‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 11 sur 52 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

ADOLPHE seul, puis VIRGINIE

Adolphe, seul. — Quelle brute je fais!... Quelle brute ! Ah bieu ! je suis dans une jolie situation... Voyons, Aoyons, un peu de sangfroid. Je ne peux pas renvoyer Léontine, maintenant. Je ne le peux pas. Il faut trouver autre dhose.

Rentre Virginie.

Virginie, tendant la main. — De l'argent, monsieur ?

Adolphe. — Pourquoi?

Virginie. — Pour les commissionnaires, naturellement.

ADOLPHE. — Voilà.

Virginie. — Que dois-je dire à la concierge ?

adolphe. — Rien! Vous entendez? Rien!

Virginie. — Pardon, monsieur. Il faut bien que je lui donne une explication au sujet de madame. Elle croit, comme tout le quartier, que monsieur est garçon. Or, on a vu entrer une femme ici, et puis des malles. Ça a déjà fait un scandale... Toutes les bonnes sont sur le palier... Que dois-je répondre, quand on me demandera qui est cette dame ?

adolphe. • — Répondez ce que vous voulez, ça m'est bien égal.

Virginie. — Oh! à moi aussi, dans ce cas. Je dirai que monsieur est divorcé... que madame est madame... que...

adolphe. — Pas de potins, je vous prie... Dites n'importe quoi, que c'est ma nièce, une nièce de province.

Virginie. — Qui sort du couvent?

adolphe. — C'est cela.

Virginie. — Jamais la concierge ne voudra le croire.

Entre Léontine.

Virginie, à part. — Elle dit toujours un louis... C'est vingt francs.

léontine. — Tenez, Virginie, envoyez ma femme de chambre chez le fleuriste du coin, m 'acheter des fleurs.

Virginie. — Vingt francs de fleurs !

léontine. — Dépêchez-vous, ma petite Virginie.

adolphe, à Virginie qui hésite. — Allez!

Sort Virginie.

léontine. — C'est vrai, ton appartement est d'un triste...

adolphe. — Je ne m'en étais jamais aperçu.

léontine. — Il faut l'égayer... Tu as deux vases sur la cheminée, ils ne sont même pas mal et tu ne mets pas de fleurs dedans!... Oh! ces hommes!... C'est comme le piano! il devrait être en coin, le piano, et non de face.

adolphe. — Parfaitement, changeons le piano. (A part.) Ça commence, ça commence. (Haut, avec un air résigné.) Et le canapé, tu ne vois rien pour le canapé?...

léontine, examinant. — Le canapé? Il n'est pas à sa place... Voilà où on le mettra, le canapé.

Elle désigne l'endroit opposé.

Adolphe, même yen. — C'est ça! A la place du piano!... Et le piano à la place de la table ! Et la table à la place du fauteuil. Dérangeons tout!... tout!...

léontine, très gaie. — Oui... Oh: oui... dérangeons...

adolphe. - — Mettons tous les meubles si n* dessus dessous!... Chambardons! Va, ne te gêne pas... Tu es dans ton rôle, je n'ai rien à te dire... Tu fais ce que tu dois faire, ça m'apprendra!

Bruit de voix et éclats de rire dans l'antichambre. La porte s'ouvre brusquement. Paraissent Isabelle et Juliette, très élégantes, un peu excentriques.

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