la même origine,

Chapiteau et colonne de Tancien ciborium de Téglise de Saint-Cléiuent. à Rome. — vi* siècle.

toutes devaient faire partie du même monument, et, ces quatre points (Vappui isolés ne pouvaient convenir qu'aux supports d'un ciborium d'autel. Au reste, toute hésitation disparaît à la lecture d'une inscription en caractères romains gravée sur un bandeau de marbre

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placé au-dessus des colonnes de la crypte et j)rovenant évidemment de l'architrave du ciborium' :

ALTARE TIBI DEVS SALVO HORMIDA PAPA MERCVRIVS PRESBITER CVM SOCIIS OFFERT. Ilormidas étant pape, le prêtre Merciirius a coiisacj'é à Dieu cet autel;

ce qui nous reporte aux environs de Tannée 514, date de Télévation d'Hormidas au trône pontifical. Pour mieux encore affirmer sa paternité à l'endroit de la construction de cet autel, le ])rétre Mercurius a pris soin d'apposer son nom sur fini des chapiteaux qui porte, gravés sur une bande passant entre la croix et la raie-de-cœur, les mots :

M ERC V RI VS . PC . SCE . E . S . DmI ;

or ce Mercure, prêtre titulaire de la basilique de Saint- Clément, devint bientôt un des successeurs d'Hormidas et fut préconisé à la date du 22 juin 532 sous le nom de Jean II '.

1. Ce bandeau mesure 2"» 80 de longueur sur 0"^17 de liauteur. Après la déuiolition du ciborium il avait été employé à former le socle du chancel de la nouvelle basilique; il était situé à gauche, du côté de l'évangile auprès de la porte latérale du chœur.

2. On conserve à l'église de Saint-Pierre-aux-Liens l'inscription suivante :

Joannes cognomento Mercurius ex sanclœ Ecclesiœ Romanœ preshyleris ordinalus ex lilulo sancli Clemenlis ad gloriam promotiis anno Domini,

CGGGG. XXX. II.

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Il est aisé, grâce à ces beaux fragments, de reconstituer le cihorium du maître-autel de l'antique église : les quatre colonnes soutenaient une architrave sur laquelle une toiture à deux versants venait retomber, soit directement, soit en s'appuyant sur une rangée de courtes colonnettes, dispositions adoptées toutes deux dans les plus anciens ciboria construits par la primitive Église.

Cette œuvre remarquable atteste le plus pur style byzantin. Peut-être pourrait-on supposer que les colonnes sont romaines; les musées de Rome conservent en effet plusieurs spécimens de colonnes antiques sculptées en totalité ou en partie de fleurs et de feuillages dans la hauteur de leurs fûts, mais, l'uniformité d'allure des colonnes de Saint-Clément, l'exactitude avec laquelle colonnes et chapiteaux s'adaptent l'un à l'autre, leur parfaite uniformité de taille et de grosseur, la similitude du dessin et du profil des bases, ne peuvent laisser de doute sur leur origine commune. Elles sont bien sorties des mains d'un même maître, sculpteur et marbrier, et ont été destinées au même monument.

Le prêtre titulaire de Saint-Clément, devenu le pape Jean II, n'avait pas borné ses libéralités envers son ancienne église à l'érection d'un autel ; le complément du mobilier presbytéral fut également son œuvre. Chancel, chœur, ambons ont été construits, sinon sous sa direction immédiate, au moins sous sa haute inspi-

ration. On ])eiit encore se rendre un compte très exact du niérile artistique de cette œuvre. Beaucoup des panneaux ou dalles de marbre sculptées faisant actuellement partie du cbancel et de la clôture du chœur ainsi que plusieurs des petits piliers qui les séparent proviennent du mobilier de l'église souterraine, l'ancienne basilique. Quelques-uns de ces panneaux sont ornés de tresses de joncs formant une sorte de grillage à jour; sur d'autres, on voit des croix enfermées dans des encadrements carrés, ou bien des couronnes de feuillage contenant des monogrammes et liées à la partie inféiieure par des bandelettes flottantes terminées par une feuille de lierre semblable à celles des colonnes du ciboriuin et portant des croix élancées. Ce motif de décoration, très en usage en Orient au vi' siècle, a été fréquemment employé par les artistes grecs travaillant à cette même époque en Italie; on peut en retrouver des exemples k Pola, à Grado, à Ravenne, et, dans cette dernière ville on le voit identi(juement reproduit sur le beau sarcophage de Saint-Barbaziano conservé dans la cathédrale.

Le monogramme enfermé dans les couronnes de Saint-Clément avait toujours passé et passe encore, au dire de certains auteurs, pour être celui du pape Jean VIII régnant au ix' siècle, auquel on attribue une restauration partielle de la basilique.

Depuis les belles découvertes de M. de Rossi faites, en 1858, à la suite des fouilles qui ont déblayé com-

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plètement l'ancienne basili(jae et mis au jour les inscriptions et les très reniarquables morceaux de sculpture dont nous venons de ])arler, il ne nous paraît plus possible de commettre une semblable erreur.

Il est de toute évidence que le monogramme est bien celui du pape Jean II; par conséquent, l'œuvre très importante de la création d'un mobilier artistique complet, à l'église Saint-Clément, doit être fixée au \f siècle.

On voit encore à Rome, dans l'église de Sainte-Marie in Cosmedin (pielques chapiteaux datant de la construction primitive attribuée à Belisaire lors de son séjour à Rome en 536.

A l'église de Sainte-Praxède sur l'Esquilin, l'architrave de la porte d'entrée principale est ornée de rinceaux d'achante sauvage entremêlés de roses et de grenades, tels qu'on en trouve dans quelques églises de la Syrie centrale construites au vi' siècle; le rapprochement est facile à faire et l'on peut sans crainte attribuer la décoration de cette architrave à un artiste grec travaillant à cette même époque en Italie.

Ces quelques rares morceaux sont les seuls restes ou débris isolés que l'on puisse aujourd'hui retrouver à Rome de cet art byzantin du vi^ siècle, art délicat, original, savant et varié, maître de lui et complet dans toutes ses expressions.

On conserve encore dans une galerie contournant le chœur de la cathédrale de Ravenne les débris d'un

très beau monument de cette époque: ce sont deux grands segments de cylindre ayant formé primitivement le parapet d'un ambon curviligne. Chacun de ces morceaux est divisé en plusieurs petits panneaux carrés représentant des quadrupèdes, des oiseaux, des poissons ; aucune inscription ne vient apporter une date précise à l'exécution de cet ambon, mais la finesse des sujets, le caractère et le style général de la décoration nous engagent à accepter ro])inion de (juelques archéologues qui l'attribuent à l'êvêque Agnellus, 5()().

Nous nous ferions un scrupule de passer sous silence la belle cathedra d'ivoire conservée dans la sacristie de cette même cathédrale de Ravenne; ici le monogramme de révéque Maximianus nous reporte avec certitude aux années 54G à oôfi. C'est un siège de forme romaine, de dimension assez restreinte, à accotoirs et dossiers droits. Sur le devant, saint Jean-Baptiste et les quatre évangélistes sont debout sous cinq arcades ; sur le dossier et les faces latérales, des montants droits séparent des plaques carrées représentant des scènes de la vie de Jésus-Christ ou de celle de Joseph. Les bandes qui encadrent le devant du siège sont sans contredit la partie la plus fine et la mieux traitée de toute cette décoration: elles représentent des rameaux de vigne s'enroulant en d'élégantes arabesques autour d'oiseaux et de cerfs. La cathedra de Maximianus est un des plus rares exemples d'un véritable monument construit en

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ivoire et un des plus beaux types de l'art byzantin du vi" siècle \

L'influence exercée en lialie par les maîtres ou les disciples de cette école j)resque classi(jue fut de courte durée; dès le milieu du vn^ siècle commence la décadence. Nous avons constaté en étudiant les mosaïques cet apauvrissement de l'esprit artistique en général; nous pouvons maintenant en trouver une preuve nouvelle.

Les grands monuments nous font ici presque complètement défaut, on n'édifiait pas au cours de ces siècles troublés par les invasions et par l'établissement des barbares sur le sol de l'Italie; à peine élevait-on parfois quelques monastères et restaurait-on quelques anciennes églises. L'architecture était donc un art absolument délaissé. Les quelques murs de briques dont se composait un édifice, les quelques débris antiques dont on l'ornait ne peuvent passer pour une œuvre ayant un caractère artistique quelconque. En tous cas, ces constructions ont disparu pour la plupart. Aussi, est-ce au domaine de la sculpture et de la marbrerie que nous nous adresserons pour rechercher des témoignages et des spécimens de ce que l'art de cette époque, art bien peu relevé cependant, pouvait encore donner. Rome en est absolument dépourvue, et pour trouver quelques restes intéressants, datant des vn^ et vui^ siècles, devons-nous

1. (iette cathedra a été décrite en détail et reproduite dans Bayet, L'Art Byzantin, p. 93. Paris, Quantin.

parcourir les provinces, étendant plus particulièrement nos recherches dans celles qui avaient été soumises à la domination des Lombards, seul peuple parmi les barbares auquel tout sentiment du beau n'était pas étranger.

On conserve à l'église de la Miséricorde à Ancone une plaque demi-circulaire en marbre provenant du parapet de l'ancien ambon. L'ornementation en est assez simple: elle consiste en quatre carrés encadrés par des entrelacs ; chaque carré renferme trois compartiments divisés par des colonnettes cannelées en spirale, avec chapiteaux rudimentaires, supportant un fronton entre deux archivoltes ; dans chaque compartiment une plante émerge d'un vase. L'idée générale de cette décoration se trouve souvent reproduite sur des sarcophages ou des plaques de parapet de la même époque. Le motif du fronton entre deux arcades se rencontre même sur des monuments beaucoup plus anciens, tels que l'un des sarcophages conservés à Ravenne au mausolée de Placidie et un autre placé dans le bas-côté de la basihque de Saint-Apollinaire in Classe.

Malgré l'imperfection et la naïveté de la sculpture de notre parapet d'ambon, ce fragment n'en offre pas moins un intérêt très particuher, grâce à l'inscription dont il est revêtu. Elle est ainsi conçue :

Epoque (îrecque, du vi^ au yiip siëcle 27

TEMPORIBVS PAPAE SERGII CHRISTI FAMVLVS ANDREAS FECIT FVERAT EX VETVSTV

LAPIS SET NVNC RVTILAT SPLENDENS.

Aux temps du pape Sergius, Andréas, serviteui'du Christ, fit ce monument, il mit en œuvre d'anciens matériaux, mais maintenant il brille de toute sa plendeur.

Cette inscription donne une date certaine puisque le pape Sergius F' gouvernait l'Église entre les années 687 et 701, et que le style de cet ambon ne permet pas de confondre le Sei^gius dont il est ici (juestion avec Sergius II ayant régné en 844 et encoi^e moins avec les deux autres papes du même nom vivant au x' et au xi' siècles. Elle révèle en outre l'existence d'un marbrier sculpteur nommé Andréas, probablement grec ou d'origine grecque, qui, faisant revivi^e une ancienne coutume tombée depuis longtemps en désuétude, avait signé son œuvre.

Cet acte d'autorité, qu'il nous est permis de constater pourlapremièi^e fois, est pour nous un fait remarquable. Nous allons rencontrer maintenant quelques-unes de ces signatures ; bien que très rares au début du moyen âge, plus fréquentes par la suite, nous pourrons, grâce à elles, établir une classification à peu près chronologique et parcourir l'histoii^e de l'ai^t de ces temps obscurs en jalonnant notre route de documents précis.

Pour reti^ouver un de ces maîtres inconnus jusqu'ici, nous gravirons les pentes riantes mais un peu escarpées

LES MAUBHIKUS UOMAINS

sur lesquelles s'appuie le village de Valpolicella dans les

environs de Vérone,

et nous pénétrerons dans la vieille église dédiée à saint Geor-

C'est une très curieuse petite basilique à trois nefs, présentant tout d'abord, dans sa construction, une particularité intéressante à signaler.

Du coté du chœur, elle est terminée par trois absides, mais la porte d'entrée, située dans l'axe de la nef principale, se trouve percée au fond d'une autre abside tournée en sens contraire et faisant lace aux précédentes. Un examen attentif du monument peut donner l'explication de cette étrange disposition. On remarque, en effet,

Demi -archivolte et co- i ^ - ' i i ' a ' i 4. • v

lonue de Taneien cibo- q^l^, (lU COtc dC 1 CntreC, JCS trOlS UCtS riuiu de l'église de Saint- , / / i 1 i -i-

Georges, à Valpolicella. sout scparccs par dc lourds piliers

— vil'' siècle. ' i T 1 1 i.' 1

carres, tandis que dans la partie du chœur, surélevée d'une marche, elles sont limitées par des colonnes; de plus, le genre d'appareil grossier de l'abside d'entrée indique une construction beaucoup plus ancienne que celle des autres parties de l'édilice.

ÉPOQUE OIIECQUE, DU VP AU VllI^ SIÈCLE

11 est donc évident que la basili(|ue de Saint-Georges est formée de la juxtaposition de deux églises, dont Tune, orientée suivant la liturgie des premiers siècles du christianisme, doit remon ter bien au delà du vni^ siècle, tandis que Tautre, la partie des colonnes et des trois absides, genre de disposition qui n'apparaît guère en Italie avant le ix^ siècle, a dû être construite beaucoup plus tard.

A l'intérieur de ce curieux monument, on trouve deux colonnettes de marbre avec leur chapiteau, ainsi que trois riches archivoltes surmontées de leur couronnement. Ces fragments, comme il est facile de s'en rendre compte, faisaient partie d'un ciborium auquel il manquerait, ])Our le compléter, une archivolte et deux autres colonnettes. L'archivolte a disparu, mais les colonnettes existent; elles ont été transportées au musée lapidaire de Vérone, et doivent probablement leur conservation aux inscriptions qui sont gravées en caractères assez barbares sur leur partie convexe. Onlit sur la première:

Autre (lenii-archivolte du ciborium de Valpolicella. — VII" siècle.

IN N . DONI lESV XRISTI DE DONIS SANCTI IVANNESBAPTESTEEDIFICATVSESTHANCCIVO- RIVS SVB TEMPOREDOMNO NOSTRO LIOPRANDO REGE ET VB (vcucrahilcj PATERNO DOMNICO EPESCOPO ET COSTODES EIVS VN fvmerabUcsJ VIDALIANO ET TANCOL PESBITERIS ET REFOL GASTALDIO GONDELME INDIGNVS DIAGONVS SCRIPSI.

Et sur la seconde :

VRSVS MAGISTER CVM DISCEPOLIS SVIS IV- VENTINO ET IVVIANO EDIFICAVET HANC CIVO- RIUM VERGONDVS TEODAL FOSCARI.

Ces précieuses inscriptions indicjuent que le monument fut élevé sous le règne du roi Luitprand, Dominique étant évéque; or, l'évêque Dominique mourut Tannée même de l'élévation au trône de Luitprand, 712; la date fournie par l'inscription est donc absolument précise. L'auteur du ciborium est un sculpteur nommé Ursus, travaillant avec ses disciples Juventinus et Juvianus; signature valant un véritable certificat d'origine.

Cet élégant édicule, dont les colonnettes avec leurs chapiteaux ne mesurent pas plus d'un mètre de hauteur, l'ouverture des archivoltes une dimension encore moindre, est trop petit pour pouvoir recouvrir un autel tout entier, et devait reposer sur la table sainte afin d'en protéger la partie la plus sacrée. Ce

ÉPOQUE (iRECQUK, DU VP AU VIIl'^ SIÈCLE 31

genre de ciborium était criiii usage assez fréquent, on en voit des exemples représentés dans la mosaïque absidale de Saint-Ambroise à Milan et dans celles de Saint-Marc à Venise. La partie sculpturale, bien traitée et d'une facture encore assez nerveuse, est cependant d'un dessin un peu monotone ; des tiges d'osier entrelacées en forment la principale ornementation.

On trouve dans la même église un ambon fort simple dont le parapet convexe comporte une décoration analogue : il est formé de quatre panneaux carrés ornés de baguettes entrelacées exactement du même style que celles du ciborium. On peut donc supposer, sans chance de grande erreur, qu'ambon et ciborium datent de la même époque, et que maître Ursus en est l'auteur commun.

Pour voir apparaître à nouveau le nom du marbrier Ursus, il nous faut passer de la marche Trévisane au duché de Spolète, dépendance du royaume des Lombards. L'antique abbaye de Ferentillo, construite au commencement du vni" siècle par le duc Feroald II, auprès de Terni, sur remplacement d'une grotte où avaient vécu deux pieux solitaires, Lazare et Jean, servit de retraite à son fondateur lorsque celui-ci fut chassé du trône en 721. C'est une égUse de forme basilicale avec abside, ayant subi depuis sa fondation bien des modifications et aujourd'hui abandonnée; mais, les derniers restaurateurs ont pris soin d'enclaver dans l'autel trois plaques de marbre en assez mauvais état, ornées d'incrusta-

lions en graphite, ayant appartenu à l'autel primitif. On distingue encore parfaitement la décoration exécutée au trait et gravée dans le marbre à une profondeur de sept à huit millimètres. La face principale est ornée de trois croix de consécration, inscrites dans des disques ; entre ces croix, se tiennent deux personnages debout, les bras étendus dans la position des orantes, yétus d'une simple tunique ; un calice entre deux colombes est gravé au-dessus de l'un deux, près de l'autre sont écrits les mots : VRSVS . M . Sur une autre plaque portant le pilastre d'angle latéral, on lit: VRSVS MAGIS- TER FECIT. Enfin, la partie haute du devant d'autel est occupée par une longue inscription idiquant le nom du donateur: HILDERICVS DALCILEOPA., personnage dont Paul Diacre fait mention dans sa chronique, et auquel le roi lombard Hildebrand remit le duché de Spolète en 739.

Ursus était donc un maître véritable, ayant formé une école et travaillant avec ses élèves. Qu'il soit grec ou romain, cela a peu d'importance, son style est absolument grec, et, dans ses inscriptions, il employait une partie des lettres de l'alphabet grec ; nous admettrons donc ([u'Ursus était de nationalité byzantine. En tous cas, cet artiste jouissait d'une haute réputation à la cour lombarde, le roi et les grands feudataires s'adressaient à lui lorsqu'ils avaient à faire exécuter quelque ouvrage important. Ses œuvres ont du être nombreuses ; bien que détruites ou dispersées pour la plupart, ce qui

ËPOQUE OUECOl'H, DU Yb AU VIIU SIÈCLE 33

nous en reste peut néanmoins donner une idée de leur valeur. Il est certain toutefois que malgré leurs imperfections elles étaient fort estimées, et l'auteur lui-même leur reconnaissait une réelle importance, puisqu'il tenait à honneur de leur faire porter sa signature.

Certes Ursus n'était pas le seul sculpteur auquel les Lombards, maîtres de l'Italie presque entière, pouvaient avoir recours. Dans une inscription gravée sur l'archivolte d'un ciborium conservée à l'église de Bagnacavallo, près de Ravenne, on lit le nom d'un prêtre Jean, travaillant sous Tépiscopat de Dieudonné, DEODONA- TVS, évêque de Ravenne au vni' siècle.

Jean était un artiste, ce qui reste de la décoration de cette archivolte, animaux chimériques enlacés dans des rinceaux, le prouve suffisamment; le dessin est largement traité, le coup de ciseau vigoureux et l'ensemble dénote un style encore absolument byzantin.

D'autres œuvres, complètes ou mutilées, datant d'une façon certaine de la première moitié du vni" siècle, sont bien parvenues jusqu'à nous, mais en dehors d'Ursus et de Jean, elles ne nous font découvrir aucune autre personnalité artistique. Cette lacune est d'autant plus regrettable que les monuments sont d'une importance presque capitale.

Il en est ainsi du beau baptistère de l'éghse de Cividale en Frioul, le monument le plus parfait peut-être que nous ait laissé le vui' siècle.

En Tannée 737, Calliste, patriarche d'Aquilée, transporta son siège apostolique de Gormon où il résidait à Gividale, séjour ordinaire du duc lombard de Frioul. A cette occasion, réglise fut embellie et l'on construisit de nouveaux fonts baptismaux. Ce joli monument se compose d'une cuve de marbre entourée d'un parapet octogonal sur lequel portent huit colonnes réunies par des arcades; la corniche est ici remplacée par un bandeau plat où se trouve gravée l'inscription indiquant l'origine du baptistère, au-dessus il n'y a pas de couverture. Les panneaux du parapet, ainsi que les archivoltes des arcades, sont ornés de sculptures du plus pur style grec de l'époque ; elles représentent des symboles chrétiens : colombes, paons affrontés, cerfs se désaltérant à la fontaine, tels que nous les avons rencontrés dans les mosaïques contemporaines.

Gividale est riche en œuvres grecques du viii' siècle, mais toutes sont anonymes. Parmi les plus remarquables, on peut encore citer, à l'église Saint-Martin, un autel de marbre couvert sur trois faces de grossières sculptures représentant des personnages; sur la quatrième, une inscription rap])orte qu'il fut élevé par ordre du roi Ratchis (744-749), fds de Pénone, duc de Frioul.

Le musée lapidaire de Pérouse conserve un important édicule datant de la même époque, dont la valeur est au moins égale à celle du baptistère de Gividale. G est un autel complet accompagné de son ciborium, provenant de la vieille église de Saint-Prospert, les quatre colonnes

Baptistère de Téglise de Cividalc en Frioul. — vin'= siècle.

ÉPOQUE r.RECQUE, DU Vl" AU \ 1 1 U SIÈCLE 37

sup|)ortent quatre archivoltes couvertes d'ornements, d'oiseaux, de paons, et surmontées d'une toiture pyramidale terminée par un riche fleuron.

En parcourant les villes du nord de l'Italie, {)lus spécialement soumises à la domination lombarde, on retrouve encore (juelques morceaux anonymes de sculpture grec(jue du vnU siècle. A Ferrare, dans la cour de l'Université on voit deux plaques de parapet en marbre, provenant de l'église de Vogenza; le nom d'un évéque Georges s'y trouve gravé. A Modène, dans une cour située près de la cathédrale, on a réuni des restes importants d'ambons et de balustrades ; à Bologne, place Saint-Dominique, un arc de ciborium est appliqué audessus de la tombe des Foscari ; à Breschia, au musée chrétien, situé dans les dépendances de l'église du Saint- Sauveur, qui elle-même faisait partie d'un ancien monastère fondé sous le règne d'Astolphe, en 753, on voit une belle rampe d'ambon ornée d'un paon superbe d'allure, entouré d'élégants rinceaux ; véritable chefd'œuvre de sculpture byzantine.

Cette courte énumération fait à peu près connaître tout ce qui, en Italie, peut se rapporter au vni' siècle. Souvenirs d'un art plein de vigueur quoique d'une uniformité presque constante, ces débris, ou ces monuments, se rencontrent presque toujours dans les villes de second ordre; les grandes cités éprouvées par de fréquentes révolutions ont vu peu à peu disparaître tout ce qui se rapportait à ces époques lointaines.

LES MAUHRIERS ROMAINS

Les artistes grecs, chassés de leur patrie par les guerres et les persécutions, étaient accourus se placer sous la protection des Londjards. Ils se répandirent bientôt un ])eu partout, même en France, s'employant à exécuter tout ce qui pouvait contribuer à Tornementation des églises, les orfèvres fabriquaient les vases sacrés, les fondeurs coulaient les portes de bronze, les architectes et les sculpteurs construisaient des portiques, érigeaient des ciboires, des autels, des ambons, ornaient les parapets et les chancels, les vasques et les sarcophages. A eux tous, ils ont formé une grande école, leur style s'est implanté en Italie, et telle a été leur influence, qu'elle s'est encore fait sentir longtemps après la retraite de leurs protecteurs.

Rome, toute dépourvue qu'elle est d'œuvres artisti({ues de cette époque, n^en fut pas moins alors témoin de la sollicitude des papes pour la conservation et l'embellissement de ses monuments; Grégoire III (741) puisait au trésor de l'Éghse pour relever les murailles d'Aurélien, fondait des basiliques et des couvents, enrichissait Saint-Pierre. L'exar(|ue Eutichius lui ayant envoyé six colonnes torses d'albâtre semblables à celles que possédait déjà la basilique vaticane, il les disposa au-devant de la confession, trois à droite, trois à gauche, et les surmonta d'un entablement recouvert d'argent sûr lequel étaient placés des candélabres de même métal. Ce pape construisit également à l'extrémité gauche de

ÉPOQUE r.IîKCQUE, I)i: Vr AU VIII- SIÈCLE 30

la grande nef un oratoire extrêmement riche destiné à recevoir une grande (juantité de saintes reliques. Zacharie (752) restaurait le palais du Latran abandonné par Jean VII, élevait en avant de la fiiçade un porti([ue et une tour et faisait disposer à l'intérieur un vaste //'/clinium. L'Église de Rome était alors gouvernée par la succession des pontifes que l'histoire a désignés sous le nom de papes grecs. Élus sous Tintluence des exarques, ils étaient placés sous la haute protection de Byzance ; il n'est donc pas étonnant (jue les artistes de cette nation aient trouvé à s'employer sous leur règne. Mais, de tous ces travaux, il ne reste plus trace ; ces belles choses ne sont plus qu'un souvenir.

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