ACTE PREMIER
CARCILLIER.
Eh bien, il s’en va?...
MÉQÜILLET.
Il a disparu... A un autre. (S’adressant à Carcillier, qui !’a rejoint au premier plan.) Quelle mine superbe vous avez ce matin, cher monsieur !
CARCILLIER.
Vous trouvez?
MÉQÜILLET.
Vous êtes splendide ! on ne vous donnerait pas plus de quarantehuit ans.
CARCILLIER.
Mais je ne les ai pas.
MÉQÜILLET^.
Ah! l’air de la mer vous est favorable 1 Les chimistes ont bien raison de dire que le sel conserve...
CARCILLIER, s’éloignant à gauche.
Le sell le selt...
MÉQÜILLET, h part.
Et de deux! (S’approchant de mesdames Carcillicr et Fauvigny.) Mesdames, je vieiïs chercher ma récompense : j’ai mis en fuite vos maris.
MADAME CARCILLIER.
Nous ne vous en avons pas prié, monsieur.
MÉQÜILLET.
Sans doute, sans doute... mais vous n’en êtes pas fâchées... Votre cavalier servant, le joli Lambert pourra se rapprocher de vous.
MADAME DE FAUVIGNY, se levant.
Il est l’heure d’étudier notre piano... Viens-tu, Hélène? (Eilo sort par la droite avec madame Carcillier.)
MÉQÜILLET.
Et de quatre! (S’approchant des joueurs de dames et s’adressant à ma-
dame Graffmann après avoir considéré son jeu.) Bagasso ! madame, VOUS allez perdre.
MADAME GRAFFMANN.
Bagassel je le sais bien, mon bon monsieur; je perds toujours avec mon mari.
MÉQUILLET.
Pourquoi maître Crochart, dont le métier est de donner des conseils et qui vous en donne d’ordinaire de si bons, n’est-il pas assis à vos côtés ?
GRAFFMANN, furieux.
Monsieur, ma femme peut se passer des conseils de maître Crochart, et, quant à moi, vous m’obligerez beaucoup en me privant de vos observations. Levez-vous, madame Graffmann, et
suivez-moi.
MADAME GRAFFMANN.
Mais...
GRAFFMANN, l’entraînant.
Taisez-vous 1 je déteste la contrariété. (île sortent par le fond.)
n MÉQUILLET.
Et de six ! (s’approchant de Crochart.) Quel livre lisez-vous donc si attentivement, cher monsieur Crochart?
CROCHART, présentant son livre.
Toujours le même.
MÉQUILLET, lisant le titre.
Les Petits Bonheurs de la vie conjugale , par madame veuve Grenados. (soupesant le livre.) Quoi !... tant de petits bonheurs que cela !
CROCHART, descendant avec Méquillet.
Oui, monsieur, et je les ai tous connus pendant les cinq années qu’a duré mon union fortunée avec Iphigénie Crochart, mon épouse! (s’essuyant les yeux.) Hélas! elle n’est plus la pauvre chère âme.