MADAME DE F A U V I G N Y
Le meilleur, vraiment! Quelles qualités lui prète-t-on?
MADAME CARCILLIER.
II te laisse, dit-on, une entière liberté... Il ne t’accable pas en public de ces tendresses blessantes pour la modestie d’une femme.
MADAME DE FAUVIGNY.
Ni en public ni en particulier.
MADAME CARCILLIER.
Il t’aime, dit-on, avec esprit.
MADAME DE FAUVIGNY.
Trop d’esprit même.
MADAME CARCILLIER.
Il sait mettre de la poésie dans le mariage. Il ne te fatigue pas de cette prose vulgaire si déplacée entre gens du monde.
MADAME DE FAUVIGNY.
On calomnie les gens du monde, la prose ne leur déplaît pas.
MADAME CARCILLIER.
En un mot, il sait vivre, il sait aimer, il est ton ami, ton protecteur, et c’est une faute impardonnable, disent les mêmes gens mal intentionnés, de songer à le tromper... Je ne t’ai pas blessée... n’est-ce pas?
Au contraire... Mais dis-moi, ma chère, es-tu bien sûre de ne pas faire d’erreur?
MADAME CARCILLIER.
En quoi?
MADAME DE FAUVIGNY.
Est-ce bien de moi qu’il s'agit?
MADAME CARCILLIER.
Sans doute !
, MADAME DE FAUVIGNY.
C’est qu’on semble me prêter vis-à-vis de M. de Fauvigny des intentions que d’autres femmes paraissent avoir... prétend-on, à l'égard de leurs maris.
MADAME CARCILL1ER.
Quelles autres femmes?
MADAME DE FAUVIGNY.
Je ne sais si je dois...
Tu dois... Ne t’ai-je pas donné l’exemple de la franchise?...
MADAME DE FAUVIGNY.
Eh bien, c’est toi que l'on ne craint pas de désigner.