DERMONT, BERNARD
BERNARD, transporté, sortant de chez la nourrice. Est-il blanc ! est-il frais ! est-il beau ! le superbe garçon !
DERMONT
A l'autre, à présent... Eh! monsieur, allez vous extasier plus loin, je ne suis pas d'humeur...
BERNARD
Plaît-il, monsieur? ce n'est pas à vous que je parle : d'ailleurs la place est libre et je crois que je suis bien le maître... il est encore bon enfant, ce monsieur!
DERMONT
Sortons , car ils semblent tous s'être donné le mot.
BERNARD
Comme s'il ne m'était pas permis de me réjouir de la bonne mine de mon fils... de mon filleul !
DERMONT, revenant.
Vous seriez le parrain de cet enfant-là?
BERNARD
Et pourquoi donc pas, s'il vous plaît ?
DERMONT
De cet enfant qui est là? dont je viens de voir la nourrice?...
BERNARD
Oui, monsieur.
DERMONT
Et vous avez osé prêter les mains... fi !
BERNARD
Comment! fi?...
DERMONT
C'est encourager l'oubli des devoirs, des convenances , de tous les principes.
BERNARD
Bah!
DERMONT
Savez-vous à qui il est, cet enfant-là?
BERNARD
Mais je m'en flatte.
DERMONT
Connaissez-vous son père?
BERNARD
Je vous prie de le croire.
DERMONT
Et moi aussi je le connais.
BERNARD
C'est possible. (A part. ) Je ne me rappelle pourtant pas avoir vu cette figure-là.
DERMONT-
Et je m'étonne qu'un homme honnête ait pu...
BERNARD
Honnête!... certainement je suis honnête; mais qu'a donc cet enfant de si extraordinaire, de si...?
DERMONT
Il a... il a!... qu'il est le fruit d'une union condamnable, illicite...
BERNARD
Illicite!
DERMONT
Oui , monsieur, formée à mon insu.
BERNARD
Mais je ne vois pas qu'on ait eu besoin...
DERMONT
En un mot, c'est l'enfant de mon neveu.
BERNARD
De votre...? ah! pas de mauvaise plaisanterie, s'il vous plaît.
DERMONT
Eh ! monsieur, jamais je n'ai été moins en train de plaisanter.
BERNARD
Et qui s'est permis de vous faire un parerl conte?
DERMONT
Plût au ciel que c'en fût un! mais c'est mon neveu lui-même qui vient de me faire l'aveu de sa faute.
BERNARD
Oh! par exemple... et où cela, s'il vous plaît ?
Ici?
BERNARD
DERMONT
Ici même, il n'y a qu'un instant ; vous voyez que le doute ne m'est plus permis.
BEBNARD, à part.
Les bras m'en tombent. Quoi! cet enfant, que je viens de presser si tendrement dans mes bras , serait...
DERMONT
Comme parrain, vous devez connaître la mère.
BERNARD, sans entendre.
Ne serait pas...!
DERMONT
Quelle espèce de femme est-ce? hein ?...
BERNARD
Qui?
La mère.
BERNARD
La mère?
DERMONT
Oui.
BERNARD , à part.
Quelle position ! ( Haut. ) Mais c'est une femme...
DERMONT
Comme on en voit tant, je gage.
BERNARD , entendant parler sa femme dans la ferme.
Tenez, la voilà qui vient... elle vous répondra elle-même. Avant d'éclater contre elle, c'est au jeune homme que je veux avoir affaire; et, s'il est vrai qu'il m'ait outragé à ce point, malheur à... ma femme!
(Il va, par distraction , pour entrer chez Mathurine;et en voyant sortir sa femme, il recule avec horreur. Il sort de l'autre côté.)
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