Sainl-SimoUf t. I, p
cjue grand; il avait de beaux cheveux et en grande quantité. Mais lorsqu'il était enfant, il était fort bien : j'ai vu de ses portraits faits à cette époque ^
Il y avait longtemps déjà que le chevalier de Soissons n'était plus un enfant lorsqu'on le donna à M*'^ de Luxembourg: encore s'en fallut-il de fort peu que la fille de la duchesse de la . Ferté, M"* de Menelou, qui comptait quatorze ans à peine, ne le retînt pour elle*. Qu'est-ce donc qui pouvait donner tant d'attrait à un parti de cette sorte? La haine de la duchesse de Nemours contre les Condés, et les biens qu'elle avait accumulés, pour assouvir celte haine, sur la tète du chevalier de Soissons, son cousin germain. Il faut, pour expliquer le ressentiment qui la possédait, scruter avec les contemporains les secrets du foyer, mettre à nu des hontes intimes.
M"" de Nemours était enfant unique d'un premier mariage de M. de Longueville avec une sœur du malheureux héros de la Marfée. M. de Longueville, remarié à la sœur de Condé, avait eu deux fils, l'un d'esprit faible, qui fut destiné à l'Église, l'autre qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'auteur des Maximes, Leur mère, veuve et convertie, ne pouvant se résoudre à voir passer toutes les richesses de la famille de son mari au fils de l'adultère, Condé lui fournit un expédient de nature à apaiser à demi ses scrupules : ce fut d'engager l'aîné» en se faisant prêtre, à léguer ses biens à son cadet, qui les tiendrait ainsi de la pleine libéralité de son frère^. Ces biens devaient, à défaut de postérité du cadet, retourner à sa mère, et après elle aux princes de Conti. Le legs était considérable : 300000 livres de rente, avec les meubles et les pierreries de l'hôtel de Longueville ; le tout relevé d'un titre de duc et pair. Le comte de Saint-Pol, sans avoir dans les veines une goutte de sang des Longueville, devint ainsi le chef de celte illustre maison issue de Dunois, bâtard d'un cadet de Charles VI et, ce qui vaut mieux, compagnon de Jeanne d'Arc, adversaire redouté des Anglais dans la guerre de l'indépendance.
Il était beau, spirituel , brave ; il charmait toutes les femmes,