‹ Les marins Rochelais: notes biographiquesChapitre 48 sur 53 · PAUL CHARRON · texte numérisé non relu

PAUL CHARRON

(1« mars 1832-9 Octobre 1905)

Fils (TElie et de Pauline Perry, Paul Charron était né à Marennes, le 1 er mars 1832. Sa famille, de vieille souche protestante était alliée aux Meynardie, Perry, Robert, Ranson, Dubois; aux de Tandebaratz, Bouscasse, Garreau, de Richemond, Âlauzet, Meyer, de la Rochelle ; aux d'Âuriac de Brest, aux de Pressensé, de Paris.

Après avoir fait ses études au Collège de Rochefort, il fut admis à l'Ecole navale, le 1 er octobre 1848, avec le n° 4. En cette année, on ne reçut au Borda que soixante élèves contre quatre-vingt-dix jusqu'alors, et cette décision, qui fut prise inopinément, ajouta encore à la valeur du succès obtenu par Charron. Au nombre de ses condisciples, il compta les Pouvreau, Saglio, Mahé, Coulombeau, Mathieu, Vavin, Poudra, Olry, Serval, Hamelin, de Bonsonge, Dorlodot des Essarts et tant d'autres dont on n'a pas oublié les noms.

Aspirant de 2 e classe, le 28 juillet 1850, il fut affecté au port de Rochefort, et, à partir de cette époque, nous le voyons suivre la rude carrière qu'il a embrassée. Pendant

dix-neuf ans il sert à la mer et plus de cinq ans en guerre : Chine, Japon, mer d'Okhostk et Nouvelle-Calédonie, de 1852 à 1856, côtes d'Espagne et Maroc, de 1857 à 1859; Mexique, en 1861 et 1862; Cochinchine de 1863 à 1865.

Embarqué sur le Henri IV, il avait pris part, sous les ordres du contre-amiral Dubourdieu, à la démonstration énergique ordonnée, en novembre 1851, par le gouvernement de la République, contre les pirates de Rabat et de Salé.

Dans un combat d'artillerie, notre division navale eut fort à souffrir du feu de l'adversaire ; ses pertes furent de quatre tués et dix-huit blessés ; le Henri I V eut son grand mât de hune coupé, son gréement haché, sa muraille traversée par des boulets, et un tué, neuf blessés. Mais, après un engagement de sept heures, tous les forts étaient réduits au silence et le gouvernement marocain se vit contraint d'accorder de légitimes réparations.

Enseigne de vaisseau sur la Constantine, il participa aux opérations contre les établissements russes sur la mer d'Okhostk et, peu après, sous les ordres du capitaine de vaisseau Tardy de Montravel, il eut à travailler à la reconnaissance du littoral de la Nouvelle-Calédonie, où le contre-amiral Febvrier Despointes venait de planter notre pavillon.

Les travaux hydrographiques accomplis par les officiers de la Constantine leur valurent l'honneur de voir leurs noms attribués à différents points de la Nouvelle-Calédonie; Montravel, île de Meyanet, pointe Lasalle, etc. Le nom de Charron est resté à une île, au S. E. de la baie de Uemo, près Nouméa (voir la carte de la Nouvelle-Calédonie par

M. Bouquet de La Grye). Employé ensuite à la création d un poste à terre, au milieu des tribus Canaques, il sut lier avec les indigènes des relations amicales, que rien ne troubla durant sa présence.

En janvier 1860, nous retrouvons Charron embarqué sur le Cocyte, aux Antilles, où sévissait une épidémie. Une goélette du commerce, YElisa, avait perdu son capitaine, et son équipage était décimé ; on demanda un officier de bonne volonté pour en prendre le commandement et la ramener en France ; Charron s'offrit. Parti de la Guadeloupe, il mena cette coquille de noix à travers l'Atlantique par une saison de tempête, se faisant à la fois le capitaine, le pilote, le médecin d'un équipage dont il sut relever le moral et gagner la confiance, et après quarante-deux jours de traversée, la goélette entrait saine et sauve dans le port de la Rochelle, le 31 janvier 1861. Mais six semaines d'un quart incessant, sans parler d'autres fatigues et de poignantes préoccupations, avaient altéré sa santé ; un congé de quatre mois lui fut nécessaire. L'année suivante, pourtant, il partait pour le Mexique. Il était lieutenant de vaisseau.

En 1863, désigné pour servir en Cochinchine, Charron quitta Toulon, le 16 novembre. Le ministère le destinait au commandement d'une de ces petites canonnières grises qui, si mobiles et actives, ont rendu dans les premières années de la Cochinchine française, des services qu'on ne saurait oublier, pour la pacification générale, mais surtout pour la répression de la piraterie fluviale. Une telle mission convenait au caractère et aux aptitudes de Charron ; sa loyauté, sa fermeté unie à un grand fond de bonté, ses facultés d'assimilation intelligente aux milieux et un incessant

besoin d'activité lui assuraient un rôle éminemment utile aux intérêts nationaux autant qu'aux besoins locaux. Mais, obligé d'attendre longtemps le commandement promis, il se lassa vite de l'inaction à bord du vieux vaisàeau le Duperré, à Saigon.

A cette époque, l'amiral de la Grandière, utilisant la paix signée avec la cour de Hué, procédait à cette organisation administrative, si sage, si bien adaptée aux nécessités de notre domination, qui est restée là-bas le fondement de notre puissance, de l'ordre, de la justice et de la paix publique, — et fondement solide, au point que les erreurs commises depuis n'ont pu encore l'ébranler sérieusement. M. Vial, chargé de travailler à cette organisation, fit appel à quelques hommes de haute valeur, leur demanda le concours de leurs capacités et de leurs dévouements, et Charron fut l'un de ces collaborateurs de la première heure. Comment il s'acquitta de ce devoir laborieux et difficile, M. Vial l'a dit dans une lettre cordiale et sincère, dont nous ne citerons que quelques lignes : « Je n'oublierai jamais, dit-il, sa collaboration à Saigon, lorsque je fus désigné pour organiser la direction de l'intérieur par V amiral de la Grandière. Je n'aurais jamais accepté cette responsabilité si je n avais compté sur le concours de mon ami Charron, dont le jugement sûr, le caractère droit, la grande intelligence m'inspiraient une confiance absolue, qui fut dignement justifiée. »

Charron réclama son admission à la retraite en 1874. Il était chevalier de la Légion d'honneur depuis neuf ans. Rentré dans la vie civile, il fixa sa résidence à Rochefort, et là, il fut bientôt en butte aux sollicitations de ses amis, qui souhaitaient de le voir consacrer aux affaires de la cité

son activité et les ressources de son expérience et de son intelligence.

Il résista longtemps, non point, certes, par indifférence des devoirs, mais bien plutôt par un sincère désintéressement des distinctions et des titres. Cependant, élu au Conseil municipal par 2.553 voix en 1882, par 2.743 en 1884, il accepta les fonctions de maire de Rochefort, qu'il occupa de 1884 à 1888 (1).

C'est à son administration que la ville doit : 1° d'avoir vu, par rétablissement d'un sérieux contrôle, les recettes provenant des droits de placage et de stationnement s'élever de 30.000 fr. à 60.000 fr., et celles des concessions d'eau de 40.739 fr. 30 à 53.308 fr. 94 ; 2° le plan de prolongement de la rue Bégon par l'acquisition de la maison Boisard ; 3° la transformation du collège communal en lycée ; 4° la création des groupes scolaires de la rue du Rempart, de la Cabane Carrée et de la rue du Château-Gaillard ; 5° Tégoût couvert de la rue Denfert Rochereau, et le square qui ont assaini un quartier bien délaissé jusqu'alors; 6° le dégagement des plantations et l'entretien plus salubre du cimetière; 7° l'attribution des pensions de retraite aux

(1) Paul Charron fut nommé officier d'académie pour ses grands services rendus à l'Instruction publique et nous, ses collaborateurs de chaque jour, nous avions senti grandir autour de lui, incessamment, des sentiments de respect, de confiance et d'affection profonde. Il était notre guide et notre ami.

Charron est décédé subitement le 9 octobre 1905.

Aux funérailles, après le service religieux du pasteur Laroche, et les vifs regrets exprimés par M. de Richemond, interprète du deuil du conseil des œuvres que dirigeait ou soutenait le défunt, M. Courcelle Seneuil, premier viceprésident, traduisit par quelques simples paroles d'adieu les sentiments de tous.

employés de la commune ; 8° la fixation d'un tarif aux voitures de places, etc.

Bien qu'ayant cessé d'occuper la mairie, Charron n'en demeura pas moins, longtemps encore, au Conseil municipal; lors des élections de 1892, il arrivait deuxième de la liste, avec 2.822 voix.

C'est en 1881, que Charron entra à la Société de géographie et il y prit immédiatement la place éminente qui revenait à sa science éprouvée. Appelé à en prendre la présidence, le 18 décembre 1893, pour remplacer M. le docteur Barthélémy-Benoît qui quittait Rochefort, pendant ces douze dernières années, c'est par lui surtout que la Société vécut et prospéra.

J. SlLVESTRE, Secrétaire général de la Société de géographie et d'agriculture, lettres, sciences et arts de Rochefort.

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