‹ Les maris sans femmesChapitre 13 sur 23 · DERMONT, BERNARD · texte numérisé non relu

DERMONT, BERNARD

BERNARD, transporté, sortant de chez la nourrice. Est-il blanc ! est-il frais ! est-il beau ! le superbe garçon !

DERMONT

A l'autre, à présent... Eh! monsieur, allez vous extasier plus loin, je ne suis pas d'humeur...

BERNARD

Plaît-il, monsieur? ce n'est pas à vous que je parle : d'ailleurs la place est libre et je crois que je suis bien le maître... il est encore bon enfant, ce monsieur!

DERMONT

Sortons , car ils semblent tous s'être donné le mot.

BERNARD

Comme s'il ne m'était pas permis de me réjouir de la bonne mine de mon fils... de mon filleul !

DERMONT, revenant.

Vous seriez le parrain de cet enfant-là?

BERNARD

Et pourquoi donc pas, s'il vous plaît ?

DERMONT

De cet enfant qui est là? dont je viens de voir la nourrice?...

BERNARD

Oui, monsieur.

DERMONT

Et vous avez osé prêter les mains... fi !

BERNARD

Comment! fi?...

DERMONT

C'est encourager l'oubli des devoirs, des convenances , de tous les principes.

BERNARD

Bah!

DERMONT

Savez-vous à qui il est, cet enfant-là?

BERNARD

Mais je m'en flatte.

DERMONT

Connaissez-vous son père?

BERNARD

Je vous prie de le croire.

DERMONT

Et moi aussi je le connais.

BERNARD

C'est possible. (A part. ) Je ne me rappelle pourtant pas avoir vu cette figure-là.

DERMONT-

Et je m'étonne qu'un homme honnête ait pu...

BERNARD

Honnête!... certainement je suis honnête; mais qu'a donc cet enfant de si extraordinaire, de si...?

DERMONT

Il a... il a!... qu'il est le fruit d'une union condamnable, illicite...

BERNARD

Illicite!

DERMONT

Oui , monsieur, formée à mon insu.

BERNARD

Mais je ne vois pas qu'on ait eu besoin...

DERMONT

En un mot, c'est l'enfant de mon neveu.

BERNARD

De votre...? ah! pas de mauvaise plaisanterie, s'il vous plaît.

DERMONT

Eh ! monsieur, jamais je n'ai été moins en train de plaisanter.

BERNARD

Et qui s'est permis de vous faire un parerl conte?

DERMONT

Plût au ciel que c'en fût un! mais c'est mon neveu lui-même qui vient de me faire l'aveu de sa faute.

BERNARD

Oh! par exemple... et où cela, s'il vous plaît ?

Ici?

BERNARD

DERMONT

Ici même, il n'y a qu'un instant ; vous voyez que le doute ne m'est plus permis.

BEBNARD, à part.

Les bras m'en tombent. Quoi! cet enfant, que je viens de presser si tendrement dans mes bras , serait...

DERMONT

Comme parrain, vous devez connaître la mère.

BERNARD, sans entendre.

Ne serait pas...!

DERMONT

Quelle espèce de femme est-ce? hein ?...

BERNARD

Qui?

La mère.

BERNARD

La mère?

DERMONT

Oui.

BERNARD , à part.

Quelle position ! ( Haut. ) Mais c'est une femme...

DERMONT

Comme on en voit tant, je gage.

BERNARD , entendant parler sa femme dans la ferme.

Tenez, la voilà qui vient... elle vous répondra elle-même. Avant d'éclater contre elle, c'est au jeune homme que je veux avoir affaire; et, s'il est vrai qu'il m'ait outragé à ce point, malheur à... ma femme!

(Il va, par distraction , pour entrer chez Mathurine;et en voyant sortir sa femme, il recule avec horreur. Il sort de l'autre côté.)

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