SCÈNE III
LE BARON, puis LA BONNE, puis ANATOLE
u» nwnoN. — Cette bonne tante, il faut pourtant que je me réconcilie avec elle, un de ces jours. {Entre la bonne.) Bonjour, Ernestine.
la bonne, allant ranger les lettres. — Votre servante, monsieur le baron.
TiljtBWm»N. lui tapotant les joues. — Cette santé, Ernestine?
la bonne. — Excellente. Et la vôtre, monsieur le baron ?
LBwDttooN, montrant ses mollets. — Regarde. .
la bonne. — En effet.
le baron. — Le cours d'agriculture doit être fini ?
la bonne. — Voici monsieur.
Entre Anatole par la droite.
le baron. — Cher ami...
anatoee. — Mon cher baron...
Us se serrent la main.
la bonne, à Anatole, \u{ montrant les lettres. — Le courrier, monsieur.
vNuoi.i: — Il n'est venu personne?
i . \ iniNNK. M,: la marquise de Versac,
nui repassera tantôt.
1 t Elle sort.
anatolb. — La baronno n'est pas avec vous?
< im^êèW&k. — Si fait. Nous arrivons ensemble- do La Jambière.
LE BARON. —Cette santé, Ernestine?
Anatole. — Tous deux à bicyclette?
le baron. — Oui. La baronne fait de grands progrès.
anatolk. — C'est une affaire encore de quelques leçons.
inuMiftN. — Aussi, je la force à venir à Ohâtellerault deux fois par semaine. Nous avons un très bon manège pas loin de chez voue.
ANATOLE. — Je le connais. Il est là.
Il va à la fenêtre et fait un geste.
LWiBUpON. — Dites donc, j'ai donné rendez-vous à ma femme ici : ça ne vous dérange pas?
vwtole. — Au contraire, je serai enchanté.
l.Iii luntiiN. — Figurez-vous, mon cher, que je suis obligé d'aller à la Percherie.
anatole. — Votre ferme:-'
ummmbon. — J'ai dis histoires avec Branchu, mon fermier. C'est assommant ! Cet animal-là ne veut pas se servir de vos engrais chimiques. Ils sont d'un routinier dans ce pays-ci !
anatole. — A qui le di te.s-vous !
le mtmmii, calculant. — ■ Voyons, trois quart- clin-un- pour aller là-bas en chemin de fer... Autan! pour revenir... Je peux être de retour avant cinq heures.
anatole. — Facilement.
lk.b*m«n. — Et vous? Pas de nouvellesde...?
Il touche la boutonnière.
anatole, qui a décacheté les lettres. — Voici justement une lettre de mon ami du ministère. Il me demande si je ne pourrais pas faire .signer une pétition, que j'ai préparée d'ailleurs, par les principaux propriétaires de la euut i -
i.BiiiWBi». — Mais nous signerons tous, mon bon ami. J'écrirai à Plant in, notre député. Je ferai signer ma tante, qui a plus d'influence qu'on ne croit.
anatole. — Vous n'êtes donc plus brouillé avec La marquise?
Tjg"iwwiOiN. — Nous sommes en froid, mais' je me réconcilierai avec elle. C'est une très bonne femme, ttn pou forte en... propos, mais elle m'adore. Seulement, elle est intraitable sur la question du divorce, et quand je lui ai dit que j'épousais une femme divorcée... Ah! mon ami!
anatole. — Vous pardonnera-t-ello un jour?
i.e baron. — Certainement, mais ce sera dur. Elle n'a jamais voulu recevoir ni même voir Léontine. D'ailleurs, vous n'ignorez pas avec quelle simplicité s'est fait notn riage, sans aucune lettre de faire-part. Léontine, un beau matin, quittait ce petit appartement ou elle vivait ;i Paris avec une vieille bonne, et Le soir même nous partions pour la jambière. <•'// temps.) Hé! parbleu, mon ami, je ne suis pas un benêt et je ne me dissimule pas qu'en épousant Léontine, j'ai contracté, au point de vue des convenances mondaines, un mariage assez incorrect.
ANATOLE. Oh!
Mi «hmn. — Si! si... Ne nous faisons pas d'illusions et vous vous rappelez que j'ai hésité longtemps avant de m'y décider.
Anatole. — Plus de huit jours.
ii; BAiw.v. — Cest que je sentais que je jouais une grasse partie... Léontine est charmante, certes... mais son passé, mon ami, son passé n'est pas à l'abri de tout reproche, vous le savez aussi bien que moi.
Anatole. — Il est rare que le passé d'une femme soit à l'abri de tout reproche.
LBiimwwoi. — Evidemment. Aussi n'ai-je pas trop approfondi. Il s'agissait d'être heureux le plus rapidement possible...
Anatole. — Tout est là.
t tt mmi — D'autant plus qu'en y réfléchissant, j'en arrive parfois à me dire que je me suis bien exagéré les choses.
Anatole. — C'est aussi mon avis.
le iW*É»N. — Sous ses airs évaporés, Léontine a du sérieux et même une certaine raison.
anatole. — Je l'ai remarqué comme vous.
LS*4»àB&»i. — Ses petites défaillances sont infiniment excusables. Son premier mari, cet Adolphe Dubois, était un tel drôle !
anatole. — Cela ne me surprend pas.
lk aa»on. — Un débauché qui rentrait ivre chez lui, presque tous les soirs, et qui battait sa femme comme plâtre.
anatole. — ■ Ob ! oh !
TjjMtfMWPN. — Le divorce a été prononcé contre lui pour injures et sévices graves. Je l'ai lu de mes yeux.
anatole. — J'ignorais ce détail.
t 1: liARON. — Si jamais je le rencontre, ce que j'aurais du plaisir à lui flanquer une bonne paire de calottes!
Anatole. — Qu'est-il devenu?
LE>*àaoN. — H était employé dans un ministère. Maintenant, il habite l'Algérie, je crois. Léontine Fa tout à fait perdu de vue. Que vouliez-vous donc qu'elle fît en quittant cet être-là, qui la laissait sans le sou?
anatole. — Elle ne pouvait faire que ce qu'elle a fait. Et beaucoup d'autres, à sa place, ne se seraient pas conduites aussi bien.
iiB^RtfRON. — Evidemment... Voyez-vous, mon cher, les femmes sont ce que les font leurs maris... Je suis convaincu qu'avec moi, Léontine va changer du tout au tout.
anatole. — Ce n'est pas douteux.
lu iTwmoN — Eh! mon cher, il faut être optimiste, sans quoi la vie n'est que soupçon et amertume.
Entre Léontine par la droite ; elle est dans un très élégant et pudique costume de bicycliste couleur beige.