ANNO. DOMINI . M . CC . LXXX VI 1 1 .MENSE. APRILI . DIE. VIII
et de l'autre:
DOMINVS . lACOBVS . DE . COLVMPNA . GARD, sec . M . IN . VIA . LATA . PRO . ANIMA . COMITIS, FECIT . FIERI . HANC . CAPELLAM . CVM . ALTRI. ET . OMNIBVS'.
1. Jacques Colonna, fils (TOdon (ioloiina, avait été créé cardinal du titre de S. M. in via Lata le 4 des ides de mars 1278 par Nicolas 111 qui montra en maintes circonstances une affection toute particulière envers les membres de cette famille. Pierre Colonna, neveu de Jacques, fui élevé au cardinalat en 1288 par Nicolas l\', Jacques mourut le 14 août, l.'ilS et fut inhumé dans le chœur de la basilique de Sainte-Marie-Majeure dont il était archiprétre. Il est assez curieux de constater que l'autel dédié à sainte Madeleine, érigé sans doute, comme témoignage de reconnaissance pour les nombreux bienfaits répandus à cette époque sur toute la famille, ne fut consacré que sous le pontificat de Boniface VlU. l'ennemi des Colonna, celui qui, par une bulle en date du 10 mai 1296, les avait privés de tous leurs titres et les avait exilés de Rome. Ciacconio rapporte en effet qu'il existait avant l'incendie de la basilique une table de marbre scellée non loin du monument dont nous nous occupons, sur laquelle était gravée l'inscription suivante :
IN XOMIXEDOM. AMKX. Anna Domini M CCLWWWl mrnsc... couserraluni fuit AUare capiluli ad honorent, Dei et Divœ Mariœ Magdalenœ de
LES COSMATI (XIP ET XII^ SIECLES)
Il n'y a donc pas à s'y tromper, l'édicule que Jacrpies Golonna tient à la main représente l'ensemble de l'autel complet, tel qu'il avait été conçu et exécuté par Deodat, et nous montre qu'il était surmonté d'un tabernacle dont faisaient partie les trois panneaux sculi)tés sur fond de mosaïque. Les mots fecit liane capellam cum altri et omnibus, enlèvent à cet égard tous les doutes.
Basilique de Saint-Jeaii-de-Latran. — Panneau central du tabernacle de 1 autel de Sainte-Madeleine. Rome. — xiii" siècle.
Ainsi l'œuvre de Deodat ne fut pas restreinte au seul ciboriuni, il avait également exécuté l'autel et le tabernacle ; le monument dans son ensemble avait été créé
mandalo D. Bonifacii papœ octavi per D. Gcrardum de Parma Episcopum Sabinum in quo Allari recondidit corpus ipsum Sanclœ sine capite et brac/tio et reliquias mullorum aliorum Sanctorum.
par lui, et, ])Our en témoigner, il avait placé sa signature à l'endroit le plus apparent, sur la face principale du ciborium.
Nous ne quitterons pas les galeries du Latran sans remarquer un autre autel, dont Tauteur ne s'est pas fait connaître, mais (jue l'on peut regarder comme un des spécimens les plus élégants de l'art des Gosmati. Sur la façade principale, dans un encadrement de mosaïque, un petit ordre, composé de deux colonnettes cannelées en spirale et de deux pilastres, ])orte deux arcs et un fronton surmonté d'une croix en mosaïque. Ce travail, du à un liahile marbrier, provient sans doute de quelque cha})elle démolie, ayant fait partie de l'ancienne basilique.
Eniin, à la suite de cette nomenclature des ouvrages encore existant, exécutés par les Cosmati, nous signalerons un monument disparu, dont Deodat aurait été l'auteur. Dans le mur d'une chapelle particulière construite en 1G85 par la famille des Gapizucci dans l'église de Sainte-Marie in Gosmedin, on a encastré une pierre ayant fait partie d'un ancien tabernacle destiné à renfermer de saintes reliques; sur cette pierre sont gravés les mots :
HOC . OPVS . FECIT . MAG^. DEODATUS ;
mais nul autre indice, nul document ne nous permet de reconstituer ce tabernacle et d'en indiquer la forme.
LES GOSMATI (XIP ET XIIP SIÈCLES) 413
Telle a été l'œuvre de celle graiule famille des Cosmati, ou du moins, tel est, à bien ])eu de chose près, tout ce qu'il est possible d'en découvrir. De ra|)])arition du premier d'entre eux à la disparition du dernier, il s'est écoulé plus de cent cinquante années. Bien que les conditions au milieu desquelles ces artistes ont vécu se soient, pendant ce long espace de temps, singulièrement modifiées, ils n'en ont pas moins exercé le même art avec une étonnante persévérance, le perfectionnant peu à peu en prenant toujours pour modèles et pour bases de leurs études les monuments antiques dont Rome était encore si largement pourvue. Si, comme ils aimaient à le rappeler avec quelque fièreté, ces Gosmati, architectes, sculpteurs et marbriers, pouvaient porter le titre de citoyens romains, ils étaient surtout romains par leurs tendances et par le caractère qu'ils surent imprimer aux ouvrages sortis de leurs mains.
Vers la fin du xnf siècle, les deux derniers membres de la famille subissent l'influence irrésistible de Pise et de la Toscane, représentée à Rome par leurs plus brillants génies. Les formes gothiques qu'emprunte alors l'architecture, jointes au naluraUsme de la sculpture, amènent Jean et Deodat à créer des monuments d'allure indécise, d'apparence bizarre ; c'est un style nouveau qu'ils mettent en pratique , entraînés par l'engouement général ; cela constitue, dans l'œuvre générale des Gosmati, une seconde manière. Féconde pendant quelques années, cette poussée éphémère est bientôt épuisée et ne peut
plus produire, mais les nombreux monuments qu'elle nous a laissés attestent son originalité et la vitalité dont elle avait éié douée pendant cette courte période.
Avec le xiv' siècle, Rome abandonnée des papes semble également délaissée de l'art. Les Gosmati disparaissent, et les Florentins, venus pour créer des chefs-d'œuvre, sont rappelés dans leur patrie. Seul, Pietro Gavallini, l'élève de Giotto, illustre pendant quelque temps cette époque ; mais Gavallini est une exception, et, tout romain qu'il est de naissance, encore a-t-il des attaches artistiques toscanes. L'art s'est définitivement retiré de Rome; Florence est devenue sa véritable capitale, le centre d'où tout émane, où tout revient, où se forment les maîtres et où travaillent les élèves : foyer intense qui échauffe le génie et va donner naissance aux précurseurs de la Renaissance.
L'art pratiqué pendant si longtemps par les marbriers romains du moyen âge avait néanmoins jeté autour de lui de fortes racines, et, de loin en loin, quelques rares rejetons en sont sortis. Nous pouvons signaler, à Sainte- Marie-Majeure, un autel de marbre sculpté, avec incrustations en mosaïques, consacré en 1340 sous le pontificat du pape Benoît XII, qui, malgré son éloignement de Rome, se montra toujours plein de soUicitude pour ses monuments et ses éghses. A Sainte-Marie duTranstevère le mausolée du cardinal Philippe d'Alençon, mort en 1397, peut encore être, par certains côtés, rapproché
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des œuvres des nmrbriei's du xni siècle. Mais il est sui*prenant de voir, plus d'un siècle après Tépoque dont nous parlons, un artiste, d'un mérite relativement grand, s'inspirer encore aux sources de cet art oublié.
Il existe à Sainte-Marie du Transtevère, un monument funéraire que l'on pourrait croire sorti des mains d'un des marbriers du moyen âge, tandis qu'il a pour auteur le scul])(eur Paulus, désigné par Vasari sous le nom de Paolo Romano, et vivant à Rome sous le règne de Pie II, Eneas Sylvius Piccolomini, pape de 1455 à 1404. Ce tombeau, dans lequel repose le cardinal Stefaneschi, mort en 1417, est placé au fond de la partie gauche du transept de l'église. La statue du cardinal est couchée sur un sarcophage encastré dans le mur et soutenu par quatre consoles; la façade, ornée au centre d'une grande inscription, porte aux extrémités deux écussons en mosaïque compris entre de petits pilastres; un entablement, également encastré et soutenu en avant par deux couries colonnes appuyées sur le sarcophage, protège la statue.
Cette similitude, ces souvenirs du moyen âge apparaissant à nouveau dans la forme générale de quelques rares ouvrages exécutés au xiv' ou au xv' siècle, bien qu'intéressants à signaler, ne sont cependant qu'un fait isolé ne comportant ni succession ni tradition ; c'est un lointain reflet, toujours plus effacé, d'un art disparu.
En toute vérité, l'art romain ou, du moins, l'art mis
en prali([ue par les différentes écoles de nuirbriei's romains, ayant cessé d'être encouragé après la translation du siège pontifical à Avignon, non seulement ne participe plus aux progrès de son temps, mais meurt tout d'un coup et s'éteint complètement. Rome pouvait encore décerner aux poètes les lauriers du Gapitole ; mais, livrée à la révolte, au gouvernement des factieux, au brigandage des barons qui la saccageaient, l'éternelle Cité était devenue incapable de faire jaillir de son sein une flamme quelconque de vie artistique. La papauté absente, les maisons s'ébranlent et tombent en ruine, les rues sont dépavées ; au Gapitole et au forum paissent les vaches et les chèvres, les places sont transformées en marais ; la désolation triste et morne qui s'abat sur la Ville traduit fidèlement l'histoire de ce temps. Et comme pour marquer par un signe de mort cette période de malédiction et d'impuissance, l'année même du départ de Clément V (1308), un effroyable incendie consuma la basiUque du Latran, présage, pour les Romains, des calamités qui allaient fondre sur eux pendant l'exil des papes.
Tympan. — Cloitre de Saint-Jean-de-Latran. — xiii'' siècle.