LES SEPT CHATEAUX DE S. M. L ARGENT
D’autres sujets renaîtront plus idolâtres que les précédents.
Mais, en revanche, ce souverain si courtisé est, plus que tout autre, esclave de sa propre grandeur ! Gardé, surveillé, épié, à peine a-t-il vu un moment la lumière qu’il lui faut aussitôt rentrer dans un de ses châteaux.
Et n’allez pas à ce mot de châteaux vous figurer des demeures splendidement ornées de tous les prestiges du luxe. Les peuples de S. M. ont l’affection essentiellement égoïste, et jamais monarque ne fut si mal logé aux frais de ses sujets.
Pour vous en convaincre, veuillez prendre la peine de me suivre et allons ensemble visiter les sept châteaux de S. M. l’Argent, dignes pendants des sept châteaux du roi de Bohême.
Le premier château, celui que le Roi habitait de préférence autrefois, c’est la Bourse. — Ne pas confondre avec un édifice de ce nom par lequel l’Argent passe quelquefois, mais où il ne séjourne jamais. .
La Bourse est le vieux Louvre de la pièce de cent sous. Le monarque n’en sortait jadis qu’après les préliminaires d’un long cérémonial. Il fallait d’abord abaisser le pont-levis, c’est-à-dire faire glisser les anneaux, pour aller chercher S. M. au fond de sa retraite et l’en arracher avec efforts.
C’était l’image d’un temps où les fortunes se bâtissaient lentement, mais par contre se démolissaient de
même. L'Argent alors ne voyageait qu'en palache; depuis il a pris le chemin de fer. — Dieu sait s’il a déraillé!
- Quoi qu’il en soit, un siècle qui érigeait la ligne droite en divinité, perçait des rues de Rivoli indéfiniment prolongées, et remplaçait le faire bien du passé par le faire vite de l’avenir, ne pouvait laisser l’Argent enfermé plus longtemps dans l’antique séjour de la routine.
A la Bourse succéda le Porte-Monnaie.
Ce second château a les abords plus faciles que le premier. Rien qu’un petit ressort à presser, et crac ! la porte cède.
Tantôt c’est la Vanité, tantôt l’Ambition, tantôt même l’Amour qui pressent le petit ressort et murmurent le Sésame, ouvre-toi !
Lorsque je dis V Amour, vous devez comprendre que je parle le langage du jour. 11 ne s’agit, en réalité, que d’un faux frère qui imite l’Amour, comme le strass imite le diamant. Quant à la Vanité et à l’Ambition, ce sont les parasites favoris du Porte-Monnaie. Ils ont chez lui leurs grandes et petites entrées, promenant leur maître pusillanime là où il leur plaît de le conduire!
En route, S. N. qu’on fait marcher trop vite, commet parfois un écart ou un pas de travers. Tant pis! si le