PRÉFACE
Nous abordons un sujet gros de controverses, sujet ardu et compliqué, qui a soulevé d’ardentes discussions, depuis que la science s’en est emparé pour en faire une des questions les plus délicates et les plus intéressantes de hygiène sociale : nous voulons parler de la consanguinilé. Eu égard à la difficulté du sujet, mais aussi à son importance, nous prions nos juges de vouloir bien nous accorder toute leur bienveillance, nous tàcherons de nous en rendre digne. ; Depuis plusieurs années, la question des mariages consanquins est à l’ordre du jour, sans que l’on soit parvenu, ni dans le public, ni dans la science, à se mettre d'accord au sujet de leur nocuité ou de leur innocuité. Et aujourd'hui encore, nous ne prétendons pas trancher la question : notre expérience est trop jeune. Mais nous voulons exposer à nouveau et discuter les différentes opinions, émises sur ces sortes d’unions ; nous voulons montrer combien elles se contredisent l’une l’autre, et combien. aussi elles sont en désaccord avec les faits généralement
Sos
observés. Et alors, nous appuyant sur les nombreux travaux parus et sur plusieurs observations que nous avons recueillies nous-même, nous nous permettrons de donner notre avis, et d'indiquer la ligne de conduite qui nous päraît bonne à suivre par le médecin consulté pour un mariage entre proches.
Mais nous croyons que pour mener à bonne fin cette étude si complexe et si intéressante, il faut, tout en s’occupant de la question à un point de vue général, faire porter plus particulièrement ses recherches sur une région assez limitée de territoire. Nous estimons que la connaissance du pays, de sa nature, de ses habitudes, de ses familles, peut seule amener à des conclusions nettes et positives. L'influence de la consanguinité est une de ces questions qui ne peuvent être résolues qu’en faisant et accumulant des enquêtes restreintes ; et ces enquêtes prendront de la valeur en devenant plus nombreuses et en s’additionnant les unes aux autres, confirmant ainsi l’adage : L'union fait la force. C’est pourquoi, tout en rapportant plusieurs observations recueillies autour de nous et dons certains hôpitaux, la Salpêtrière en particulier, nous avons établi notre travail sur ce que nous avons vu dans une contrée où les mariages consanguins sont assez fréquents, le Nivernais, et sur les avis etrenseignements qui nous ont été obligemment donnés par des médecins qui exercent depuis longtemps déjà dans cette région.
Nous venons de dire que cette étude était pleine d'’intérêt. En effet, l'intérêt ne porte pas seulement sur ce point, à savoir que la question des mariages consanguins n'est pas encore définitivement élucidée et que par suite il reste
ee encore à glaner dans ce champ incomplètement connu :; mais la question touche aussi à un point plus élevé qui est la conservation de la société. Car il importe au plus haut point de savoir si oui ou non il existe dans la science une doctrine à laquelle on puisse rattacher une probabilité de dangers de la part de la consanguinité pure et simple. Si cela était, ce serait une mesure de haute prévoyance sociale que la prohibition des mariages à certains degrés de parenté.
Mais avant de commencer notre travail qu'il nous soit permis d’adresser ici l'expression de notre respectueuse reconnaissance à M.Ie professeur Brouardel, doyen de la Faculté de médecine de Paris, qui nous a faitle grand honneur d'accepter la présidence de notre thèse.
Qu'il nous soit permis aussi d'adresser un pieux hommage à la mémoire de notre premier maitre, M. le professeur Le Fort, près de qui nous avons eu l'avantage de commencer nos études chirurgicales, à lhôpital de la Pitié.
Nous sommes heureux aussi de remercier M. le D’ Lejars, professeur agrégé à la Faculté, chirurgien des: hôpitaux, M. le D" Potherat, chirurgien des hôpitaux, M. le D' Gouraud, médecin de la Charité, près desquels nous avons accompli notre stage hospitalier.
Qu'il nous soit permis en outre de présenter toute notre gratitude et notre reconnaissance à MM. les médecins et chirurgiens de l'hôpital civil de Versailles, où nous avons pu pendant nos deux année d’internat nous initier à la pratique médicale. Nous tenons particulièrement à remercier MM. les D's Laurent et Vilon de la sympathie et de l'appui qu’ils n’ont cessé de nous prodiguer dans le cours de nos.
études médicales.
https://archive.org/details/IA41556005 0076
Définitions et Statistique générale et locale
Détermimons bien tout d’abord ce qu’on entend et ce que nous nous nous proposons d'étudier sous ces termes : consanguinité, unions et mariages consanquins.
La consanquinité est l’état de proche parenté existant entre tous les individus nés d’un même sang ; et la consanguinité est d’autant plus forte que chacun des parents se rapproche davantage de l’auteur commun, qui est l’origine de la souche à laquelle ils appartiennent tous.
Et alors, au point de vue physiologique de la reproduction de l'espèce, nous appellerons unions consangiines les unions entre père et fille, grand-père et petite-fille ou arrière petite-fille, entre fils et mère, petit-fils et grandmère, frère et sœur, cousin et cousine, oncle et nièce ou neveu et tante.
Les lois humaines prohibent et fiétrissent du nom d’incestueuses les unions qui pourraient avoir lieu entre les parents et leurs enfants, et les enfants issus des mêmes parents ; elles n’autorisent que les mariages entre collatéraux, et à partir d’un certain degré seulement. En effet, si nous consultons le Code Civil, nous voyons, pour la ligne collatérale, que deux frères sont au deuxième degré, loncle et le neveu au troisième degré, les cousins germains au
quatrième degré, etc... Or nous venons de dire que l'union Perrin. 2
du frère et de la sœur est un inceste. Le Code. qui ne s'oppose pas aux mariages entre cousins germains, n'interdit donc qu'un seul mariage consanguin, l'union au troisième degré. En effet, l'oncle et Ja nièce, la tante et le neveu qui veulent s’unir doivent demander une dispense qui est presque toujours accordée, à moins que des motifs sérieux, tels qu’une trop grande disproportion d’âge, ne s’y opposent. Notons en passant, ce qui prouve que les législateurs ont eu plus:en vue la morale que l'influence nocive de la consanguinité, que le Code interdit aussi les mariages entre beaux-frères et belles-sœurs, qui cependant ne sont nullement consanguins.
Dans le droit canonique, on ne compte pas les degrés: de parenté collatérale comme dans le Code Civil. Au lieu de réunir les deux distances qui existent, d’une part, entre un collatéral et l’auteur commun, puis d’autre part, entre cet auteur et l’autre collatéral, on indique la distance de l’auteur aux collatéraux ses descendants : ainsi, les. frère sont au premier degré, l'oncle et le neveu au premier et au second, les cousins germains au second tous deux. L'Eglise, plus sévère, interdit les mariages entre le premier et le second degré (oncle et mère, tante et neveu), les mariages au second degré (cousins germains), au troisième (cousins issus de germains), et au quatrième. Mais elle accorde toujours la dispense, elle sait fort bien qu’en cas de refus les futurs se contenteraient souvent du mariage
Quelles sont les causes des mariages consanguins ? Au ministère de la Justice, où nous avons compulsé de nombreux dossiers, nous avons toujours vu invoquer
CE
l'affection mutuelle des partis, la nécessité d'assurer l’avenir d’une nièce, d’un neveu. Mais il y a aussi une infinité
d’autres causes : intrinsèques, telles que beauté, caprice,
impossibilité de trouver un parti ailleurs, désir de régulariser une situation équivoque ; extrinsèques, telles que question d'intérêts, convenances de fortune, orgueil du nom dans certaines familles aristocraliques, désir d’amplifier ou de conserver un héritage, difficulté des communica-
tions, etc.
Et ces mariages, auxquels en réalité ne s'oppose le
plus souvent aucun obstacle sont assez nombreux. Pour
avoir une idée aussi exacte que possible de leur fréquence nous avons cru devoir dresser le tableau ci-dessous. Il renferme jusqu’au commencement de ce mois, mars 1896,
tous les mariages consanguins au troisième et au quatrième
degré qui ont eu lieu en France pendant les vingt-cinq dernières années. Comme nous avons porté plus particuliërement nos recherches dans la Nièvre, il nous a paru intéressant d'ajouter à cette statistique générale celle de ce département. C’est à l’obligeance de M. le Docteur Bertillon, chef du bureau des statistiques, que nous devons les résultats des années 1871 à 1892 ; quant à ceux de 1893 à mars 1896, qui ne sont pas encore publiés, nous nous les sommes procurés au ministère de la Justice où M. le Directeur du Sceau a bien voulu nous en donner connais-
Sance.
mode
Statistique des Mariages entre parents qui ont eu lieu dans la France et dans la Nièvre, de 1871 à Mars 1896.
Mariages
RE NE Nièvre
France