‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 35 sur 52 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

Les Mêmes, LEONTINE, puis ANATOLE

Léontine est complètement habillée de son costume de bieyeliste, chapeau sur la tête.

léontine, avec dignité, très femme du monde, d'abord sans voir Adolphe. — Que désirez-vous, messieurs ?

Adolphe, la reconnaissant, s'arrête pétrifié. — Oh!

léontine, à part. — Adolphe!... Le commissaire!...

adolphe, ahuri. — Oh! oh! Quelle affaire! quelle affaire!

Il se met à marcher comme tout à l'heure le baron, <tu haut en bas de la scène, fébrilement. Le baron regarde, étonné.

le h*«on. — Finissons cette scène pénible, voulez-vous ?

ADOLPnE, ne sachant plus ce qu'il dit. — Oui... il faut en finir... C'est ce qu'il y a de mieux... finissons...

Il se heurte à une chaise.

béjou, à part. — Il ne sait pas un mot du métier! C'est navrant!...

wi wmiON. — Veuillez rédiger le procèsverbal, monsieur le commissaire.

béjou, à Adolphe. — Dictez-moi !

adolphe, qui a reconquis à peu près son sang-froid. — Oui... c'est ça. Rédigeons, Béjou. Mais d'abord... (.1m baron.) Vous reconnaissez que madame est bien la baronne de la Jambière?

LauBMWN . — Je le reconnais.

adolphe. — Vous êtes sûr, n'est-ce pas?... Bon! (A Léontine qui s'est assise au premia plan à gauche, accoudée gracieusement à un<petite table, très distinguée, très chic.) E. vous, madame, vous reconnaissez que v< ut> êtes?...

léontine. — Mme la baronne de la Jambière, oui, monsieur le commissaire.

adolphe. — Ils le reconnaissent tous les deux, il n'y a donc pas d'erreur. (Au secrétaire.) Ecrivez! (Il dicte.) a Nous étant présenté, muni d'un mandat régulier, au domicile du sieur... » (A Grimard.) Vos prénoms, monsieur ?

anatole. — Eugène-Anatole.

adolphe, continuant. — « ... Eugène-Anatole Grimard... Sur la requête de M. le baron...

le baron. — Jules-Edouard.

adolphe, même jeu. — «... Jules-Edouard de la Jambière, avons trouvé Mme la baronne... »

LK.JBABON. — Louise...

adolphe, achevant machinalement. — <( ... Léontine de la Jambière...

le-«aron, étonné. — Vous savez le prénom de madame ?

adolphe. — Moi ?

le baron. — Vous avez dit « Léontine ».

^.dolphe. — Ce n'est pas moi, c'est vous.

le baron. — J'ai dit Louise.

adolphe. — Louise... Léontine, \*oilà ce que j'ai entendu. (Au secrétaire.) N'est-ce pas, Béjou ?

béjou. — Absolument.

le baron. — Ah! bon... il ne me semblait pas...

adolphe. — Je vous assure... Continuons.

léontine. — Pardon, monsieur le commissaire.

adolphe. — Madame?

léontine. — Puis-je poser une question ?

adolphe. — Certainement. La loi vous y autorise. (Bas à Béjou.) N'est-ce pas?

Signe de Béjou.

léontine. — ■ Je désirerais savoir quelles sont les intentions de mon mari.

m ■!«■«. i. — -i ai l'inlention de divorcer ummmk. — Jo vois avec prnisir que vous

dans le plus bref délai possible. ne oherohea pas à nier et que-TWue n'invoquez

léontine. — Bien, aucune excuser

— Me réservant de rouer mon- léontine. — Aucune.

ADOLPHE. — Et vous, madame, vous reconnaissez que vous êtes?...

sieur de coups... (// désigne Anatole.) quand l'occasion s'en préseri

léontine. — Bien.

LB" uMiuii . ■ — ■ Cela ne vous étonne pas, je suppose, madame F

léontine. — Du tout, monsieur, c'est votre droit.

léontine, se retourna nt vers Anatole. -- Et vous, monsieur, oserai-je vous demander quelles sont vos intentions?

anatole. — Je ne sais pas. Que voulez-vous que je vous réponde? Je suis très embêté.

léontine. — On vous menace de vous

rouer de coups ; mon mari me chasse de chez lui, et c'est tout ce que vous trouvez à répoudre ?

anatole. — Je suis professeur d'agriculture. Je suis un homme d'études... Je ne suis pas un viveur. Jamais je ne m'étais préparé à un pareil événement.

léontine, arec mépris. — Plus un mot, monsieur. Je sais ce que je voulais savoir. Continuez le procès-verbal, M. le commissaire. Quand il sera terminé, je m'en irai et ces messieurs n'entendront plus parler de moi.

Uà=B*»©N. — Et où irez-vous, madame ?

léontine. — N'ayez pas peur, monsieur, je ne ferai pas de scandale.

TiMifuminn. — Vous portez mon nom jusqu'au prononcé du divorce et je vous prie de me dire où vous irez?...

léontine. — Je me retirerai dans ma famille.

le ba«on. — Vous n'avez plus de famille.

léontine. — Pardon... J'ai un oncle.

(Mouvement d'Adolphe.) J'irai lui demander l'hospitalité.

Elle regarde Adolphe à la dérobée.

Adolphe, à part, furieux. — Qu'est-ce qu'elle dit?

léontine. — Mon oncle est un homme de cœur qui m'a déjà donné de grandes preuves d'affection, et qui, j'en suis sûre, sera enchanté de me recevoir.

Physionomie navrée d'Adolphe.

Adolphe, à part. — Chez moi! encore! Ah! non! Ah! non! par exemple. {Haut.) Pardon, madame ?

léontine. — Monsieur le commissaire !

Adolphe. — Pardon, madame, vous dites bien que vous êtes décidée à vous retirer chez votre oncle avant le divorce?

léontine. — Et même après.

adolphe. — Et même après!

Lfi^aatRON. — Cela n'a pas d'importance pour le procès-verbal.

Adolphe. — Mais je vous demande pardon. Cela a une très grande importance.

béjou, se penchant vers Adolphe. — Aucune.

adolphe, continuant sans entendre Béjou.

— Cne importance capitale. Ça en a même tellement qu'il m'est impossible de signer un procès-verbal d'adultère dans ces conditionslà!...

i m iWihmi ' — Comment!...

béjou, à part. — Xi est fou !

hn^mtmou. — Vous n'allez pas écrire que

vous avez trouvé ma femme dans la chambre de monsieur ?

adolphe. — Non.

le BA-KON. — Et vêtue d'une façon inconvenante, ce sont vos propres expressions.

adolphe. — Je ne peux pas écrire cela, ne l'ayant pas vu... J'ai trouvé Mme la baronne dans un élégant costume de bicycliste... Ça je l'ai vu... C'est tout ce que je puis écrire, si vous y tenez !

LE BARON. — Mais...

adolphe. — Veuillez ne pas m'interrompre. Ecrivez, Béjou, puisque M. le baron semble y tenir : a Nous étant présenté, monsieur, etc., etc. Nous avons trouvé Mme la baronne de la Jambière pudiquement vêtue d'un élégant costume de bicycliste... »

léontine, riant, à part. - — Ah! ah! Cet Adolphe !

lui «MWii, protestant. — Mais, nom d'un chien !

adolphe, Farrêtant et continuant de dicter. — <! En foi de quoi nous avons signé. »

le baron. — Et c'est tout?

adolphe. — Que désirez-vous de plus ?

béjou, bas à Adolphe. — Je dois vous prévenir qu'à partir de maintenant vous êtes dans l'arbitraire, en plein arbitraire.

le baron, qui relit le procès-verbal. ■ — Mais je n'obtiendrai jamais le divorce, si vous ne constatez pas l'adultère mieux que ça.

adolphe. — Vous tenez beaucoup à divorcer ?

le baron. — Mais j'y tiens formellement. Madame m'a indignement trompé avec monsieur. J'en ai les preuves sous les yeux, vous aussi. Je veux que cela soit constaté au procès-verbal, je l'exige; je ne sortirai pas d'ici sans cela, et je vous prie de le faire immédiatement. Vous êtes bien commissaire de police, à 1 a fin ?

adolphe, montrant son êcharpe. — Je suppose.

le. baron. — Eh bien ! puisque vous êtes commissaire de police, faites votre devoir.

adolphe, s' approchant du baron. — Monsieur le baron, je désirerais vous dire un mot en particulier.

LE BARON. A moi ?

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